Interview de Mme Cécile Duflot, ministre de l'égalité des territoires et du logement, à ITélé le 22 octobre 2013, sur le projet de loi sur le logement et l'urbanisme, l'affaire Leonarda, l'instauration de l'écotaxe et la stratégie des Verts pour les élect
Cécile Duflot (auteur), Bruce Toussaint (intervenant), Christophe Barbier (intervenant)
BRUCE TOUSSAINTOn ne vous a pas entendue réagir à l'intervention de François HOLLANDE ce week-end, samedi midi, plus précisément. Il y a eu un communiqué d'Europe Ecologie Les Verts, qui ensuite a été requalifié d'initiative personnelle d'une porte-parole, mais les mots étaient durs, il s'agissait, selon ce communiqué, de propos inhumains et incompréhensifs du chef de l'Etat, incompréhensibles, pardon, quelle est votre position, sur ce qu'a dit François HOLLANDE ce week-end ?CECILE DUFLOTD'abord, il est logique qu'une ministre ne réagisse pas après l'expression du président de la République, qui a arbitré sur un sujet et qui a pris une position. Moi de crois d'abord qu'il y a une vraie question derrière cette histoire, c'est la question de l'intégration, qui est une valeur fondamentale de notre République, ce n'est pas seulement un cas particulier. Et c'est important de revenir sur la question des valeurs, et moi je suis fière d'être d'un pays qui a toujours fait le choix de l'intégration, le choix de la solidarité, qui a participé de la création de valeurs fondamentales, que sont les valeurs des droits de l'homme. Et je pense que dans ces moments-là, il faut revenir à l'essentiel.CHRISTOPHE BARBIERMais, c'est quand même un cas particulier, c'est le cas de Leonarda, est-ce que le président n'a pas commis une imprudence, à lui tendre la main, main qu'elle a d'ailleurs rejetée ?CECILE DUFLOTNon, mais écoutez, je crois que ça n'est pas « quand même » un cas particulier, c'est un cas particulier, et le président de la République a pris une position sur ce sujet. Mes convictions en la matière, elles sont connues, monsieur BARBIER, vous les connaissez, et je le dis, je pense que la France s'honore et se grandit et surtout s'enrichit, c'est-à-dire qu'elle progresse et elle a progressé dans l'histoire, en faisant le choix de l'intégration et en faisant le choix de la jeunesse.CHRISTOPHE BARBIERLes députés socialistes disent qu'après les municipales, il faudra revenir sur le droit d'asile, est-ce que les Verts participeront à ce débat ?CECILE DUFLOTAh, bien sûr, mais par ailleurs, je le dis, sur cette question du droit d'asile, il y a une valeur fondamentale. L'asile, c'est-à-dire protéger des personnes qui sont menacées dans leur vie, dans leur santé, dans leur pays, là aussi c'est une valeur fondamentale. Nous avons participé de la création de ce droit d'asile, qui est reconnu à l'échelle internationale, et c'est un sujet fondamental. Ensuite, est-ce qu'on peut laisser des procédures durer pendant des années et des années, mettre des gens dans un entre-deux durablement, on voit bien que ça produit des situations humainement difficiles.CHRISTOPHE BARBIEREst-ce que les Verts continuent à être pour une régularisation plus ample ou plus généreuse des sans-papiers ou est-ce que le principe de réalité...CECILE DUFLOTJe ne voudrais pas être désagréable avec vous, monsieur BARBIER, mais si vous souhaitez connaitre la position des écologistes, je vous invite à inviter ses représentants.CHRISTOPHE BARBIERMais vous l'inspirez, quand même, beaucoup.CECILE DUFLOTJe les partage, mais je ne m'exprime pas ici, devant vous, en tant que représentante des écologistes, je pense que c'est plus sain, d'ailleurs, moi je suis membre d'un gouvernement, dont font partie les écologistes, et qui ont fait le choix, justement, de rompre avec la majorité précédente. De rompre avec la majorité précédente sur des choix économiques qui étaient des choix mauvais, mais aussi sur la remise en cause, et on l'a entendu encore