Interview de Mme Marisol Touraine, ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes à France 2 le 28 octobre 2014, sur le budget de la sécurité sociale et la réforme des allocations familiales.
Marisol Touraine (auteur), Roland Sicard (intervenant)
THIERRY BECCAROTELEMATIN ! 7 h 50, c'est l'heure des 4 VERITES, Roland SICARD reçoit aujourd'hui Marisol TOURAINE, ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes, bonjour.ROLAND SICARDBonjour à tous, bonjour Marisol TOURAINE.MARISOL TOURAINEBonjour Roland SICARD.ROLAND SICARDUn mot avant de parler du budget de la Sécu qui sera adopté peut-être aujourd'hui à l'Assemblée nationale, je voudrais que l'on revienne sur l'affaire de cet écologiste mort tragiquement dans le Tarn, est-ce qu'il s'agit d'une bavure ?MARISOL TOURAINEC'est d'abord un drame humain, une tragédie, et moi je pense à ce jeune homme de 21 ans, je pense à ses parents, à sa famille - parce qu'on ne meurt pas comme cela dans une manifestation et, donc, je veux leur présenter mes condoléances ; et puis cet évènement tragique rappelle qu'il faut être responsable, attentif, dans les manifestations. Des enquêtes sont en cours, des enquêtes diront ce qui s'est passé et c'est à partir de là que des décisions pourront être prises.ROLAND SICARDAlors le budget de la Sécurité Sociale, plusieurs anciens ministres dissent déjà qu'ils ne le voteront pas. Est-ce que là il y a une ligne jaune qui est franchie, est-ce que ces anciens ministres font encore partie de la majorité ?MARISOL TOURAINEC'est un budget de la Sécurité Sociale qui est un budget à la fois efficace et juste ! Efficace pour engager des réorganisations de fond de notre système de Sécurité Sociale mais qui porte des mesures de justice et, donc
ROLAND SICARDMais, alors, pourquoi d'anciens ministres ne le votent pas ?MARISOL TOURAINEEh bien moi je voudrais qu'ils m'entendent, parce qu'il y a bien un texte qui justifie ladhésion, le soutien de la gauche, c'est celui-là. Dans ce texte nous engageons la première étape du tiers-payant, c'est-à-dire ce dispositif qui va permettre d'aller chez le médecin sans avancer le prix de la consultation ; c'est dans ce texte que nous supprimons des franchises, des franchises médicales, sur les médicaments, sur les consultations pour les ménages les plus modestes ; je sais que beaucoup de ces parlementaires sont attachés, préoccupés par le manque de médecins par exemple dans les territoires ruraux, eh bien nous poursuivons le travail qui a été engagé, que j'ai engagé il y a deux ans, en permettant l'installation de jeunes spécialistes dans les territoires où il n'y a pas suffisamment de médecins. Donc, il y a toute une série de mesures, de mesures fortes, de mesures justes. Franchement être de gauche et permettre la suppression des franchises pour les ménages modestes, permettre le tiers-payant, la première étape du tiers-payant, c'est quelque chose qui doit nous rassembler et nous mobiliser et c'est donc un texte j'insiste c'est un texte qui engage des réformes de fond, on peut en parler avec les allocations familiales, on pourrait en parler avec la santé
ROLAND SICARDOn va en parler !MARISOL TOURAINEMais qui engage des réformes de fond, qui est donc efficace dans la perspective du maintien de notre système social et qui prend des mesures fortes, concrètes, symboliques pour les Français.ROLAND SICARDDonc, selon vous, l'attitude des Frondeurs c'est une posture politique, politicienne ?MARISOL TOURAINEFranchement, j'appelle à la responsabilité et la solidarité. Parce qu'il n'y a pas dans ce texte d'élément qui justifie l'abstention des Frondeurs- ou de ceux qui s'appellent les Frondeurs - et donc je crois que vient un moment où il faut savoir assumer ses responsabilités, parce que des mesures de gauche
ROLAND SICARDDonc, vous pensez que le budget sera voté ?MARISOL TOURAINEMoi j'ai confiance, oui, le budget de la Sécurité Sociale cet après-midi sera voté. Parce qu'il y va à la fois de la cohérence de l'action gouvernementale, de l'action de la majorité et puis il y va tout simplement de la conception que lon se fait à la fois du travail parlementaire et puis de la justice, de la justice qui est engagée, parce qu'il faut expliquer pourquoi on ne vote pas pour les mesures telles qu'elles figurent dans ce texte.ROLAND SICARDOn parlait des allocations familiales, elles vont être réduites
MARISOL TOURAINEOui !ROLAND SICARDEst-ce que c'est une bonne idée de réduire des allocations familiales, qui est peut-être l'une des politiques qui marchent le mieux en France, puisque la France est le pays qui fait le plus d'enfants en Europe ?MARISOL TOURAINELa politique familiale française elle est forte et la natalité française c'est un atout dans l'Europe d'aujourd'hui, on le voit bien par rapport à d'autres
