Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, à BFM-TV le 16 décembre 2014, sur les relations entre les sociétés autoroutières et l'Etat, l'arrêt de l'écotaxe et la mise en oeuvre de la loi de transitio
Ségolène Royal (auteur), Jean-Jacques Bourdin (intervenant)
JEAN-JACQUES BOURDINNotre invitée, Ségolène ROYAL, ce matin. Bonjour Ségolène ROYAL.SEGOLENE ROYALBonjour.JEAN-JACQUES BOURDINBeaucoup de sujets, le climat, on va y revenir, vous rentrez de Lima, au Pérou, on va parler des autoroutes, on va parler d'Ecomouv', on va parler des taxis, on va parler
enfin
SEGOLENE ROYALDe plein de choses
JEAN-JACQUES BOURDINDe Roy Bon, de plein de choses. Ségolène ROYAL, je commence avec les autoroutes, des décisions vont être prises dans la semaine, on est bien d'accord, par le gouvernement
SEGOLENE ROYALAvant la fin de l'année, oui.JEAN-JACQUES BOURDINAvant la fin de l'année. Nous sommes le 16, donc très vite. Gel des tarifs en 2015 ?SEGOLENE ROYALIl faudrait, c'est un des points qui est en discussion avec les sociétés d'autoroutes.JEAN-JACQUES BOURDINVous souhaitez que les tarifs soient gelés ?SEGOLENE ROYALJe le souhaite. Je le souhaite, pourquoi ? Parce que les tarifs ont trop augmenté par rapport à la hausse du coût de la vie, donc il faut rendre aux automobilistes un peu de justice et d'équité tarifaire, mais ce n'est pas le seul sujet. Le sujet aussi, c'est la question des concessions, est-ce qu'on continue les concessions ou est-ce que, au contraire, on les rediscute
JEAN-JACQUES BOURDINEst-ce qu'on peut imaginer résilier les contrats de concessions ?SEGOLENE ROYALC'est une hypothèse parmi d'autres
JEAN-JACQUES BOURDINQue vous n'écartez pas ?SEGOLENE ROYALQue je n'écarte pas, que le gouvernement n'écarte pas, que les parlementaires n'écartent pas, pourquoi ? Parce qu'il faut défendre le pouvoir d'achat des Français, les investissements routiers, on voit qu'il y a beaucoup de besoins d'investissement dans le transport, notamment dans le transport propre, dans le transport urbain, donc il faut que ce qu'ont payé les automobilistes aux péages, eh bien, revienne aux automobilistes et aux usagers pour faciliter les déplacements ou pour améliorer le réseau routier.JEAN-JACQUES BOURDINOui, résilier les contrats de concessions, ça coûterait 20, 30, 40 milliards d'euros à l'Etat, c'est ce que disent les sociétés d'autoroutes, qui disent : c'est impossible ! Elles n'y croient pas
SEGOLENE ROYALIl faut toujours se méfier des chiffres qui sont lancés pour faire peur ou pour freiner les décisions politiques importantes. Ces décisions politiques seront prises par le gouvernement, dans le sens de l'intérêt général, de l'intérêt des Français aussi, d'une bonne gestion
JEAN-JACQUES BOURDINDonc on pourra aller jusqu'à résilier les contrats de concessions ?SEGOLENE ROYALC'est une des hypothèses, il y en a trois des hypothèses, soit la résiliation totale, et on rediscute les nouvelles concessions, soit la résiliation partielle, soit la re-discussion des concessions dans le cadre actuel. Donc les trois options sont sur la table aujourd'hui. Il faut que les sociétés d'autoroutes fassent rapidement des propositions, comme cela leur a été demandé, pour savoir comment elles appliquent les recommandations de la Cour des comptes, qui a souligné, d'une part, qu'il y avait une rente injustifiée de la part des sociétés d'autoroutes, donc cette rente, elle doit être, soit rendue aux automobilistes, soit rendue sous forme d'investissements publics dans les transports, ce qui évite de payer ces investissements par des impôts supplémentaires. Donc c'est une juste répartition des ressources
JEAN-JACQUES BOURDINDonc si vous mettez en place une taxe sur les profits de ces sociétés d'autoroutes
SEGOLENE ROYALC'est une hypothèse
JEAN-JACQUES BOURDINC'est aussi une hypothèse ?SEGOLENE ROYALBien sûr, parce que ça veut dire quoi ? Ça veut dire rendre aux équipements publics, donc rendre au pays cette rente injustifiée qui a été
