Déclaration et point de presse de M. François Fillon, Premier ministre, sur les programmes de redressement budgétaire en France et en Grande-Bretagne, le budget de l'UE, les efforts de convergence au sein de la zone euro et les grandes orientations de la
François Fillon (auteur)
Mesdames et Messieurs, c'est un grand honneur pour moi de venir m'exprimer à la City de Londres et je veux remercier le Lord Maire et la Corporation de la City d'avoir permis que cette rencontre ait lieu. La City, c'est la première place financière d'Europe, je veux dire que sa force, c'est un atout pour tous les partenaires européens. Le Royaume-uni est une grande puissance économique et industrielle qui, comme la France, croit que la mondialisation est un défi qu'il faut relever. Le destin de la France et de la Grande-Bretagne sont des destins qui sont liés. En deux ou trois heures de train, Londres est intégré au plus grand espace économique d'Europe occidentale. Cet espace nous rend plus forts, nous sommes donc comptables de sa vitalité et nous sommes co-responsables de son développement. Britanniques et Français, nous avons la même tâche, nous avons la même responsabilité qui est de sortir de la crise et de renforcer la croissance de l'Europe.Je suis d'abord venu pour cela, vous dire que la priorité absolue du gouvernement français, c'est la poursuite des réformes que nous avons engagées, sous l'autorité du Président Sarkozy, en 2007, celle des finances publiques bien sûr, mais aussi les réformes économiques et sociales. Des deux côtés de la Manche, je pense que le seul choix responsable pour garantir notre souveraineté à laquelle nous sommes, nos deux pays, tellement attachés, pour garantir notre indépendance économique, le seul choix responsable, c'est la discipline budgétaire. Face à la crise, nous avons été contraints d'apporter un soutien financier massif au système bancaire, puis à notre économie, pour stimuler la reprise. A présent, notre responsabilité, c'est de redresser les finances publiques pour retrouver une croissance durable, sans sacrifier les investissements d'avenir.Le gouvernement britannique a engagé un programme de redressement budgétaire extrêmement audacieux. Je veux dire que de notre côté, nous avons lancé la politique de limitation des dépenses publiques la plus rigoureuse depuis vingt ans. Nous avons rompu avec le choix du passé, ce choix qui consistait à combler les déficits en accroissant la pression fiscale. Nous avons pris la décision, avec le président de la République, d'écarter toute hausse généralisée de l'impôt. Nous avons gelé les moyens des ministères qui enregistrent donc une décroissance réelle de leurs budgets. Nous avons pris l'engagement de réduire de 10 % en trois ans les moyens de fonctionnement des administrations et de 5 % la première année, c'est-à-dire en 2011. Nous avons, pour la première fois dans l'histoire récente de notre pays, gelé tous les transferts aux collectivités territoriales. Nous poursuivons la politique de non remplacement d'un fonctionnaire sur deux. Nous avons supprimé depuis 2007 100 000 postes dans la fonction publique d'Etat et, sur la période 2011-2013, nous allons supprimer 97 000 postes supplémentaires.Ces efforts sont dans notre pays des efforts sans précédent. Nous avons atteint, avec l'effet de la crise, un déficit en 2010 de 7,7 % du produit intérieur brut. Les efforts que nous engageons vont nous permettre de revenir à 6 en 2011, à 4,6 en 2012 et à 3 en 2013. Je veux insister devant vous sur notre détermination à respecter cet objectif en 2013. D'ailleurs, cette trajectoire a fait l'objet du vote d'une loi pluriannuelle par le Parlement. Avec le Président de la République, nous sommes totalement engagés à faire en sorte qu'elle soit respectée.Parallèlement, nous venons de réussir la réforme des retraites. Nous avions, pour préserver nos régimes de retraite, à réaliser des adaptations structurelles. Nous les avons entreprises dès 2007 en réformant ce qu'on appelle dans notre pays les régimes spéciaux. En 2010, nous avons reporté l'âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans et nous avons fait passer de 65 à 67 ans l'âge de la retraite à taux plein, le tout en préservant notre système de retraite par répartition. Dans un pays