Interview de Mme Nicole Bricq, ministre du commerce extérieur, à "France Info" le 9 janvier 2014, sur les chiffres du déficit commercial en 2013, sur la fiscalité des entreprises.
Nicole Bricq (auteur), Jean Leymarie (intervenant), Fabienne Sintes (intervenant)
FABIENNE SINTESVotre invitée ce matin, Jean LEYMARIE, est ministre du Commerce extérieur.JEAN LEYMARIEBonjour, Nicole BRICQ.NICOLE BRICQBonjour.JEAN LEYMARIELes entreprises françaises n'exportent pas assez, ça dure depuis longtemps, vous êtes venue ce matin avec les tous derniers chiffres, est-ce que ça va mieux ?NICOLE BRICQLe mois de novembre, puisque ce sont chiffres dont nous disposerons tout à l'heure, n'est pas bon. Cela s'explique par de moindres livraisons de l'aéronautique, heureusement que les commandes à venir sont florissantes et je salue l'exploit des équipes d'AIRBUS puisqu'ils ont engrangé 40 milliards d'euros au Salon de Dubaï, mais la tendance sur l'année et c'est celle qui compte nous permettra d'être autour de 60 milliards, de réduire donc le déficit, alors que nous avions hérité d'une facture de 74 milliards en 2011 et nous avions réussi 67 milliards, à la diminuer en 2012. Donc
JEAN LEYMARIEDonc, 60 milliards de déficit commercial l'an dernier en France
NICOLE BRICQOui !JEAN LEYMARIEC'est toujours très mauvais, mais un peu moins mauvais que les années précédentes ?NICOLE BRICQEh bien je crois que, au moment où une reprise se décide en Europe et dans la zone euro, parce que c'est plutôt un bon signal, il faut être absolument dans le train de la reprise et, comme le dit le Président de la République, être en tête dans la mondialisation, ça veut dire
et ça donne tout son sens à l'effort qu'il faut faire à la mobilisation de tout le dispositif public et, en même temps, des entreprises qui se battent, mais le déficit commercial c'est un problème structurel, c'est un problème de compétitivité.JEAN LEYMARIEFrançois HOLLANDE est à Toulouse aujourd'hui, il y a effectivement ces ASSISES DE LA FISCALITE qui commencent dans quelques jours, allez-vous aider davantage - et aider fiscalement aussi les entreprises qui veulent exporter ?NICOLE BRICQCela fait partie des sujets tant des ASSISES DE LA FISCALITE qui ont été annoncées l'année dernière que du sujet avancé par le Président de la République concernant les baisses des charges, la simplification des procédures, moi je m'y emploie de mon côté beaucoup en simplifiant les procédures douanières de manière à ce qu'on y passe moins de temps, avec la dématérialisation certainement, mais aussi avec des statuts qui permettent de mieux exporter et quand on exporte il faut importer et, en même temps, il faut aller plus vite et il faut faire mieux. Donc cette mobilisation du gouvernement est générale, moi j'y prends ma part au sein du pôle « économie ».JEAN LEYMARIEPourquoi est-ce que les entreprises françaises continuent à exporter beaucoup moins que les entreprises allemandes, il y a environ je le dis pour ceux qui nous écoutent 3 fois moins d'exportateurs, d'entreprises exportatrices, en France qu'en Allemagne
NICOLE BRICQMais on a aussi
JEAN LEYMARIEEt ça continue ?NICOLE BRICQOn a aussi beaucoup moins d'entreprises au départ, donc il faut plus d'entreprises et il faut
donc ça vient de loin tout cela, c'est plusieurs
plusieurs années, c'est au moins une douzaine d'années, je vous rappelle que le commerce extérieur était positif en 2002 (+ 3 milliards) et qu'en 2012 nous étions à 67 milliards.JEAN LEYMARIEQu'est-ce qui manque à la France aujourd'hui, Nicole BRICQ, concrètement encore une fois ?NICOLE BRICQIl faut plus d'entrepreneurs, il faut les encourager, il faut alléger leurs procédures, qu'ils soient moins à la paperasse et plus à l'action, et puis en même temps il faut appuyer sur ce qui marche déjà
JEAN LEYMARIEQu'est-ce qui marche ?NICOLE BRICQParce que nous avons des secteurs qui marchent, je pense à la pharmacie, je pense aux cosmétiques, il n'y a pas que le luxe, il n'y a pas aussi que l'aéronautique même si l'aéronautique contribue beaucoup au relèvement de la balance du commerce extérieur mais il y a des secteurs offensifs ; Il faut aussi que l'agroalimentaire se reprenne, nous sommes florissants, mais qu'on regarde bien et qu'on enlève les vins et spiritueux, on voit bien qu'on perd des parts de marché ; Il faut se battre en Europe aussi, parce que ce sont des parts de marché que nous perdons et qui nous coûtent cher, donc ça veut dire qu'il faut innover et pour innover il faut pouvoir investir, pour investir il faut avoir des marges pour investir, d'où le sens de tous les efforts que nous faisons pour restaurer la compétitivité des entreprises et pour qu'elles puissent jouer à armes égales avec leurs concurrentes.JEAN LEYMARIELa CGT vous reproche de reprendre point par point le programme du MEDEF, d'en faire trop pour les entreprises. Est-ce que vous l'assumez, Nicole BRICQ ?NICOLE BRICQMoi j'assume complètement la ligne qui a été définie en 2012 ! Je vous rappelle que