ces derniers jours, avec monsieur COPE, de manière extrêmement outrancière, et je le dis, qui vont non seulement abimer la France, mais abimer son avenir. Quand on ne fait plus le choix d'intégration, quand on fait le choix d'alimenter les peurs, quand on fait le choix d'opposer les Français les uns contre les autres, on emmène notre pays dans le mur, et moi je veux être de celles qui oeuvrent, au sein de ce gouvernement, à construire un avenir, notamment pour les jeunes.CHRISTOPHE BARBIERIls veulent vraiment s'intégrer, toutes ces populations, la famille DIBRANI, on n'a pas l'impression.CECILE DUFLOTMais il ne faut pas, je le redis, ne pas prendre d'exemples particuliers, mais est-ce qu'ils veulent vraiment s'intégrer ? Si on regarde l'histoire des Français, d'aujourd'hui, l'histoire des membres du gouvernement, l'histoire de ceux avec qui je suis allé à l'école, il y a des millions, je dis bien des millions d'histoires qui démontrent cette intégration, mais surtout qui démontrent la richesse que ça a apporté à la France, son ouverture, sa capacité d'intégration, sa capacité aussi de porter ses valeurs, c'est ce qui a fait, c'est ce qui a fondé la République française.CHRISTOPHE BARBIERAlors, vous parlerez logement tout à l'heure avec Bruce, mais sur les choix économiques que vous évoquez, il y en a un qui va trouver une traduction dès janvier, mais c'était un choix du gouvernement précédent, c'était l'écotaxe, écotaxe qui met en colère aujourd'hui les transporteurs, notamment les agriculteurs. Est-ce qu'il ne fallait pas sursoir à cette taxe ?CECILE DUFLOTD'abord, il ne faut pas tout mélanger. Vous l'avez dit, c'est une décision du Grenelle de l'environnement.CHRISTOPHE BARBIERBien sûr.CECILE DUFLOT2009.CHRISTOPHE BARBIERMais vous auriez pu l'annuler.CECILE DUFLOTAttendez, que le gouvernement n'avait pas bien préparée. A quoi ça sert ? Ça sert notamment à faire en sorte que les poids lourds qui usent beaucoup plus les routes que les voitures particulières, paient une partie de l'entretien et paient notamment les nouvelles infrastructures, avec cet argent...CHRISTOPHE BARBIERMais c'est les consommateurs qui vont payer les marchandises.CECILE DUFLOTAttendez, je termine. Avec cet argent, on va pouvoir améliorer le réseau, et notamment dans les régions de France qui sont, qui souffrent de mauvais entretien. Ensuite, il faut le redire, tous les transports agricoles, et tous les véhicules agricoles, tous les véhicules de transport du lait, ne sont pas concernés par cette situation. Ensuite, il y a un problème spécifique en Bretagne, et ce problème, comme vous avez pu le constater, l'écotaxe n'existe pas, la situation difficile et douloureuse des paysans bretons et d'un certain nombre de salariés, n'est pas liée à cette question. Donc il ne faut pas mélanger les sujets, parce que sinon on n'apporte pas les bonnes réponses.CHRISTOPHE BARBIERBien sûr. Mais est-ce que vous souhaitez que sur la Bretagne...CECILE DUFLOTAttendez, je termine...CHRISTOPHE BARBIER... dans les trois mois qui viennent...CECILE DUFLOTJe termine. Le gouvernement a décidé d'apporter des réponses à la Bretagne, et apporter des réponses à la Bretagne, c'est être conscient de la difficulté des familles. Moi je pense aux familles des gens qui travaillent dans certains abattoirs, où le couple travaille dans la même entreprise et où il voit venir le plan social, et je comprends leur détresse et nous avons le devoir d'y répondre. Mais on a aussi la nécessité de se dire qu'il y a un modèle qui s'est développé en Bretagne, qui trouve ses limites, et qu'il faut donc... et qui rend prisonniers certains producteurs, certains agriculteurs, et qu'il faut donc, et ça c'est tout ce que fait Stéphane LE FOLL, faire évoluer le modèle agricole de la Bretagne.CHRISTOPHE BARBIEREn attendant, on pourrait suspendre l'écotaxe en Bretagne.CECILE DUFLOTMais, je le dis, il faut