qui a la réputation d'être hostile aux réformes, je veux vous faire remarquer que nous avons réussi à mettre en oeuvre un rythme de relèvement des seuils d'âge de la retraite qui est entre deux et quatre fois plus rapide qu'en Allemagne, qu'au Royaume-uni ou qu'aux Etats-Unis.Bien sûr, il y a eu des oppositions, beaucoup pensaient que nous serions obligés de reculer. Nous ne l'avons pas fait. Nous avons tenu bon parce que cette réforme était nécessaire sur le plan social et financier. Je voudrais d'ailleurs faire remarquer que depuis qu'elle a été votée par le Parlement, ce n'est plus un sujet de contestation et j'ai la conviction absolue que personne ne reviendra jamais sur cette réforme. L'impact de la réforme des retraites sur les comptes publics sera positif dès cette année, puisqu'elle permettra de réduire le déficit public d'environ un demi point du produit intérieur brut en 2013 et environ 1,2 % du PIB en 2020.Tous ces efforts sont des efforts indispensables, mais pour aller chercher la croissance, nous devons aussi renforcer la compétitivité de notre économie et sa capacité d'innovation. Je voudrais rappeler qu'en la matière la liste des réformes que nous avons engagées depuis 2007 est longue. Nous avons réformé notre droit du travail et nous sommes ainsi sorti du carcan qui était imposé par la loi sur les 35 heures. Désormais, en France, chaque entreprise a la possibilité de négocier à l'intérieur de l'entreprise le temps de travail, dans les limites qui sont prévues par la législation européenne.Nous avons réformé les services publics en introduisant la rémunération au mérite des agents ou encore, ce qui était impensable en France il y a quelques années, le service minimum dans les transports et dans les écoles en cas de grève. Nous avons réformé l'université française, dont on disait, à juste titre d'ailleurs, qu'elle était politiquement infaisable, puisque beaucoup de ministres - j'en ai été - ont tenté de le faire dans le passé sans y parvenir. Désormais, les universités françaises sont presque toutes autonomes et elles ont pu engager un effort pour recruter elles-mêmes leurs enseignants, chercher les financements complémentaires dont elles ont besoin, ce que toutes les grandes universités du monde faisaient et ce qui n'était pas possible dans notre pays.Pour améliorer la compétitivité des entreprises, nous avons supprimé ce qu'on appelle la taxe professionnelle, c'est-à-dire un impôt payé aux collectivités locales, cela représente 7 milliards d'euros qui seront économisés par les entreprises en 2010. Pour encourager les entreprises à innover, nous avons triplé le crédit impôt recherche. Les investisseurs étrangers, donc les investisseurs britanniques, ont largement plébiscité cette mesure fiscale. Désormais, la France est l'un des pays les plus attractifs en termes fiscal pour les centres de recherche. Enfin, nous avons lancé un grand programme d'investissements d'avenir qui consacre 35 milliards d'euros de ressources publiques à l'innovation dans tous les secteurs d'avenir, l'université, la recherche, l'industrie, les nouvelles technologies en seront les grands bénéficiaires. Ces investissements publics n'interviennent que couplés avec des investissements privés, c'est donc en gros 65 milliards d'euros qui vont être mobilisés par ce programme d'investissements d'avenir.Tous ces efforts et toutes ces réformes commencent à porter leurs fruits, puisque nous avons renoué avec la croissance qui devrait atteindre 1,6 % en 2010. En novembre, la production industrielle a progressé comme la consommation de produits manufacturés. Donc, nous avons aujourd'hui toutes les raisons de penser que les objectifs que nous nous sommes fixés de croissance, autour de 2 % en 2011, sont des objectifs atteignables.Tout est donc fait pour renforcer encore la compétitivité et l'attractivité de la France. Certains l'oublient parfois ou ne veulent pas le reconnaître, mais la France est un pays qui est largement ouvert au monde. Un tiers des salariés du secteur privé travaille pour des entreprises étrangères, la moitié de la capitalisation boursière de la place de Paris est détenue par des entreprises étrangères. Au final, la France et le Royaume-uni sont parmi les principaux pays d'accueil des investissements