Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, à BFM TV le 20 novembre 2014, sur les tarifs réglementés de l'énergie, le survol de centrales nucléaires par des drones, le barrage de Sivens, les portiques
Ségolène Royal (auteur), Jean-Jacques Bourdin (intervenant)
JEAN-JACQUES BOURDINSégolène ROYAL, bonjour.SEGOLENE ROYALBonjour.JEAN-JACQUES BOURDINMerci d'être avec nous, ministre de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie. J'ai vu que vous étiez la personnalité politique la plus populaire chez les sympathisants socialistes.SEGOLENE ROYALOui.JEAN-JACQUES BOURDINVous êtes heureuse de ça, non ? C'est dans « Le Point » ce matin.SEGOLENE ROYALPourquoi pas, oui, ce qu'il faut c'est savoir ce qu'il faut en faire. Moi mon souci c'est d'être efficace, de m'appuyer sur la façon dont, peut-être, les citoyens entendent ce que je dis sur la question de la possibilité de sortir de la crise grâce à la transition énergétique, c'est-à-dire grâce à un autre modèle économique, un autre modèle de société, je crois que c'est ça qui explique ceci.JEAN-JACQUES BOURDINOn va en parler. Justement, puisque nous sommes sur l'énergie. Le gaz va baisser, 1er décembre ?SEGOLENE ROYALOui.JEAN-JACQUES BOURDINCombien ?SEGOLENE ROYALEcoutez, il va baisser.JEAN-JACQUES BOURDINIl va baisser, mais combien ?SEGOLENE ROYALCe n'est pas le gouvernement
JEAN-JACQUES BOURDINVous ne savez pas, vous ?SEGOLENE ROYALCe n'est pas le gouvernement qui décide de l'évolution, en tout cas ce qui est clair c'est que tant
JEAN-JACQUES BOURDINCe sont les tarifs réglementés.SEGOLENE ROYALTant sur l'électricité, que sur le gaz, vous avez vu qu'il y a une modération des augmentations, voire une baisse des prix, parce que je suis très soucieuse, le gouvernement est très soucieux de la protection du pouvoir d'achat des Français. Ce qui se faisait avant, c'est-à-dire une augmentation automatique, sans régulation, sans contrôle, aujourd'hui ça a changé, puisque j'ai modifié les modes de fixation des tarifs d'électricité, et au lieu d'augmenter de 5%, je vous le rappelle, ils ont augmenté de 1,6%.JEAN-JACQUES BOURDINAlors, le gaz va baisser, apparemment 0,79% hors taxe en moyenne, à partir du 1er décembre. L'électricité, 1er janvier ça augmente ?SEGOLENE ROYALPour l'instant rien n'est décidé encore.JEAN-JACQUES BOURDINRien n'est décidé ?SEGOLENE ROYALPuisque grâce à la modification, à la réforme que j'ai faite sur la façon dont sont fixés aujourd'hui les tarifs, qui sont beaucoup plus contrôlés, nous contrôlons la réalité de l'augmentation du coût de la production, et nous demandons
JEAN-JACQUES BOURDINEst-ce qu'il y aura une augmentation au 1er janvier ?SEGOLENE ROYALJe ne sais pas encore, j'espère que non, puisqu'une augmentation vient d'avoir lieu
JEAN-JACQUES BOURDINOui, c'est pour ça.SEGOLENE ROYALQui, je le rappelle, était beaucoup moins importante que prévu, puisque j'ai annulé la hausse de 5% pour bien calculer les frais réels de production de l'électricité, et on a observé que ces frais réels n'étaient pas tout à fait ceux qui étaient avancés, donc l'entreprise ne peut pas être à la fois juge et parti, aujourd'hui il y a un contrôle de la Commission de Régulation de l'Energie.JEAN-JACQUES BOURDINDonc vous ne savez pas si ça va augmenter au 1er janvier ?SEGOLENE ROYALEt heureusement, bien sûr que non, puisque ça va être fonction à la fois du prix du marché
