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21 février 2013 · Gouvernement · discours Discours

Interview de Delphine Batho, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, à RMC le 21 février 2013, sur l'évolution du prix de l'électricité, l'énergie nucléaire dans la transition énergétique, la fiscalité du diesel, la rénovation th

Delphine Batho (auteur), Jean-Jacques Bourdin (intervenant)

JEAN-JACQUES BOURDINAlors, parlons d'énergie. Est-ce que les prix de l'électricité vont augmenter de 30% d'ici la fin du quinquennat de François HOLLANDE ?DELPHINE BATHOC'est ce que dit la Commission de Régulation de l'Energie. Je rappelle que sous le précédent quinquennat les prix de l'électricité ont augmenté de 14%, et moi ma politique ne sera pas celle de l'impuissance face à la hausse des prix de l'énergie. Les gens voient les prix augmenter sur leur facture, ils se demandent où ça va s'arrêter, et ce problème, voyez, prouve que le débat sur la transition énergétique ce n'est pas un sujet lointain, c'est un sujet quotidien, dans la facture d'énergie des gens. Et donc on a les moyens d'agir, d'abord en étendant les tarifs sociaux de l'énergie, c'est ce qu'on a fait, c'est la décision que le gouvernement a pris, ce qui permet aujourd'hui de concerner 8 millions de Français, qui, par exemple pour quelqu'un qui se chauffe au gaz ça va faire une réduction de 200 euros par an de la facture de chauffage, donc c'est une mesure très importante. Ensuite, il y a le fait de permettre à tous les ménages d'accéder aux économies d'énergie, et donc de réduire leur facture de 25 à 30%.JEAN-JACQUES BOURDINOn va en parler.DELPHINE BATHOOn va en parler, c'est ce qui nous mobilisait hier avec Cécile DUFLOT, voilà les mesures qu'on peut prendre. Ensuite, il y a effectivement cette tendance structurelle qui – je crois qu'il ne faut pas mentir – il y a malheureusement JEAN-JACQUES BOURDINÇa va augmenter.DELPHINE BATHONon, il y a malheureusement aujourd'hui une hausse du pétrole, une hausse de l'électricité, donc il faut faire quelque chose. Donc j'ai annoncé hier à Henri PROGLIO, que j'allais demander à la Commission de Régulation de l'Energie un audit des coûts de production, des coûts commerciaux d'EDF, puisque vous savez qu'il y a un principe qui est que les prix doivent couvrir les coûts, et donc il faut qu'on sache ce qu'il y a derrière ces coûts.JEAN-JACQUES BOURDINSache quoi ? Qu'on sache, et qu'on contrôle, et qu'on regarde de près les dépenses d'EDF, le fonctionnement d'EDF ?DELPHINE BATHOIl y a besoin de transparence, il y a besoin JEAN-JACQUES BOURDIND'un peu plus de transparence DELPHINE BATHOIl y a besoin que les Français comprennent ce qui est en train de se passer sur les prix de l'énergie, et que l'on y fasse JEAN-JACQUES BOURDINC'est-à-dire, ça veut dire quoi, ça veut dire qu'EDF fait trop de bénéfices ?DELPHINE BATHONon, ça veut dire qu'il y a des investissements à faire, aujourd'hui, c'est une charge pour la nation, et que cette charge ne peut pas être insoutenable. Vous savez, on hérite déjà d'un boulot, puisque le précédent gouvernement a laissé une dette de 5 milliards d'euros, sur ce qu'on appelle la CSPE, la Contribution au Service Public de l'Electricité, qui est une dette qu'on doit résorber, et donc il faut regarder aujourd'hui le problème des prix de l'énergie en face pour pouvoir mieux protéger le pouvoir d'achat des Français. Moi je suis une battante, et je veux me battre pour protéger le pouvoir d'achat des Français.JEAN-JACQUES BOURDINÇa veut dire que 30%, vous dites non ? 