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30 janvier 2014 · Ministère des affaires étrangères · Europe 1 · discours Discours

Interview de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, avec Europe 1 le 30 janvier 2014, sur les investissements étrangers en France, la situation en Ukraine et en Syrie, le nucléaire iranien et sur la France et les pays arabes.

Laurent Fabius (auteur), Jean-Pierre Elkabbach (intervenant)

JEAN-PIERRE ELKABBACHBienvenue Laurent FABIUS. Bonjour.LAURENT FABIUSMerci beaucoup.JEAN-PIERRE ELKABBACHDans vos voyages à travers le monde, vous rencontrez beaucoup d'investisseurs étrangers, pourquoi 77% d'entre eux – comme disait tout à l'heure Axel DE TARLE – se détournent-ils de la France ?LAURENT FABIUSC'est un mauvais résultat, il faut être carré, et évidemment, comme – par définition – je passe mon temps à l'étranger, c'est quelque chose que je constatais, et qui est aujourd'hui avéré. Pourquoi ? Je pense qu'il y a trois grandes raisons, la première raison, c'est le manque de compétitivité de nos entreprises, la deuxième raison, c'est un manque d'attractivité en France, et la troisième raison, c'est qu'on n'a pas fait assez d'économies, et ça donne exactement le cap de ce qu'il faut faire. Il faut augmenter la compétitivité des entreprises, donc ça pose le problème des impôts, etc., il faut une JEAN-PIERRE ELKABBACHLa fiscalité LAURENT FABIUSBien sûr, il faut une meilleure attractivité et des questions de complexité, et puis, il faut faire des économies. Et ça rejoint le pacte de responsabilité qui a été proposé. Donc c'est absolument clair et net.JEAN-PIERRE ELKABBACHVous dites qu'il faut réduire les dépenses publiques sans compenser par des hausses d'impôts.LAURENT FABIUSBien sûr parce que JEAN-PIERRE ELKABBACHSinon ? Sinon ?LAURENT FABIUSSinon, on n'obtient rien du tout.JEAN-PIERRE ELKABBACHDonc c'est un exercice difficile à faire ?LAURENT FABIUSOui, difficile, nécessaire. François HOLLANDE s'est exprimé de manière extrêmement claire l'autre jour dans sa conférence de presse, maintenant, il faut faire.JEAN-PIERRE ELKABBACHAvec le pacte de responsabilité, ça va un peu mieux, dites-vous, mais les gens que vous avez vus attendent des actes, pour éviter l'échec de ce pacte qui est déterminant pour le pays, pour le quinquennat de François HOLLANDE, comment répondre à l'urgence ?LAURENT FABIUSEcoutez, hier, j'ai rencontré monsieur GATTAZ, qui était venu me voir pour parler justement de diplomatie économique, et je pense que maintenant, les choses sont assez carrées, d'un côté, le gouvernement, l'Etat s'engagent à un allègement de charges, de l'autre, les entreprises vont faire un effort particulier sur l'emploi ; il n'y a que comme ça qu'on peut s'en sortir. L'emploi nécessite de la croissance, la croissance, il faut la chercher partout où elle est, elle est en particulier à l'étranger.JEAN-PIERRE ELKABBACHOui, le prochain gouvernement, est-ce qu'il devra être, Laurent FABIUS, plus réduit, plus professionnel, plus social démocrate pour appliquer ses idées ?LAURENT FABIUSEcoutez, pour le moment, on est dans ce gouvernement-ci JEAN-PIERRE ELKABBACHPour le moment LAURENT FABIUSNon, non, mais JEAN-PIERRE ELKABBACHC'est un moment qui va durer ?LAURENT FABIUSNon, écoutez, ça, la décision relève du président de la République. Je crois que les orientations fixées sont absolument claires, le président s'est engagé, le Premier ministre s'est engagé