Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, à La Chaîne info LCI le 25 novembre 2014, sur la journée internationale pour l'élimination des violences faites aux femmes, la pérénnité des réformes, la présence de Français dans les groupes ter
Bernard Cazeneuve (auteur), Guillaume Durand (intervenant)
Guillaume DurandNous sommes en direct avec Bernard Cazeneuve, le ministre de l'Intérieur, bonjour donc, bienvenue.Bernard CazeneuveBonjour.Guillaume DurandJournée internationale donc pour l'élimination des violences faites aux femmes, vous avez un rendez-vous ce matin d'ailleurs en sortant de ce studio - en gros, quelles décisions vont être prises ?Bernard CazeneuveCe que nous voulons c'est faire en sorte que les femmes qui sont victimes de violences conjugales et elles sont nombreuses il y a 400.000 femmes au cours des 2 dernières années qui ont été victimes de ces violences et 121 femmes qui ont trouvé la mort, agressées, frappées sauvagement par leur conjoint, l'objectif c'est de faire en sorte qu'il y ait un maximum de dépôt de plaintes pour que la police, la gendarmerie, la justice puissent élucider les faits
Guillaume DurandMais les plates-formes qui sont consacrées à ce type de problème ne fonctionnent pas ?Bernard CazeneuveCes plates-formes fonctionnent ! Nous avons d'ailleurs mis en place un dispositif pendant l'été qui consiste à doter des femmes de téléphone avec un système d'alarme qui permet immédiatement de prévenir les forces de l'ordre de manière à ce que celles-ci puissent intervenir. Mais ce que nous voulons désormais c'est qu'il y ait systématiquement une suite judiciaire de donnée, qu'il est systématiquement une prise en compte par des travailleurs sociaux de la situation de ces femmes en détresse et seulement 20 % des femmes portent plainte - parce qu'il y a un phénomène de honte, une peur des représailles, une crainte que la violence engendre la violence et par conséquent mon objectif, dans le cadre de plan interministériel de lutte contre les violences faites aux femmes, dont le Ministère de l'Intérieur n'est qu'un acteur
Guillaume DurandOui ! J'attends la chute de la phrase, oui.Bernard CazeneuveN'est qu'un acteur parmi d'autres, c'est de faire en sorte qu'il y ait systématiquement des plaintes, qu'il y ait systématiquement des poursuites, qu'il y ait systématiquement une prise en compte par les travailleurs sociaux de la situation de détresse de ces femmes.Guillaume DurandLe vote à l'Assemblée définitif de la réforme territoriale, Nicolas Sarkozy a dit : « de toute façon, si un jour j'arrive au pouvoir ou si la droite arrive au pouvoir, on balance tout ça ».Bernard CazeneuveOui ! Il passe son temps d'ailleurs à abroger toutes les lois, parfois même quand il se propose de ne pas les abroger et que la foule lui demande de le faire, il cède à la foule en lui donnant satisfaction.Guillaume DurandOui !Bernard CazeneuveCe que nous avons fait c'est des réformes que la précédente majorité n'a pas osé, n'a pas su faire. La démarche dans laquelle nous sommes engagés est très volontariste, il s'agit, d'abord, de doter le pays de grandes métropoles, la loi a été votée au mois de juin dernier
Guillaume DurandD'accord ! Mais avec contestation, contestée.Bernard CazeneuveMais il n'a jamais de réforme sans contestation ! Quand un gouvernement s'engage dans une réforme de grande ampleur, il y a toujours des contestations. Rappelez-vous des débats passionnés qui ont eu lieu en 1981 lorsque François Mitterrand et Gaston Defferre ont engagé la France dans la décentralisation
Guillaume DurandOui ! Mais si je vous pose la question, Bernard Cazeneuve
Bernard CazeneuveEt lorsque je relis les débats qui ont présidé la création des départements après la Révolution française, c'était des débats qui ressemblaient point par point à ce que nous vivons aujourd'hui. Ce que nous voulons faire c'est des grandes métropoles, des grandes régions, une administration territoriale de l'État qui monte en puissance et nous avons décidé non seulement d'en parler mais de faire, la loi a été votée déjà à l'Assemblée nationale en première lecture, au Sénat, c'est un vote très important cet après-midi et je forme le vu bien entendu que ce texte soit voté largement.Guillaume DurandMais justement, par exemple à droite il y a un débat sur la loi Taubira concernant justement la possibilité de revenir en arrière, est-ce que vous avez des