répondre au bon problème, et répondre au bon problème de la Bretagne, c'est trouver un modèle et faire évoluer un modèle qui soit plus soutenable, plus durable, et qui respecte la vie, la santé, l'avenir de, notamment des paysans.CHRISTOPHE BARBIERLes députés ont alourdi aussi le malus automobile sur les véhicules polluants. Est-ce qu'ils n'ont pas eu la main trop lourde ? Est-ce qu'il ne faut pas garder l'équilibre qui était arrêté depuis quelques mois ?CECILE DUFLOTEcoutez, les parlementaires votent le budget, c'est leur responsabilité. Ce qui est certain, c'est qu'en matière automobile, on le voit bien avec les difficultés qu'ont les constructeurs français, il faut faire évoluer les choses. C'est vraiment le coeur même, aujourd'hui, de la transition énergétique et de la transition écologique, c'est de se dire : ne prenons pas tous les coups, n'attendons pas d'être dans une situation très bloquée. Aujourd'hui on a des habitants de ce pays qui ont du mal à faire le plein de leur voiture pour aller travailler. Donc il faut répondre à cette question, c'est pour ça par exemple qu'il y a ce projet de voiture à 2 litres, c'est-à-dire une voiture qui consomme beaucoup moins d'énergie, il faut faire évoluer le secteur de l'automobile...CHRISTOPHE BARBIERLe pouvoir d'achat plus important que la pollution.CECILE DUFLOTNon, ça ne se compare pas, d'ailleurs souvent les deux se cumulent...CHRISTOPHE BARBIERIls font avec.CECILE DUFLOT...c'est-à-dire que quand on perd du pouvoir d'achat, ceux qui souffrent aujourd'hui le plus des difficultés environnementales, c'est aussi ceux qui sont les plus fragiles économiquement.CHRISTOPHE BARBIERMais le carburant va augmenter avec la contribution énergie-climat dans les années qui viennent. Ça ce n'est pas bon pour le pouvoir d'achat.CECILE DUFLOTNon, le carburant va augmenter, l'énergie augmente, l'électricité, le gaz, le pétrole, parce que les ressources se raréfient. Là, pour le coup, je pense que tout le monde est conscient de cette situation. Et donc la transition énergétique c'est une nécessité. Le choix de la France, le choix du président de la République, quand il dit : « On va économiser 50 % de l'énergie d'ici 2050 », c'est justement de se dire : on ne va pas subir l'augmentation de l'énergie, on va la faire... faire baisser le poids, et je le dis, puisque c'est dans les jours qui viennent que la grande campagne de communication sur la rénovation thermique, va être lancée, l'objectif de la ministre que je suis, avec Philippe MARTIN, sur la rénovation thermique, c'est de dire très clairement, à des millions de personnes qui nous regardent « vous pouvez faire baisser votre facture de chauffage de 200 pour une maison classique, chauffée au fioul, par mois ». 200 par mois. Donc, engager la transition énergétique, faire des travaux d'économies d'énergie, c'est gagner du pouvoir d'achat.CHRISTOPHE BARBIERLes Américains espionnent les téléphones des français. Ça vous choque ou finalement c'est l'espionnage comme il a toujours existé ?CECILE DUFLOTD'abord, ça me choque. Ensuite, ça pose la question des libertés publiques. C'est vrai que les technologies avançant, il y a des capacités, vous avez raison, ça a toujours existé l'espionnage, simplement aujourd'hui on a des moyens de masse qui sont beaucoup plus importants, donc il faut, et je pense que la réaction du Premier ministre, du Président de la République étaient les bonnes, il faut demander des comptes. Ce n'est pas acceptable d'être dans cette situation.CHRISTOPHE BARBIERLes communistes et les socialistes seront unis à Paris. Est-ce que les Verts les rejoindront pour, dès le premier tour, faire masse ?CECILE DUFLOTEcoutez, la question des élections municipales, c'est une question assez simple, puisque comme son nom l'indique, c'est des élections locales. Donc, stratégies locales, décisions locales, des uns et des autres, d'ailleurs on