JEAN-JACQUES BOURDINVous êtes opposée à toute augmentation au 1er janvier ou pas ?SEGOLENE ROYALJe suis opposée à toute augmentation non justifiée, et jusqu'à présent il y avait des augmentations non justifiées, auxquelles nous avons mis fin.JEAN-JACQUES BOURDINSégolène ROYAL, un mot de politique avant de passer à l'écologie et au développement durable, un mot de politique. Ça fait un peu de bruit depuis 2 jours maintenant, Thierry MANDON, qui est membre du gouvernement, qui juge indispensable une primaire à gauche pour 2017, élargie aux Radicaux, aux écologistes et à tous ceux qui voudront y participer. Vous aussi vous la jugez indispensable ?SEGOLENE ROYALJe me suis fixé un principe qui est de ne pas parler des échéances électorales futures.JEAN-JACQUES BOURDINAh bon !SEGOLENE ROYALLes Français ils ont envie qu'on agisse là où on est, aux responsabilités que l'on a.JEAN-JACQUES BOURDINNon, mais ils ont envie de savoir aussi ce qui va se passer, ou ce qui pourrait se passer.SEGOLENE ROYALNon, les Français ils veulent savoir ce qui va se passer aujourd'hui, pour eux, pour leurs enfants, pour l'éducation de leurs enfants
JEAN-JACQUES BOURDINOui, mais ça on va en parler.SEGOLENE ROYALPour le travail, pour la lutte contre le chômage
JEAN-JACQUES BOURDINVous ne pouvez pas évacuer comme ça une question.SEGOLENE ROYALSi, je l'évacue.JEAN-JACQUES BOURDINPourquoi vous l'évacuez ?SEGOLENE ROYALParce que ma façon de faire de la politique c'est de m'occuper du travail
JEAN-JACQUES BOURDINVous n'avez pas aucune idée sur cette question ?SEGOLENE ROYALNon, ça ne m'intéresse pas de savoir.JEAN-JACQUES BOURDINAbsolument pas ?SEGOLENE ROYALNon, ce qui m'intéresse c'est de savoir si oui ou non nous allons redresser le pays, si oui ou non nous allons rendre la confiance
JEAN-JACQUES BOURDINMais ça ne vous intéresse pas de savoir si la gauche sera présente au second tour en 2017 ?SEGOLENE ROYALÇa m'intéressera le moment venu.JEAN-JACQUES BOURDINAujourd'hui peu importe, qu'elle soit présente ou pas ?SEGOLENE ROYALMais pourquoi peu importe ? Ce n'est pas peu importe, c'est
JEAN-JACQUES BOURDINAh bon ! J'espère pour vous, enfin je ne sais pas moi, je
SEGOLENE ROYALCe n'est pas peu importe, c'est que la réponse à cette question dépend du travail que nous faisons aujourd'hui. Vous savez, les Français ils sont très concrets, ils regardent ce qui se passe, ils aiment la politique par la preuve.JEAN-JACQUES BOURDINMais, vous avez aimé les primaires, Ségolène ROYAL, vous y avez participé, vous avez aimé, c'était utile les primaires, non ?SEGOLENE ROYALJe ne veux pas alimenter le débat politicien des futures échéances électorales, travaillons aujourd'hui et maintenant, sur ce que nous avons à faire.JEAN-JACQUES BOURDIND'accord, mais vous avez aimé les primaires, c'est un bon système les primaires.SEGOLENE ROYALÇa dépend du contexte.JEAN-JACQUES BOURDINAh, ça dépend du contexte !SEGOLENE ROYALÇa dépend du contexte.JEAN-JACQUES BOURDINDonc 2017 on a un président de la République, primaires, bon, d'accord !SEGOLENE ROYALJe ne veux pas
parlons de choses opérationnelles, concrètes.JEAN-JACQUES BOURDINAlors, parlons de vous.SEGOLENE ROYALParlons de moi, oui, de ce que je fais.JEAN-JACQUES BOURDINVous pourriez être candidate à une primaire, vous ?SEGOLENE ROYALCe n'est pas le sujet d'aujourd'hui.JEAN-JACQUES BOURDINNon, mais vous avez dit « qui sait », vous avez dit « pourquoi pas », vous avez laissé la porte ouverte. Vous l'avez fait, non ?SEGOLENE ROYALCe n'est pas le sujet d'aujourd'hui, le sujet d'aujourd'hui qu'est-ce que c'est pour moi
JEAN-JACQUES BOURDINJe vais y venir.SEGOLENE ROYALJe prépare la conférence environnementale, je prépare le sommet
JEAN-JACQUES BOURDINJe vais y venir. Je vais y venir. Et je vais vous parler des autoroutes, et je vais vous parler
SEGOLENE ROYALLa conférence internationale sur la planète.JEAN-JACQUES BOURDINEt je vais vous parlez