30% d'ici 2017, vous dites non ?DELPHINE BATHOÇa veut dire qu'on n'est pas impuissant et qu'on a les moyens, Jean-Jacques BOURDIN, non seulement d'alléger la facture d'énergie des ménages JEAN-JACQUES BOURDINDonc vous dites non DELPHINE BATHOPar les économies JEAN-JACQUES BOURDINA une augmentation de 30% ?DELPHINE BATHOPar les économies d'énergie, et aussi celle de la France.JEAN-JACQUES BOURDINMais ça j'ai compris, que vous allez vous battre DELPHINE BATHONon, excusez-moi JEAN-JACQUES BOURDINMais ça veut dire non, pas d'augmentation, pas de 30% de hausse.DELPHINE BATHOÇa veut dire qu'il faut d'abord la transparence, ça veut dire qu'il faut, dans le débat national sur la transition énergétique, mettre cette question des coûts sur la table et regarder ce qui va se passer, parce que les Français veulent savoir où on va. On ne peut plus aborder cette question, du jour au lendemain, en étant au fil de l'eau.JEAN-JACQUES BOURDINAlors, Delphine BATHO, les salariés d'EDF paient seulement 10% de leur facture d'électricité, est-ce normal ?DELPHINE BATHOOui, parce que ça fait partie de leur statut.JEAN-JACQUES BOURDINIl ne faut pas revenir là-dessus ?DELPHINE BATHOÇa fait partie, Jean-Jacques BOURDIN, de leur statut, comme d'autres salariés dans des entreprises privées peuvent avoir un véhicule, peuvent avoir tel ou tel avantage, c'est un avantage qui est fiscalisé JEAN-JACQUES BOURDINIl faut qu'on le garde.DELPHINE BATHOC'est une évolution qui a été faite ces dernières années, je constate que les gouvernements de droite ne l'ont pas supprimé, certainement parce que c'est un élément du statut social des agents de ces entreprises, et moi je préfère JEAN-JACQUES BOURDINDonc vous ne le supprimerez pas.DELPHINE BATHOJe préfère le dire de façon honnête et claire.JEAN-JACQUES BOURDINBien. Delphine BATHO, puisqu'on parle d'électricité, on sait que, pour beaucoup, elle vient de l'énergie nucléaire, du nucléaire. Fessenheim, fermeture en 2016, vous confirmez ?DELPHINE BATHOOui.JEAN-JACQUES BOURDINEst-ce que d'autres centrales fermeront, après ?DELPHINE BATHOC'est l'objet du débat national sur la transition énergétique. Vous savez qu'on a fixé un objectif JEAN-JACQUES BOURDINEst-ce que vous êtes favorable à la fermeture de vieilles, d'autres vieilles centrales ?DELPHINE BATHOC'est une question qui se posera tôt ou tard. Vous savez qu'on a pour ambition de diminuer JEAN-JACQUES BOURDINÇa elle se posera, oui, ça c'est sûr, tôt ou tard.DELPHINE BATHODe diminuer la part du nucléaire à l'horizon 2025 JEAN-JACQUES BOURDINC'est pour ça que je vous pose la question.DELPHINE BATHOPour développer les énergies renouvelables, et un des enjeux du débat national sur la transition énergétique, ce n'est pas à moi seule de répondre à cette question JEAN-JACQUES BOURDINNon, c'est certain.DELPHINE BATHOC'est à l'ensemble des Français de répondre à cette question.JEAN-JACQUES BOURDINMais vous êtes favorable à la fermeture d'autres vieilles centrales ?DELPHINE BATHOMoi je suis favorable à l'évolution de la part du nucléaire, je crois que la France JEAN-JACQUES BOURDINDonc à la fermeture d'autres vieilles centrales nucléaires ?DELPHINE BATHOLa France a, Jean-Jacques BOURDIN, eu pendant longtemps un avantage compétitif sur un prix de l'énergie pas chère, qui a assuré notre indépendance nationale, notre sécurité d'approvisionnement en électricité, cet avantage nous devons le conserver, donc ça veut dire qu'il faut garder une part de nucléaire JEAN-JACQUES BOURDINDu nucléaire.DELPHINE BATHOMoi je préfère le dire clairement, on en a besoin, et on continuera d'avoir besoin d'une part de nucléaire pour des raisons économiques évidentes, parce qu'on a fait un investissement dans les centrales nucléaires. Maintenant ces centrales, nécessitent aujourd'hui des investissements, de maintenance, de sécurité dans le cadre des normes post-Fukushima, et donc il va falloir examiner cette question. On a un parc de centrales nucléaires vieillissant JEAN-JACQUES BOURDINVoilà.DELPHINE BATHOCette question se posera, bien sûr.JEAN-JACQUES BOURDINSe posera, donc la fermeture de vieilles centrales nucléaires, des