garanties je parle de votre point de vue puisque la droite n'en veut pas de la réforme territoriale est-ce que vous avez des garanties qui permettent de dire ce matin : de toute façon, après le vote de cet après-midi, on ne pourra jamais revenir en arrière ?Bernard CazeneuveEh bien cette majorité ne le fera pas puisqu'elle a voté cette loi ! Mais ce qu'une loi a fait une autre loi peut le défaire, mais il faut pour cela qu'une majorité le veuille, cette majorité a engagé le pays dans la réforme territoriale pour qu'il y ait des collectivités locales plus fortes qui puissent investir davantage dans la transition énergétique, les filières industrielles d'excellence, qui puissent accompagner les transports de demain. Nous voulons de la croissance dans les territoires et, pour cela, il faut des collectivités territoriales fortes, c'est la raison pour laquelle nous faisons cette réforme et dès que nous le faisons
Guillaume DurandDonc, on ne reviendra pas en arrière ?Bernard CazeneuvePas nous en tous les cas !Guillaume DurandAh ! Eh bien vous non et, a priori, tout sera fait dans la loi ?Bernard CazeneuveEh bien les autres feront ce qu'ils doivent faire s'ils reviennent au pouvoir, ce que nous ne souhaitons pas bien entendu. Encore une fois ce qu'une loi fait une autre loi peut le défaire, une majorité différente de celle-ci peut toujours engager le pays sur un autre chemin. Mais enfin ce que veut faire l'actuelle opposition, c'est quoi ? C'est 150 milliards d'euros d'économies, là où nous faisons 50 milliards, 3 fois plus (sic). A quels services publics s'attaqueront-ils ? Quelles collectivités locales mettront-ils en danger ? Nous nous voulons des économies parce que nous sommes responsables et, en même temps, nous voulons des collectivités territoriales qui s'organisent pour porter de grands projets dans les territoires.Guillaume DurandJ'ai beaucoup de questions évidemment - là on a évoqué un peu la politique, on va y revenir dans un instant mais les Français sont quand même très inquiets par ce qui se passe à l'étranger, notamment en matière de terrorisme et il y a encore une enquête ce matin dans Le Figaro concernant le dénommé Maxime Auchard. Est-ce que vous savez, d'abord, s'il y a effectivement ou pas un deuxième Français qui a été identifié sur la fameuse vidéo tragique ?Bernard CazeneuveIl y a des enquêtes en cours et moi je ne me prononce pas sur le contenu des enquêtes en cours, parce qu'elles sont conduites sous l'autorité du Parquet antiterroriste et le Ministère de l'Intérieur, et le ministre de l'Intérieur, n'ont pas à divulguer le contenu de ces enquêtes quelles qu'elles soient, quel que soit le...Guillaume DurandOui ! Mais il y a ou pas un autre Français ?Bernard CazeneuveEncore une fois il y a de fortes présomptions concernant un Français dont le procureur de la République a donné le nom, Michaël Dos Santos, nous connaissons d'ailleurs ce ressortissant parce qu'il a commis de nombreuses exactions sur le théâtre des opérations terroristes à la fois en Syrie et dans des groupes terroristes très, très cruels et, par conséquent, il est tout à fait possible que ce personnage soit le deuxième. Mais il y a des investigations en cours et ces investigations le confirmeront.Guillaume DurandBernard Cazeneuve, ce matin, est-ce qu'on a une idée précise je sais que c'est délicat de donner des chiffres des Français qui sont justement dans ce type d'opération et dans ce camp-là ?Bernard CazeneuveOui ! Nous avons une idée précise, il y a à peu près 370 Français qui sont aujourd'hui dans des groupes terroristes, soit à
, soit Daech en Irak et en Irak et le nombre de ceux qui sont concernés par ces entreprises terroristes sont à peu près d'un millier, parce qu'il y en a 200 qui sont déjà rentrés après avoir été engagés, embrigadés dans ces groupes, il y en a 200 qui ont émis le souhait de s'y rendre, il y en a à peu près 200 qui sont quelque part entre la France et la Syrie, en Europe, sur le chemin de ces théâtres d'opérations terroristes, et mon objectif il est très simple : empêcher les départs, parce qu'on voit ce que donne l'engagement dans ces groupes barbares de nos ressortissants, ils perdent tout repère, ils peuvent revenir à tout moment sur le territoire national guidés par le seul instinct de la violence ; quand ils reviennent en France, parce que c'est un sujet le retour, il faut absolument judiciariser leur situation