mais, vous n'évacuez pas totalement une éventuelle participation.SEGOLENE ROYALJ'évacue, et la question, et la participation.JEAN-JACQUES BOURDINVous évacuez la participation ?SEGOLENE ROYALJe ne vais pas revenir là-dessus Jean-Jacques BOURDIN.JEAN-JACQUES BOURDINTrs bien. Vous ne serez pas candidate, donc, si j'ai bien compris. Les jihadistes, ces jeunes qui partent en Syrie, qui reviennent après en France, évidemment la justice va les condamner, mais est-ce qu'il faut ouvrir, je ne sais pas moi, des centres de rééducation ? Vous avez travaillé sur la question un temps, dans votre carrière politique.SEGOLENE ROYALD'abord c'est une abomination, une abomination, une barbarie sans nom, découvrir en plus qu'il y a des Français qui se sont laissés entraîner dans cette abomination, c'est vrai que ça pose une vraie question. Le gouvernement a mis en place, vous le savez, tout un dispositif, un plan de lutte contre la radicalisation, avec un numéro vert, il faut que les entourages soient très vigilants, regardent ce qui se passe aussi sur Internet, et donc nous devons impérativement traquer le recrutement, traquer les
JEAN-JACQUES BOURDINEt insister peut-être plus, au collège et au lycée, sur les dangers d'Internet ?SEGOLENE ROYALExactement, je pense aussi, oui, et sur les dangers de cet engagement, qui n'en n'est pas un, parce qu'on découvre des jeunes qui pensent qu'ils se font avoir sur un engagement au service d'une cause, et qui se retrouvent dans des bandes criminelles et de barbares, et donc, en effet, l'information paraît absolument cruciale, et surtout, je le répète, la vigilance des proches, qui disposent aujourd'hui d'un numéro vert et d'un appui.JEAN-JACQUES BOURDINEst-ce qu'il faut vous avez été ministre de l'Enseignement scolaire est-ce qu'il faut renforcer l'apprentissage du fait religieux à l'école ?SEGOLENE ROYALJe crois qu'il ne faut surtout pas tout mélanger, on ne peut pas mélanger le fait religieux et ces actes de barbarie, et tous ces amalgames sont très dangereux et sont détestables.JEAN-JACQUES BOURDINBien. Les drones, qui survolent nos centrales nucléaires, ne sont toujours identifiés ?SEGOLENE ROYALPas encore, mais il me semble que ce soit une forme de provocation pour faire croire que nos centrales
JEAN-JACQUES BOURDINPas encore, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on va identifier certains pilotes de ces drones ?SEGOLENE ROYALEn tout cas le dispositif est mis en place pour sécuriser, pour identifier
JEAN-JACQUES BOURDINOui, ça, ça fait plusieurs jours qu'on nous l'a dit, mais pour l'instant n'a été identifié.SEGOLENE ROYALPersonne n'a été identifié pour l'instant.JEAN-JACQUES BOURDINEst-ce que des identifications sont en cours ?SEGOLENE ROYALOui, des procédures sont en cours, des informations commencent déjà à nous remonter, mais je ne peux en dire plus, bien évidemment.JEAN-JACQUES BOURDINNon, mais il y a donc des identifications en cours, de pilotes ?SEGOLENE ROYALIl y a des identifications en cours.JEAN-JACQUES BOURDINDe pilotes de drones ?SEGOLENE ROYALJe ne peux pas en dire plus pour l'instant.JEAN-JACQUES BOURDINDrones qui sont toujours, eux, non
SEGOLENE ROYALNon, mais qu'est-ce c'est qui est important, c'est de savoir si oui ou non nos centrales nucléaires sont vulnérables. La réponse est non. La réponse est non.JEAN-JACQUES BOURDINLa centrale en elle-même, non, mais certains éléments des centrales sont vulnérables, vous le savez.SEGOLENE ROYALJe crois qu'on ne peut pas laisser porter atteinte à la crédibilité de notre filière nucléaire de cette façon-là, en supposant que des drones vont pouvoir porter atteinte à la sécurité de nos centrales. Elles sont construites, les centrales, d'abord pour résister aux secousses sismiques, donc vous imaginez, et même à la chute d'un avion sur la centrale. Donc, par définition