étrangers.Mesdames et Messieurs, nous voulons exploiter toutes les potentialités de notre partenariat avec le Royaume-uni dans cet esprit d'accroître les capacités d'augmenter la croissance en Europe. C'est la deuxième chose que je voulais vous dire ce matin. Les peuples français et britannique savent que ce qui nous rassemble dépasse de très loin ce qui nous distingue. Ils se souviennent des tranchées de 1914 où sont tombés tant de Britanniques qui reposent en terre de France. Ils se souviennent des heures sombres de 1940 où Winston Churchill avait même offert la fusion entre la France et la Grande-Bretagne. En tout cas, en raison du refus des responsables politiques français, bien mal inspirés, il a offert le soutien du Royaume-uni à la France libre et au Général de Gaulle. Au fond, à chaque fois, la France et la Grande-Bretagne, malgré toutes leurs différences et malgré toutes leurs querelles, ont su s'unir lorsque l'essentiel était en jeu, en l'occurrence lorsque la liberté du monde était en jeu.Aujourd'hui, si le temps des conflits meurtriers est derrière nous, nous avons en face de nous un enjeu essentiel qui est la guerre économique mondiale. Si nous voulons maintenir nos modèles économiques, nos modèles sociaux, auxquels nous sommes tellement attachés, si nous voulons conserver un certain leadership dans le monde, nous avons le devoir de continuer à nous rapprocher et à nous faire confiance. Nous avons engagé une coopération en matière de défense, dont je voudrais dire devant vous qu'elle est de celle qui ne peut exister qu'entre des nations soeurs. On ne peut pas aller aussi loin dans la coopération, sur des sujets aussi essentiels que la dissuasion nucléaire, si on n'a pas une confiance totale les uns dans les autres. Le 2 novembre 2010, le Président Sarkozy et le Premier ministre Cameron ont signé ici, à Londres, deux traités qui sont des traités de portée historique en matière de coopération, de défense et d'accès à des installations nucléaires communes.Avec cette étape, nous nous engageons dans la voie d'un rapprochement encore plus étroit qui respecte la souveraineté britannique et qui respecte la souveraineté française. Je suis convaincu que dans cet esprit, nous n'avons pas tous encore pris la mesure du degré d'interaction atteint par nos industries de défense. Les gouvernements britannique et français viennent de signer une feuille de route qui est faite de projets très concrets. Nos industriels sont partie prenante à ces programmes et vont pouvoir augmenter leur poids face à la concurrence internationale. Pour la France, ce rapprochement est bon ; pour la Grande-Bretagne, ce rapprochement est bon ; je crois qu'il est aussi bon pour l'Europe et qu'il est aussi bon pour l'Otan.Le renforcement de l'intégration franco-britannique ne connaît donc aucun obstacle et aucun tabou. Près de 2 500 entreprises britanniques emploient plus de 250 000 personnes en France et 1 500 entreprises françaises implantées au Royaume-uni ont plus de 330 000 salariés. Il faut des tempêtes de neige ou des nuages de cendres pour nous rappeler de temps à autre que l'Angleterre est une île, tant la réalité économique fait que nos marchés ne font qu'un.Je voudrais prendre l'exemple du marché de l'énergie. EDF Energy produit aujourd'hui un quart de l'électricité britannique et gère huit centrales au Royaume-uni. Il compte mettre en service un premier réacteur EPR en 2018 et en construire quatre d'ici 2025. C'est à partir de cette assise franco-britannique que nous pourrons construire un leader mondial pour les centrales de troisième génération, capable de répondre avec un niveau de sécurité sans précédent aux exigences d'un monde qui a besoin de toujours plus d'énergie, mais en même temps qui a besoin de toujours moins de carbone. Tout cela englobe les sous-traitants, des centaines de sociétés britanniques et françaises spécialisées dans les technologies de pointe à haute valeur ajoutée et qui sont les entreprises qui vont créer les emplois de demain.Pour renforcer cette compétitivité commune - c'est la troisième chose que je voudrais vous dire - le premier cadre pertinent qui s'impose à nous, même si ce n'est pas le seul, c'est l'Europe. Avec l'Allemagne, le Royaume-uni et la France sont les leaders de la