geheim.land Recherche Politique
2 janvier 2014 · Gouvernement · Europe 1 · discours Discours

Interview de M. Pascal Canfin, ministre du développement, avec Europe 1 le 2 janvier 2014, sur la situation en Centrafrique, l'antisémitisme, la transition énergétique et sur l'aéroport Notre-Dame-des-Landes.

Pascal Canfin (auteur)

NICOLAS ESCOULANBonjour Pascal CANFIN...PASCAL CANFINBonjour.NICOLAS ESCOULANBienvenu sur EUROPE 1. L'année commence dans le sang en Centrafrique avec de nouveaux morts, des blessés, une violence inouïe qui tourne à la barbarie – on l'a entendu dans le journal de 8 h avec le reportage bouleversant de Gwendoline DEBONO – et, au milieu de ce drame, 1.600 soldats Français dont 2 sont morts en décembre. La France s'est-elle mise dans un piège en Centrafrique ?PASCAL CANFINVous savez il y a, il y avait en Centrafrique un risque de guerre civile ; il y a des enfants qui sont découpés à la machette, des enfants qui sont découpés à la machette ; il y a 1,5 million de personnes, 1/3 des habitants de la Centrafrique qui sont en risque grave sur leur situation humanitaire, pour leur santé, pour leur capacité à se nourrir, est-ce qu'on pouvait dire : « ce n‘est pas notre problème » ou est-ce qu'on dit : « nous avons la responsabilité d'agir, nous avons la responsabilité de ne pas laisser faire ce massacre ? », c'est le choix que le Président de la République a fait, c'est la décision qu'il a prise, nous sommes donc engagés avec la communauté internationale, il y a beaucoup plus – même si les médias français ne le traitent pas tous les jours – il y a beaucoup plus de soldats Africains que de soldats Français, nous sommes engagés pour éviter qu'il y ait en Centrafrique un massacre et une guerre civile NICOLAS ESCOULANDonc PASCAL CANFINEt la situation est difficile, je ne le cache pas, personne ne le cache, la situation est difficile, nous avons considéré que c'était notre responsabilité que de ne pas laisser faire ces massacres d'enfants.NICOLAS ESCOULANDonc, il fallait y aller. Vous n'êtes pas ministre de la Défense mais en charge du Développement et, à ce titre, vous connaissez très bien l'Afrique, combien de temps faudra-t-il rester sur place ? Les experts, d'anciens et actuels généraux, affirment qu'en-dessous de 5.000 hommes l'intervention française est vouée à l'échec et que c'est une guerre sans fin, est-ce qu'il faut des renforts ?PASCAL CANFINMais vous l'avez dit je ne suis pas ministre de la Défense et Jean-Yves LE DRIAN est sur place justement pour évaluer la situation, simplement il y a, il faut le savoir, il y aura dans quelques semaines 6.000 troupes africaines d'ores et déjà, donc encore une fois ne résonnons pas comme si la France était toute seule sur le terrain, nous sommes une partie d'un dispositif plus large et, encore une fois, je ne suis pas ministre de la Défense mais du Développement, ça veut dire que la stratégie de la France a 3 piliers en Centrafrique, c'était vrai aussi au Mali : le pilier sécuritaire, parce que sans sécurité évidemment rien n'est possible ; le pilier politique, parce que dans la durée c'est évidemment la solution politique en Centrafrique pour sortir de ce conflit qui est en train de devenir un conflit entre confessions ; et puis le développement, vous savez qu'en Centrafrique 93% des habitants n'ont pas accès à l'électricité, 93% - comment voulez-vous entamer un développement économique lorsque vous êtes dans des situations d'aussi grandes misères - et donc les 3 piliers : le politique, le sécuritaire et l'humanitaire et le développement NICOLAS ESCOULANJustement PASCAL CANFINCa toujours été la stratégie de la France.NICOLAS ESCOULANVous parlez de la catastrophe