Interview de M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur, à Europe 1 le 11 décembre 2013, sur l'intervention de la France en Centrafrique, la création de 16 nouvelles zones de sécurité prioritaire, les mouvements au sein de la haute hiérarchie de la police e
Manuel Valls (auteur), Jean-Pierre Elkabbach (intervenant)
Jean-Pierre ELKABBACHMerci d'être là. Le président de la République rentre de Centrafrique. Pourquoi prend-il tant de risques ? Pourquoi met-il en danger, et la France, et lui-même ? Pourquoi ?Manuel VALLSMais la France a un rôle à jouer, elle a une mission à accomplir. Cette mission, le président de la République l'a dit hier à Bangui, c'est une mission dangereuse, mais indispensable, pour éviter un carnage, car les massacres avaient commencé déjà depuis quelques jours. Les mêmes qui aujourd'hui s'interrogent et critiquent l'intervention de la France, auraient été les mêmes, à juste titre, qui auraient critiqué la passivité de la France...Jean-Pierre ELKABBACHMais est-ce l'opération...Manuel VALLS... un nouveau Rwanda, si la France n'était pas...Jean-Pierre ELKABBACH...n'est pas mal engagée, déjà ?Manuel VALLSEcoutez, au bout de quelques jours d'interventions, alors que la mission, et encore aujourd'hui, sera de sécuriser Bangui, et de désarmer les groupes, cette mission elle est en cours, faisons confiance au professionnalisme de nos soldats et ayons de toute façon une pensée pour eux, qui aujourd'hui combattent, font un travail particulièrement difficile, alors qu'ils ont perdu deux des leurs hier.Jean-Pierre ELKABBACHUn ministre de l'Intérieur, est-ce que vous pouvez nous dire si toutes les milices, surarmées, fanatisées, qui sont en ce moment à Bangui, au Mali ou dans d'autres pays africains, ne confirment pas la montée d'un islamisme radical prêt à tout en Afrique ?Manuel VALLSIl y a un danger lié à l'islamisme, radical, en Afrique, ce qui a justifié l'intervention de la France au Mali, qui était en train de basculer, qui pouvait devenir un état terroriste. Ce sujet a été abordé à l'occasion du sommet entre la France et les pays africains il y a quelques jours, je me suis rendu moi-même en Afrique il y a quelques semaines...Jean-Pierre ELKABBACHDonc, vous confirmez.Manuel VALLS... pour mettre en oeuvre les dispositifs nécessaires, notamment en matière de renseignement et de formation pour lutter contre le terrorisme. Ce qui est en jeu en Centrafrique est d'une autre nature, c'est l'implosion d'un Etat, c'est le risque de massacres, c'est le danger, évidemment, humanitaire, qui est en question, et ce sont ces milices et ces massacres en cours depuis plusieurs semaines. Je vous rappelle que la France a alerté la communauté internationale cet été, puisque les ONG avaient fait part de leur très grande inquiétude. Le président de la République...Jean-Pierre ELKABBACHMais les Américains regardent de l'autre côté...Manuel VALLSLe président de la République s'était adressé aux Nations Unis...Jean-Pierre ELKABBACH... et les Européens ne veulent pas s'en mêler, ils nous laissent tout seul.Manuel VALLS... en septembre, et la diplomatie française, avec le président de la République et Laurent FABIUS, ont fait en sorte qu'il y ait une résolution du Conseil de sécurité, à l'unanimité, ce qui permet cette intervention de la France, qui devra passer le relai à une force africaine.Jean-Pierre ELKABBACHD'accord, mais est-ce que ça ne nous expose pas plus que d'autres à des représailles djihadistes ?Manuel VALLSLa France est un grand pays, qui est une puissance politique, diplomatique, militaire, économique, qui a donc un rôle à jouer. Nous sommes déjà exposés, depuis des années, à une menace, et ça n'est pas en restant chez nous, en ne faisant rien, que l'on combat le terrorisme. L'engagement contre le terrorisme est un engagement qui nécessite des interventions. Mais encore une fois, cette intervention est d'une autre nature, il