recherche en Europe et nous avons le devoir de continuer à encourager l'innovation. Mais aujourd'hui, nous devons faire face à des obstacles que nous devons ensemble lever. Le coût de l'enregistrement d'un brevet est dix fois plus élevé en Europe qu'aux Etats-Unis. Cela va changer. Puisqu'une dizaine d'Etats européens, dont le Royaume-uni et la France, viennent de proposer une coopération renforcée pour créer un brevet de l'Union européenne beaucoup moins cher. La France a aussi proposé que l'on crée un Fonds européen des brevets et un Fonds européen de capital risque pour les entreprises innovantes. Je souhaite et j'aurai l'occasion de le dire au Premier ministre David Cameron tout à l'heure, que le Royaume-uni s'engage pleinement à nos côtés pour promouvoir ces projets qui visent au fond à mieux utiliser l'argent européen, à mieux utiliser la force de l'Union européenne sur des projets qui encouragent directement la croissance.Tous ces projets illustrent la volonté commune de la France et de la Grande-Bretagne de réformer le budget européen. En décembre, nous avons cosigné, avec trois autres Etats membres, une lettre demandant la stabilisation du budget de l'Union européenne pour les prochaines perspectives financières. Nous croyons que des politiques européennes ambitieuses sont compatibles avec un budget stable et nous croyons que l'enjeu des prochaines négociations budgétaires, ce ne sera pas de dépenser plus, mais ce sera de dépenser mieux. D'ailleurs, comment expliquer à nos concitoyens qu'au moment où nous devons engager un effort très important de réduction de nos dépenses publiques, l'Union européenne augmenterait les siennes.C'est la raison pour laquelle la France propose de réorienter une partie des crédits de recherche de l'Union européenne vers des actions qui soient beaucoup plus directement utiles aux entreprises. C'est la raison pour laquelle nous devons lutter pour une mise en oeuvre moins bureaucratique des principales politiques européennes, à commencer par celle de la recherche et de l'innovation. Dans cette logique, il me parait indispensable que toute nouvelle proposition de réglementation européenne soit désormais obligatoirement accompagnée d'une étude d'impact centrée sur la compétitivité des entreprises. Pendant trop longtemps, en effet, il y a eu un empilement de normes européennes sans aucune vision d'ensemble sur les effets sur les entreprises. Je pense que, ensemble, Français et Britanniques, nous pouvons faire évoluer cette situation.Evidemment, la stabilité et le dynamisme de la Zone Euro sont une autre condition de la prospérité de l'ensemble des Etats européens. La Zone Euro, c'est le coeur monétaire de l'Europe et je voudrais que personne ne puisse douter de la détermination de l'Union européenne tout entière à la préserver. C'est une priorité politique, c'est une priorité économique absolue. La réaction collective, qui a été la nôtre en 2010 pour venir au secours d'Etats membres qui étaient exposés à une crise de liquidités, a prouvé cette détermination et cette solidarité. Nous avons, en effet, pris des mesures massives d'assistance à la Grèce et à l'Irlande. Nous avons mis en place un Fonds européen de stabilisation financière pour trois ans. Ces mesures d'urgence ont prouvé la capacité de réaction et la capacité d'adaptation de l'Europe. Mais en même temps, elles ont montré la nécessité de mettre en place des mesures plus structurelles. D'abord, des mesures plus structurelles pour renforcer la surveillance collective des Etats de la Zone Euro. La crise irlandaise a montré qu'il était nécessaire d'étendre cette surveillance au-delà des seuls critères de budget et de dette, en traitant les risques de déséquilibre macroéconomique majeur. Ce dispositif de surveillance renforcée fait en ce moment l'objet d'une traduction législative qui doit aboutir d'ici le mois de juin prochain.Ensuite, il fallait pallier les évidentes lacunes en matière de supervision financière européenne. La fragilité de certaines banques européennes dans la tourmente a prouvé qu'on ne pouvait pas continuer à se reposer entièrement sur les superviseurs nationaux, alors que des problèmes systémiques dans certains Etats membres peuvent avoir et ont presque toujours des conséquences sur