plus anciennes ?DELPHINE BATHOOui, c'est d'ailleurs ce que nous faisons avec Fessenheim, l'enjeu c'est d'avoir aussi un exemple français, de démantèlement, parce que tôt ou tard cette question se posera et donc on ne peut pas, Jean-Jacques BOURDIN JEAN-JACQUES BOURDINOn fermera d'autres centrales, mais ça paraît logique Delphine BATHO.DELPHINE BATHONon, on ne peut pas, on ne peut pas aller dans une situation où en 2025, parce qu'elles auront 40 ans, ou un petit peu plus tard si elles sont prolongées un petit peu, toutes les centrales nucléaires d'un tout, puisqu'elles ont été à peu près toutes construites dans la même période, devront s'arrêter parce qu'elles seront vieillissantes. Donc, c'est cette question-là aujourd'hui qu'il faut JEAN-JACQUES BOURDINPetit à petit. On les fermera petit à petit.DELPHINE BATHONon, qu'il faut anticiper, c'est maintenant qu'il faut répondre à votre question, c'est l'objet du débat national sur la transition énergétique, et je pense que votre question permet de mieux comprendre pourquoi on a besoin maintenant de ce débat, parce que ça fait trop longtemps que les décisions ont été reportées, et si on ne prend pas les décisions maintenant, en 2025, les générations futures se trouveront au pied du mur, avec des investissements insoutenables.JEAN-JACQUES BOURDINLe diesel, Delphine BATHO, vous êtes ministre de l'Energie, ça rapporterait entre 3 et 4 milliards d'euros par an si l'on alignait la fiscalité du diesel sur celle de l'essence. On cherche de l'argent aujourd'hui.DELPHINE BATHOCe n'est pas un sujet de recettes fiscales, la question JEAN-JACQUES BOURDINAh bon ?DELPHINE BATHONon, c'est un problème de santé publique. Il y a aujourd'hui 40 000 décès prématurés chaque année liés à la pollution de l'atmosphère, et une des raisons de la pollution de l'atmosphère, dans les grandes villes notamment, c'est le problème du diesel, et notamment des vieux véhicules au diesel, par exemple les véhicules d'avant 1997, d'avant 2000, qui polluent 30 fois plus qu'un véhicule récent, donc il y a un vrai problème de santé publique, qu'on doit regarder en face JEAN-JACQUES BOURDINJustement, regardons-le en face DELPHINE BATHOAvec méthode.JEAN-JACQUES BOURDINAvec méthode.DELPHINE BATHOEn prenant en compte aussi – moi je pense que cette question de la fiscalité du diesel elle est sur le table pour cette raison-là JEAN-JACQUES BOURDINElle est sur la table.DELPHINE BATHOQu'on ne peut l'aborder que de façon progressive, Jean-Jacques BOURDIN JEAN-JACQUES BOURDINAlors, augmentation progressive, mais je comprends ça, augmentation progressive de la fiscalité du diesel.DELPHINE BATHOCe n'est pas décidé, c'est quelque chose qui est en train d'être étudié actuellement, et d'être discuté.JEAN-JACQUES BOURDINVous êtes favorable à cette augmentation progressive ?DELPHINE BATHOJe pense que ce sera incontournable, et si nous ne le faisons pas nous-mêmes vous savez, le précédent gouvernement a défendu cette position à Bruxelles, il faut quand même le dire, sans le dire honnêtement aux Français. La France, au niveau européen, a défendu le rapprochement de la fiscalité de l'essence et du diesel.JEAN-JACQUES BOURDINDonc il y aura une augmentation progressive de la fiscalité DELPHINE BATHOCe n'est pas décidé.JEAN-JACQUES BOURDINNon, mais vous y êtes favorable.DELPHINE BATHOMoi j'y suis favorable, je pense que c'est incontournable, et ça sera aussi quelque chose qui est attendu par le secteur des raffineries en France, puisque le paradoxe, Jean-Jacques BOURDIN, c'est qu'on importe du diesel et qu'on exporte de l'essence, donc ce sera aussi quelque chose de positif pour la balance commerciale.JEAN-JACQUES BOURDINNotre santé, vous voulez préserver notre santé, mais il faut aussi préserver les finances publiques de notre pays, Delphine BATHO, parce qu'elles ne sont pas au mieux. Le