s'agissait d'éviter un véritable massacre, un bain de sang...Jean-Pierre ELKABBACHQui avait commencé.Manuel VALLS... qui avait commencé, et le président de la République a eu raison, à l'occasion de ce déplacement fort, fort pour nos armées, courageux, il est le chef de l'Etat et le chef des Armées, il est pleinement dans son rôle et moi je souhaite, je le dis, parce que nous vivons dans un moment de doute, d'interrogation, permanent, que la Nation se rassemble dans ces moments-là, autour du président de la République, autour de nos armées. Ce n'est pas une petite opération politique qui est en cours...Jean-Pierre ELKABBACHMais, voyons la sécurité en France...Manuel VALLS... c'est l'intervention de nos soldats, aujourd'hui, en Centrafrique.Jean-Pierre ELKABBACHEn France, vous venez de créer 16 nouvelles Zones de sécurité prioritaires, ça fait au total 80. Est-ce que c'est-à-dire que vous allez donner des hommes et des moyens supplémentaires si vous avez de l'argent pour ça ?Manuel VALLSMais c'est ce que nous avons fait, Jean-Pierre ELKABBACH, entre 2007 et 2012, c'est 13 700 postes de policiers et de gendarmes, qui ont été supprimés. Ce gouvernement, qui fait de la sécurité une priorité, a décidé de remplacer tous les départs à la retraite et de créer tous les ans, 400 à 500 postes de policiers et de gendarmes supplémentaires, alors que le budget du ministère de l'Intérieur et notamment des forces de sécurité, était en baisse constante de 18 % au cours des dernières années, ce budget est en augmentation.Jean-Pierre ELKABBACHMais il y a, si vous le permettez, il y a peut-être quelque chose qui ne vous a pas échappé, le maire d'une petite commune d'Isère, vient de voter une subvention pour payer l'essence à ses gendarmes, hein...Manuel VALLSEcoutez, ... problèmes....Jean-Pierre ELKABBACH...et on est train déjà de toucher le budget 2014.Manuel VALLSNous avons débloqué encore 131 millions d'euros il y a quelques jours pour permettre précisément aux gendarmes et aux policiers, d'avoir les budgets de fonctionnement nécessaires. Nous sommes dans un moment difficile sur le plan budgétaire, je fais remarquer que le ministère de l'Intérieur est un budget prioritaire et qui a les moyens pour mener ses missions.Jean-Pierre ELKABBACHC'est-à-dire que la France toute entière est en train de devenir une Zone de sécurité ? Est-ce que ça veut dire que bientôt, tout le territoire sera atteint et gangréné ?Manuel VALLSNon.Jean-Pierre ELKABBACHIl n'y a que des priorités ?Manuel VALLSLes Zones de sécurité, il n'y a pas 80 villes, Jean-Pierre ELKABBACH, il y a des territoires, qui nécessitent une intervention...Jean-Pierre ELKABBACHEst-ce que ça veut dire que c'est la délinquance qui gagne ?Manuel VALLSLa délinquance, elle est présente dans les territoires urbains, comme dans les territoires ruraux, et cela nécessite une nouvelle méthode, une meilleure coordination entre les forces de l'ordre et la justice, des moyens supplémentaires, souvent en lien avec les municipalités, pour s'attaquer aux phénomènes de délinquance, là où ils sont les plus enracinés, c'est-à-dire les violences contre les personnes, les trafics de drogue et d'armes, les cambriolages, bref, nous nous attaquons aux causes mêmes de la délinquance.Jean-Pierre ELKABBACHEst-ce qu'on peut voir...Manuel VALLSEt si nous avons la possibilité d'avoir des Zones de sécurité prioritaire, de nouveau, c'est parce que nous avons davantage de moyens pour nous attaquer à ces phénomènes de délinquance.Jean-Pierre ELKABBACHEt c'est qui l'ennemi de l'intérieur ? Contre qui ?Manuel VALLSMais contre tous ceux qui, aujourd'hui, s'en prennent à l'autorité de l'Etat, c'est notamment les réseaux de trafiquants de drogue, c'est ces réseaux de cambriolage, qui dans les territoires urbains, mais surtout dans les territoires ruraux, sèment la terreur. Et c'est évidemment aussi à Paris, où nous avons créé une troisième Zone