voit bien qu'en fonction des villes, les situations sont souvent différentes. Le vrai sujet, c'est d'être rassemblés au deuxième tour, pour gagner les villes pour la gauche...CHRISTOPHE BARBIERSi on est éliminé au premier tour, regardez les partielles, être présent au premier tour...CECILE DUFLOTHep, hep, hep, ça n'est pas la même chose...CHRISTOPHE BARBIERBien sûr.CECILE DUFLOTLes élections municipales c'est un scrutin de listes...CHRISTOPHE BARBIEROn peut être décroché, quand même.CECILE DUFLOTIl faut faire 5 % pour pouvoir fusionner, 10 % pour pouvoir se maintenir, donc il faut dire les choses, aux électeurs, c'est un moment d'expression démocratique locale et c'est un moment essentiel.CHRISTOPHE BARBIEROn avait annoncé Pape DIOUF chez les écologistes à Marseille. C'est de l'info ou de l'intox ?CECILE DUFLOTQui a annoncé ?CHRISTOPHE BARBIEROh, les écologistes locaux, ils sont pittoresques.CECILE DUFLOTPittoresques ?! Ça, il y a u petit poil de... comment dire...CHRISTOPHE BARBIERNon, c'est ce qui les rend sympathiques.CECILE DUFLOT... de mépris dans votre terme.CHRISTOPHE BARBIERC'est ce qui les rend sympathiques.CECILE DUFLOTNon. Les écologistes locaux, à Marseille, ont désigné un candidat qui s'appelle Karim ZERIBI.CHRISTOPHE BARBIERÇa sera lui. Et qui prendra la tête des Verts après Pascal DURAND ?CECILE DUFLOTAh ben ça, c'est les militants d'Europe Ecologie Les Verts, dont je suis...CHRISTOPHE BARBIEREt qui est votre favori.CECILE DUFLOT... qui le décideront.CHRISTOPHE BARBIERQui soutiendrez-vous ?CECILE DUFLOTAh ben ça, je crois que tout le monde le sait, mais moi je voterai à cette assemblée générale. Mais j'ai toujours été très respectueuse de la dimension collective des écologistes, vous le savez, ça fait quand même un certain temps que l'on se connait.CHRISTOPHE BARBIERLa dernière question, c'est pour Bruce et les réseaux sociaux.BRUCE TOUSSAINTVotre écharpe est un peu pittoresque, mon cher Christophe...CECILE DUFLOTIl est pittoresque tout court, monsieur BARBIER, je crois...BRUCE TOUSSAINTAh non, ça non...CHRISTOPHE BARBIERMais les Verts ne me présentent pas aux élections municipales.BRUCE TOUSSAINTIl n'aurait pas sa place, il n'aurait pas sa place.CECILE DUFLOTJe vous confirme.BRUCE TOUSSAINTBon, allez, question. Je vous le dis tout de suite, Cécile DUFLOT, à chaque fois que nous recevons une personnalité « écolo », cette question revient, et là, vraiment, je vous demande une réponse, la plus sincère possible. Madame la Ministre, la politique gouvernementale et le programme Europe Ecologie Les Verts, est souvent... sont souvent en totale opposition, c'est ce que nous dit ce téléspectateur via Twitter. Question : dormez-vous bien ?CECILE DUFLOTEst-ce que je dors bien ? Alors, ça n'a rien à voir, j'ai toujours réussi à bien dormi, quelle que soit ma vie politique, ça c'est une question de santé. Par ailleurs, qu'il y ait des différences entre l'exercice des responsabilités gouvernementales et le programme d'un parti politique, ça, ça s'appelle la vie démocratique, et c'est très sain.BRUCE TOUSSAINTBien. On en reste là pour l'instant, et vous revenez avec nous juste après 08h00, pour parler logement, puisque vous le savez sûrement, aujourd'hui les sénateurs examinent le projet de loi sur le logement et l'urbanisme, c'est votre bébé, évidemment, on peut le dire, et il y a des questions importantes, l'encadrement des loyers, on va en parler dans quelques instants, la lutte contre les marchands de sommeil. Toutes vos questions à Cécile DUFLOT, vos questions directes, vous l'avez vu, elle vous répond directement aussi, sur ces sujets qui vous concernent, qui concernent le logement, l'immobilier, dès maintenant, sur le hashtag de l'émission, #TEAMTOUSSAINT, bien sûr.