candidat François HOLLANDE, « 1,7 de croissance en 2013 », c'était en mai dernier, le président de la République, François HOLLANDE, à l'automne, « non non, pas 1,7, 0,8 de croissance en 2013. » Mois de janvier, fin janvier, début février, « ah non mais, 0,8, peut-être que nous sommes un peu optimistes. » Le ministre des Affaires étrangères, 0,2, 0,3. Et voilà maintenant que l'Europe pourrait nous annoncer, peut-être, une 0 ou un 0,1 de croissance pour la France en 2013. Il va falloir trouver, quoi, entre 10 et 15 milliards d'euros de plus, Delphine BATHO.DELPHINE BATHOMoi je ne veux pas commenter des chiffres qui seront officiels demain JEAN-JACQUES BOURDINNon, non, je ne vous demande pas de les commenter mais, c'est une réalité, il va falloir trouver de l'argent.DELPHINE BATHOIl y a une difficulté économique qui ne concerne pas que la France d'ailleurs, donc il y a une dégradation et un durcissement de la crise, il ne faut pas le cacher. Il y a la nécessité de désendetter la France, c'est la stratégie sur laquelle on s'est engagé. On a déjà, Jean-Jacques BOURDIN, avec les mesures qu'on a pris l'année dernière, fait 2,4 milliards d'euros d'économies rien qu'en taux d'intérêts, ce que la France paye comme facture, parce qu'on a rétabli, avec le travail qu'ont fait Jérôme CAHUZAC et Pierre MOSCOVICI, on a rétabli la crédibilité budgétaire de la France, son sérieux, et on doit continuer dans cette voix, il faut faire des économies, moi je l'assume parfaitement, et ce sérieux budgétaire est indispensable. Et en même temps JEAN-JACQUES BOURDINAlors, est-ce qu'il faut faire des économies dans le domaine environnemental et écologique ?DELPHINE BATHOEn même temps, Jean-Jacques BOURDIN, dans la crise, il faut avoir un coup d'avance, on ne peut pas seulement subir l'aggravation de la situation économique, et donc la politique du gouvernement c'est aussi celle du pacte de compétitivité pour donner des marges de manoeuvre aux entreprises, c'est aussi celle des investissements d'avenir, parce qu'il y a une manière d'investir 1 euro, aujourd'hui, qui peut permettre de créer des emplois et qui sont des investissements utiles, pour sortir de la crise, et c'est le cas des investissements écologiques.JEAN-JACQUES BOURDINParlons-en. Mi-septembre le président de la République est devant le Conseil Economique, Social et Environnemental, voilà ce qu'il dit : « l'une des grandes priorités du quinquennat sera l'isolation des bâtiments, la rénovation thermique, 75 000 emplois directs ou indirects devraient être créés, 500 000 logements concernés chaque année, coût 600 millions d'euros, pour renforcer le crédit d'impôt développement durable, afin que les propriétaires puissent engager ces travaux d'isolation et récupérer les sommes investies. » Ah ! Et Matignon vous dit « ce n'est pas une priorité. »DELPHINE BATHONon, pas du tout.JEAN-JACQUES BOURDINNon ?DELPHINE BATHOJean-Marc AYRAULT il pense tout à fait que c'est JEAN-JACQUES BOURDINAh bon ?DELPHINE BATHONon, non, que c'est une priorité. Moi je me bats pour gagner des arbitrages, c'est normal, c'est le travail qui est attendu de moi.JEAN-JACQUES BOURDINC'est-à-dire que DELPHINE BATHOSi on peut parler du fond JEAN-JACQUES BOURDINC'était l'une des grandes priorités du quinquennat à l'automne DELPHINE BATHOÇa l'est toujours.JEAN-JACQUES BOURDINÇa l'est toujours ?DELPHINE BATHOAbsolument.JEAN-JACQUES BOURDINMais vous avez cet argent, il va être débloqué cet argent ?DELPHINE BATHOIl va y avoir un engagement JEAN-JACQUES BOURDINUn crédit d'impôt, il y aura un crédit d'impôt pour ceux ?DELPHINE BATHOJe vais répondre sur le crédit d'impôt. Il va y avoir un engagement de l'Etat, il va y avoir une mobilisation générale, c'est ce que nous avons dit hier avec Cécile DUFLOT, pour l'isolation des maisons. Je vais prendre un exemple pour qu'on comprenne.JEAN-JACQUES