JEAN-JACQUES BOURDINMais quelle est l'hypothèse qui a votre préférence, vous, en ce qui vous concerne, le gel des tarifs, la taxe sur les profits ou la résiliation des contrats ?SEGOLENE ROYALEh bien, rien n'est incompatible, il faut jouer sur les trois
JEAN-JACQUES BOURDINLes trois ? On pourrait jouer sur les trois ?SEGOLENE ROYALBien sûr, il faut jouer sur les trois hypothèses, plus la mise en place d'une autorité indépendante qui, pour la suite des événements, pourra dire tous les ans si les tarifs demandés sont justifiés ou ne le sont pas.JEAN-JACQUES BOURDINSi les augmentations de péages sont justifiées ou pas.SEGOLENE ROYALVoilà.JEAN-JACQUES BOURDINL'argent d'une taxe sur les profits de ces sociétés d'autoroutes pourrait servir donc aux infrastructures de transport par ailleurs.SEGOLENE ROYALVoilà, c'est du bon sens
JEAN-JACQUES BOURDINÇa pourrait représenter quoi ? Vous avez chiffré un peu, non ?SEGOLENE ROYALÇa pourrait représenter un milliard d'euros.JEAN-JACQUES BOURDINUn milliard d'euros ?SEGOLENE ROYALUn milliard d'euros qui reviendrait ainsi aux investissements pour qu'il y ait de la sécurité sur les routes
JEAN-JACQUES BOURDINIl faut donc que les sociétés d'autoroutes fassent un effort d'au moins un milliard d'euros
SEGOLENE ROYALVoilà
JEAN-JACQUES BOURDINC'est ce que vous demandez
SEGOLENE ROYALCe qui est finalement moins de 10% du montant global des dividendes qu'elles ont versés aux actionnaires, qui s'élèvent à 17 milliards d'euros.JEAN-JACQUES BOURDINDonc les sociétés d'autoroutes vont devoir faire un effort d'un milliard d'euros.SEGOLENE ROYALVoilà.JEAN-JACQUES BOURDINC'est ce que vous allez leur dire tout à l'heure.SEGOLENE ROYALVoilà.JEAN-JACQUES BOURDINParce que vous avez une réunion avec elles.SEGOLENE ROYALEt donc, ça serait une bonne solution, parce qu'il vaut mieux toujours une bonne négociation que des contentieux ou des réformes administratives compliquées, etc. Donc soit, elles comprennent que c'est de leur propre intérêt aussi, c'est leur propre intérêt aussi de faire en sorte qu'il y ait des investissements dans les infrastructures, puisque je vous rappelle que la plupart des actionnaires des sociétés d'autoroutes sont des entreprises de travaux publics, donc d'une certaine façon, quand elles remettent ce milliard sur la table pour faire des travaux d'équipements utiles à la vie des Français, au développement économique et à la création de l'emploi, eh bien, d'une certaine façon, ça revient aussi dans leur chiffre d'affaires, puisque leurs actionnaires sont, comme le groupe VINCI par exemple, des entreprises de travaux publics, donc c'est une bonne chose, c'est gagnant/gagnant
JEAN-JACQUES BOURDINBien sûr. Donc vous ne lâcherez pas sur ce milliard ?SEGOLENE ROYALC'est gagnant pour les sociétés d'autoroutes et leurs actionnaires, et c'est gagnant pour le pays, c'est gagnant pour le porte-monnaie des Français.JEAN-JACQUES BOURDINVous ne lâcherez pas sur ce milliard, si j'ai bien compris ?SEGOLENE ROYALVoilà.JEAN-JACQUES BOURDINC'est le manque à gagner
SEGOLENE ROYALSi elles veulent donner plus, elles sont bienvenues, bien évidemment
JEAN-JACQUES BOURDINC'est le manque à gagner de l'écotaxe. Oui, puisqu'on va supprimer l'écotaxe
SEGOLENE ROYALNon, non, non, ne mélangeons pas tout
JEAN-JACQUES BOURDINQuoi, autour d'un milliard ? Ça devait rapporter 800 millions !SEGOLENE ROYALNon, non, non
JEAN-JACQUES BOURDINNon ?SEGOLENE ROYALL'arrêt de l'écotaxe, au contraire, a fait faire des économies, puisque la facture était de deux milliards, donc j'ai décidé d'arrêter cette hémorragie financière sur un système qui ne fonctionnait pas. Là aussi, du bon sens, de l'esprit pratique et de la protection des Franais.JEAN-JACQUES BOURDINBon, Ségolène ROYAL, Ecomouv' terminé, 193 salariés au tapis, qui vont perdre leur emploi