et le gouvernement aussi, maintenant, il faut y aller, et c'est ce qui est JEAN-PIERRE ELKABBACHEt aller vite !LAURENT FABIUSOui, il faut aller vite, il faut aller vite.JEAN-PIERRE ELKABBACHDimanche, est prévue à Paris – Thomas en parlait avec les équipes d'EUROPE 1 – une nouvelle manifestation bric-à-brac et dangereuse, jour de haine et de colère contre messieurs HOLLANDE et AYRAULT. Comment réagir, si c'est encore possible ?LAURENT FABIUSNon, je pense que c'est complètement à côté de la plaque, le pays a besoin de se mobiliser, de se rassembler et non pas de division, exploitée – d'après ce que j'ai compris – par un certain nombre d'extrémistes. Donc c'est exactement le contraire de ce qu'il faut faire.JEAN-PIERRE ELKABBACHOui mais il y a un danger ?LAURENT FABIUSIl faut toujours faire attention, parce que quand vous avez des gens excessifs, extrémistes, il peut y avoir des dérapages, et ils cherchent probablement ces dérapages, mais il ne faut pas du tout entrer là-dedans. Vous savez, les gens voient bien les difficultés européennes, les difficultés du pays, il faut retrousser les manches et y aller, et pas s'égarer dans des combats ridicules de troisième ordre.JEAN-PIERRE ELKABBACHLaurent FABIUS, l'Ukraine est au bord de la guerre civile, c'est l'un des chefs de l'opposition qui le dit, les pro-européens marquent des points, l'Union européenne, est ce qu'elle doit les encourager, les pro-européens, alors que Vladimir POUTINE dénonce l'ingérence étrangère, y compris l'ingérence russe, quand il le dit, est-ce que vous le croyez ?LAURENT FABIUSMoi, je suis en contact avec à la fois les responsables du gouvernement, le ministre des Affaires étrangères ukrainien et à la fois avec les responsables de l'opposition ; il faut essayer de faire tout ce qu'on peut, et la France y contribue, l'Allemagne aussi, d'autres, pour rétablir un dialogue. On ne va pas aller vers la guerre civile. Ça veut dire que ce n'est pas soit l'Europe soit la Russie, la géographie est ce qu'elle est ! La Russie est à côté de l'Ukraine, l'Europe est également à côté de l'Ukraine, enfin, l'Union européenne, donc il faut trouver des moyens d'en sortir. Alors, c'est ce qui est en train d'être discuté, il y a déjà eu, 1°) : une bonne chose, c'est que les lois dites scélérates ont été rapportées, mais l'amnistie n'est pas complète, mais on ne sait pas exactement si et quand vont avoir lieu des élections JEAN-PIERRE ELKABBACHMais est-ce que vous recommandez LAURENT FABIUSIl faut dialoguer, il n'y a pas d'autre solution JEAN-PIERRE ELKABBACHEst-ce que vous recommandez de ne pas s'en mêler, qu'il y a trop de risques à s'en mêler ?LAURENT FABIUSNon, s'en mêler, c'est un mot un peu général, et ça nous concerne, parce que, il y a des hommes et des femmes qui sont en train d'être tués, il y a un régime qui est en grande difficulté, il y a des exactions de toutes sortes. Donc on ne peut pas dire : ça ne nous regarde pas. Mais il faut le faire sans qu'on pousse à ou bien la Russie ou bien l'Europe, il faut trouver les chemins du dialogue JEAN-PIERRE ELKABBACHPourquoi Vladimir POUTINE devient-il ce que L'EXPRESS appelle aujourd'hui une super star ? Pourquoi il s'affirme aujourd'hui dans le monde de cette manière ?LAURENT FABIUSEcoutez, Vladimir POUTINE a une politique étrangère bien précise, en même temps, je pense que c'est la faiblesse d'un certain nombre d'autres puissances qui JEAN-PIERRE ELKABBACHVous voulez dire