JEAN-JACQUES BOURDINLes piscines, par exemple, d'eaux usées, sont vulnérables, dans les centrales.SEGOLENE ROYALLes piscines ne sont pas vulnérables par un drone, non.JEAN-JACQUES BOURDINPar une bombe jetée, larguée par un drone, non ? Tout ça c'est du fantasme ?SEGOLENE ROYALSortons de la science-fiction. Non, tout ça est une forme d'insinuation sur la sécurité de nos centrales nucléaires. Moi, ministre de l'Energie, je ne laisserai pas porter atteinte à la réputation de nos centrales nucléaires par, en effet, des supputations qui relèvent de la science-fiction.JEAN-JACQUES BOURDINA propos de centrales nucléaires, Ségolène ROYAL, la réputation de l'EPR de Flamanville en prend un coup, non ?SEGOLENE ROYALPourquoi ?JEAN-JACQUES BOURDINPourquoi, parce que ça fait des années
parce que ce chantier est reporté d'année en année, que ça coûte de plus en plus cher, 3 milliards au départ, qu'on est à 8,5 milliards, de coût
SEGOLENE ROYALMais c'est un chantier considérable. Donc là, de quoi s'agit-il ? Il s'agit de quelques mis de retard par rapport à l'éventualité d'une ouverture en 2016, qui est reportée en 2017, au moins, vous voyez, il y a la
JEAN-JACQUES BOURDIN2017, ouverture maintenant ?SEGOLENE ROYALC'est ce qui a été dit hier par l'entreprise, donc nous sommes en train de regarder les tenants et les aboutissants, de façon sérieuse, de façon posée, de façon transparente. Et la preuve que les choses sont transparentes, c'est que les choses ont été dites.JEAN-JACQUES BOURDINSivens, est-ce que vous confirmez que Bruxelles pourrait engager contre la France une procédure d'infraction à la réglementation européenne ?SEGOLENE ROYALPour l'instant nous en sommes au stade des investigations, mais ce qu'il faut souligner c'est que cette procédure s'inscrit dans le cadre du projet précédent, que le Conseil général du Tarn a suspendu, vous le savez. En tout cas ça reflète un élément que nous connaissions, puisque les experts que j'ai envoyés sur place l'ont relevé, c'est que la Commission européenne était légitime à engager une enquête puisque des fonds européens avaient été sollicités.JEAN-JACQUES BOURDINBien sûr.SEGOLENE ROYALEh bien écoutez, au moins dans cette investigation on aura peut-être des éléments supplémentaires, qui permettront
JEAN-JACQUES BOURDINSi Bruxelles stoppe le projet, ça vous arrange, non, franchement ?SEGOLENE ROYALMais Bruxelles ne peut pas stopper un projet.JEAN-JACQUES BOURDINNe peut pas ?SEGOLENE ROYALBruxelles peut donner des éléments d'évaluation de la qualité de la gestion de l'eau, de la protection des zones humides, de la suffisance, ou non, des contreparties environnementales liées à la destruction
JEAN-JACQUES BOURDINEt de l'utilisation de l'eau.SEGOLENE ROYALEt de l'utilisation de l'eau, moi ce que je considère c'est qu'aujourd'hui le dialogue a été renoué, ce que l'on disait impossible est devenu possible. j'ai rassemblé l'ensemble des parties prenantes autour de la même table, les uns et les autres ont commencé à se reparler, apprendre à se respecter, et mon travail consiste maintenant à faire émerger une solution de réconciliation, qui va permettre d'apporter de l'eau aux agriculteurs qui en ont besoin pour vivre, d'apporter de l'eau à la rivière qui s'appelle le Tescou, à la rivière du Tescou, pour que l'équilibre écologique soit maintenu, donc, ce que j'ai expliqué aux uns et aux autres c'est que, voyez, au lieu de se disputer et de s'opposer, et au lieu de recourir à la violence, parlons-nous et essayons de faire émerger des solutions intelligentes, qui permettent de concilier le développement économique, l'équipement du pays, et en même temps la protection environnementale.JEAN-JACQUES BOURDINECOMOUV, vous étiez en Italie. Vous avez parlé avec l'actionnaire principal d'ECOMOUV. Le gouvernement est prêt à négocier, on est bien d'accord. Négocier ça veut dire quoi ? Ça veut dire que la société ECOMOUV sera indemnisée ; vous proposez une indemnisation.SEGOLENE ROYALC'est prévu dans le contrat. Vous savez que si je n'avais pas suspendu ce contrat, c'étaient deux milliards qui étaient prévus de rémunération de l'entreprise, même si le dispositif