SEGOLENE ROYALQui vont perdre leur emploi, mais
JEAN-JACQUES BOURDINAttendez, attendez, il y a un plan de sauvegarde de l'emploi
SEGOLENE ROYALMais pas leurs revenus, attention, il y a un plan de sauvegarde
JEAN-JACQUES BOURDINAlors, justement, je les défends, Ségolène ROYAL, je les défends
SEGOLENE ROYALVous les défendez
JEAN-JACQUES BOURDINOui, je les défends.SEGOLENE ROYALMais vous avez raison, il faut défendre l'emploi des salariés
JEAN-JACQUES BOURDINLe président de la République a fait une promesse fin novembre, garantie de salaires pendant un an pour ces salariés, vous confirmez ?SEGOLENE ROYALOui, c'est souvent le cas d'ailleurs dans les plans sociaux, les plans sociaux, heureusement, on a un système
JEAN-JACQUES BOURDINOui, mais là, en l'occurrence, est-ce que vous confirmez ?SEGOLENE ROYALOui, bien sûr, oui, oui, je l'ai déjà dit d'ailleurs.JEAN-JACQUES BOURDINChaque salarié va toucher un an de salaires ?SEGOLENE ROYALOui, en espérant qu'il retrouve un emploi avant, bien évidemment, donc il y a une sécurité, mais c'est souvent le cas dans les plans sociaux, je rappelle d'ailleurs qu'on a un système social français quand même très protecteur, c'est le modèle social français qui s'applique également dans cette situation-là, puisqu'il y a un plan social, donc de toute façon, il vaut mieux prendre soin des salariés que d'avoir continué cette hémorragie financière dans un système qui ne fonctionnait pas. Voilà.JEAN-JACQUES BOURDINBon, donc, un an de salaires garantis, même pour ceux qui ne retrouvent pas de boulot, donc
SEGOLENE ROYALEh bien, surtout pour ceux qui ne retrouvent pas de travail, oui, bien sûr, oui
JEAN-JACQUES BOURDINOui, surtout pour ceux-là, oui. Quelle entité juridique, on ne sait pas, pour ce plan de sauvegarde de l'emploi ?SEGOLENE ROYALComment ça quelle entité ?JEAN-JACQUES BOURDINOn ne sait pas quelle entité juridique future, on ne sait pas
SEGOLENE ROYALNon, mais ça, ça se résout très facilement, ça, il y a une entreprise qui fait un plan social, voilà, qui a les moyens de le faire, et dans le cadre
JEAN-JACQUES BOURDINBon, j'ai vu qu'un dispositif écotaxe pourrait être expérimenté en Lorraine, vous avez vu ça, c'est la demande du
SEGOLENE ROYALEh bien, si des régions veulent expérimenter non pas un système aussi complexe que celui-ci par satellite
JEAN-JACQUES BOURDINAh, ça sera possible ?SEGOLENE ROYALQui est renvoyé vers une entreprise, à Metz, puis des factures qui arrivaient des camions venus de l'étranger, qu'elles ne recevaient peut-être jamais, etc., donc un système un peu
même totalement déconnecté, là aussi, du bon sens
JEAN-JACQUES BOURDINRégional
SEGOLENE ROYALSi certaines régions veulent faire payer un certain nombre d'axes routiers, en effet
JEAN-JACQUES BOURDINVous n'êtes pas contre ?SEGOLENE ROYALC'est la liberté régionale, et elles peuvent en effet
je vois par exemple en Alsace, il y a des camions qui traversent l'Allemagne
JEAN-JACQUES BOURDINOui, bien sûr, c'est pour ça que je vous pose la question
SEGOLENE ROYALQui au lieu de traverser l'Allemagne parce que les autoroutes ou les routes sont payantes, viennent traverser l'Alsace. Donc là, ce n'est pas absurde qu'il y ait un tarif de transit pour que les camions, venus de l'étranger, ne profitent pas de la gratuité d'un certain nombre d'axes, et donc encombrent, polluent et détruisent les équipements routiers. Donc en effet, mais là aussi, du bon sens et de l'esprit pratique.JEAN-JACQUES BOURDINSégolène ROYAL, les taxis, vous confirmez, interdiction d'Uber Pop à partir du 1er janvier ?SEGOLENE ROYALC'est ce qui est prévu, en effet.JEAN-JACQUES BOURDINOui ? Vous confirmez, là ?SEGOLENE ROYALOui, là aussi, pourquoi les textes ont eu du retard
JEAN-JACQUES BOURDINOui, les textes ont eu du retard
SEGOLENE ROYALCe n'était peut-être pas utile de mettre tout le monde en pétard et en colère alors que les décisions avaient été prises et qu'il y a eu du retard
