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6 décembre 2013 · Gouvernement · Radio France Internationale · discours Discours

Interview de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, avec RFI le 6 décembre 2013, sur la situation en Centrafrique et au Mali et sur la sécurité en Afrique.

Jean-Yves Le Drian (auteur)

FREDERIC RIVIÈREVous êtes avec nous ce matin pour parler bien entendu de l'intervention française en Centrafrique et du sommet de l'Élysée, mais l'actualité ce matin c'est, bien évidemment, la disparition de Nelson MANDELA. En un mot, qu'est-ce que vous retiendrez de cet homme exceptionnel ?JEAN-YVES LE DRIANC'était un phare, il le restera. C'était le phare de la liberté, le phare d'une Afrique qui aspire au développement et à l'égalité. Il a éclairé beaucoup de combats et il continuera, je pense, à le faire.FREDERIC RIVIÈRELe conseil de sécurité de l'ONU a adopté hier à l'unanimité la résolution proposée par la France pour une intervention en Centrafrique. La capitale du pays a connu hier une journée particulièrement violente. Le bilan n'est pas tout à fait certain mais relativement important. Est-ce que d'après vous l'imminence de l'intervention française est en cause dans le déchaînement de violence ?JEAN-YVES LE DRIANCe n'est pas certain. En tous cas, ce pays vit dans un chaos humanitaire et un véritable effondrement sécuritaire. Il n'y a plus d'État, il y a des bandes armées qui s'affrontent, des exactions horribles qui sont commisses, une situation catastrophique, une population qui a peur et maintenant, une réaction très forte de la communauté internationale puisque la résolution des Nations Unies a été adoptée à l'unanimité, qui engage les forces africaines – ce qu'on appelle la MISCA – à assurer la sécurité minimum avec le soutien des forces françaises, mandatées expressément par les Nations Unies. C'est la raison pour laquelle le président de la République a décidé hier de faire en sorte que l'intervention ait lieu et elle commence.FREDERIC RIVIÈREVoilà. Il a annoncé hier qu'elle était immédiate. Vous pouvez nous dire ce matin que l'opération a commencé ?JEAN-YVES LE DRIANOui. Ça a commencé dans la mesure où les forces françaises qui étaient déjà présentes sur l'aéroport de Bangui avec une mission uniquement limitée à la protection de cet aéroport et de nos ressortissants, aujourd'hui dès cette nuit ont développé des patrouilles dans Bangui. La nuit a été calme. Par ailleurs, une compagnie est arrivée de Libreville hier soir et aujourd'hui, un détachement d'hélicoptères sera sur zone, avec parallèlement la montée en puissance de la force multinationale africaine qui se coordonne avec les forces françaises, ce qui fait que j'espère que les deux objectifs que nous nous donnons pourront être réalisés rapidement. C'est-à-dire d'abord faire en sorte qu'il y ait une sécurité minimum, une sécurité humanitaire permettant en particulier à l'intervention humanitaire de se mettre en oeuvre, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.FREDERIC RIVIÈREÇa, ça passe par quoi ? Par la sécurisation de l'aéroport par exemple ?JEAN-YVES LE DRIANNon, non, pas uniquement de l'aéroport. L'aéroport est sécurisé. Mais de la sécurisation des rues de Bangui, des itinéraires principaux qui permettent aux gens d'aller même à l'hôpital, ce qui n'est pas possible aujourd'hui. Cette mission-là, elle est commencée. Elle va se poursuivre et parallèlement, notre mission est de faire en sorte que les forces africaines, la MISCA, soient en situation d'assurer la sécurité du territoire de la République Centrafricaine en attendant la transition politique qui doit être mise en oeuvre par les Africains eux-mêmes.FREDERIC RIVIÈRELa priorité, c'est quoi ? C'est le désarmement des groupes qui aujourd'hui terrorisent les populations ?JEAN-YVES LE DRIANPour sécuriser, il faut désarmer et cantonner. Pour sécuriser, il faut physiquement que les vandales, les brigands, les milices s'aperçoivent qu'elles ne peuvent pas utiliser les rues de Bangui comme des champs de bataille. Il faut arrêter ce drame. Je pense que les chefs d'État africains qui sont aujourd'hui à Paris feront un appel au calme, comme l'a fait François HOLLANDE hier.FREDERIC RIVIÈREEst-ce que vous vous attendez à une résistance importante de la part de ces groupes armés ?JEAN-YVES LE DRIANJ'espère que la raison va l'emporter et que le fait que la communauté internationale et la communauté africaine soient unanimes sur cette nécessité d'arrêter le sang et la violence va être entendu.FREDERIC RIVIÈREVous avez une idée de leur nombre ?JEAN-YVES LE DRIANC'est variable selon les moments. C'est peu identifiable pour l'instant. Les gens sont parfois mêlés à tel ou tel groupe sans qu'on puisse identifier l'origine et la volonté qui s'expriment derrière. Il importe que le désarmement et le cantonnement se généralisent.FREDERIC RIVIÈREEt leurs motivations, d'après vous, ne sont pas politiques ?JEAN-YVES LE DRIANPeut-être que pour certains il y en a, mais les motivations de base ne le sont pas. Il s'agit beaucoup de rapine, de violence parfois gratuite, avec le