ne rapportait rien, ce qui est quand même un comble. En arrêtant cette hémorragie financière dans le cadre du contrat qui avait été signé et qui prévoyait une résiliation possible, aujourd'hui comme dans toutes les situations de ce type, nous négocions pour savoir qui doit quoi, qui est responsable de quoi.JEAN-JACQUES BOURDINVous allez payer quoi ? huit cents millions ? L'Etat va payer huit cents millions d'euros ? Huit cent trente millions d'euros apparemment.SEGOLENE ROYALJe sais que ce chiffre a beaucoup circulé, que l'entreprise en elle-même avance ce chiffre. Moi, ma responsabilité pointilleuse et soucieuse de la lutte contre les gaspillages et la protection des deniers publics, c'est de faire sortir les factures, ce que nous sommes en train de faire. Une discussion a lieu entre le ministère et l'entreprise. Nous regardons les factures et nous regardons les préjudices des uns et des autres parce que les Français aussi ont subi un préjudice.JEAN-JACQUES BOURDINMais si l'entreprise n'est pas d'accord, vous allez au procès, au tribunal.SEGOLENE ROYALCe que je ne souhaite pas. Il vaut mieux un bon accord qu'un procès qui s'éternise.JEAN-JACQUES BOURDINLes portiques ECOMOUV, je n'ai pas très, très bien compris. Il y a cent soixante-treize portiques en France et vous avez dit qu'ils pourraient servir à la gendarmerie pour par exemple vérifier les embouteillages. Je n'ai pas très bien compris.SEGOLENE ROYALLes choses sont assez simples aujourd'hui : comment éviter les gaspillages puisqu'un certain nombre de portiques sont installés.JEAN-JACQUES BOURDINOui, ils sont installés mais vous n'allez pas les démonter.SEGOLENE ROYALÇa dépend. On est en train de regarder qui cela pourrait intéresser.JEAN-JACQUES BOURDINCertains seraient démontés ?SEGOLENE ROYALCertains projets dans d'autres pays peuvent être intéressés, les autoroutes peuvent être intéressées, les gendarmes peuvent être intéressés.JEAN-JACQUES BOURDINVous pourriez vendre ces portiques.SEGOLENE ROYALOn pourrait en vendre un certain nombre puisqu'à l'intérieur des portiques, il y a une technologie très pointue qui ne doit pas être gaspillée. Elle peut être réutilisée pour un certain nombre d'autres usages, par exemple pour prévenir les embouteillages, alerter sur les intempéries. On a vu encore des phénomènes très graves d'intempéries et de manque d'anticipation des intempéries.JEAN-JACQUES BOURDINEn rase-campagne, ça ne va pas être utile.SEGOLENE ROYALCe n'est pas en rase-campagne qu'ils ont été mis. Ils ont justement été mis sur des axes très fréquentés. On va voir, on est en train de regarder. Je suis très concrète et très pragmatique. Il y a des portiques qui sont là, des portiques qui ont coûté cher, il n'est pas question de les gaspiller. Il y a une technologie à l'intérieur et je regarde donc à quoi peut servir cette technologie.JEAN-JACQUES BOURDINLes autoroutes.SEGOLENE ROYALAh ! vous voyez que ça progresse, les autoroutes ! Tout le monde m'avait critiquée !JEAN-JACQUES BOURDINLes concessionnaires sont prêts à investir dans un nouveau plan de développement des infrastructures.SEGOLENE ROYALBien voilà !JEAN-JACQUES BOURDINOui, mais ils demandent un allongement des concessions.SEGOLENE ROYALCe qu'on disait impossible là aussi devient possible.JEAN-JACQUES BOURDINMais ils veulent un allongement des concessions. Vous êtes prête à leur accorder cet allongement ?SEGOLENE ROYALPourquoi pas ? Tout se discute mais il faut surtout baisser les prix pour les automobilistes car les autoroutes sont beaucoup trop chères.JEAN-JACQUES BOURDINVous êtes prête à allonger les concessions contre une baisse des prix.SEGOLENE ROYALÇa dépend.JEAN-JACQUES BOURDINC'est la discussion ?SEGOLENE ROYALIl n'y a pas que cette hypothèse puisque vous avez vu qu'il y a un rapport parlementaire qui évoque également la