de sécurité prioritaire, à la demande de Bertrand DELANOË, et de Anne HIDALGO, dans le 20ème arrondissement, parce qu'il y a besoin de ces moyens supplémentaires.Jean-Pierre ELKABBACHOn va voir un certain nombre de questions, auxquelles on va essayer de répondre, rapidement.Manuel VALLSMais, Jean-Pierre ELKABBACH, le discours en matière de lutte contre la délinquance, pour la sécurité de nos compatriotes, il s'illustre ici avec des faits concrets, des moyens supplémentaires, les Zones de sécurité prioritaire, alors que dans les Zones de sécurité prioritaire que nous avons crées, nous obtenons déjà des résultats et que la délinquance baisse.Jean-Pierre ELKABBACHAlors, on continue, on va essayer de continuer...Manuel VALLSEt c'est aussi ce message de confiance que je veux faire passer.Jean-Pierre ELKABBACHOui oui. Alain ACCO, qui est le spécialiste d'EUROPE 1, me signale que la Chambre criminelle de la Cour de cassation vient d'interdire toute géolocalisation, si elle est pas valisée par un juge d'instruction. Des dizaines d'enquêtes sont en ce moment bloquées ou paralysées. Qu'est-ce que vous décidez ?Manuel VALLSUn texte va être présenté dans quelques jours au Conseil des ministres, soumis au début de l'année au Parlement, pour faire face à ce vide juridique, suite à la décision de la Cour de cassation, parce qu'en effet, Alain ACCO et vous-même, vous avez raison, il faut les moyens, aux policiers et aux gendarmes, pour lutter contre le crime organisé, et nous avons besoin donc de ces balises, de la géolocalisation, dans le cadre de notre droit, pour combattre le crime.Jean-Pierre ELKABBACHSelon Mediapart, le logiciel de géolocalisation PERGAME, qui est illégal, était utilisé par la police judiciaire, avec l'accord de votre directeur adjoint de cabinet. C'est normal ?Manuel VALLSNon, c'est faux. Pendant quelques semaines il y a eu un dispositif qui n'était pas légal et qui a été utilisé, et nous y avons mis fin.Jean-Pierre ELKABBACHLe journal LE MONDE a révélé que le directeur de la PJ de Paris, Christian FLAESCH, a téléphoné à Brice HORTEFEUX, pour l'informer qu'il allait être entendu comme témoin par un juge, et non par les policiers. Est-ce que pour vous c'est un scandale ou un délit, de sa part ?Manuel VALLSChristian FLAESCH, qui est le directeur de la PJ parisienne, est un grand flic, c'est un très grand professionnel. Ça fait six ans et demi qu'il est à la tête de la PJ, donc il est par ailleurs normal qu'à un moment ou un autre, il soit remplacé.Jean-Pierre ELKABBACHÇa va être le cas, parce qu'il y a une question de succession dans les 15 à 20 jours qui viennent, mais est-ce qu'on assiste en ce moment, dans la hiérarchie policière, à des manipulations, à des règlements de comptes, pour permettre à tel ou tel, peut-être plus proche de vous, d'arriver au pouvoir ?Manuel VALLSNon, ça n'est pas ma conception...Jean-Pierre ELKABBACHEt comment éviter la politisation de la police ?Manuel VALLS... ça a été pendant des années une certaine conception de la politisation de la police, ça n'est évidemment absolument pas ma règle, c'est même une question d'éthique, il faut choisir des hommes ou des femmes à la tête de la police ou de la gendarmerie, qui aient d'abord les compétences. Christian FLAESCH sera remplacé dans les heures ou dans les jours qui viennent, je regrette qu'il ait commis cette faute, parce que cette faute c'est une faute de déontologie, que d'avoir ainsi informé...Jean-Pierre ELKABBACHEt vous avez fait votre choix ?Manuel VALLS... un ancien ministre de l'Intérieur, dans les conditions que vous rappeliez. Le choix est fait.Jean-Pierre ELKABBACHIl dit, par courtoisie... Le choix est fait ?Manuel VALLSLe choix est fait.Jean-Pierre ELKABBACHIl parait que c'est une femme.Manuel VALLSNon, là vous êtes en train de confondre deux choses, la Direction centrale de la Police judiciaire, et il y aura aujourd'hui une nomination en conseil