JEAN-JACQUES BOURDINCe n'était pas prévu dans le texte THEVENOUD, ce n'était pas prévu ?SEGOLENE ROYALQu'est-ce qui n'était pas prévu ?JEAN-JACQUES BOURDINEh bien, le cas d'Uber Pop, ce n'était pas prévu ?SEGOLENE ROYALSi, c'était prévu, ça a été vu quand même, il y a eu un petit peu de retard
JEAN-JACQUES BOURDINOui, enfin, ça a été vu, enfin oui
SEGOLENE ROYALEnfin, bon, ce n'est pas grave, le problème est réglé
JEAN-JACQUES BOURDINLe problème est réglé à partir du 1er janvier ?SEGOLENE ROYALVoilà.JEAN-JACQUES BOURDINOn est bien d'accord. Bon. Le climat, grande cause nationale en France en 2015, vous confirmez ?SEGOLENE ROYALGrande cause nationale en France en 2015, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que, il faut des actions concrètes, qui se mettent en place, grâce à la loi de transition énergétique, en particulier. Je rendrai d'ailleurs publics, la semaine prochaine, les résultats de l'appel à projets concernant les territoires zéro déchet, zéro gaspillage, qui créent des activités et des emplois en diminuant la pollution, et les territoires à énergie positive pour la croissance verte, qui investissent dans les énergies renouvelables, dans les économies d'énergie, dans la performance énergétique des bâtiments, c'est-à-dire que, en économisant l'énergie, donc en baissant les factures aussi, on crée des activités et des emplois dans les nouvelles filières de production.JEAN-JACQUES BOURDINAlors ça veut dire quoi les territoires, expliquez-nous, là, parce que, pour que les auditeurs comprennent bien.SEGOLENE ROYALAlors, un territoire à énergie positive, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'un certain nombre de communes, par exemple dans les communautés de communes, dans les départements, dans un canton élargi, se regroupent avec les citoyens, les élus, les entreprises, et se disent : qu'est-ce qu'on peut faire sur notre territoire pour économiser l'énergie et créer des emplois dans ces nouvelles filières, alors par exemple, ça veut dire que tous les habitants décident de faire des travaux d'économie d'énergie sur leur logement, grâce au crédit d'impôt, sur la transition énergétique, c'est-à-dire aujourd'hui 30% de remboursement d'impôt pour tous ceux, pour tous les gens qui font des travaux d'économie d'énergie, double vitrage, isolation des combles, changement d'un vieux radiateur électrique qui consomme beaucoup dans un équipement de chauffage qui consomme beaucoup moins. Installation d'une borne électrique de recharge de véhicules électriques, installation d'un compteur individuel de chauffage dans les copropriétés, etc., pour inciter à une baisse de 20 à 30% de la facture, grâce à ces économies d'énergie, et en même temps, ça donne du travail aux entreprises du bâtiment, et aux artisans du bâtiment. Ça, c'est disponible tout de suite.JEAN-JACQUES BOURDINEt alors ces territoires, qui fixera les limites de ce territoire ?SEGOLENE ROYALCe sont les élus eux-mêmes. C'est-à-dire souvent il y a des communautés de communes
JEAN-JACQUES BOURDINQui seront candidats ?SEGOLENE ROYALQui seront candidats, donc j'ai reçu plus de 500 candidatures, de 500 villes ou communautés de communes, qui s'engagent dans cette action, c'est-à-dire qui ont fait un programme d'actions. Les communes, par exemple, peuvent aussi faire des travaux d'isolation dans tous les bâtiments publics, les écoles, les mairies, les gymnases, grâce à la ligne de crédit de la CAISSE DES DEPOTS ET CONSIGNATIONS, donc c'est quasiment des emprunts gratuits remboursables sur 20 ans, donc les économies d'énergie vont permettre de rembourser les emprunts. Les banques, aussi, doivent distribuer des prêts à taux zéro, je le dis aux gens qui m'écoutent, vous pouvez aller dans vos banques, il y a 100.000 prêts à taux zéro que les banques doivent vous donner, si vous voulez, en plus du crédit d'impôt, si vous n'avez pas la possibilité de faire l'avance des fonds