reprise de concessions par exemple, et la remise en concurrence des concessions puisque ces concessions arrivent à échéance.JEAN-JACQUES BOURDINVous pourriez remettre en concurrence ?SEGOLENE ROYALC'est une des hypothèses que la remise en concurrence des concessions puisqu'elles arrivent à échéance, soit la prolongation des concessions contre un certain nombre de contreparties très claires.JEAN-JACQUES BOURDINQuelles contreparties ?SEGOLENE ROYALIl y a plein de contrepartie. D'abord la baisse des prix pour les automobilistes, les investissements dans les infrastructures de transport, et cætera. Donc le redéploiement de ces recettes exagérées qui ont été empochés par les compagnies d'autoroutes parce qu'elles ont pratiqué des prix, a dit la Cour des Comptes et l'Autorité de la concurrence, supérieurs à ce qu'elles auraient dû mettre.JEAN-JACQUES BOURDINBien. La conférence environnementale les 27 et 28 novembre sur le climat, transport, santé.SEGOLENE ROYALClimat, transport, santé environnement, ce sont trois sujets majeurs pour la vie et pour notre vie quotidienne, notamment les questions de santé et les questions de lutte contre les pesticides. Vous savez que j'ai interdit l'épandage aérien des pesticides.JEAN-JACQUES BOURDINEst-ce que vous allez aller plus loin dans la lutte contre les pesticides ?SEGOLENE ROYALIl faut aller beaucoup plus loin.JEAN-JACQUES BOURDINSur les nitrates par exemple ?SEGOLENE ROYALLes pesticides, tout ce qui est toutes les pollutions chimiques dans l'eau, dans l'alimentation, dans les sols provoquent des cancers, provoquent des maladies liées à l'obésité, provoquent la maladie d'Alzheimer. Ce qu'il faut, c'est éliminer toutes les substances dangereuses qui sont dans l'alimentation et dans les emballages et dans les produits de soin comme par exemple les parabènes ou les phtalates. On a interdit les parabènes et les phtalates dans les biberons par exemple et on va continuer sur les emballages.JEAN-JACQUES BOURDINComment aller plus loin ?SEGOLENE ROYALIl faut identifier encore les produits chimiques. Il y a aussi tout un travail qui est fait à l'échelle européenne, ce qu'on appelle les perturbateurs endocriniens qui provoquent notamment la baisse de la fertilité, qui provoquent un certain nombre de cancers. Par exemple dans les pesticides, il y a très directement les cancers liés aux testicules. Si longtemps ça a été caché, ça a été tabou, c'est que ces questions-là aujourd'hui elles ne doivent plus être tabous parce que ce sont des enjeux de santé publique considérables.JEAN-JACQUES BOURDINAller plus loin, ça veut dire identifier tous ces produits dangereux.SEGOLENE ROYALLes éliminer, les interdire comme j'ai commencé à le faire dans un certain nombre de cas.JEAN-JACQUES BOURDINInterdire quoi par exemple ?SEGOLENE ROYALPar exemple tous les parabènes. Aujourd'hui c'est simplement l'étiquetage sans parabène. Les parabènes, les phtalates, les perturbateurs endocriniens.JEAN-JACQUES BOURDINEt les nitrates ? Parce qu'il y a cette directive nitrates.SEGOLENE ROYALEt lutter contre les nitrates en effet parce que ça pollue l'eau. Il y a aussi la question des médicaments.JEAN-JACQUES BOURDINNon mais je reste aux nitrates. Comment faites-vous ?SEGOLENE ROYALComment on fait ? On aide les agriculteurs à répondre aux normes de lutte contre les nitrates.JEAN-JACQUES BOURDINLa France est condamnée régulièrement.SEGOLENE ROYALC'est ce que nous sommes en train de travailler pour y répondre, et en particulier on a de nouvelles solutions maintenant qui sont les méthaniseurs. Qu'est-ce que c'est qu'un méthaniseur ? C'est-à-dire qu'on prend toutes les déjections animales qu'on transforme en biogaz. J'ai lancé un appel à projet pour mille cinq cents méthaniseurs. Je vais rendre d'ailleurs publique la carte des projets la semaine prochaine. Voyez