BOURDINAllez-y.DELPHINE BATHOHier, la réalisation que nous visitions du programme « Habiter mieux. » une maison de 1956, le monsieur qui habite dedans, avant était chauffé au fuel, la chaudière est changée, on met une pompe à chaleur, on isole les fenêtres, la toiture et les murs, moralité il a gagné plus de la moitié de sa facture d'énergie. Il payait 4500 euros par an JEAN-JACQUES BOURDINIl va payer 2000.DELPHINE BATHOIl va payer 2000. Voilà.JEAN-JACQUES BOURDINJe connais l'exemple.DELPHINE BATHOC'est considérable. Donc le problème, si je poursuis cet exemple-là, c'est que, il y a des aides, et il y a un reste à charge, et ce reste à charge, ce monsieur-là, dans l'exemple que je prends, peut l'amortir en 4 ans, et donc ce que nous voulons créer c'est un modèle de financement, par ce qu'on appelle le tiers financement, qui permette de financer, si vous voulez, ce reste à charge, par le remboursement sur les économies d'énergie. Donc, c'est le travail que Jean-Marc AYRAULT a demandé à la CAISSE DES DEPOTS ET CONSIGNATIONS, d'aller chercher cette modalité de financement innovante, pour financer les économies d'énergie.JEAN-JACQUES BOURDINDonc on n'a pas, pour l'instant, les 600 millions d'euros prévus ?DELPHINE BATHOÇa fait partie des discussions qui sont en cours au sein du gouvernement.JEAN-JACQUES BOURDINVous allez vous battre ?DELPHINE BATHOOui. Mais nous sommes tous JEAN-JACQUES BOURDINPour vous c'est une ligne rouge Delphine BATHO ?DELPHINE BATHOMoi je me bats pour convaincre que c'est une politique qui est utile.JEAN-JACQUES BOURDINParce que, dites-moi, il va falloir trouver de l'argent, vous allez voir, les budgets de vos ministères vont être fermés, le robinet fermé.DELPHINE BATHOJ'assume qu'il faille faire des économies dans les ministères.JEAN-JACQUES BOURDINMême chez vous ?DELPHINE BATHOOui.JEAN-JACQUES BOURDINMême dans l'environnement, même dans un secteur qui est porteur d'avenir ?DELPHINE BATHOOn en fait des économies, on a supprimé JEAN-JACQUES BOURDINNon non, mais attendez, vous allez en faire plus, vous allez en faire encore, vous pouvez en faire encore ?DELPHINE BATHOMais comme tout le monde.JEAN-JACQUES BOURDINVous pouvez ?DELPHINE BATHOPas plus que tout le monde, c'est ça peut-être, pour répondre à votre question.JEAN-JACQUES BOURDINMais vous pouvez couper attendez, c'est un domaine majeur, vous le savez bien, pour le développement de l'économie française, et on couperait des crédits accordés à ce secteur qui est si porteur d'espoir ?DELPHINE BATHOMoi j'assume le fait que ce ministère fasse comme les autres, des efforts, je demande qu'il ne fasse pas plus d'efforts que d'autres, parce que comme vous le dites, pour l'avenir de la France c'est absolument stratégique, et surtout ça crée de l'emploi, Jean-Jacques BOURDIN.JEAN-JACQUES BOURDINJ'attends de voir venir ces 600 millions d'euros. J'attends de voir sur ce sujet. Nous verrons Delphine BATHO.DELPHINE BATHONous verrons alors.JEAN-JACQUES BOURDINNous verrons quel sera l'arbitrage du Premier ministre sur la question.DELPHINE BATHOMais vous verrez, il y aura un engagement très fort de l'Etat, mais pas sur le crédit d'impôt, Jean-Jacques BOURDIN, parce que le crédit d'impôt il concerne les gens qui sont imposables, il ne concerne pas la personne qui aujourd'hui a plus de 60 ans, qui habite dans le milieu rural, qui n'est pas imposable, et qui a un chauffage au fuel et une maison mal isolée. Et c'est ces personnes-là que nous voulons pouvoir toucher.JEAN-JACQUES BOURDINQue vous voulez aider.DELPHINE BATHOAbsolument. C'est-à-dire qu'on veut pouvoir d'abord concentrer le soutien vers les personnes qui vivent aujourd'hui dans des passoirs thermiques et qui appartiennent aux catégories populaires et moyennes.JEAN-JACQUES BOURDINAttention au renoncement, parce que vous savez, les renoncements, là