Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, en réponse à une question sur la position de la France à l'égard de la situation en Tunisie, à l'Assemblée nationale le 18 janvier 2011.
François Fillon (auteur)
Monsieur le Président,Mesdames et Messieurs les députés,Monsieur le Président Ayrault,Je voudrais d'abord dire toute ma confiance à madame Alliot-Marie et regretter l'exploitation peu honnête que vous faites de ses propos.L'histoire, mesdames et messieurs les députés, avance souvent plus vite que la diplomatie, et nous avons fait collectivement l'expérience de cela lors de la chute de l'Union soviétique et la réunification allemande. La révolution tunisienne d'une certaine façon nous le rappelle.J'entends les critiques que vous formulez, et je pourrais, pour y répondre, citer de larges extraits du très beau discours de Lionel Jospin en octobre 1997 lorsqu'il recevait à Matignon le président Ben Ali. Je pourrais aussi évoquer le satisfecit donné au gouvernement de monsieur Ben Ali par Dominique Strauss-Kahn, en octobre 2008, quelques minutes après avoir reçu des mains du chef de l'Etat tunisien une haute décoration. Mais je ne le ferai pas, parce que cela n'est pas à la hauteur du défi que le peuple tunisien doit relever.Le défi que le peuple tunisien doit relever, c'est de réussir une transition démocratique qui soit à la hauteur des espoirs que les Tunisiens ont mis dans le mouvement populaire qu'ils ont engagé et qui les a conduits à faire preuve d'un grand courage et à braver tous les risques. Le sort de la Tunisie est entre les mains des Tunisiens, mais le rôle de la France c'est d'accompagner la Tunisie sur le chemin difficile de la démocratie. Comme le Président de la République l'a rappelé dès samedi, la France est au côté du peuple tunisien.La France souhaite l'organisation d'élections libres en Tunisie, qui sont la seule issue possible à la crise que connaît la Tunisie. Et d'ailleurs, nous sommes prêts à fournir au gouvernement tunisien, s'il le désire, l'assistance nécessaire pour participer à la préparation et à l'organisation de ces élections. Nous voulons ensuite indiquer au gouvernement tunisien que nous sommes décidés à accroître notre effort de coopération économique et culturelle. Nous sommes déjà le premier bailleur de fonds d'aide au développement à la Tunisie. Faire plus, ce sera montrer que nous avons confiance dans le processus démocratique qui est engagé. De la même façon, ce sera montrer que nous avons confiance dans le peuple tunisien, que de dire aux nombreux Français qui résident en Tunisie, que nous les encourageons à rester, à demeurer en Tunisie. Enfin, nous nous engageons dans le cadre de l'Union européenne à obtenir un accroissement de l'aide de l'Union européenne, et surtout l'octroi de ce statut privilégié qui a déjà été accordé au Maroc et qui peut constituer un autre signe pour permettre aux Tunisiens d'avancer sur la voie de la démocratie.Mais mesdames et les messieurs les députés, l'essentiel. L'essentiel c'est la très ancienne et la très forte amitié qui lient la Tunisie à la France, qui lient le peuple tunisien au peuple français. Ce peuple tunisien, ce peuple fier, ce peuple courageux, ce peuple auquel nous lie un héritage millénaire, eh bien, nous voulons solennellement ensemble lui dire que tout est plus fort, que cette amitié est plus forte que tous les régimes, et que nous continuerons de l'aider.Enfin, j'aimerais que l'opposition n'ait pas deux discours d'une région à l'autre de l'Afrique, et n'oublie pas qu'il y a en ce moment en Afrique un chef d'Etat qui a volé les élections et qui doit subir les mêmes critiques de la part de tous les bancs de l'Assemblée nationale.Source http://www.gouvernement.fr, le 19 janvier 2011
La source —
vie_publique · nº 180984
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