[08h15]BRUCE TOUSSAINTOn va commencer avec vous Cécile DUFLOT puisque vous êtes avec nous pour nous parler logement au moment où les sénateurs examinent le projet de loi sur le logement et l'urbanisme, votre bébé, par une petite annonce relevée ce matin dans Le Figaro qui illustre, d'une certain façon, le problème de logement aujourd'hui en France. Regardez c'est assez intéressant : Paris, 13ème arrondissement, ce n'est pas l'arrondissement le plus chic, métro Tolbiac, 57 m², regardez le loyer tout en bas, 1.700 euros charges comprises. Est-ce que vos efforts, votre projet de loi changeront quelque chose ou est-ce que ce loyer qui est quand même exorbitant pour un deux trois pièces sera toujours en cours dans un an ou deux ?CECILE DUFLOTC'est un très bon exemple, là je ne peux pas faire le calcul de tête mais je vous twitterai avec votre #, sur après l'encadrement des loyers, quel sera le loyer maximum de ce logement
BRUCE TOUSSAINTMais il y aura un effet sur ça parce que 1.700 euros pour 50 m²
.CECILE DUFLOTMais je vais vous dire, qu'est-ce qui s'est passé ? Depuis dix ans, plus 40 %, je dis bien plus 40 % sur les loyers à la relocation en Ile-de-France. Pourquoi ? Parce que, comme il y a eu une augmentation du prix de l'immobilier et des loyers qui ne s'est pas arrêtée, on a un niveau de loyer qui est incompatible avec un niveau de revenus. Combien il faut gagner pour pouvoir payer 1.700 euros dans un trois pièces
BRUCE TOUSSAINTAu moins trois ou quatre fois plus.CECILE DUFLOTVoilà, quand on est un couple avec deux enfants, comment on se loge aujourd'hui ? Donc l'encadrement des loyers c'est très clair, c'est faire baisser tous ces loyers qui se sont envolés ces dernières années.BRUCE TOUSSAINTAlors on vous reproche justement cette mesure et pas mal de monde. Evidemment la FNAIM, la Fédération nationale de l'immobilier, la Fédération des promoteurs immobiliers, voilà, la critique est récurrente, du coup, les propriétaires ne voudront plus faire de logements locatifs. Comment évitez ça ?CECILE DUFLOTAlors d'abord ce que je voudrais dire c'est que ça fait trente ans que les loyers sont dérégulés, normalement la réponse c'est de dire il faut, puisque les loyers vont augmenter alors on va construire davantage et les loyers vont baisser. Il s'est passé le contraire, c'est-à-dire une contraction de l'offre et des loyers qui se sont envolés. Donc il faut construire davantage de logements et on s'y emploie, c'est ce qu'on a fait avec la vente de terrains publics, c'est ce qu'on va faire en soutenant le logement social, c'est ce qu'on va faire dans un travail notamment dans le cadre du Grand Paris pour favoriser la construction de logements, mais en même temps, il faut traiter tout de suite la fièvre et faire baisser les loyers. Donc on peut être en désaccord avec l'objectif du gouvernement, je dis les choses avec simplicité, décider d'encadrer les loyers c'est loyers, c'est une loi de gauche, c'est une loi qui vise à considérer que le logement c'est un bien de première nécessité, tout le monde a besoin d'un endroit pour habiter, on ne peut pas accepter que les prix s'envolent et qu'on développe, comme ça a été montré récemment, l'immobilier le placement le plus rentable, parfois jusqu'à 30 % de rentabilité.BRUCE TOUSSAINTLa question c'est est-ce que c'est applicable dans des lieux qui sont un peu hors normes, hors marchés, Paris par exemple ou l'Ile-de-France ?CECILE DUFLOTCe n'est pas hors marché, c'est le marché justement Paris, bien sûr c'est là que ça va s'appliquer de manière prioritaire, là où les loyers se sont envolés, en Ile-de-France, dans le Sud-est de la France, dans le Sud-ouest sur notamment la côte basque où les jeunes n'arrivent plus à habiter à un endroit pourtant où ils ont grandi, ça va s'appliquer dans les endroits où les loyers ont dérapés. Pourquoi ? Parce qu'il y a certains aujourd'hui qui ont profité. Il y a beaucoup de propriétaires qui sont encore très raisonnables, il y en a certains qui ont profité de la situation et il faut mettre fin à ces