ça plane au-dessus DELPHINE BATHOIl n'y aura pas de renoncement parce que, vous savez, Jean-Jacques BOURDIN, on n'a pas des milliers de façons de relancer l'économie aujourd'hui, et le secteur du bâtiment vous savez, le bon Dieu, quand le bâtiment va, tout va, et aujourd'hui, avec cet engagement national en faveur des économies d'énergie, dans les maisons, dans les logements, on peut créer des emplois.JEAN-JACQUES BOURDINAvec une TVA qui va augmenter, sur la rénovation.DELPHINE BATHOOui, mais en même temps ils bénéficient du pacte de compétitivité, donc les entreprises ont aussi un soutien, plus fort qu'avant, grâce au pacte de compétitivité.JEAN-JACQUES BOURDINDelphine BATHO, le gaz de schiste, j'ai lu Arnaud MONTEBOURG et vous aussi, je suis favorable à ce que les recherches sur le gaz de schiste soient conduites par une compagnie nationale, ça veut dire quoi ça ? Ça veut dire qu'il autorise les recherches sur le gaz de schiste, Arnaud MONTEBOURG ?DELPHINE BATHOEcoutez, je pense qu'on vient de parler de la situation JEAN-JACQUES BOURDINVous l'avez appelé là, vous ne l'avez pas appelé là ?DELPHINE BATHOOn vient de parler de la situation économique du pays, de l'état des finances publiques, et donc je pense qu'il n'y a pas d'argent à mettre aujourd'hui dans la recherche sur les gaz de schiste, en plus, les compagnies pétrolières ont fait l'année dernière des bénéfices très importants, les bénéfices les plus importants depuis l'année 2007, et donc moi, je ne crois pas qu'il y ait d'argent public à mettre dans les gaz de schiste JEAN-JACQUES BOURDINVous l'avez appelé, Arnaud MONTEBOURG, vous le lui avez dit ?DELPHINE BATHONon, mais j'assume parfaitement ce débat, je suis prête à ce débat jusqu'au bout, Jean-Jacques BOURDIN, je pense que dans la politique de l'énergie, moi, je suis socialiste, et donc il y a aussi un enjeu JEAN-JACQUES BOURDINVous en parlez avec lui ?DELPHINE BATHOOui, il y a aussi un enjeu de redistribution des richesses au travers de la politique de l'énergie, et la redistribution des richesses, ce n'est pas de demander à l'Etat de payer les recherches que les compagnies pétrolières peuvent payer elles-mêmes.JEAN-JACQUES BOURDINVendredi dernier, le PDG de TOTAL était avec moi, il nous disait, il s'étonnait que la France soit l'un des seuls pays au monde à ne pas vouloir savoir quelle était la richesse de son sous-sol.DELPHINE BATHOVous avez vu ce qui est en train de se passer en Allemagne, Jean-Jacques BOURDIN, je dis par rapport à « le seul pays au monde », l'Allemagne est en train d'adopter une législation sur la fracturation hydraulique, en suivant l'exemple de la France, vous avez vu ce qui est en train de se passer aux Etats-Unis, il y a eu 35.000 personnes qui ont manifesté en début de semaine, devant la Maison Blanche pour dénoncer les dégâts des gaz de schiste. Il y a un film qui va sortir le 13 mars en France avec Matt DAMON, sur comment a fonctionné cet essor des gaz de schiste aux Etats-Unis. Donc voilà, je pense que les choses ne sont pas aussi simples JEAN-JACQUES BOURDINDonc on ne bouge pas, on ne revient pas sur toutes les décisions qui ont été prises DELPHINE BATHOMais il y a une technique aujourd'hui, vous le savez très bien JEAN-JACQUES BOURDINOui, je sais, je connais très bien le sujet DELPHINE BATHOQui a des dégâts considérables.JEAN-JACQUES BOURDINBon. Donc exploration/exploitation impossibles, on est d'accord, du gaz de schiste ?DELPHINE BATHOC'est la seule technique qui existe aujourd'hui, Jean-Jacques BOURDIN JEAN-JACQUES BOURDINEt dans le code minier, est-ce qu'on pourra explorer ou exploiter d'autres ressources ?DELPHINE BATHOMais bien sûr, des ressources minières, oui, bien sûr.JEAN-JACQUES BOURDINOui ? Eh bien, l'huile de schiste par exemple ?DELPHINE BATHONon, enfin, c'est la même chose, l'huile de schiste et gaz de schiste, c'est