humanitaire, les Européens se retrouveront fin janvier sur ce sujet, mais pourquoi la France n'arrive pas à mobiliser la planète sur la Centrafrique aujourd'hui ?PASCAL CANFINMais c'est ce que nous avons fait ! Nous avons eu une résolution du conseil de sécurité, les 15 pays du conseil de sécurité des Nations unies ont voté pour l'intervention en Centrafrique, notamment de la France brouhaha) NICOLAS ESCOULAN la dimension humanitaire.PASCAL CANFINEt sur les questions humanitaires et développement toute la mobilisation passera par cette grande conférence à Bruxelles le 20 janvier où nous allons, comme nous l'avons fait pour le Mali, nous allons mobiliser la communauté internationale de façon à lever les fonds pour assurer le financement des opérations humanitaires et de développement pour les 12 à 24 mois qui viennent NICOLAS ESCOULANCe n'est pas déjà trop tard ?PASCAL CANFINNon ! Ce n‘est pas trop tard, c'est maintenant qu'il faut le faire, c'est maintenant qu'il faut le faire. Ça fait quelques semaines que nous avons commencé l'opération miliaire pour assurer le premier pilier, la sécurité, dès aujourd'hui donc nous sommes mobilisés pour le 20 janvier - cette grande conférence - nous sommes en train d'évaluer les besoins, avec l'ensemble des acteurs, notamment les Nations unies, pour ensuite aller voir l‘ensemble des parties prenantes, l'ensemble des pays, l'ensemble des agences onusiennes, et leur dire : « maintenant, il faut contribuer au retour de la stabilité et du financement de la Centrafrique ».NICOLAS ESCOULANPascal CANFIN on n'a pas entendu les Verts sur la polémique DIEUDONNE, alors on ne va pas revenir sur le fond des propos qui ont été largement commentés mais sur l'attitude de Manuel VALLS dans ce dossier, a-t-il – comme certains le disent – pris le risque de faire de la publicité à DIEUDONNE en évoquant l'interdiction de ses spectacles ?PASCAL CANFINVous nous dites : « il ne faut pas revenir » NICOLAS ESCOULANVous êtes libres de le faire ! Mais PASCAL CANFINMoi je voudrais quand même y revenir ! Parce que sincèrement quand vous dites ce qu'il a dit, c'est-à-dire sur Patrick COHEN, journaliste dans une radio concurrente de la vôtre, dire : « Ah ! Patrick COHEN quand même les chambres à gaz » franchement, est-ce qu'on peut laisser dire : « c'est une expression, c'est une opinion comme une autre » ou est-ce qu'on dit : « non, il y a une limite, la limite à la liberté d'expression de qui que ce soit, y compris de DIEUDONNE, c'est le respect de la dignité, le respect de l'humanité de chacun, il y a des limites à la liberté d'expression, on ne peut pas dire n‘importe quoi, sinon je peux dire n'importe quoi sur vous et vous n'avez pas le droit puisqu'il n'y aurait pas de délit de diffamation, ça existe le délit de diffamation par exemple NICOLAS ESCOULANDonc Manuel VALLS (brouhaha) donc c'est normal qu'il y ait PASCAL CANFINC'est normal en démocratie, c'est normal que la liberté d'expression soit encadrée, parce qu'on ne peut pas dire tout et n'importe quoi, et donc à partir de là NICOLAS ESCOULANMais ce n'était pas plutôt à Christiane TAUBIRA PASCAL CANFINA partir de là. NICOLAS ESCOULANLa garde des Sceaux de PASCAL CANFINAttendez ! Ca c'est NICOLAS ESCOULAND'évoquer le sujet ?PASCAL CANFINCa c'est une autre question. L'enjeu c'est d'être efficace, c'est de pouvoir trouver une parade à ce qui mine profondément le tissu social et la démocratie, et moi je dois dire honnêtement que j‘ai du mal à comprendre des gens, des Français qui rient quand quelqu'un leur dit : « Ah ! Patrick COHEN, les chambres à gaz ce n'était pas si mal », je trouve vraiment pas ça drôle.NICOLAS ESCOULANDonc, Manuel VALLS a eu raison