excès. C'est une loi très simple, c'est une loi d'équilibre qui lutte contre les abus.BRUCE TOUSSAINTEst-ce que les prix de l'immobilier, alors là ce n'est plus la location c'est plutôt les ventes, est-ce que ça baisse enfin ? On entend régulièrement, oui ça baisse un peu etc, je ne suis pas sûr que les gens qui nous regardent l'aient forcément remarqué. Vous avez des indicateurs là-dessus ?CECILE DUFLOTNon il y a une certaine stabilisation mais ce qui est intéressant c'est qu'y compris d'ailleurs certains promoteurs le disent, on a atteint des niveaux de prix tellement élevés qu'une grande partie des gens ne peuvent plus acheter parce que c'est trop cher par rapport à leurs revenus. Donc on est vraiment dans un système bloqué et l'objectif de cette loi c'est de débloquer le système mais pour ça, il faut faire baisser la fièvre. Je le dis, la situation actuelle du logement notamment vis-à-vis des jeunes, aujourd'hui qu'est-ce qu'on demande aux jeunes ? On demande de payer des loyers très élevés parce que plus la surface est petite plus le loyer est élevé, on leur demande des garanties parfois ils n'ont pas, parfois même les revenus de leurs parents ne sont pas suffisants pour louer un logement et en plus il y a des frais pour accéder au logement notamment des frais d'agence qui sont très élevés. Il y avait aussi le système des marchands de lits qui s'est développé, qui profitait de la crédulité des jeunes et notamment des étudiants. Ce système-là va trouver son terme grâce, je l'espère, au vote de la loi ALUR.BRUCE TOUSSAINTQuestion sur Twitter qui vous est adressée directement il y a quelques minutes, il y a beaucoup de réactions, beaucoup de questions pour vous, regardez, ça c'est un autre aspect de la loi qui va être examiné par les sénateurs : madame DUFLOT, ne pensez-vous pas que la garantie universelle des loyers va inciter certains à ne plus payer ?CECILE DUFLOTAlors pas du tout
BRUCE TOUSSAINTÇa c'est nouveau ça aussi.CECILE DUFLOTPas du tout, du tout et pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui quand vous ne payez pas votre loyer à votre propriétaire, il y a deux raisons, il y a les gens qui sont de mauvaise foi et puis il y a ceux qui ont un problème, une rupture dans leur vie, le chômage, le départ d'un des conjoints qui se retrouve seul avec les enfants, donc il y a ces deux situations. Dans le premier cas, pour les gens qui sont de mauvaise foi, aujourd'hui le propriétaire il est tout seul face à son locataire, il doit faire appel à un huissier, là ce sera le système de la garantie qui va récupérer ces loyers donc il sera plus sévère et plus efficace qu'un propriétaire isolé. A l'inverse, quelqu'un qui sera en situation difficile, le système pourra permettre de travailler sur son relogement, de l'aider à solliciter les aides au logement auxquelles il pourrait avoir accès, donc c'est vraiment un système qui simplifie la relation entre propriétaire et locataire.BRUCE TOUSSAINTÇa va remplacer la caution, ce qu'on appelle la caution et c'est à partir de janvier 2016, pourquoi si tard ?CECILE DUFLOTAu plus tard
BRUCE TOUSSAINTÇa peut être plus tôt ?CECILE DUFLOTOui mais on a fait le choix, ça va concerner 6,5 millions de logements, on a fait le choix d'un système robuste, durable qu'on va installer petit à petit et un système public privé. Puisqu'il y aura un dispositif national pour prendre en compte l'ensemble du dispositif et ensuite on travaillera avec des partenaires sur le terrain qui feront le travail de proximité.BRUCE TOUSSAINTLes questions de logement sont souvent sensibles, est-ce que vous pensez que le passage au Sénat, ça va être une formalité ou ça va être tendu, il va falloir se bagarrer sur chaque poids ?CECILE DUFLOTPar principe le passage au Sénat n'est jamais une formalité, mais je sais que les sénateurs, d'ailleurs quelle que soit leur étiquette politique, sont très sensibilisés