JEAN-JACQUES BOURDINFinancer.SEGOLENE ROYALSi vous n'avez pas d'épargne, vous pouvez accéder au prêt à taux zéro. Et puis les régions vont pouvoir faire le tiers financeur, là aussi avancer de l'argent, à ceux qui font des travaux d'économies d'énergie. Après, il y a les investissements sur les énergies renouvelables, l'éolien, la géothermie, la méthanisation, c'est-à-dire la transformation des déchets verts, ou des déchets agricoles, en gaz, et ça, ça peut être aussi très rapide, en équipements de proximité, et ça permet aussi de donner des ressources aux communes ou aux citoyens qui s'engagent dans les travaux d'investissements, et ça, pour financer cela, ce sont les fonds de l'ADEME, de l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie, qui dépend du ministère de l'Ecologie, et qui fait là aussi des subventions et des prêts aux entreprises, pour qu'elles créent des emplois, et aux territoires pour qu'ils investissent dans les énergies renouvelables.JEAN-JACQUES BOURDINLe gaz de schiste, est-ce que vous seriez favorable à une exploration, franchement ?SEGOLENE ROYALNon.JEAN-JACQUES BOURDINToujours pas ?SEGOLENE ROYALNon.JEAN-JACQUES BOURDINPour établir un inventaire des ressources ?SEGOLENE ROYALNon. Mais pourquoi ? Parce que c'est une énergie fossile.JEAN-JACQUES BOURDINPour établir un inventaire des ressources ?SEGOLENE ROYALMais non.JEAN-JACQUES BOURDINNon ?SEGOLENE ROYALMais non. Pourquoi ? Parce qu'il vaut mieux investir
JEAN-JACQUES BOURDINNon, comme ça.SEGOLENE ROYALParce que ça coûte très cher, donc il vaut mieux investir dans les énergies renouvelables, qui ne provoquent pas de réchauffement
JEAN-JACQUES BOURDINDonc non, on n'ouvre pas la porte à la moindre exploration, à la moindre expérimentation.SEGOLENE ROYALNon. Pourquoi ? Parce que d'abord c'est dangereux sur le plan écologique, il faut utiliser la technique de ce qu'on appelle la fracturation hydraulique, c'est-à-dire des explosions souterraines, des possibilités de pollution des nappes phréatiques, donc là aussi il faut être respectueux de l'environnement, et ne pas courir en avant après je ne sais quel profit qui va se retourner contre la santé des gens.JEAN-JACQUES BOURDINInterdiction de l'épandage aérien des pesticides.SEGOLENE ROYALOui.JEAN-JACQUES BOURDINC'est pour quand ?SEGOLENE ROYALEt interdiction ça y est, c'est décidé
JEAN-JACQUES BOURDINDe pesticides dans les jardins publics.SEGOLENE ROYALMais oui, la France va être le premier pays au monde, au monde
JEAN-JACQUES BOURDINPlus aucun pesticide dans les jardins publics ?SEGOLENE ROYALPlus aucun pesticide dans les jardins publics, dans les jardins des écoles. Est-ce que vous trouvez normal que dans certaines écoles, même maternelles, on mette encore des pesticides dans les jardins de ces écoles ? Non, ce n'est pas normal. Et d'ailleurs, dès qu'il y a une prise de conscience, on se demande comment ça a pu exister. Donc, à partir du mois de mai prochain, c'est-à-dire quand il va y avoir les plantations, les entretiens
JEAN-JACQUES BOURDINDonc en mai.SEGOLENE ROYALEn mai prochain, il faudra que les communes arrêtent d'utiliser des pesticides dans tous les espaces publics, sur les trottoirs, dans les écoles, sur les stades, etc., pour que