les Etats-Unis ?LAURENT FABIUSNon, d'une manière générale JEAN-PIERRE ELKABBACHL'Europe ?LAURENT FABIUSD'une manière générale. Et puis, en même temps, il a une habileté qui le conduit, par exemple – alors que, vous le rappelez, pendant longtemps, il a dit qu'il n'y avait pas d'armes chimiques en Syrie – non seulement, un jour, à les reconnaître, mais en plus, à aider à leur démantèlement. Il faudrait d'ailleurs aller plus vite. Donc voilà. Mais la Russie est un ami traditionnel de la France, ça ne veut pas dire que nous partagions toutes ses positions, bien au-delà, mais il faut compter avec la Russie, voilà.JEAN-PIERRE ELKABBACHEt il faut accorder plus de visas malgré Schengen ou en assouplissant Schengen aux étudiants LAURENT FABIUSAh oui, ça, c'est une position JEAN-PIERRE ELKABBACHAux hommes d'affaires, aux touristes russes LAURENT FABIUSOui, bien sûr, moi, c'est une position que j'ai prise, qui n'est pas partagée jusqu'ici par tous les Européens, mais je vais continuer, je pense que si on veut aider justement la société russe à évoluer, et si on veut développer le mouvement d'échanges, il faut supprimer des visas de la part des Russes vers la France et réciproquement JEAN-PIERRE ELKABBACHA Genève, il y avait deux délégations syriennes, Bachar EL ASSAD et les opposants se parlent, est-ce qu'elles vont finir par s'accorder sur un cessez-le-feu ?LAURENT FABIUSDifficile pour le moment JEAN-PIERRE ELKABBACHAu moins pour que l'action humanitaire sauve les Syriens de la famine, de la maladie et de la mort !LAURENT FABIUSVoilà, c'est la priorité. C'est la priorité, parce que, il ne faut pas oublier que tous les jours, il y a des dizaines et des dizaines de morts en Syrie, même si on en parle beaucoup moins parce que les journalistes sont menacés, parce que, bon mais c'est une situation abominable. Moi, j'ai participé à la conférence de Genève, et c'était absolument manifeste, d'un côté, vous avez les hommes de Bachar et leur objectif, c'est : protéger son clan, et de l'autre, vous avez l'opposition modérée, qui veut protéger le peuple syrien.JEAN-PIERRE ELKABBACHAlors, qu'est-ce qu'on fait ? L'autre, il reste en place ?LAURENT FABIUSOn a poussé pour qu'il y ait une discussion, elle a lieu, mais elle ne donne pas grand-chose jusqu'ici, il faut accélérer, notamment ce plan humanitaire, et si les Russes, les Iraniens et les Syriens, etc., ne bougent pas, il faut ré-envisager d'aller devant l'ONU pour dire : l'humanitaire d'abord, il est inadmissible que des dizaines et des dizaines de gens, tous les jours, qui n'ont absolument rien fait, soient tués.JEAN-PIERRE ELKABBACHAutrement dit, ça va être long, mais la solution, elle reste politique pour vous ?LAURENT FABIUSAh oui, il n'y a pas d'autre solution que politique.JEAN-PIERRE ELKABBACHAvec l'Iran, les négociations reprennent mi-février, à New York.LAURENT FABIUSOui.JEAN-PIERRE ELKABBACHSur l'accord de six mois et sur le nucléaire militaire. Est-ce que vous croyez que les Iraniens vont vraiment renoncer à construire la bombe et LAURENT FABIUSJe n'en sais rien, je n'en sais rien. La première partie de l'accord que nous avons négociée est bonne, et on est en train de l'appliquer. Mais elle ne dure que six mois. La deuxième partie, ça va être le moment de vérité, est-ce que les Iraniens sont prêts à accepter la perspective d'aller vers le nucléaire militaire ou bien est-ce qu'ils disent simplement : on reste au niveau du seuil, la