à cette question du logement. On touche à un sujet qui est un sujet vital, je le dis, et qui est un sujet aujourd'hui qui pèse très, très lourdement sur les habitants de notre pays. J'ai parlé des jeunes mais il y a aussi aujourd'hui même des couples de gens qui sont en CDD par exemple parce qu'aujourd'hui les contrats à durée déterminée sont multipliés, qui ont du mal à avoir accès au logement. Et donc la difficulté s'est renforcée pour les uns et pour les autres et les Sénateurs comme tous les parlementaires ont des administrés qui leur écrivent, qui leur racontent ces situations, ils ont des enfants, donc ils sont conscients de ces difficultés.BRUCE TOUSSAINTIl y a un consensus en revanche sur la lutte contre les marchands de sommeil et là vous avez vraiment des moyens d'agir ?CECILE DUFLOTAlors sur les marchands de sommeil, c'est-à-dire des gens qui sont des profiteurs de la misère, qui louent des taudis, qui mettent en danger la vie des gens en leur louant ça d'ailleurs à des prix complètement faramineux, là effectivement ça a été voté par tous les députés de toutes les couleurs politiques parce qu'il faut aider les élus locaux pour pouvoir taper fort sur les marchands de sommeil, avoir des mesures efficaces et dans ce projet de loi il y a je crois, toutes les mesures notamment l'interdiction de racheter un logement quand on a été condamné pour ce type de délit, c'est-à-dire de louer en mettant en danger la vie des habitants et des pompiers qui interviennent d'ailleurs dans un certain nombre de cas, puisque ce sont souvent dans ces immeubles-là qu'il y a des incendies. Oui je pense qu'on sera efficace, il ne faut pas laisser proliférer les escrocs de la misère.BRUCE TOUSSAINTBeaucoup de questions pour vous Cécile DUFLOT, alors on va reparler des loyers, c'est important, regardez, ça vient d'arriver sur Twitter sur le # de l'émission : à quand une loi contre les locataires voyous qui partent sans payer ? Ça aussi ça existe.CECILE DUFLOTD'abord la loi elle existe déjà, parce qu'aujourd'hui on ne peut pas ne pas payer son loyer, mais le système de la garantie universelle, ils sont très peu nombreux en fait, on en parle souvent, mais ils sont très peu nombreux, les impayés en France sont très bas, dans les impayés, la grande majorité des cas c'est des gens qui font face à des difficultés personnelles. Mais ceux qui profitent de la loi aujourd'hui pour être des locataires voyous comme le dit votre internaute, eux ils tomberont directement sous le coup du système qui sera, je le dis, beaucoup plus fort qu'un propriétaire qui est parfois loin de son logement.BRUCE TOUSSAINTUne fois que ce projet sera adopté définitivement, est-ce que vous considérerez Cécile DUFLOT qu'au fond la première grande partie de votre mandat ministériel aura été accomplie ? C'est quoi l'étape d'après ?CECILE DUFLOTAlors il y a beaucoup d'étapes, mais ce projet de loi c'est la suite d'étapes précédentes, on a adopté un certain nombre de dispositions pour favoriser les projets de construction et notamment pour transformer des immeubles de bureaux en logements parce que ce qu'on connait aujourd'hui, dans des zones où il y a des problèmes de logements, c'est des immeubles de bureaux, 3 millions de mètres carrés notamment en Ile-de-France , de bureaux vides. Donc on peut transformer en logements. Avant on a augmenté le pourcentage de logements sociaux dans la première loi qui a été votée et on a favorisé la vente des terrains publics. Il faut continuer de travailler sur l'accès au logement et le vrai sujet ensuite c'est de faire en sorte que la mobilisation générale de tous les acteurs pour construire davantage de logements soit effective.BRUCE TOUSSAINTÇa veut dire Cécile DUFLOT qu'aujourd'hui 100 % quasiment de votre activité, de votre temps est consacré au problème du logement et à votre ministère, vous avez dit une phrase tout à l'heure avec