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4 décembre 2014 · Gouvernement · France 2 · discours Discours

Interview de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec France 2 le 4 décembre 2014, sur la lutte contre le groupe terroriste Daech, la reconnaissance d'un Etat palestinien, l'assassinat d'Hervé Gourdel et

Laurent Fabius (auteur), Roland Sicard (intervenant)

ROLAND SICARDBonjour à tous. Bonjour Laurent FABIUS.LAURENT FABIUSBonjour.ROLAND SICARDOn va parler de la conférence sur le climat de Lima. Vous partez dimanche. C'est pour préparer la conférence de Paris de l'année prochaine, que vous dirigerez, mais je voudrais qu'on revienne d'abord sur le Proche-Orient, les Iraniens auraient bombardé en Irak contre l'Etat islamique ; est-ce que c'est un tournant ?LAURENT FABIUSIl y a eu une information en ce sens hier, mais elle n'est pas confirmée. Et nous discutons avec le Premier ministre irakien, qui était là hier soir, reçu par le président français, ce n'est pas confirmé. De toutes les manières, les Iraniens avaient dit dès le début : s'il y a une menace dans la région de Bagdad ou dans la région d'Erbil, nous nous réservons le droit d'intervenir, puisqu'ils sont limitrophes de l'Irak.ROLAND SICARDEst-ce que les Iraniens peuvent entrer dans la coalition ?LAURENT FABIUSNon, c'est différent. Il a toujours été dit que la coalition, c'est quelque chose de bien particulier, et nous nous réunissions hier, nous étions une soixantaine, à Bruxelles, et les Iraniens agissent d'une façon indépendante et différente, mais il est évident que, que ce soit la coalition, que ce soit les Iraniens, nous sommes opposés au mouvement terroriste Daesh, qui est extrêmement dangereux, et qui essaie de mettre la main à la fois sur l'Irak et sur la Syrie.ROLAND SICARDMais est-ce que les frappes aériennes seront suffisantes ?LAURENT FABIUSNon, elles ne sont pas suffisantes, elles sont nécessaires parce que, il faut avoir des moyens puissants pour lutter contre les terroristes de Daesh, mais il faut qu'il y ait des gens au sol, mais au sol ROLAND SICARDAlors, il y en a, c'est les Syriens LAURENT FABIUSCe sont les Irakiens ROLAND SICARDC'est aussi les Syriens .LAURENT FABIUSNon, non, alors, attendez ROLAND SICARDEt Bachar EL-ASSAD aussi LAURENT FABIUSLa Syrie, c'est une autre chose ROLAND SICARDBachar EL-ASSAD dit : eh bien, les frappes ne servent à rien, et le travail au sol, c'est moi qui le fais.LAURENT FABIUSNon, c'est faux, mais il y a deux pays différents, il y a l'Irak, où le travail au sol est fait par les soldats irakiens, et le gouvernement irakien avait besoin pour ça d'être un gouvernement inclusif, qui rassemble tout le monde, il fait des gestes très positifs dans ce sens, nous le soutenons. Et l'armée irakienne a repris du terrain par rapport à Daesh. En Syrie, c'est tout à fait autre chose ROLAND SICARDÇa sera long, disait John KERRY LAURENT FABIUSOui, ce sera vraisemblablement long .ROLAND SICARDPlusieurs années.LAURENT FABIUSAlors en Syrie, c'est autre chose, il y a Daesh, c'est-à-dire les terroristes qui malheureusement sont présents, et fortement présents, et puis, il y a monsieur Bachar EL-ASSAD, j'ai vu qu'il avait fait une interview dans MATCH, je crois, il oublie simplement de dire que sous sa présidence, il y a eu plus de 200.000 morts. Et donc ROLAND SICARDAlors il conteste le chiffre.LAURENT FABIUSC'est absurde. Absurde, malheureusement, c'est absurde.ROLAND SICARDIl n'y aura jamais d'accord, il n'y aura jamais d'entente avec Bachar EL-ASSAD ?LAURENT FABIUSAlors nous, nous souhaitons une solution ROLAND SICARDPour lutter contre l'Etat islamique LAURENT FABIUSNous souhaitons une solution politique, bien sûr, il y a le travail militaire à faire, mais nous souhaitons une solution politique. Et cette solution politique, elle doit rassembler sur la base de ce qu'on appelle Genève 1, à la fois des éléments du régime, mais pas monsieur Bachar EL-ASSAD, comment imaginer que quelqu'un qui a causé 200.000 morts soit durablement à la tête de son pays. Non, mais il faudra des éléments du régime, et bien sûr, l'opposition démocratique et modérée. Et nous continuons à travailler à cela avec l'ensemble des responsables internationaux.ROLAND SICARDOn reste au Moyen-Orient, le Parlement français a pris une résolution qui demande à ce que l'Etat palestinien soit reconnu, est-ce que la France va le faire ?LAURENT FABIUSAlors, j'ai défini notre position, l'Assemblée nationale a voté, le Sénat va voter bientôt. Mais la position de l'exécutif, président de la République, gouvernement, c'est de dire la chose suivante, premièrement : la reconnaissance de la Palestine, c'est un droit, ce n'est pas un passe-droit, c'est un droit, qui existe déjà, enfin, le droit est reconnu depuis 1948, quand vous regardez la résolution des Nations-Unies de 1948, elle dit déjà : un Etat Palestine, un Etat juif. Bien. Mais le problème, c'est que depuis 48, ça n'a pas avancé. Israël est un Etat reconnu, et c'est très bien, mais la Palestine pas encore. Et donc la question, c'est la question des modalités et du temps. Et j'ai dit au nom du gouvernement, 1°) : il faudrait qu'il y ait une résolution des Nations-Unies, définissant bien les paramètres. 