France est ferme, tout à fait ferme, mais bien sûr, nous voulons une solution qui serait positive pour la sécurité.JEAN-PIERRE ELKABBACHMais est-ce que vous avez confiance en ROHANI, Hassan ROHANI ?LAURENT FABIUSJ'ai adopté une attitude depuis que je suis aux Affaires étrangères, la question n'est pas de savoir si vous avez confiance ou pas dans les gens qui sont encore en face de vous, la question est de faire en sorte qu'ils ne puissent pas vous tromper, voilà, et pour ça, il faut prendre des garanties.JEAN-PIERRE ELKABBACHVous faites plus attention que Barack OBAMA que vous allez rencontrer avec le président, et je suppose – dans quelque temps – et que vous préparez ces entretiens LAURENT FABIUSFrançois HOLLANDE sera reçu en visite d'Etat effectivement dans une dizaine de jours, et je l'accompagnerai.JEAN-PIERRE ELKABBACHVous avez félicité, Laurent FABIUS, le nouveau gouvernement de Tunis et sa marche vers la démocratie LAURENT FABIUSOui, oui, oui JEAN-PIERRE ELKABBACHEt ça, c'est un point très positif ?LAURENT FABIUSTrès bonne nouvelle, il n'y a pas beaucoup de bonnes nouvelles en ce moment, notamment dans le monde arabe, mais le fait que les Tunisiens aient adopté à la quasi-unanimité une Constitution ouverte qui garantit l'égalité entre les hommes et les femmes, la liberté de conscience, le fait qu'il y ait maintenant un nouveau Premier ministre, que j'ai félicité, le fait qu'on aille vers des élections, ça, c'est une très, très bonne nouvelle.JEAN-PIERRE ELKABBACHEn revanche, vous êtes inquiet sur l'Irak et surtout la Libye, simplement, dites-nous ce que vous pensez de ce qu'on entend, que l'ONU aurait autorisé les Occidentaux à des opérations militaires prochaines en Libye, c'est vrai, c'est faux ?LAURENT FABIUSNon, c'est inexact. En revanche, la situation en Libye est très difficile parce qu'il y a beaucoup d'armes, parce qu'il y a beaucoup de tribus, parce que l'Etat a du mal à imposer son autorité. Et donc il faut être extrêmement vigilant.JEAN-PIERRE ELKABBACHVous êtes inquiet, vous êtes inquiet.LAURENT FABIUSOui, je suis inquiet, de même que les Algériens, de même que les Tunisiens, de même que les Américains, de même que les Italiens. Donc il faut aider le gouvernement libyen à être plus comment dire efficace en matière de sécurité.THOMAS SOTTOMerci beaucoup Laurent FABIUS d'être venu sur EUROPE 1. Merci Jean-Pierre ELKABBACH. J'ai un texto de votre ORL, qui dit : taisez-vous ELKABBACH jusqu'à demain !JEAN-PIERRE ELKABBACH Avec nous et nous aussi LAURENT FABIUSNon, non, moi, je formule mes souhaits de meilleure santé, comment on a dit, au renard de l'atlas ?THOMAS SOTTOC'est Nicolas CANTELOUP JEAN-PIERRE ELKABBACHC'est la seule fragilité du moment, et vous savez ce que c'est, Thomas, la voix s'améliore chaque jour.THOMAS SOTTOOui, absolument LAURENT FABIUSEt c'est aussi mauvais pour des journalistes que pour des hommes politiques de perdre des voix.THOMAS SOTTOComment vous faites, vous, quand vous perdez des voix ?LAURENT FABIUSPardon ?THOMAS SOTTOComment vous faites quand vous perdez des voix ?LAURENT FABIUSAh, je fais quelque chose que vous ne pouvez pas faire, je me tais.THOMAS SOTTOAh, c'est sûr. Merci Laurent FABIUS. Jean-Pierre, on vous retrouve demain avec Olivier SCHRAMECK. Bonne récupération d'ici là !Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 février 2014
La source — vie_publique · nº 190295
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