Christophe BARBIER qui a retenu mon attention, vous avez dit à propos de l'affaire Leonarda « je ne commente pas ce qu'a arbitré le président » ; ça veut dire, c'est ça au fond être ministre, c'est avoir une discipline ?CECILE DUFLOTC'est avoir une fonction, et une fonction au sein d'un gouvernement donc ça implique un certain nombre de règles que j'accepte. Ça implique aussi, parce que c'est pour ça que je suis ministre, d'avoir des convictions et il y a des convictions chez moi qui sont des convictions extrêmement fortes sur lesquelles je ne reculerai pas et ça, je crois que tout le monde l'a bien compris. Pour répondre à votre question, 100 % de mon temps effectivement est consacré à mon activité de ministre en direction du logement mais aussi sur un sujet qui attire moins et qui vous attire moins pour l'instant mais qui est essentiel, qui est la question de l'égalité des territoires et de l'avenir des territoires ruraux. On aujourd'hui un risque dans notre pays c'est d'opposer les métropoles, les grandes villes et les territoires ruraux, ça je ne le veux pas. Il faut s'occuper notamment de l'avenir de ces territoires ruraux, des territoires de montagne, des élus qui sont au quotidien au charbon sur ce sujet
BRUCE TOUSSAINTJe suis sûr que ça va faire réagir tous ceux qui nous regardent.CECILE DUFLOT
et des petits bourgs qui aujourd'hui ont aussi des problèmes de logements parce que ces problèmes n'existent pas que dans les zones urbaines. Donc ça c'est aussi un chantier très important.BRUCE TOUSSAINTDernière question Cécile DUFLOT, qu'est-ce qui est le plus dur quand on est ministre, d'être une femme et d'être écolo ou d'être une « grande gueule » ?CECILE DUFLOTVous pensez à moi là ?BRUCE TOUSSAINTBah oui.CECILE DUFLOTIl n'y a rien qui est difficile et par ailleurs c'est un choix de responsabilité, moi je suis là pour assumer mes responsabilités et pour être utile, pas pour chouiner.BRUCE TOUSSAINTPas pour chouiner, oui. Vous twittez moins librement qu'avant quand même j'ai remarqué, moi qui vous suivais depuis longtemps.CECILE DUFLOTC'est à cause de vous.BRUCE TOUSSAINTPourquoi c'est à cause de moi ?CECILE DUFLOTPas de vous personnellement
parce que, parce que Twitter s'est transformé en une espèce de tamtam parfois pas très utile et moi ce qui m'intéresse c'est la constance et l'action.BRUCE TOUSSAINTEt avec Manuel VALLS ça va mieux ?CECILE DUFLOTLa question ne se pose pas de cette manière-là, quand on fait partie d'une équipe gouvernementale, chacun est à sa place et chacun exerce ses responsabilités.BRUCE TOUSSAINTOh là ! Oh là, là aussi il y a eu un exercice de langue de bois qui n'est pas habituel avec vous Cécile DUFLOT.CECILE DUFLOTNon ! Non ! Je vous dis la réalité c'est tout. Pour le reste franchement, je crois que chacun connait sur un certain nombre de sujets parce que ça fait longtemps que je fais de la politique, mes convictions.BRUCE TOUSSAINTMerci beaucoup Cécile DUFLOT d'avoir accepté d'être l'invitée de cette spéciale pour parler logement, politique et plein d'autres sujets. Demain c'est Maud FONTENOY qui sera avec moi qui sort ce bouquin qui s'appelle « Ras-le-bol des écolos », je voulais vous l'offrir et puis je craignais la faute de goût. Non ça vous
?CECILE DUFLOTFranchement non, vous savez ceux qui considèrent que l'avenir de notre planète c'est l'écologie et je crois que l'engagement de Maud FONTENOY est sincère et qui ont comme priorité de taper sur ceux qui le défendent le plus, c'est-à-dire les écolos, ça m'échappe un peu mais ce n'est pas grave, ça ne m'empêche pas d'avancer.BRUCE TOUSSAINTLe projet de loi de Cécile DUFLOT aujourd'hui au Sénat, adopté sûrement dans les tous prochains jours.CÉCILE DUFLOTOn a jusqu'au week-end.Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 octobre 2013
La source —
vie_publique · nº 189429
Fichier d'origine conservé
Ce texte n'a été ni résumé ni corrigé