l'ensemble de l'Europe. En quelques mois, l'Union européenne a fait plus de progrès qu'en vingt ans en adoptant un système complet de supervision financière, avec trois agences européennes dotées de pouvoirs propres, dont l'Agence européenne de supervision bancaire, basée ici, à Londres, et un Conseil européen du risque systémique présidé par la Banque centrale européenne. Franchement, qui aurait parié sur ce résultat il y a seulement deux ans ?Enfin, les Etats européens, qu'ils soient membres ou pas de la Zone Euro, ont réalisé qu'ils ne pouvaient plus improviser face à l'urgence. Même si les improvisations qui ont été les nôtres, en particulier la Grande-Bretagne et la France, en 2008, ont été efficaces. En décembre 2010, les vingt-sept Etats membres de l'Union européenne ont lancé une procédure simplifiée de révision du Traité de Lisbonne, pour autoriser les Etats de la Zone Euro à établir un mécanisme permanent de stabilité à partir de 2013. Toutes ces initiatives prouvent que les Etats membres de la Zone Euro sont convaincus que l'euro les protège. Je lisais dans la presse britannique ce matin que je voulais demander à la Grande-Bretagne de sauver l'euro, c'est une interprétation un peu excessive de mes propos, je ne pense pas que l'euro ait besoin d'être sauvé, je pense que l'euro a besoin d'être défendu. C'est ensemble que nous pourrons le faire parce que nous y avons un intérêt commun.L'euro, pour les Etats qui l'ont adopté, c'est un des fondements du marché unique. C'est un atout clé pour les opérateurs économiques qui peuvent bénéficier d'économies d'échelle sans risque de change. C'est enfin et surtout un élément vital de la construction européenne. Pour toutes ces raisons, les Etats membres, en particulier la France et l'Allemagne, n'ont pas hésité à proposer des solutions courageuses et innovantes. A ce sujet, il ne doit y avoir aucun doute, les Etats de la Zone Euro, particulièrement la France et l'Allemagne, sont prêts à tout mettre en oeuvre, je dis bien absolument tout, pour assurer la stabilité de la Zone Euro.Mais tout au long de cette crise, je veux aussi dire que les autorités britanniques ont été des partenaires solides, dans le respect de nos différences. Elles mesurent l'exceptionnelle interdépendance des économies européennes. Elles connaissent le rôle majeur joué par la City de Londres dans les transactions en euro. Elles savent que l'insularité monétaire n'existe pas, pour un pays dont la moitié des exportations est à destination de la Zone Euro. Le Royaume-uni a donc pris toute la part qui lui revient à l'effort commun, en acceptant une révision limitée du Traité et en contribuant aux plans d'urgence récents, je pense en particulier à l'Irlande. Je voudrais rendre hommage à ces actions énergiques et nécessaires qui ont largement contribué à renforcer la crédibilité de l'euro, la crédibilité de la Zone Euro et la crédibilité de l'Union européenne tout entière.Mais le redressement de l'économie mondiale ne peut pas être durable s'il ne s'accompagne pas d'une meilleure régulation économique et financière. La bonne gouvernance, elle s'applique aux institutions, elle s'applique aux Etats, en Europe comme ailleurs. Mais elle s'impose aussi aux opérateurs économiques et financiers. Je sais toutes les crispations que peut susciter le débat sur la régulation financière. Je sais que certains auraient voulu qu'il n'ait jamais eu lieu. Je sais que d'autres veulent le circonscrire très strictement. D'autres, enfin, voudraient que les règles nouvelles, auxquelles le G20 a souscrit, restent des lettres mortes. Je veux dire que ce n'est pas l'approche de la France. Pendant notre présidence du G20, nous souhaitons poursuivre, avec tous nos partenaires, un agenda ambitieux en matière de régulation financière.Je crois que nous devons tous être conscients que le système capitaliste, auquel nous sommes attachés, est passé très près de l'effondrement, en tout cas très près du gouffre. Il est peu probable que les opinions publiques française, britannique, allemande, européenne puissent accepter un statu quo, c'est-à-dire puissent accepter de consentir à financer de nouveau les effets d'une nouvelle secousse qui interviendrait simplement parce que les mêmes causes produisent les mêmes effets