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30 janvier 2014 · Gouvernement · Emission L'Invité de RTL · discours Discours

Interview de Mme Dominique Bertinotti, ministre de la famille à RTL le 30 janvier 2014, sur l'enseignement de la "théorie du genre" à l'école primaire, le climat social et les manifestations des opposants à la réforme de la loi Veil sur l'IVG.

Dominique Bertinotti (auteur), Jean-Michel Aphatie (intervenant)

LAURENT BAZINJean-Michel APHATIE, vous recevez donc ce matin la ministre déléguée chargée, pardon, de la Famille, qui s'appelle Dominique BERTINOTTI, comme chacun sait.JEAN-MICHEL APHATIEBonjour Dominique BERTINOTTI.DOMINIQUE BERTINOTTIBonjour.JEAN-MICHEL APHATIEC'est une première en France, dans une centaines d'écoles primaires, durant ces derniers jours, des parents ont refusé d'envoyer leurs enfants en classe, par peur qu'on ne leur enseigne la fameuse théorie du genre. Vous qui êtes ministre de la Famille, Dominique BERTINOTTI, comment vous réagissez à l'attitude de ces parents ?DOMINIQUE BERTINOTTIJe suis catastrophée que certains puissent utiliser la notion de rumeur, parce qu'au fond, à qui profite la rumeur ? Eh bien moi je dis qu'elle profite à une extrême droite qui n'aime pas la République, donc qui n'aime pas l'école, qui est le fondement même de cette république, et qui fait qu'en laissant croire que l'on enseignerait cette fameuse théorie du genre, c'est une façon de critiquer la République, de mettre de la méfiance à l'égard de l'école et c'est insupportable. Pourquoi, parce que la rumeur c'est l'irrationnel, alors que l'école c'est l'apprentissage de la raison, du libre-arbitre.JEAN-MICHEL APHATIEMais il y a les parents. Il y a la rumeur d'un côté, il y a les parents de l'autre.DOMINIQUE BERTINOTTIOui.JEAN-MICHEL APHATIELes parents seront convoqués, vous allez leur dire quoi ? Si vous recommencez, vous serez sanctionné, qu'est-ce qu'il faudrait dire ?DOMINIQUE BERTINOTTINon, je pense qu'il faut dire que le rôle de l'école est leur rappeler ce qu'est le rôle de l'école. L'école, c'est former des citoyens libres, c'est d'éveilleur leur conscience. C'est pas leur dire ce qu'ils doivent penser, c'est au contraire leur donner la capacité à éveiller leur esprit. Est-ce que c'est en enlevant ses enfants de l'école, que l'on contribue à l'ouverture d'esprit ? Moi je trouve qu'il y a une forme de retour à l'obscurantisme, qui n'est pas du tout un acte gratuit, de la part de ceux qui conduisent ce type de rumeur.JEAN-MICHEL APHATIEIl faut rechercher les auteurs de la rumeur ?DOMINIQUE BERTINOTTILa rumeur collective, je tiens à la dire, c'est le poison de la démocratie.JEAN-MICHEL APHATIEIl faut rechercher les auteurs de la rumeur ?DOMINIQUE BERTINOTTIOui, bien sûr, bien sûr.JEAN-MICHEL APHATIEUne femme pointée souvent comme responsable, il faut prendre des mesures contre ces gens-là ou ?DOMINIQUE BERTINOTTIMais ce n'est pas qu'une femme, c'est qu'il faut démonter, c'est une extrême droite qui fonctionne de façon très traditionnelle, ça a toujours été de cette façon-là, on fait appel à l'émotion, aux sentiments, à l'irrationnel, face à une société qui est effectivement dure et qui est fondée. Notre démocratie, et la République, elle est fondée sur le progrès, elle est fondée sur, au fond, ce qu'on été les lumières du XVIIIème siècle, sur le rationalisme, et effectivement, on voit bien que l'on utilise les peurs, pour enlever encore un peu plus de confiance dans nos institutions. Moi je dis : c'est une attaque républicaine.JEAN-MICHEL APHATIEQu'est-ce que vous entendez par « extrême droite » ?DOMINIQUE BERTINOTTIL'extrême droite, c'est cette mouvance que l'on est en train de voir JEAN-MICHEL APHATIEVous englobez le Front national dans votre