le même problème de fracturation hydraulique JEAN-JACQUES BOURDINCe n'est pas ce que nous dit Arnaud MONTEBOURG, il dit que c'est formidable, qu'il faut absolument aller chercher DELPHINE BATHOAlors, vous confondez peut-être avec le gaz de houille.JEAN-JACQUES BOURDINOui, le gaz de houille, oui, oui DELPHINE BATHOCe n'est d'ailleurs pas un service à rendre au gaz de houille de le comparer au gaz de schiste.JEAN-JACQUES BOURDINOui, oui, vous avez raison, remarquez, oui, mais le gaz de houille ?DELPHINE BATHOEh bien, le gaz de houille, il est exploité depuis 1992 en France, donc ce n'est pas une nouveauté.JEAN-JACQUES BOURDINTOTAL ne s'y intéresse pas d'ailleurs, j'ai vu que TOTAL ne s'y intéresse pas DELPHINE BATHONon, parce que, enfin, pour l'instant, si vous voulez, sur le gaz de houille, pour dire ce qui est, il y a des recherches, mais il n'y a pas eu la démonstration que ça pouvait être rentable d'exploiter cette ressource, et il n'y a pas de demande d'exploitation aujourd'hui en France du gaz de houille, mais c'est une question qu'on peut regarder.JEAN-JACQUES BOURDINLes farines animales ?DELPHINE BATHOOui ?JEAN-JACQUES BOURDINDelphine BATHO, où est-ce qu'on en est ? Vous avez vu ça, avec effarement, j'imagine, tout à coup, Bruxelles qui décide qu'on va pouvoir nourrir les poissons d'élevage avec des farines animales.DELPHINE BATHOOui, donc avec de la viande.JEAN-JACQUES BOURDINAvec de la viande.DELPHINE BATHOOui, ce n'est pas dans la logique de la chaîne alimentaire.JEAN-JACQUES BOURDINEh bien oui, ça, on est bien d'accord. Alors, qu'allez-vous faire ?DELPHINE BATHODonc ce qui se passe, c'est que la filière piscicole française, elle a un cahier des charges dans lequel elle interdit déjà les farines animales. Et donc ce que nous voulons, avec Stéphane Le FOLL, avec Guillaume GAROT, avec Frédéric CUVILLIER, c'est que lorsque vous allez acheter votre poisson, vous puissiez savoir que le poisson a été nourri sans farine animale JEAN-JACQUES BOURDINOn le saura ?DELPHINE BATHOMais c'est le travail qui est en train d'être fait pour qu'il y ait un label JEAN-JACQUES BOURDINCe sera étiqueté ?DELPHINE BATHOPour qu'il y ait un label !JEAN-JACQUES BOURDINIl y aura un label.DELPHINE BATHOEt qu'il y ait une information du consommateur JEAN-JACQUES BOURDINEt il y aura un label DELPHINE BATHOVous comprenez, les producteurs font un effort de ne pas nourrir leurs poissons avec des farines animales, il faut qu'ils puissent valoriser cet effort JEAN-JACQUES BOURDINMais alors, si c'est absurde, pourquoi ne pas l'interdire en France ?DELPHINE BATHOMais on s'est battu contre JEAN-JACQUES BOURDINParce qu'on ne peut pas ? Parce que l'Europe nous impose cette obligation ?DELPHINE BATHOIl y a un cadre européen qui nous engage, mais elle n'interdit pas JEAN-JACQUES BOURDINQui nous contraint, qui nous contraint ?DELPHINE BATHOC'est au niveau européen que ces décisions sont prises aujourd'hui, dans l'agroalimentaire JEAN-JACQUES BOURDINOui, donc on est contraint DELPHINE BATHODans beaucoup de domaines, on est contraint, mais on peut – vous voyez – faire appel JEAN-JACQUES BOURDINContourner DELPHINE BATHOOui JEAN-JACQUES BOURDINContourner les prérogatives européennes DELPHINE BATHOContourner, non, mais informer le consommateur, et que chacun, au moment de son choix, soit pleinement informé, et à partir de là, vous savez, en réorientant la consommation, c'est aussi un moyen de réorienter la production, et puis, le débat au niveau européen n'est pas fini.Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 février 2013
La source — vie_publique · nº 187325
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/187325-interview-de-delphine-batho-ministre-de-lecologie-du-developpement-du?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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