et parce qu'aucune règle n'est venue tenir compte des enseignements de la crise. Si ce n'est pas nous, nous, les Européens, avec vous, les Britanniques, qui régulons, si ce n'est pas nous qui encadrons, si ce n'est pas nous qui cherchons à moraliser le système, alors, je vous le dis, ce seront les adversaires de la liberté économique qui auront toutes les chances de se faire entendre dans nos pays.L'objectif n'est évidemment pas d'étouffer l'innovation financière. Nous savons bien que cette innovation financière est une des sources de nos économies et de nos entreprises. Ce que nous voulons simplement, c'est une meilleure maîtrise des risques et c'est davantage de responsabilités. Meilleure maîtrise des risques à travers une transparence accrue et à travers un contrôle plus efficace des comportements à risque. Davantage de responsabilités pour que, en cas de défaillance, ce ne soit pas les finances publiques qui soient exposées comme elles l'ont été indûment dans cette crise. Notre objectif est également, en réduisant les arbitrages règlementaires, de développer la concurrence en la situant là où elle doit exclusivement se situer, c'est-à-dire dans la capacité à fournir le meilleur service au meilleur prix et non pas dans l'exploitation de différences de réglementations dans le seul but de loger les risques d'un côté et les revenus de l'autre.Je pense que nous avons accompli de réels progrès sur cette voie. En deux ans, depuis la première réunion du G20 à Washington, nous nous sommes dotés de nouvelles règles en matière de capital et de liquidités des banques. Nous avons renforcé l'encadrement des produits dérivés, le contrôle de la titrisation, la lutte contre les paradis fiscaux et nous avons mieux encadré les bonus des opérateurs de marché. Au plan européen, après la réorganisation institutionnelle de la supervision, des discussions importantes sont en cours sur la question des régimes de résolution des institutions bancaires, sur les infrastructures post-marché ou encore sur les ventes à découvert. Il faut que ces efforts se poursuivent, sans céder à la tentation de les remettre en cause.Je veux dire que notre objectif au sein du G20 sera double. D'abord, nous voulons veiller à une bonne mise en oeuvre des réformes qui ont déjà été décidées et qui ont déjà été engagées par le G20. Je pense que c'est une question d'intégrité du système financier international et une question d'égalisation des conditions de concurrence entre les acteurs de marché et les places financières. Ensuite, nous chercherons à étendre l'agenda de la régulation là où il reste insuffisant. Nous proposerons de renforcer la régulation du système bancaire parallèle, qu'on appelle le « shadow banking », pour contrecarrer le risque que nos efforts pour renforcer la régulation du secteur bancaire traditionnel, ne conduise finalement qu'à reporter l'activité et à reporter le risque sur de nouvelles formes d'intermédiation bancaire qui, elles, échapperaient complètement ?? la régulation. Nous proposerons également à nos partenaires de renforcer le « volet marchés » de l'agenda de régulation financière du G20, dans la continuité des travaux européens en faveur d'une meilleure transparence et d'une protection accrue de l'intégrité des marchés.Voilà, Mesdames et Messieurs, très simplement, ce que je voulais vous dire ce matin. Je vais, tout à l'heure, rencontrer le Premier ministre David Cameron et le vice-Premier ministre Nick Clegg. La France sait qu'elle a avec le gouvernement britannique un partenaire fiable, courageux, pragmatique. Nous savons qu'aucun Etat européen ne peut aujourd'hui se replier dans je ne sais quel splendide isolement. Donc, c'est en nous alliant, c'est en travaillant ensemble entre partenaires que nous pouvons exercer un leadership en Europe et dans les institutions internationales. Je crois que les résultats de notre coopération de ces derniers mois montrent que, sur ce chemin, la France et la Grande-Bretagne avancent sur la bonne voie.(Question inaudible)REPONSE DU PREMIER MINISTRE FRANÇOIS FILLONAlors sur le premier sujet au fond qui est : est-ce qu'en mettant en place des règles sur les places financières européennes qui ne seraient pas respectées ailleurs dans le monde nous ne nous mettons pas dans une situation de faiblesse qui conduirait progressivement à une partie de l'activité financière à s'évader vers d'autres places et vers d'autres continents ? Evidemment que c'est un risque que nous ne devons pas négliger. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle nous avons commencé par unifier les points de vue européens sur ces sujets là et mettre en place des règlementations européennes pour éviter qu'il n'y ait à l'intérieur même de l'Europe des concurrences déloyales liées à des réglementations différentes. Il faut naturellement que la législation qui a été décidée au plan européen se mette en place de façon harmonieuse et dans les délais sur l'ensemble des places financières européennes.Le deuxième objectif c'est de faire en sorte que dans le G20, que dans le cadre du G20 nous obtenions les engagements nécessaires pour que les autres grandes puissances économiques et financières s'engagent dans la même voie. Il ne faut pas que nous soyons naïfs, il ne faut pas que nous acceptions de nous fixer des règles qui seraient complètement contraignantes par rapport à celles des autres places financières. Mais en même temps nous n'avons pas le droit d'ignorer les risques politiques, les risques, j'allais dire fondamentaux, qui pèseraient sur notre système économique et financier, si nous ne prenions pas les mesures de correction nécessaire. Je suis profondément attaché au système capitaliste, je n'ai aucune envie de voir revenir des idéologies qui ont fait tellement de mal dans le monde dans le passé, je vous assure que si nous avions une nouvelle crise aussi grave que celle que nous avons connue pour les mêmes raisons dans quelques années, je ne crois pas qu'on pourrait obtenir de nos concitoyens le même courage, le même sens de l'effort, le même sens de l'intérêt général. Je ne pense pas qu'on pourrait demander aux Anglais, aux Français, aux Allemands, de voir leur pouvoir d'achat baisser, de voir leurs emplois se détruire, de voir leurs impôts augmenter, pour financer des erreurs qui sont liées à des systèmes à risque. Et je ne crois pas qu'il soit déraisonnable de demander que ceux qui prennent des risques en assument les conséquences. Au fond dans le système capitaliste, celui qui réussit gagne beaucoup, et celui qui perd doit perdre beaucoup. Un système dans lequel, quand on gagne on gagne, et quand on perd on gagne quand même, je ne crois pas que ce soit un système qui corresponde aux principes mêmes auxquels nous sommes tous ici attachés.Voilà, donc nous allons avancer de façon prudente, raisonnable, nous ne nous mettrons pas dans une situation où les places financières européennes seraient handicapées par des réglementations qui ne seraient pas respectées dans les autres régions du monde, en tout cas dans les autres grands pays et c'est la philosophie qui animera la France dans le cadre de sa présidence du G20.Sur la question des petites entreprises, c'est pour nous un sujet très très important. La France est un pays qui a développé les grandes entreprises, qui a un peu plus de mal à consolider ses petites entreprises, ses moyennes entreprises. De ce point de vue là nous avons souvent un regard envieux sur nos amis allemands qui ont des grandes PME puissantes, qui sont un des coeurs du réacteur économique allemand. Et donc nous cherchons comment alléger toutes les contraintes qui pèsent sur ces petites entreprises ; nous avons engagé un gros effort de suppression de contraintes administratives ; nous regardons comment améliorer le financement de ces petites et moyennes entreprises notamment en orientant mieux une partie de l'épargne vers ce secteur ; en cherchant à réduire aussi un certain nombre de contraintes en terme social qui sont des contraintes qu'on ne peut pas imaginer autant sur les grandes entreprises que sur les petites. Et nous voudrions que l'Europe accompagne ce mouvement. C'est pour ça que j'évoquais tout à l'heure une initiative française que je demande à la Grande-Bretagne de soutenir qui est de mettre en place un fonds de capital-risque pour les PME innovantes en Europe.Dernier sujet, l'euro. Ce n'est pas un sujet de campagne électorale, personne ne peut ignorer qu'il y a eu des attaques contre l'euro. Et en particulier qu'il y a eu des attaques contre des pays