Guillaume DurandMais, quand vous dites absolument, ça veut dire que ça n'a pas toujours été le cas, parce qu'on se souvient de cette famille qui est partie d'Istanbul, arrivée à Marseille, qui a
Bernard CazeneuveNon ! Nous judiciarisons la situation de tous ceux dont nous sommes convaincus, parce qu'il y a des preuves, qu'ils ont été engagés dans des groupes terroristes, nous le faisons systématiquement. Aujourd'hui il y a près de 461 personnes qui sont concernées par des procédures judiciaires, nous avons procédé à l'interpellation de 138 personnes, nous avons mis et incarcéré près d'une centaine de personnes. Donc, les services
Guillaume DurandMais quand l'opposition vous dit ne les laissons plus rentrer, c'est-à-dire laissons-les à l'étranger définitivement ?Bernard CazeneuveMais nous avons mis dans la
Guillaume DurandBarrons-leur les frontières ?Bernard CazeneuveNon ! Mais soyons-là aussi tout à fait responsables et conformes au droit. Ceux qui ont la double nationalité peuvent être empêchés de revenir ou ceux qui sont étrangers peuvent être empêchés de revenir, mais nous ne pouvons pas fabriquer des apatrides, nous ne pouvons pas interdire le retour sur le territoire national de ressortissants Français. Aucun pays d'ailleurs ne peut le faire ! Même les Britanniques qui avaient songé à prendre une mesure qui permettait de retarder le retour voient bien qu'il y a une contradiction entre cette mesure et le droit international. Donc, il faut éviter sur le sujet du terrorisme de tenir des propos qui, soit sont outranciers, soit correspondent à des mesures dont on sait qu'on ne peut pas les mettre en uvre parce qu'elles ne correspondent pas à ce que sont les règles du droit international.Guillaume DurandUne petite phrase ! Vous savez que les relations entre vous et les écologistes ont été extrêmement compliquées parce que vous avez dit à propos de François de Rugy qu'il a la haine à la commissure des lèvres et Cécile Duflot vous a demandé de lui présenter des excuses, est-ce que ce serait le cas ce matin ?Bernard CazeneuveAh non ! Non, non, parce que
écoutez moi je n'ai qu'une déclaration, c'est celle-ci, je nen trouverai pas d'autre. Pourquoi est-ce que je fais cette déclaration ? Parce que j'ai une succession de propos de François de Rugy qui
l'insulte et souvent la vérité, quand je l'avais en face de moi dans l'hémicycle j'ai eu l'occasion de dire ce que je pensais, mais c'est derrière moi. J'ai dit ce que ce qu'avais à dire, je le dis franchement - parce que moi je ne me répands pas dans les couloirs ou dans les studios de télévision quand ceux auxquels j'ai quelque chose à dire ne sont pas là, maintenant c'est fait, je l'ai fait en franchise, je l'ai fait parce que j'avais suffisamment d'éléments pour le dire légitimement, mais je ne suis pas quelqu'un qui aime la polémique, je ne suis pas un belliqueux et vous ne me verrez jamais
Guillaume DurandVous n'êtes pas belliqueux mais vous êtes ferme, parce que ce matin
Bernard CazeneuveMais il faut être ferme, non ? Je pense que quand on est insulté quasiment tous les jours, que des contre-vérités sont dites concernant l'action que vous menez et que vous êtes ministre de l'Intérieur
Guillaume DurandEh bien en gros ce qu'ils ont dit c'est qu'il y a une sorte de hiatus, un flou, à un moment avec des consignes qui ont été données par le préfet du Tarn qui étaient des consignes plutôt musclées.Bernard CazeneuveOui ! Mais j'ai commandé sur ce sujet-là 2 enquêtes administratives, la première a été rendue, la seconde le sera le 5 décembre, donc on saura toute la vérité. Par ailleurs, il y a une enquête judiciaire en cours, elle donnera elle aussi toute la vérité. Je sais personnellement ce que j'ai fait, je suis par conséquent tout à fait à même - avec l'ensemble de ceux qui m'emploient et qui sont mes collaborateurs de savoir le décalage qui existe entre ces insinuations, ces accusations sans preuve et ce que nous avons fait.Guillaume DurandDonc, le ministère n'a jamais été débordé ?Bernard CazeneuveMais le ministère non seulement n'a jamais été débordé mais il a fait ce qu'il devait faire ! Il y a eu la violence à Sivens, une extrême violence, il y a eu près de 78 policiers et gendarmes qui ont été blessés au cours de toutes les opérations de violences autour de ce barrage ; il y a eu des violences extrêmes dans les heures qui ont précédé la mort tragique de Rémi Fraisse. Vous savez qu'à l'occasion de la réunion du 21 octobre le préfet, à ma demande, parce que j'ai donné des consignes d'apaisement, avait décidé de ne pas positionner de forces de sécurité à Sivens - c'est parce qu'il y a eu ces violences que nous avons été obligés de le faire pour éviter des contre-manifestations qui auraient conduit à des affrontements potentiellement très graves - et, à partir de ce moment-là, il y a eu une préemption d'un drame à des fins politiques, avec des polémiques, des accusations, qui parfois