qu'il y a des solutions positives puisqu'au lieu de rejeter ces déjections et provoquer la pollution de l'eau et des sols, on les transforme dans des méthaniseurs en biogaz par la fermentation en biogaz. On fournit donc de l'énergie à l'exploitation agricole et en contrepartie, on diminue la pollution. Voyez qu'avec les nouvelles technologies, un nouveau regard sur ce qu'on appelle l'économie circulaire ou la transformation des déchets en matières premières, on peut répondre à un certain nombre de problèmes.JEAN-JACQUES BOURDINEn matière de transport, quel est l'objectif là ?SEGOLENE ROYALVous savez que quarante pourcent des gaz à effet de serre viennent du secteur des transports. Si on veut lutter contre la pollution, lutter contre le réchauffement climatique et tous les dégâts qui y sont liés, il faut impérativement évoluer très fortement.JEAN-JACQUES BOURDINVous avez vu que la ville de Paris veut interdire le fairplay avant 2020. Vous êtes d'accord ? Vous soutenez cette idée ?SEGOLENE ROYALJe soutiens cette idée à condition de donner aux automobilistes les moyens de transformer, de changer leur véhicule polluant en véhicule propre. C'est l'objectif de la loi de transition énergétique qui va mettre en place un bonus de dix mille euros par personne pour abandonner les vieux diesels polluants et pour permettre d'acheter des voitures propres, voitures électriques, vous avez vu qu'il y a aussi les nouvelles voitures à hydrogène qui commencent à sortir, des voitures beaucoup moins consommatrices en carburant puisque les nouvelles voitures vont consommer deux litres aux cent kilomètres. Vous voyez qu'il y a aussi dans cette mutation énergétique une occasion formidable de pousser en avant de nouveaux procédés, de nouvelles innovations, de conquérir des marchés, de créer des emplois parce qu'au bout du compte, c'est ça l'objectif. C'est que la croissance verte, tout en apportant une solution aux problèmes de pollution et de préservation de la planète, permet aussi de développer des activités et des emplois qui sont les emplois du futur.JEAN-JACQUES BOURDINJ'ai une dernière question, c'est une question d'une auditrice. C'est une question locale mais j'y tenais. Je voudrais répondre à Nelly qui nous dit que la Charente a un projet d'incinérateur à Echillais et vous êtes opposée à ce projet.SEGOLENE ROYALOui.JEAN-JACQUES BOURDINIl se fera ?SEGOLENE ROYALC'est la responsabilité des élus locaux, c'est comme pour le barrage de Sivens. Nous sommes dans une démocratie et notamment une démocratie aussi décentralisée. A un moment, il faut que les élus locaux prennent leurs responsabilités. Je suis allée sur place, je leur ai dit : Il y a mieux à faire. Il y a déjà un ancien incinérateur qu'on peut remettre aux normes et surtout, il faut réduire les déchets à la source.? Comme j'ai lancé un projet des territoires zéro gaspillage, zéro déchet? au sens où ne doivent être mis en incinérateur que les déchets qui ne peuvent pas être valorisés et on a maintenant des technique de diminution des déchets à la source en associant les citoyens à la façon dont on peut réduire les déchets à la source ou les transformer en matières premières pour d'autres activités économiques. Je leur ai dit cela et ils se sont obstinés dans la construction d'un incinérateur qui coûte plus de quatre-vingts millions d'euros. Que les citoyens face à leurs élus prennent leurs responsabilités et qu'ils fassent par exemple, un référendum local, une consultation locale et que les gens se mettent ensemble pour trouver des solutions intelligentes.JEAN-JACQUES BOURDINRéférendum local qui est possible mais qui est très peu utilisé en France.Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 novembre 2014
La source —
vie_publique · nº 193207
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