risque qu'il ne faut pas négliger d'une dérive confessionnelle, qui est apparue ces derniers jours et qu'il convient de maîtriser parce que ce pays n'avait pas connu ces affrontements-là depuis longtemps.FREDERIC RIVIÈREDésarmer, cantonner et ensuite reconstruire.JEAN-YVES LE DRIANTransition politique et présence de la force africaine multinationale pour assurer cette transition politique.FREDERIC RIVIÈRETout cela en combien de temps ?JEAN-YVES LE DRIANLa France est là pour un moment court, pour permettre le minimum sécuritaire, le minimum humanitaire et l'accompagnement du déploiement de la force africaine.FREDERIC RIVIÈREOn peut faire tout ça en six mois à peu près ?JEAN-YVES LE DRIANCe n'est pas exclu.FREDERIC RIVIÈREMais on peut aussi être amené à prolonger l'opération.JEAN-YVES LE DRIANCe n'est pas dans la logique de ce que nous avons décidé, qu'a décidé le président de la République. C'est une phase transitoire dans l'application du mandat des Nations Unies pour permettre à la force africaine d'être en situation d'exercer la sécurité sur le moyen terme et de faire en sorte qu'en République Centrafricaine, il y ait une vraie transition politique qui prendra un certain temps, mais qui sera assumée par les forces africaines qui sont organisées. Il y a maintenant des éléments du Gabon, du Cameroun, du Congo, du Tchad. Il y a un général gabonais qui dirige tout cela en bonne coordination avec le général français, le général SORIANO qui est arrivé hier sur Bangui. Je pense que le calme pourra revenir, en tous cas je l'espère.FREDERIC RIVIÈREJe voudrais qu'on parle un peu du Mali. Dans une interview au Monde, le président IBK explique que la présence des troupes étrangères, notamment françaises, à Kidal a empêché le rétablissement de l'autorité de l'État. « On nous oblige, dit-il, à négocier avec un groupe armé, le MNLA, qui a pris les armes contre l'État et qui s'en vante ». Il y a aujourd'hui, selon le président malien, un recul de l'enthousiasme envers la France au sein de la population malienne. Autrement dit, il vous reproche d'être trop complaisant avec le MNLA.JEAN-YVES LE DRIANJ'ai entendu des propos du même président IBK qui étaient plus modérés. La position de la France est claire : il n'y a qu'un Mali et il ne doit y avoir qu'un seul Mali avec une seule armée malienne. Il n'y a donc qu'un seul président qui a été largement élu ; il va y avoir une Assemblée nationale. Il importe que le président IBK mène les actions nécessaires pour conforter l'intégrité du territoire malien et c'est la position de la France.FREDERIC RIVIÈREEst-ce qu'il a toute latitude pour le faire à Kidal ?JEAN-YVES LE DRIANComplètement. L'autorité du président malien est complètement forte et reconnue par la France. Nous travaillons au niveau des éléments militaires en bonne coordination avec les forces armées maliennes. Je précise d'ailleurs à cet égard qu'après les élections législatives qui vont avoir lieu dans quelques jours que progressivement, les forces françaises vont diminuer leurs effectifs pour rester à un étiage d'à peu près mille militaires dont la vocation sera uniquement du contre-terrorisme.FREDERIC RIVIÈRECroire qu'un soutien au MNLA, dit IBK, peut conduire à résoudre des prises d'otages est d'une naïveté déconcertante.JEAN-YVES LE DRIANNous n'avons qu'un seul partenaire au Mali : c'est le président IBK.FREDERIC RIVIÈREOui. Comment vous expliquez ces propos ?JEAN-YVES LE DRIANIl y a un peu d'irritation dans cette région de Kidal. Il ne faut pas non plus focaliser tout le Mali à Kidal. Il y a Kidal, quarante mille habitants, certes zone de passage, zone souvent de conflits depuis cinquante ans, et il y a le reste du Mali, dix-sept millions. Relativisons les choses et manifestons notre total soutien au président IBK dans sa volonté de réconciliation. Il faut réconcilier. C'est indispensable et je suis convaincu que le président du Mali fait les gestes nécessaires. Il a déjà commencé à le faire.FREDERIC RIVIÈRELe sommet de l'Élysée s'ouvre cet après-midi pour la paix et la sécurité en Afrique. Qu'est-ce qu'on peut en attendre ?JEAN-YVES LE DRIANSans doute une prise de conscience déjà réelle des pays africains sur la nécessité de s'organiser ensemble pour assurer la sécurité. La sécurité de l'Afrique n'est pas une sécurité d'assistance, mais une sécurité de partenariat avec la France et avec l'Europe. Le fait qu'on envisage la mise en oeuvre d'une force africaine de réaction rapide à horizon 2015 est, je crois, une avancée considérable. La sécurité pour l'Afrique, c'est l'élément-clef du développement, mais c'est aussi le point de passage obligatoire pour la solidarité africaine. La sécurité de l'Afrique passera par l'Afrique et je crois que ce passage-là sera très significatif lors de ce sommet.Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 décembre 2013
La source — vie_publique · nº 189775
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/189775-interview-de-m-jean-yves-le-drian-ministre-de-la-defense-avec-rfi-le?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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