Interview de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits des femmes, porte-parole du gouvernement à RTL le 8 mars 2013, sur les droits des femmes, la journée du 8 mars et la réforme du congé parental.
Najat Vallaud-Belkacem (auteur), Jérôme Chapuis (intervenant)
JEROME CHAPUISVous travaillez, à la demande du Président de la République, à une réforme du congé parental. Est-ce que vous nous confirmez, ce matin, que la loi, qui sera votée au printemps, obligera les couples à partager le congé entre le père et la mère ?NAJAT VALLAUD-BELKACEMJe confirme absolument nos objectifs, qui sont que, aujourd'hui, le congé parental est essentiellement pris par les femmes, vous le savez, à 97 % des cas, alors même quil est ouvert à tous les salariés, quils soient homme ou femme, et que si nous voulons une meilleure, un meilleur équilibre dans la répartition des tâches et des responsabilités familiales, il faut inciter davantage les pères à prendre ce congé parental. Nous sommes en train de travailler sur des scénarios, en effet, qui seront présents dans la loi que je présenterai au mois de mai prochain, et qui permettront que les hommes aussi puissent être à la fois salarié et père, et ce
JEROME CHAPUISEt si on est précis sur les modalités, est-ce que, on parle dun raccourcissement de trois ans, actuellement, à deux ans et demi, et six mois qui seraient obligatoirement pris par le père. Vous confirmez ?NAJAT VALLAUD-BELKACEMComme je vous le disais, les scénarios sont en train dêtre arbitrés, en train dêtre retravaillés, mais je confirme une chose, c'est que lhypothèse dun système dans lequel, vous savez, les congés parentaux ont une durée variable, comme vous le savez, quand vous avez un enfant, vous pouvez prendre six mois, quand vous avez deux enfants et plus, vous pouvez prendre jusquà trois ans. Lhypothèse, donc, dans laquelle, lorsque vous avez six mois de congé parental, on pourrait prévoir six mois de plus pour le deuxième parent, et lorsque vous avez trois ans de congé parental, on pourrait prévoir que sur ces trois ans de congé parental, six mois soient réservés au deuxième parent, est une hypothèse sur laquelle nous travaillons, en effet, de façon assez active, mais je recevrai lensemble, à la fois des partenaires sociaux et du mouvement familial, pour poursuivre ce travail et faire en sorte daboutir à la meilleure solution possible. Lidée, vraiment, je vous le dis, c'est à la fois une meilleure répartition des tâches familiales, entre lhomme et la femme, mais c'est aussi de lutter contre léloignement durable des femmes du marché du travail, or on sait que cest ce que le congé parental
JEROME CHAPUISOn sattendait à ce que le président annonce les modalités hier, il ne la pas fait, quest-ce qui coince ? Cest le financement, peut-être, ça coute cher ?NAJAT VALLAUD-BELKACEMNon, parce que, dans lhypothèse que je viens dévoquer, nous travaillons à coûts nuls, pour une raison très simple, c'est que quand vous remettez des femmes au travail, pour le coup, plus tôt que ce qui était prévu à lorigine, eh bien ça vous fait des cotisations sociales, ça vous fait des rentrées financières, donc on est en mesure, aujourd'hui, de présenter une réforme, mais ça sera le cas dans quelques semaines, dans quelques mois, donc
JEROME CHAPUISMais ce qui est évoqué, par exemple, c'est de renchérir, daugmenter lindemnité pour les hommes, pour les inciter
NAJAT VALLAUD-BELKACEMUn bonus, c'est ça.JEROME CHAPUISÇa, ça coûte de largent, ça.NAJAT VALLAUD-BELKACEMIl y a cette idée dun bonus, en effet, incitatif, mais vous savez, c'est une réforme quil faut prendre dans toutes ses dimensions. Dabord, tout le monde ne le prendra pas, ce congé parental réservé au deuxième parent du couple, y compris avec un bonus, donc, vous voyez bien que vous avez des entrées et des sorties et que lon peut faire une réforme à coûts nuls, nous avons travaillé sur cette hypothèse et je peux vous dire que ça marche, et puis surtout, cette réforme du congé parental, au fond, il faut la voir comme une partie dun tout, et le tout, c'est comment faire en sorte que les