2°) : il faut qu'il y ait un appui international à tout cela, parce que, il y a des négociations périodiquement, mais elles n'aboutissent jamais, donc il faut qu'il y ait une pression internationale. Et 3°) : il faut qu'il y ait un butoir dans le temps, et si par exemple, dans un délai de deux années, on n'avait pas suffisamment avancé, à ce moment-là, il pourrait y avoir une reconnaissance, il y aurait une reconnaissance unilatérale. Mais ROLAND SICARDDe la France ?LAURENT FABIUSOui, mais l'objectif, il est clair, Israël, un Etat, la Palestine, un Etat, tous les deux en sécurité, voisins, démocratiques, et la garantie qu'on va vers la paix. L'objectif, c'est la paix.ROLAND SICARDTout à l'heure, vous rencontrez votre homologue algérien, est-ce qu'il aura des nouvelles à vous donner des circonstances de la mort d'Hervé GOURDEL ?LAURENT FABIUSOn en parlera certainement, les Algériens font un très gros travail, il y a eu déjà un des assassins de monsieur GOURDEL qui a été d'ailleurs tué, et d'après ce que m'a dit le Premier ministre, monsieur SELLAL, les choses avancent. Mais c'est dans un massif où il est très, très, très difficile de pénétrer.ROLAND SICARDL'otage français au Sahel, Serge LAZAREVIC, il y a eu une preuve de vie récente ?LAURENT FABIUSToujours la même chose ROLAND SICARDEst-ce qu'on progresse ?LAURENT FABIUSLa France n'abandonne jamais aucun des siens, mais en revanche, je suis très discret.ROLAND SICARDAlors, sujet tout à fait différent, la conférence sur le climat de Lima, vous partez donc dimanche. Qu'est-ce que vous attendez de cette conférence ?LAURENT FABIUSTrois mots d'ordre : urgence, ambition, espoir. Urgence, c'est la question du dérèglement climatique. Les scientifiques, et l'observation courante, montrent qu'il y a un dérèglement du climat de plus en plus grave, à cause de ce qu'on appelle les gaz à effet de serre, et si on n'inverse pas la tendance, ça va être gravissime, c'est-à-dire une augmentation de la chaleur ROLAND SICARDEt c'est possible ?LAURENT FABIUSC'est possible, à condition de limiter les émissions de gaz à effet de serre, bon. Donc c'est urgent, ce n'est pas pour dans 50 ans, c'est urgent. Parce que, à partir du moment où il y a les gaz à effet de serre dans l'atmosphère, vous ne les récupérez plus, ils s'accumulent. Et du coup, ça veut dire : le niveau des mers monte, ça veut dire : la chaleur énorme, les phénomènes climatiques extrêmes, la nourriture très difficile, les mouvements migratoires, l'insécurité. Donc urgence, urgence, urgence ! Ambition, cette année, à Lima, et surtout, l'année prochaine, à Paris, l'objectif, c'est d'avoir un accord mondial, 195 pays qui disent : voilà comment nous allons faire pour empêcher cette élévation de la température avec des mesures concrètes dans les différentes industries, etc. Et espoir, parce que jusqu'à présent, il y a eu, en général, des échecs, vous vous rappelez peut-être Copenhague, etc., et là, il y a un mouvement qui est différent, la Chine et les Etats-Unis, les deux plus grands pollueurs, se sont engagés, l'Europe a pris un engagement, la France, la loi de transition énergétique, donc on espère que, à Paris, qui sera la plus grande conférence diplomatique jamais organisée par la France, nous allons, nous espérons, nous travaillons pour un succès, c'est très difficile, mais moi, je mets toute mon énergie pour réussir.ROLAND SICARDSujet tout à fait différent, vous êtes pour augmenter la durée et le travail du dimanche, le travail du dimanche ; la mairie de Paris est très réticente LAURENT FABIUSNon, présenté comme ça, non, non, ce n'est pas exact. Moi, je suis en charge du tourisme ROLAND SICARDQu'est-ce qui va se passer ?LAURENT FABIUSJe suis en charge du tourisme, bon, je sais que tout un tas de touristes, que ce soit des touristes français ou des touristes internationaux, viennent le dimanche, voyagent le dimanche, s'ils trouvent, à Paris, portes closes, eh bien, ils ne vont pas consommer, le cas échéant, ils vont aller ailleurs, bon. Et donc il faut un accord gagnant/gagnant, le plus important, c'est de répondre à la demande du tourisme international. Mais il faut que ce soit positif pour les employés, que ça crée des emplois, et positif pour les touristes, donc pour la France. Donc pour moi, la priorité, c'est de répondre au tourisme international, en étant en même temps positif pour les employés et pour l'emploi.ROLAND SICARDMerci.Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 décembre 2014
La source — vie_publique · nº 193157
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/193157-interview-de-m-laurent-fabius-ministre-des-affaires-etrangeres-et-du-d?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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