JEAN-JACQUES BOURDINPlus aucun pesticide en ville.SEGOLENE ROYALPlus aucun pesticide. Qu'est-ce qu'on fait pour enlever les mauvaises herbes ? D'abord on explique aussi aux citoyens qu'une mauvaise herbe ce n'est pas une mauvaise herbe, c'est une graminée aussi qui permet aux insectes de vivre, la biodiversité, donc à l'équilibre de la nature, puisqu'on a été formaté pour ne pas voir une seule herbe qui dépassait, non. La diversité de la nature et ce qu'on appelle la biodiversité c'est aussi de voir des herbes qui ne sont pas de « mauvaises herbes », mais qui sont utiles à l'équilibre naturel. Et deuxièmement, on utilise des désherbants thermiques, c'est-à-dire en chauffant un peu, ou en mettant de l'eau chaude, par exemple, on enlève très facilement les mauvaises herbes, et là aussi ça permet, au lieu d'importer des pesticides coûteux et mauvais pour la santé, de développer des activités et des emplois chez des producteurs français qui fabriquent des désherbants thermiques. C'est ce qu'on appelle le cercle vertueux.JEAN-JACQUES BOURDINSégolène ROYAL, les feux de cheminée en Ile-de-France, toujours possibles ? Ça a fait du bruit votre
SEGOLENE ROYALÇa a fait du bruit, oui.JEAN-JACQUES BOURDINToujours possibles à partir du 1er janvier ?SEGOLENE ROYALToujours possibles. J'ai rétabli la liberté
JEAN-JACQUES BOURDINÇa y est, c'est fait ?SEGOLENE ROYALC'est fait. Je vous ai même apporté l'instruction qui est partie hier au préfet de région, qui lui demande de modifier son arrêté sur ce point-là, en disant que ça n'a aucun sens, d'une part. Deuxièmement, au moment où je développe les énergies renouvelables, et donc l'énergie bois, ce qu'on appelle la biomasse, c'était quand même un contre-indicateur par rapport à la nécessité de développer la biomasse, et donc
et puis en plus je vais, du coup, voir des entreprises qui ont mis au point
JEAN-JACQUES BOURDINMais d'où venait cette idée, qui avait eu cette idée un peu folle, d'interdire ?SEGOLENE ROYALC'est un organisme qui s'appelle AIRPARIF, qui est un peut-être un peu trop sectaire sur la question de la prise en compte de la pollution de l'air, parce qu'il faut quand même un juste équilibre, des chiffres qui étaient complètement faux, d'ailleurs, qui attribuaient aux feux de cheminée la pollution majeure sur l'Ile-de-France, ce qui est totalement faux, et donc il faut aussi
il faut arrêter d'embêter les gens, si vous voulez le fond de ma pensée, laisser un peu de liberté, un peu de respiration, un peu d'espace, et donc tout le monde peut
Bien sûr, les feux de cheminée, surtout au moment de Noël, je crois que c'est une bonne chose. Cela dit, si ceux qui ont des cheminées veulent améliorer la performance de leur cheminée, il y a le crédit d'impôt dont je parlais tout à l'heure, qui permet par exemple de financer des inserts vous savez, une cheminée fermée consomme 7 fois moins de bois
JEAN-JACQUES BOURDINQu'une cheminée ouverte.SEGOLENE ROYALDonc c'est aussi de l'économie de matière première qu'une cheminée ouverte.JEAN-JACQUES BOURDINRoybon, le Center Parcs, il faut suspendre le chantier ou pas ?SEGOLENE ROYALIl faut trouver un bon équilibre entre l'équipement et le juste choix des choses par rapport à la non-dégradation de l'environnement, donc là il y a un certain nombre d'observations qui ont été faites, manifestement, par la commission d'enquête, avant même la décision. Il faut écouter ce que disent les commissions d'enquête, il faut réajuster les projets en fonction de ce qui est dit, là on attend une décision du tribunal qui a été saisi.JEAN-JACQUES BOURDINOui, tribunal administratif jeudi.SEGOLENE ROYALVoilà, donc je crois que c'est dans quelques jours.JEAN-JACQUES BOURDINJeudi.SEGOLENE ROYALC'est jeudi, voilà, eh bien on va attendre, et puis s'il faut réajuster le projet, on le fera. Mais je mets en garde ceux qui décident des projets sans écouter ce qui est dit avant, parce qu'ils portent préjudice aux entreprises, voyez, parce que quand un projet est lancé, les entreprises se mettent en mouvement, s'organisent, recrutent, attendent des marchés, alors ceux qui font des projets qui sont bancals, ne rendent pas service aux entreprises. Donc j'ai dit à l'ensemble des préfets du territoire, vous devez faire très attention pour que les projets soient bien ciblés, afin que les entreprises soient sécurisées sur des projets qui ensuite ne seront pas remis en cause.JEAN-JACQUES