ROLAND SICARDMais les allocations familiales vont être baissées.MARISOL TOURAINEMais est-ce qu'on imagine que ce sont les allocations familiales seules qui expliquent la natalité française et le dynamisme de notre démocratie ? Bien sûr que non !ROLAND SICARDCa joue !MARISOL TOURAINEDe notre démocratie ? Bien sûr que non !ROLAND SICARDCa joue !MARISOL TOURAINECe qui joue beaucoup c'est la possibilité pour les femmes, parce que c'est les femmes qui sont principalement concernées, d'être à la fois mères de famille et actives professionnellement. Une politique familiale forte aujourd'hui c'est une politique qui crée des places de crèche et nous avons créé des places de crèche depuis deux ans, nous devons amplifier le mouvement et, pour cela, notre politique familiale elle ne peut se limiter à des allocations et à des prestations. Il y a d'ailleurs déjà beaucoup de prestations qui sont sous condition de ressources et donc là, avec les allocations, qu'est-ce que nous faisons ? Nous disons : « au-dessus de 6.000 euros de revenu pour un ménage, elles vont baisser », 6.000 euros et au-dessus c'est 10 %, 11 % des familles seulement, donc on voit bien que la politique familiale elle est forte, concentrée, en direction des classes moyennes - des catégories modestes, mais des classes moyennes et puis elle développe, elle met l'accent sur les places de crèche, l'accueil des jeunes enfants, parce que jinsiste là-dessus, pour avoir des enfants les familles ont besoin d'être accompagnées, d'être soutenues, elles ont besoin que leurs enfants soient gardés lorsque les parents veulent travailler et l'immense majorité des femmes et des hommes veulent travailler bien sûr.ROLAND SICARDEst-ce qu'il ne fallait pas aussi couper dans l'Aide Médicale d'Etat, qui bénéficie aux clandestins, comme le demande Marine LE PEN ?MARISOL TOURAINELes amalgames, il faut s'en méfier, imaginer qu'il suffit de supprimer des dépenses d'un côté pour régler les problèmes de l'autre c'est de la poudre de perlimpinpin et c'est faire miroiter des perspectives qui n'existent pas. Lorsque l'on soigne des personnes étrangères sur notre sol, qu'est-ce qu'on fait ? On prend les mesures de santé publique ! Lorsque la précédente majorité avait mis un ticket d'entrée pour pouvoir bénéficier de soins, il fallait payer. Qu'est-ce qu'avaient dit les médecins ? Les médecins avaient dit : « Attention ! Ce sont des risques pour la santé publique, parce que, si l'on peut pas soigner ces personnes-là, alors il y a des risques d'épidémie, de contagion, et cela n'est pas responsable du point de vue de la santé publique », et moi, ma seule préoccupation, elle est là : faire en sorte que la santé des Français, la santé de ceux qui vivent sur notre territoire, soit assurée pour l'intérêt public, collectif, de tous.ROLAND SICARDAutre gros dossier, Ebola, est-ce que la France est à l'abri ?MARISOL TOURAINELe risque zéro nexiste pas et la France s'est préparée depuis le début de l'épidémie ! Je suis allée à Roissy pour m'assurer que la cellule médicale d'accueil des voyageurs était prête pour accueillir un malade d'Ebola au début du mois d'avril, il y a huit mois, et donc depuis huit mois progressivement est montée en puissance l'organisation de notre système de santé pour prendre en charge le cas échéant un malade d'Ebola
ROLAND SICARDAlors, justement
MARISOL TOURAINENous l'avons fait avec une jeune infirmière
ROLAND SICARDVoilà ! Justement
MARISOL TOURAINEDe MEDECINS SANS FRONTIERES, qui a été soignée et qui a été guérie.ROLAND SICARDOù en sont les soignants qui ont justement traité cette malade ?MARISOL TOURAINENous avons suivi quotidiennement chacune, chacun des soixante-dix soignants qui ont été en contact avec cette jeune infirmière malade, le suivi a pris fin pendant ce week-end et donc je suis en mesure de vous dire ce matin Roland SICARD que l'équipe médicale qui a pris en charge la jeune infirmière de MEDECINS SANS FRONTIERES n'est plus suivie et que tout s'est très bien passé.ROLAND SICARDOn parle de vaccin avant la fin de l'année, avant fin 2015, on dit
ça vous parait possible ?MARISOL TOURAINEEcoutez ! En tout cas des efforts intenses ont été réalisés à l'occasion de cette épidémie, nous sommes nous-mêmes extrêmement impliqués pour voir comment nous pouvons favoriser à la fois la prévention contre la maladie et puis le traitement dans le cas où la maladie survient, moi je souhaite que la recherche débouche le plus vite possible bien sûr sur des vaccins ou des traitements efficaces.ROLAND SICARDMerci. Thierry ! C'est à vous.THIERRY BECCAROMerci beaucoup Roland, bonne journée.Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 octobre 2014
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vie_publique · nº 192826
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