JEAN LEYMARIEC'est la ligne du MEDEF ?NICOLE BRICQLa ligne du Président de la République - et il n'y en a qu'une le gouvernement l'applique à la lettre depuis l'automne 2012 où nous avons lancé le pacte de compétitivité qui va produire ses effets notamment au travers du Crédit d'Impôt sur la Compétitivité et l'Emploi en 2014
JEAN LEYMARIEEst-ce que cest la ligne du MEDEF ?NICOLE BRICQEt l'année 2014
JEAN LEYMARIEEst-ce que c'est le programme des chefs d'entreprise ?NICOLE BRICQNon ! C'est celui du Président de la République et celui qui a été décliné dans des accords, je pense à l'accord sur la flexibilité du travail, je pense à l'accord sur la formation professionnelle qui fera l'objet d'un débat au Sénat très bientôt pour être voté, avalisé à la fin du mois de février donc c'est la mobilisation à la fois d'une majorité parlementaire, puisque tous les textes ont été votés l'année dernière et, en même temps, de l'équipe gouvernementale. Donc, je ne comprends pas ce débat
JEAN LEYMARIEVotre gouvernement est-il
NICOLE BRICQJe ne comprends pas ce débat sur le tournant, la ligne est droite.JEAN LEYMARIETournant libéral ?NICOLE BRICQNon ! Il n'y a pas de tournant, où l'avez-vous vu ? Si on relit ce qui a été dit l'année dernière, ce qui a été fait l'année dernière, il faut tout faire pour que 2014 produise ses effets, au moment où la reprise se dessine en Europe eh bien il faut être présent et être présent dans le wagon de tête.JEAN LEYMARIEVous travaillez sur un autre sujet important en ce moment, c'est ce projet daccord de libre-échange entre l'Europe et les Etats-Unis, il y a beaucoup de points de désaccord, est-ce que les négociations sont bloquées aujourd'hui ?NICOLE BRICQNon ! Les pourparlers sont finis, il y a eu 3 cycles de négociations, mais on a surtout parlé en général, les choses sérieuses vont commencer en février. Alors objectivement on a un intérêt à ce partenariat transatlantique parce qu'on a toujours intérêt à aller vers des pays qui sont en croissance et qui innovent, c'est comme ça qu'on négocie
avec le Japon aussi, ne pas oublier, qui est une grande terre d'innovation
JEAN LEYMARIEDonnez-nous un exemple ! Qu'est-ce que ça permettrait par exemple pour l'économie française ? Donnez-nous un exemple parlant si cet accord voit le jour.NICOLE BRICQEh bien ça lui permettrait, notamment dans des secteurs où elle peut profiter d'un accès aux marchés, améliorer
aux Etats ça permettrait, notamment dans l'agroalimentaire, d'avoir des performances dans ce pays qui est difficile d'accès aux marchés ; ça permettrait
JEAN LEYMARIEOn va exporter davantage nos fromages ?NICOLE BRICQCa permettrait
Par exemple ! Pourquoi pas. Ça permettrait aussi dans les domaines performants de la cosmétique, où nous sommes très bons, d'avoir un accès meilleur aux marchés ; mais ça permettrait aussi d'accéder aux marchés publics américains qui sont très fermés, c'est un des objets de la négociation, nous en allons en parler tout à l'heure au Sénat.JEAN LEYMARIEDans ce projet un article fait beaucoup de bruit, Nicole BRICQ, il prévoit une cour de justice privée pour les multinationales, de grosses sociétés pourraient attaquer les Etats si les lois des Etats les gênent, ça semble énorme, allez-vous accepter cela ?NICOLE BRICQAlors la France a dit non, la France a dit qu'elle n'était pas d'accord
JEAN LEYMARIEC'est un « non » définitif ?NICOLE BRICQAvec ce mécanisme, qui est en suspension dans le mandat qui a été donné, parce qu'il est sous condition et ce sera lun des objets de la négociation on tient à notre souveraineté européenne, nous ne voulons pas que nous soyons attaqués (un état membre ou l'Union européenne) parce qu'elle aurait pris une loi ou un règlement qui serait prétendument non conforme aux intérêts d'entreprises américaines, notamment multinationales très puissantes
JEAN LEYMARIEC'est définitif ?NICOLE BRICQÇa, c'est un objet de discussion très ferme.JEAN LEYMARIEEt est-ce que c'est définitif ?NICOLE BRICQCela veut dire que, si ça devait être inclus dans la négociation, il faudrait que la Commission européenne puisque c'est une politique européenne revienne vers les Etats membres, c'est ça le sujet.JEAN LEYMARIEMerci, Nicole BRICQ.FABIENNE SINTESMerci beaucoup ! Vous étiez l'invitée de 8 h 15 ce matin, à retrouver en vidéo très vite sur franceinfo.fr.Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 janvier 2014
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vie_publique · nº 190055
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