salariés, féminins comme masculins, puissent le mieux possible articuler leur vie personnelle et leur vie professionnelle, cela passe par le développement des modes de garde collectifs aussi, donc nous allons présenter au mois davril, un plan crèche qui sera un plan assez ambitieux, et vous verrez que finalement, chacune de ces solutions va simbriquer pour présenter aux salariés français, des solutions viables en termes de garde denfants, en terme de congés familiaux, qui leur permettent de poursuivre, par ailleurs, aux femmes comme aux hommes, une carrière qui soit une carrière faite de promotions et de progression.JEROME CHAPUISDans le tout, il y a la question de légalité salariales, vous promettez des sanctions contre les entreprises qui ne paient pas les femmes au même niveau que les hommes, quelles formes vont prendre ces sanctions et à quel moment elles seront effectives ?NAJAT VALLAUD-BELKACEMEn fait, ce qui est intéressant, c'est que les sanctions elles existent déjà dans la loi.JEROME CHAPUISAlors, pourquoi elles ne sont pas appliquées ?NAJAT VALLAUD-BELKACEMVous savez quune entreprise de plus de 50 salariés, qui ne fait pas légalité professionnelle, peut être sanctionnée jusquà 1 % de sa masse salarial, c'est énorme !JEROME CHAPUISEt pourquoi vous ne le faites pas ? Pourquoi elles ne sont jamais appliquées ?NAJAT VALLAUD-BELKACEMSimplement, ça n'est jamais tombé. Ça n'est jamais tombé, donc depuis que je suis là, jai veillé à rendre effectives, tous simplement, ces sanctions, et jai adopté au mois de décembre dernier, un décret qui a totalement transformé la procédure de contrôle sur ces entreprises, qui désormais, les entreprises en question, sont tenues denvoyer directement à ladministration, les plans daction quelles ont adoptés, sur légalité professionnelle. Nous sommes en train de les instruire, de vérifier quils existent, de vérifier leur contenu, et dans les mois qui vont suivre, dès lors que soit ces plans nauront pas existé, soit le contenu sera insatisfaisant, des sanctions tomberont et c'est la véritable nouveauté, c'est quaujourd'hui, on a décidé de ne pas se contenter davoir des lois incantatoires, mais de faire jouer les mécanismes de contrôles et de sanctions.JEROME CHAPUISIl est question que les Caisses dallocations familiales versent les pensions alimentaires aux femmes, lorsque les maris divorcés, je dis les maris parce que la plupart du temps c'est deux quil sagit, lorsque des maris divorcés ne les versent pas, est-ce que vous ne craignez pas dinciter les maris à être mauvais payeurs ?NAJAT VALLAUD-BELKACEMBien au contraire, je crois que les maris seront dautant moins incités à être mauvais payeurs, quils sauront que c'est une administration quils auront face à eux, notamment la CAF, parce quen effet nous sommes en train de construire un système de garantie contre les impayés de pensions alimentaires, que jusquà présent cétait des femmes, des mères seules, qui avaient 10 000 choses à gérer, dans leur vie, et qui navaient pas le temps de faire toutes ces procédures en justice, quon leur réclamait pour pouvoir récupérer leur dû. Vous savez, aujourd'hui, notre volonté c'est de soulager le quotidien de ces mères seules. On sait quelles ont déjà une précarité économique, une situation, souvent, disolement, beaucoup de difficultés, et donc nous voulons leur garantir le versement dune allocation de soutien familial, par la CAF, et laisser à la CAF, la responsabilité de se retourner, pour recouvrer cette pension alimentaire non payée, auprès du débiteur défaillant. Cela étant, c'est un sujet plus général, qui pose vraiment la question, encore une fois, de la responsabilité parentale, y compris lorsquil y a séparation, parce que quand on pense que dans les familles monoparentales, 40 % des pensions alimentaires ne sont pas versées, on se rend compte que c'est une vraie question de société, et quil va falloir, aussi, sévir.JEROME CHAPUISNajat VALLAUD-BELKACEM, à propos de la nomination de Ségolène ROYAL, comme vice-présidente de la Banque publique dinvestissement, lex-ministre