des ministres, et c'est au conseil des ministres de procéder à cette nomination. Et puis la décision...Jean-Pierre ELKABBACHEt c'est une femme, on la félicite...Manuel VALLS... de changer le directeur de la Police judiciaire de la Préfecture de police de Paris, ce choix est fait, mais ce n'est pas sur vos antennes, hélas, et je le regrette, et sans doute vous le regrettez, que je fais ces annonces.Jean-Pierre ELKABBACHMarine LE PEN a dénoncé l'article 13 de la loi de programmation militaire dont on parlait tout à l'heure avec Thomas SOTTO, elle affirme que l'Etat pourra écouter ce qui se dit sur Internet, sans contrôle d'un juge, enfin, l'argument officiel c'est pour protéger les agents secrets et surtout pour mieux lutter contre le terrorisme, mais on a le sentiment que tous les documents, les textes, les vidéos, les photos, d'un citoyen normal, vont être surveillés, sans contrôle.Manuel VALLSIl est cocasse d'ailleurs de voir Marine LE PEN et l'extrême droite se préoccuper de nos libertés fondamentales. Et si on suivait d'ailleurs leur position, telle que je l'ai entendue, cela affaiblirait nos capacités de renseignements. Nous avons parlé de terrorisme, nous avons parlé de trafic de drogue, donc nous avons besoin de moyens pour lutter contre ces phénomènes, et sur le fond, la loi de programmation militaire ne fait que reprendre un dispositif validé en 2006 par le Conseil constitutionnel pour la lutte anti terroriste, ce texte impose une autorisation préalable, délivrée par une autorité indépendante, il n'y a...Jean-Pierre ELKABBACHMais est-ce que vous allez nous surveiller, nous, les citoyens, beaucoup plus facilement ?Manuel VALLSEt vous connaissez la position...Jean-Pierre ELKABBACHSous le prétexte de lutter contre le terrorisme.Manuel VALLSVous connaissez la position de la France, concernant l'espionnage dont nous aurions été victimes de la part des américains. Ça n'est pas pour reproduire les mêmes phénomènes chez nous. En revanche, nous avons besoin de moyens modernes, face au terrorisme, face à une délinquance, qui elle, épouse les nouveaux moyens technologiques. Donc nous avons besoin, aussi, de lutter, avec des armes légales, dans le cadre de notre droit, et croyez-moi, moi, ministre de l'intérieur, et avec la volonté du président de la République et du Premier ministre de s'attaquer à ces phénomènes de délinquance, nous ne faiblirons jamais, nous utiliserons tous les moyens légaux pour lutter contre toutes les formes de violence.Jean-Pierre ELKABBACH« Moi, ministre de l'Intérieur « Moi, ministre de l'Intérieur », Manuel VALLS...Manuel VALLSNon...Thomas SOTTOMerci...Manuel VALLSNe vous laissez pas emporter, Jean-Pierre ELKABBACH...Je dis, je rappelle tout simplement quel est notre engagement...Thomas SOTTOIl ne l'a dit qu'une fois !Manuel VALLSMais c'est une belle référence, par ailleurs.Jean-Pierre ELKABBACHMais, évidemment.Manuel VALLSNous sommes bien d'accord.Jean-Pierre ELKABBACHOn voit où ça a mené...Manuel VALLSSaluons le président de la République et son courage.Jean-Pierre ELKABBACHVous y pensez aussi.Thomas SOTTOMerci, Manuel VALLS...Manuel VALLSC'est vous qui pensez trop, Jean-Pierre ELKABBACH.Thomas SOTTOVous nous confirmez donc que c'est Mireille BALLESTRAZZI, qui sera directrice centrale de la Police judiciaire ce matin ?Manuel VALLSJe ne confirme rien, attendez le Conseil des ministres.Thomas SOTTOMais c'est le nom qui sortira.Manuel VALLSAttendez le conseil des ministres.Jean-Pierre ELKABBACHMais vous n'avez pas dit « une femme », c'est possible.Manuel VALLSMais une femme, c'est possible, partout, et parce que nous avons besoin de très grands policiers à la tête de la police, et il y a des femmes de très grandes qualité....source : Service d'information du Gouvernement, le 11 décembre 2013
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vie_publique · nº 189901
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