BOURDINDeux questions encore. Le territoire pyrénéen est-il adapté à la multiplication des ours ? Réintroduction d'ours encore ou pas ?SEGOLENE ROYALJe crois qu'il y a deux choses, c'est-à-dire que les espèces sauvages, animales, doivent être protégées, parce que ça fait partie de la chaîne du vivant, et vous et moi on fait partie de la chaîne du vivant, il n'y a pas d'un côté les plantes, les animaux, et puis les êtres humains, on fait tous partie de la même chaîne du vivant au sens où les relations entre l'être humain et la nature constituent quelque chose de l'identité humaine qui est absolument fondamentale. Vous savez, tout être humain a deux planètes, je l'ai dit aussi à Lima, la sienne et la planète. Tout être humain a deux patries, pardon, la sienne et la planète, donc on est comptable de cet équilibre, et la vie sauvage fait partie de cet équilibre. Cela dit, il faut que ce soit aussi compatible avec les activités humaines, avec l'élevage, donc il y a le problème des ours, il y a le problème des loups aussi, qui est un très grave problème, il y a eu 6000 attaques cette année, j'entends bien ce que me disent les associations de protection de la nature, et moi je veux aussi qu'il y ait un équilibre et que le pastoralisme puisse exister dans nos territoires et dans nos montagnes, donc j'ai donné des autorisations
JEAN-JACQUES BOURDINDonc pas de réintroduction d'ours pour l'instant ?SEGOLENE ROYALPour l'instant ce n'est pas décidé, on regarde comment bien faire les choses pour qu'il y ait une bonne cohabitation entre les activités humaines, qui sont quand même prioritaires, par rapport à la vie sauvage, qui doit aussi être respectée, mais dans un juste équilibre entre les activités humaines et la vie sauvage.JEAN-JACQUES BOURDINJ'ai une dernière question politique, Ségolène ROYAL. Le jour où est présentée la loi MACRON sur la croissance, tribune très critique de Martine AUBRY dans « Le Monde. » C'est ça la gauche solidaire, sincèrement ? Ça vous a choqué ou pas ? Dites-moi franchement les choses.SEGOLENE ROYALOui, parce qu'il faut éviter les postures.JEAN-JACQUES BOURDINC'est une posture ?SEGOLENE ROYALC'est une posture, il faut éviter les postures, je le dis gentiment, mais il faut éviter
JEAN-JACQUES BOURDINGentiment, non, vous le dites.SEGOLENE ROYALIl faut éviter les postures. Vous savez, c'est facile, quand on n'est pas aux responsabilités, de dire « il y a qu'à », « il faut qu'on », etc. Donc, la loi MACRON va dans la bonne direction, je le soutiens, il faut un peu de liberté
JEAN-JACQUES BOURDINSi j'ai bien compris, à 5 dimanches ou moins, on est de gauche, et à 12 dimanches ou plus on est de droite.SEGOLENE ROYALAvouez que c'est un peu ridicule quand même.JEAN-JACQUES BOURDINNon ?SEGOLENE ROYALAvouez que c'est un peu ridicule. Donc ne faisons pas de procès d'intention, donnons un peu de liberté. Toutes les zones touristiques, dans tous les pays du monde, ouvrent leurs commerces, le commerce c'est une filière économique très importante. Vous savez, il n'y a qu'un seul critère. Etre de gauche, si on veut être de gauche, c'est de savoir est-ce que les décisions que l'on prend créent des activités, des emplois, et vont dans le sens du bien public, mais on peut être de droite et penser la même chose aussi. Je ne fais de clivage idéologique, mais si Martine AUBRY veut être de gauche, la seule question qu'elle doit se poser c'est, est-ce que la décision est bonne pour l'emploi, pour l'activité économique et pour le bien-être ? Et la réponse est oui. Donc, allons dans cette direction et ne prenons pas de postures politiciennes qui sont totalement décalées par rapport à ce qu'attendent les Français.JEAN-JACQUES BOURDINMerci Ségolène ROYAL.Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 décembre 2014
La source —
vie_publique · nº 193406
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