l'insulte, j'ai considéré qu'il était temps de dire stop. Parce que je suis aussi comptable dans ma fonction de la réputation de tous ceux qui souffrent, parmi les gendarmes, les policiers, des accusations qui sont portées contre eux ; parce que ces hommes et ces femmes sont des fonctionnaires, ils ont l'esprit de service public, ils sont des républicains et qui chaque jour risquent leur vie pour assurer la sécurité des Français.Guillaume DurandQuestion de sécurité encore ! Alors celle-là elle est liée à la vie privée du chef de l'État, mais est-ce qu'il est protégé correctement étant donné la nature des photos qui sortent dans les journaux, je ne parle pas de la vie privée, je parle de la protection du chef de l'État ?Bernard CazeneuveLa réponse est oui !Guillaume DurandMais alors comment se fait-il quon n'ait pas débusqué le personnage qui visiblement devant le bureau Aquino Morelle
Bernard CazeneuveJe n'ai pas de commentaire à faire sur ce sujet !Guillaume DurandMais est-ce qu'il y a une enquête officielle ?Bernard CazeneuveJe n'ai pas de commentaire à faire sur ce sujet !Guillaume DurandEst-ce que le Pape sera protégé d'une manière efficace contre des manifestations qui pourraient venir par exemple des FEMEN ou de tous ceux qui considèrent
Bernard CazeneuveToutes les dispositions ont été prises à cet effet !Guillaume DurandC'est-à-dire ?Bernard CazeneuveEh bien c'est-à-dire que nous avons, en liaison avec le préfet et les forces de sécurité, pris toutes dispositions pour protéger le Pape et, si je vous disais quelles dispositions ont été prises, ceux qui pourraient être tentés de les déjouer, seraient informés pour le faire, ce que bien entendu je ne souhaite pas.Guillaume DurandAlors le ministre de l'Intérieur est aussi un ministre politique, ce sera ma dernière question, évidemment Bernard Cazeneuve vous savez que la gauche est dans la tourmente, que les sondages sont extrêmement défavorables à François Hollande, d'où peut venir l'éclaircie ?Bernard CazeneuveDe la persévérance, de l'opiniâtreté, du courage. En politique, lorsqu'il y a une crise profonde qui s'enkyste, qu'il y a des doutes
Guillaume DurandParce que l'opposition parle maintenant d'une présidence virtuelle, enfin qu'il ne la commente même plus la présidence de François Hollande ?Bernard CazeneuveOui ! Mais enfin vous avez vu le spectacle donné par l'opposition à Bordeaux qui montre, à travers des grandes manifestations, soit qu'elle cède à la foule, soit qu'elle l'hystérise suffisamment pour que ceux qui ne plaisent pas soient sifflés au profit de ceux qui plaisent davantage ou qui sont censés plaire, tout ça n'est pas non plus de nature à rassurer les Français. Il y a un gouvernement qui a
Guillaume DurandMais quand même Nicolas Sarkozy va être président de l'UMP dans quelques jours !Bernard CazeneuveOui ! D'ailleurs il parait qu'il va être président de l'UMP pour redresser l'UMP qu'il a contribué lui-même à affaiblir beaucoup en laissant ce parti dans l'état que l'on sait, au terme d'une campagne ratée financée dans des conditions qui suscitent des interrogations, donc laissons tout cela de côté. Ce qui compte aujourd'hui c'est que nous puissions poursuivre l'action de redressement de notre pays, que nous le fassions avec détermination, que nous le fassions avec loyauté vis-à-vis du président de la République qui est engagé dans une action courageuse et la réussite du quinquennat est le seul moyen demain de gagner les élections à venir.Guillaume DurandMerci Bernard Cazeneuve d'être venu ce matin donc sur l'antenne de RADIO CLASSIQUE et de LCI, bonne journée à vous, donc... ce matin avec des mesures concernant l'élimination de la violence faite aux femmes, merci, bonne journée à vous.Source http://www.interieur.gouv.fr, le 27 novembre 2014
La source —
vie_publique · nº 193065
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