critique, pour être clair ?DOMINIQUE BERTINOTTIIl peut y avoir une partie, effectivement, du Front national. Moi je n'entends pas Pourquoi ces mouvements très hétéroclites peuvent se développer ? Pourquoi, parce qu'en particulier, par exemple sur toutes ces questions, l'UMP est très absente, très silencieuse. Quant à l'Assemblée nationale, vous avez un député qui se permet de dire que le président de la République a été élu par défaut, alors on est en train d'instruire un procès en illégitimité du suffrage universel.JEAN-MICHEL APHATIEÇa n'a pas beaucoup de lien avec la rumeur.DOMINIQUE BERTINOTTIMais si JEAN-MICHEL APHATIEAh bon ?DOMINIQUE BERTINOTTIMais si, parce que c'est à chaque fois tout ce qui constitue les fondements mêmes de notre démocratie, de notre République, qui sont attaqués. Pourquoi ne voudriez-vous pas, alors, qu'une partie de cette extrême droite, voire tout l'extrême droite, qui n'aime pas la république, qui n'aime pas la démocratie, ne s'engouffre pas dans cette brèche laissée ouverte par l'UMP ?JEAN-MICHEL APHATIECertains disent que vous êtes vous aussi, que le gouvernement est responsable de la situation. Mariage pour tous, loi Veil, euthanasie, vous touchez à tous les sujets de société en même temps, et évidemment vous suscitez beaucoup de crispations. Vous acceptez une part de la critique, Dominique BERTINOTTI ?DOMINIQUE BERTINOTTIMoi, j'accepte que la politique ne consiste pas à rester immobile, face à une société qui a évolué.JEAN-MICHEL APHATIEÇa n'est pas ma question.DOMINIQUE BERTINOTTIMais si.JEAN-MICHEL APHATIEMa question, c'est : vous avez touché à tous les sujets en même temps, est-ce que vous n'en avez pas trop fait ?DOMINIQUE BERTINOTTIMais c'est la responsabilité de la gauche, de contribuer à faire avancer et à réformer la société.JEAN-MICHEL APHATIEEt peu importe les tensions que vous provoquez ?DOMINIQUE BERTINOTTIMais les tensions, qui les provoque aujourd'hui ?JEAN-MICHEL APHATIEVous.DOMINIQUE BERTINOTTIMais non, pas du tout.JEAN-MICHEL APHATIEAh ?DOMINIQUE BERTINOTTIReprenons le cas du mariage, il y a eu 7 000 mariages homosexuels, ça s'est passé dans le plus grand apaisement.JEAN-MICHEL APHATIEMais il y a eu DOMINIQUE BERTINOTTIIl y a eu des manifestations, il y a eu des JEAN-MICHEL APHATIEIl y a eu beaucoup de manifestations au printemps. Il y a des gens qui légitimement DOMINIQUE BERTINOTTIOui, mais comme il y a eu des manifestations JEAN-MICHEL APHATIEDonc les tensions, elles sont bien là.DOMINIQUE BERTINOTTI au moment de l'abolition sur l'IVG, pardon JEAN-MICHEL APHATIEIl y a eu la loi Veil.DOMINIQUE BERTINOTTI lorsqu'il y a eu l'instauration de la loi Veil, il y a eu des manifestations JEAN-MICHEL APHATIE ah, l'époque, vous voulez dire.DOMINIQUE BERTINOTTI à l'époque. Lorsque toute réforme de société JEAN-MICHEL APHATIEOui, mais les tensions naissent de là. Alors DOMINIQUE BERTINOTTILes tensions naissent de là, mais JEAN-MICHEL APHATIE accumuler les projets de société DOMINIQUE BERTINOTTI aujourd'hui, la société JEAN-MICHEL APHATIE est-ce que ce n'est pas un prendre un risque, ou pour dire les choses autrement, est-ce que vous n'avez pas sous-estimé les réactions que pouvait susciter l'ensemble des projets que vous avez mis en chantiers ?DOMINIQUE BERTINOTTINon, parce que Je vais vous dire non, parce que je crois qu'en période de crise, ce n'est pas dans le repli que l'on créera un véritable avenir. Vous savez, je voudrais juste vous citer très rapidement ESCHYLE, qui dit que ce n'est pas dans un palais de peur que l'espoir entrera. Nous avons besoin d'espoir, nous avons besoin de retrouver la confiance, elle ne peut pas se fonder sur des peurs irrationnelles, sur des rumeurs, ça n'est pas ça le sens de la République et de la démocratie.JEAN-MICHEL