UMP, Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, dit ceci dans LE PARISIEN MAGAZINE : « Je pense quelle méritait mieux que ce lot de consolation incongru, elle en est à attendre que son ex la nomme quelque part ». Vous connaissez bien Ségolène ROYAL, comment est-ce que vous réagissez ?NAJAT VALLAUD-BELKACEMEcoutez, je pense que quand madame KOSCIUSKO-MORIZET aura été en mesure de rassembler 17 millions de voix sur son nom, autour dune élection présidentielle, on pourra en reparler. En attendant, je crois quon peut facilement lui décerner la palme de la phrase la plus misogyne, la plus idiote aussi, la plus idiote, en cette journée du 8 mars. Tout simplement, je crois, quen plus, une candidate à la Mairie de Paris, comme elle lest, pourrait avoir davantage de hauteur de vue, voilà, quelle nen a eue dans cette phrase qui na aucun sens et aucun intérêt.JEROME CHAPUISTous les ministres reçoivent aujourd'hui leur lettre de cadrage, qui fixe les grandes lignes de leur budget pour lan prochain. On va vous demander encore, au total, 4 milliards déconomies à trouver. C'est douloureux, pour vous, notamment ?NAJAT VALLAUD-BELKACEMVous savez que les lettres de cadrage arriveront dans la matinée, donc il m'est difficile de les commenter, puisque par définition, nous ne les avons pas encore reçues.JEROME CHAPUISLe chiffre de 4 milliards ?NAJAT VALLAUD-BELKACEMQue je ne confirme absolument pas, puisque comme je vous le disais, les lettres de cadrage ne sont pas encore arrivées. Mais il faut bien avoir à lesprit, deux choses que le Premier ministre a déjà eu loccasion dexposer. Nous ne voulons pas ajouter daustérité à laustérité, c'est une première chose, et nous ferons en sorte que tous les efforts à faire, donc supplémentaires, compte tenu du faible taux de croissance de cette année, le soient davantage en économies sur les dépenses, plutôt quen pression fiscale augmentée. Et donc, par définition, ça signifie que les administrations et les ministères vont devoir faire des efforts, mais ces efforts seront connus, en réalité, pas tant dans les lettres de cadrage qui vont arriver aujourd'hui, que dans les lettres plafond qui arriveront au mois de juin. Mais nous avons conscience quil nous faut faire des efforts, oui.JEROME CHAPUISDun mot, hier à Rueil-Malmaison, des policiers ont été pris à parti par des salariés de lusine GOODYEAR dAmiens Nord, qui va fermer, on a entendu sur RTL, Manuel VALLS, qui condamne, on a aussi entendu des élus UMP qui accusent la gauche davoir créé un climat propice à la violence, avec la loi damnistie qui a été votée la semaine dernière, amnistie des infractions commises dans le cadre dactions syndicales, quest-ce que vous répondez à lopposition ?NAJAT VALLAUD-BELKACEMEh bien écoutez, ce commentaire na aucun sens, la loi damnistie qui a été adoptée, vous le savez, est une loi qui porte sur des infractions bien précises, à savoir des atteintes aux biens, et aucunement des atteintes aux personnes ou aux officiers de police.JEROME CHAPUISElle na pas contribué
NAJAT VALLAUD-BELKACEMDes atteintes
JEROME CHAPUISElle na pas contribué à ce qui sest passé hier ?NAJAT VALLAUD-BELKACEMDes atteintes aux biens, qui ont été effectuées dans le cadre dactions syndicales, plus précisément, puisque c'est de cela quil sagit, entre 2007 et février 2013, donc, par définition, ça n'est dabord par un blanc-seing pour des atteintes aux personnes, sûrement pas, puisquon ne parle que des atteintes aux biens, et puis ça ne porte que sur le passé, et pas sur lavenir, et quant à GOODYEAR, on ne peut évidemment pas excuser les atteintes aux officiers de police. Après, on est dans une situation, on connait bien la situation de cette entreprise, où les salariés ont été un petit peu malmenés, et donc aujourd'hui on peut simplement dire que le gouvernement travaille à retrouver un repreneur, et je crois que c'est lessentiel sur lequel il nous faut nous concentrer.Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 mars 2013
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vie_publique · nº 187376
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