d'intervenir. Pascal CANFIN vous êtes aussi l'un des 2 ministres Verts du gouvernement et vous avez du être satisfait j'imagine que dans ses voeux le Président fasse une grande place à la transition énergétique une des 3 priorités pour 2014...PASCAL CANFINOui ! Oui.NICOLAS ESCOULANLa loi ne sera présentée qu'en fin d'année. Cette loi, ça va être ça passe ou ça casse avec François HOLLANDE ?PASCAL CANFINCette loi, sur la transition énergétique, c'est quoi ? C'est sortir de notre dépendance au nucléaire pour produire notre électricité. Aujourd'hui il y a 80% de notre production d'électricité qui est issue du nucléaire, imaginez qu'il y ait un problème un jour, un accident, comme ça été le cas dans d'autres pays - je pense évidemment à la Russie, aussi aux Etats Unis et au Japon – eh bien nous serions totalement pris au piège, totalement démunis, et donc cette loi sur la transition énergétique c'est de rééquilibrer notre mixte énergétique. Et les Allemands nous montrent l'exemple, le contrat de coalition, il y a quelques semaines, quelques jours même, qui vient d'être voté par le nouveau gouvernement, prévoit jusqu'à 65% de production d'électricité avec des énergies renouvelables, c'est donc possible et, nous, nous allons nous engager aussi dans cette voie NICOLAS ESCOULANEn attendant (brouhaha) PASCAL CANFINC'est la voie de l'avenir NICOLAS ESCOULANCharbon, hein ?PASCAL CANFINC'est la voie de l'avenir et c'est la voie de la création d'emplois, sachez qu'en Allemagne ils ont déjà créé beaucoup plus d'emplois dans les énergies renouvelables que la France dans le nucléaire depuis 30 ans NICOLAS ESCOULANJustement PASCAL CANFINDonc on voit bien qu'il y a un enjeu à la fois à faire cette transition énergétique pour sortir de notre dépendance au nucléaire et comme levier pour sortir de la crise.NICOLAS ESCOULANSur le nucléaire justement François HOLLANDE s'était engagé à ce que la centrale de Fessenheim ferme fin 2016, donc dans moins de 3 ans, selon tous les experts c'est absolument intenable, Fessenheim fermera-t-elle avant fin 2016 ?PASCAL CANFINC'est la décision politique qui compte ! Après, si vous voulez, la fermeture technique NICOLAS ESCOULANMais il y a quand même la dimension technique PASCAL CANFINOui ! Bien sûr, exactement, c'est ce que j'allais dire NICOLAS ESCOULANC'est important.PASCAL CANFINLa fermeture technique, la fermeture technique c'est important, mais que ça se fasse en X mois ou en Y mois ce n'est pas un problème politique, c'est un problème technique.NICOLAS ESCOULANAujourd'hui c'est acté !PASCAL CANFINLa décision politique est actée.NICOLAS ESCOULANDonc, pour vous, il n'y a plus de sujet Fessenheim ?PASCAL CANFINLa position politique est actée et ensuite il s'agit de regarder les modalités techniques bien évidemment parce qu'on ne ferme pas une centrale nucléaire comme on ferme la porte de ce studio, c'est une évidence, mais ce n'est pas un problème politique.NICOLAS ESCOULAND'accord ! Alors un autre sujet qui vous concerne et qui sera un sujet test pour 2014, c'est l'aéroport Notre-Dame-des-Landes, sa construction, est-ce que vous irez manifester en février contre la construction de cet aéroport ?PASCAL CANFINEh bien vous savez nos désaccords sont connus sur ce sujet entre les Socialistes et les Ecologistes, nous, nous considérons qu'il est possible de réaménager l'aéroport actuel de Nantes mais que construire un nouvel aéroport alors que par ailleurs nous allons par exemple accueillir la grande conférence, le grand Sommet international sur le climat en décembre 2015 à Paris et que nous devrons trouver un accord international sur le climat à Paris en décembre 2015, c'est un peu contradictoire avec le fait