APHATIEMais, disqualifier les gens qui s'opposent à vos projets, en parlant de peur irrationnelle, ça n'est pas non plus une manière d'entretenir les tensions dans la société ?DOMINIQUE BERTINOTTINon, parce que je pense qu'il faut vraiment s'interroger sur ce qui fonde leurs critiques. On peut avoir, par exemple, sur la famille, une vision différente de la famille, ça ne justifie pas que l'on utilise, par exemple, le recours à la PMA, la GPA, la théorie du genre, pour agiter, alors que ce n'est pas à l'ordre du jour JEAN-MICHEL APHATIEOn va en reparler.DOMINIQUE BERTINOTTIPour agiter des peurs.JEAN-MICHEL APHATIEVous redoutez une manifestation, dimanche, la manif pour tous, c'est-à-dire ceux qui étaient opposés au mariage homosexuel, qui vont encore être dans les rues dimanches. Il y a quand même des manifestations maintenant tous les dimanches. Vous redoutez cette manifestation dimanche ?DOMINIQUE BERTINOTTIJe ne redoute pas, je préfère que l'on s'interroge : est-ce qu'aujourd'hui il est pertinent que des gens descendent dans la rue, alors que la PMA, la GPA, ne sont pas à l'ordre du jour ? Quel est leur intérêt ? Est-ce que c'est vraiment défendre la famille, ou bien entretenir un climat d'agitation très malsain, qui n'aide pas les Français à sortir de la crise et à rentrer dans la confiance, qui est indispensable pour que notre pays s'en sorte.JEAN-MICHEL APHATIEPMA, Procréation DOMINIQUE BERTINOTTIMédicale assistée.JEAN-MICHEL APHATIE médicale assistée, la possibilité donnée par exemple à un couple de deux femmes, d'accéder à la maternité. Vous présentez un projet de loi sur la famille en avril, vous dites que la PMA ne figurera pas dans le projet de loi DOMINIQUE BERTINOTTIOui.JEAN-MICHEL APHATIEVous refuserez aussi qu'un amendement parlementaire, par exemple, l'introduise dans la loi ?DOMINIQUE BERTINOTTIMais, de toute façon JEAN-MICHEL APHATIEVous refuserez ?DOMINIQUE BERTINOTTID'abord, je ne peux pas, quand même, préjuger de ce que sera le travail législatif. On verra bien JEAN-MICHEL APHATIEOui, donc il y a des gens qui manifestent parce que les choses ne sont pas dites clairement.DOMINIQUE BERTINOTTIMais, enfin, nous sommes quand même dans une démocratie adulte, où nous avons la séparation des pouvoirs et où chacun des pouvoirs peut quand même exercer sa réflexion, c'est comme si on disait à l'école JEAN-MICHEL APHATIES'il y a un amendement qui interdit la PMA, quelle sera la position du gouvernement ?DOMINIQUE BERTINOTTIEh bien, nous verrons bien, de toute façon le président a une position très claire : tant que l'avis du Comité consultatif ne se sera pas exprimé, le gouvernement ne prendra pas position sur la PMA. On ne peut pas être plus clair.JEAN-MICHEL APHATIEEt donc si, on doit pouvoir, mais tant que le gouvernement ne prendra pas position, il y aura des manifestions.DOMINIQUE BERTINOTTIMais, ça n'est pas justifiable, ça n'est pas justifiable.JEAN-MICHEL APHATIEAh ? On marche comme ça ?DOMINIQUE BERTINOTTIMais non, puisque le président a défini une démarche on ne peut plus claire. Il y a l'avis du L'avis du conseil national est connu ? Non. Donc JEAN-MICHEL APHATIEAttendons.DOMINIQUE BERTINOTTIPas de PMA.JEAN-MICHEL APHATIEDominique BERTINOTTI, on ne peut pas être plus clair, était l'invitée de RTL ce matin, bonne journée.LAURENT BAZINMerci d'avoir été avec nous, Dominique BERTINOTTI, bonne journée à vous. Beaucoup de réactions à vos propos sur le site Internet de RTL, et du côté des Sms, 64 900, code matin, si vous voulez en parler, évidemment, tout à l'heure, on a rendez-vous ensemble, n'hésitez pas.Source : Service d'information du Gouvernement, le 30 janvier 2014
La source — vie_publique · nº 190246
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