d'ouvrir NICOLAS ESCOULANMais la question c'est PASCAL CANFINDe lancer un nouvel aéroport NICOLAS ESCOULANCa, c'est PASCAL CANFINEt donc, nous, nous sommes NICOLAS ESCOULANEnfin la question, c'est : est-ce que, vous, vous irez manifester contre la construction de l'aéroport PASCAL CANFINJe n'irais pas NICOLAS ESCOULANEn février ?PASCAL CANFINJe n'irais pas manifester en tant que ministre, ça va de soi, en revanche NICOLAS ESCOULANMais vous en avez envie ?PASCAL CANFINEn revanche, il y a un soutien d'EUROPE ECOLOGIE LES VERTS explicite, très, très clair, à tous ceux qui aujourd'hui s'opposent à la construction de cet aéroport. Parce que c'est un choix de développement, l'argent public NICOLAS ESCOULANSi cet aéroport est construit ou est décidé, c'est la fin de PASCAL CANFINMonsieur ! L'argent, l‘argent public est rare - ça ne vous a pas échappé – et, puisque l'argent public est rare, il doit être bien utilisé et nous pensons qu'aujourd'hui il peut être mieux utilisé que de faire un nouvel aéroport alors qu'il en existe déjà un dans l'agglomération de Nantes.NICOLAS ESCOULANMais pour vous, si cet aéroport est construit, s'il est décidé, acté PASCAL CANFINJe ne fais pas NICOLAS ESCOULANC'est la fin du contrat ?PASCAL CANFINJe ne fais pas de politique fiction et je pense aujourd'hui NICOLAS ESCOULANAlors je vous propose d'écouter Najat VALLAUD-BELKACEM (brouhaha) PASCAL CANFINJe pense qu'à quelques semaines des élections municipales, je ne pense pas que le Premier ministre se lance dans la construction de cet aéroport.NICOLAS ESCOULANEcoutez ce que disait Najat VALLAUD-BELKACEM sur cette antenne il y a une dizaine de jours.NAJAT VALLAUD-BELKACEM, PORTE-PAROLE DU GOUVERNEMENTAprès une étape de dialogue qui a duré ces derniers mois et pendant laquelle d'ailleurs l'utilité du projet Notre-Dame-des-Landes a plutôt été confirmée, confortée, eh bien il est temps maintenant de passer en effet aux travaux préalables avant la réalisation du projet.NICOLAS ESCOULANC'est clair !PASCAL CANFINEh bien c'est le point de vue de Najat VALLAUD-BELKACEM NICOLAS ESCOULANPorte-parole du gouvernement.PASCAL CANFINEt c'est le point de vue du gouvernement. Nous ne nions pas que sur ce sujet nous ne sommes pas d'accord, d'ailleurs ça n'était pas dans l'accord de coalition que nous avons passé pour entrer au gouvernement, donc nous avons sur ce sujet une liberté de parole totale.NICOLAS ESCOULANEst-ce que vous pensez que vous serez dans ce gouvernement à la fin de l'année 2014 ?PASCAL CANFINEst-ce que vous pensez que vous serez toujours à EUROPE 1 fin 2014 ?NICOLAS ESCOULANMoi je n'en sais rien ! Moi je vous pose la question.PASCAL CANFINVous ne savez pas !NICOLAS ESCOULANMoi je suis (brouhaha) vous pose la question.PASCAL CANFINNous nous inscrivons dans la durée, nous inscrivons notre action dans la durée. Pourquoi ? Parce que, si nous voulons marquer des buts, il faut être sur le terrain, personne n'a jamais marqué de but en restant dans les tribunes et donc nous voulons marquer des buts, être sur le terrain dans la durée.NICOLAS ESCOULANMerci Pascal CANFIN.MAXIME SWITEKMerci Pascal CANFIN, merci Nicolas ESCOULAN.PASCAL CANFINMerci.MAXIME SWITEKDemain votre invité, Nicolas ?NICOLAS ESCOULANManuel VALLS qui fait sa rentrée politique sur EUROPE 1 demain à 8h15.MAXIME SWITEZLe ministre de l'Intérieur.Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 janvier 2014
La source — vie_publique · nº 190024
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/190024-interview-de-m-pascal-canfin-ministre-du-developpement-avec-europe-1?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
Fichier d'origine conservé
Ce texte n'a été ni résumé ni corrigé