de la zone euro qui, pour des raisons liées à leur déficit budgétaire, à leur endettement, pour des raisons liées parfois à leur modèle économique constituaient une fragilité. Je l'ai dit à plusieurs reprises, la crise que nous affrontons ce n'est pas la crise de l'euro, c'est la crise de pays qui n'ont pas respecté les disciplines budgétaires, ou c'est la crise de pays qui ont un modèle économique qui est un modèle économique fragile. Le devoir de l'Europe aujourd'hui c'est de faire en sorte que l'euro soit solide, qu'il ne puisse plus y avoir de doute sur l'euro et donc qu'il ne puisse pas y avoir de spéculation contre l'euro, qu'il ne puisse pas y avoir de spéculation sur l'idée qu'il pourrait y avoir un jour un éclatement de la zone euro. Cet éclatement de la zone euro le Président de la République française l'a dit, je le dis à sa suite aujourd'hui, c'est inenvisageable, c'est un évènement qui ne peut pas se produire, simplement pour une raison, c'est que le signal politique qui serait lancé serait un signal extraordinairement négatif. Ce serait en réalité la fin de l'aventure européenne, au moment même où nous en avons plus besoin dans le cadre de la mondialisation ; ça n'est pas un secret que moi-même j'ai voté contre le traité de Maastricht. J'ai été longtemps très sceptique sur la mise en place d'une monnaie, sur une zone qui n'avait pas suffisamment de mon point de vue de cohérence, et sans qu'on mette en place des instruments de pilotage économique et financier. Mais le monde a changé. Il y a vingt ans quant on débattait de la question d'une plus grande intégration européenne, quant on débattait de la question de la monnaie unique, les pays émergents représentaient moins de 30 % de la production industrielle. Aujourd'hui ils représentent plus de 50 % de la production industrielle.Aujourd'hui près de 80 % des réserves monétaires sont détenues par les pays émergents. Nous sommes dans une situation qui n'a rien à voir avec ce que nous avons connu il y a vingt ans. Et nous voyons chaque jour en particulier en observant les progrès de la Chine en matière d'éduction, en matière de formation des ingénieurs, en matière de recherche, en matière de développement des universités, nous voyons chaque jour la rapidité de la croissance de ces économies. Et face à ce défi nous avons le devoir de poursuivre, de préserver l'aventure européenne. Et donc nous avons le devoir de défendre l'euro.Alors qu'est-ce qu'on attend de la Grande-Bretagne ? Pas que la Grande-Bretagne rejoigne l'euro, pas que la Grande-Bretagne change la politique qui est la sienne, c'est pas le sujet, ce qu'on attend de la Grande-Bretagne c'est qu'elle nous accompagne dans l'effort indispensable de renforcement de la zone euro. Autrement dit ce que nous attendons surtout de la Grande-Bretagne c'est qu'elle ne rende pas plus difficile cet effort de cohérence, cet effort d'intégration de la zone euro qui est nécessaire si l'on veut assurer sur le long terme la pérennité de l'euro. Nous avons besoin d'un gouvernement économique de la zone euro, c'est-à-dire que nous avons besoin d'un lieu où les chefs d'Etat et de gouvernement puissent prendre des décisions. On a vu pendant la crise économique et financière que nous étions à chaque fois en risque parce qu'à chaque fois il fallait improviser. J'ai un souvenir très précis de la soirée à l'Elysée avec le Premier ministre Gordon Brown et Nicolas Sarkozy, madame Merkel et les principaux dirigeants européens le jour où a été prise la décision qui a consisté à dire : « il n'y aura pas de faillite de banque en Europe ». La vérité oblige à dire que cette décision a été prise à l'extrême limite. Elle a d'ailleurs été d'abord l'initiative de Gordon Brown et de la Grande-Bretagne, suivie immédiatement de la France et de l'Allemagne. Mais on est passé à deux doigts d'une catastrophe financière bien plus grave que celle qu'on a du affronter. Pourquoi ? Parce que nous n'avons pas véritablement de structures, d'institutions, de systèmes rodés pour faire face à des situations comme celle là, et nous nous voulons qu'il y ait un gouvernement économique de la zone euro. Je pense que nous avons avancé dans cette direction, l'Allemagne qui était réticente à cette idée est désormais plus ouverte. Nous attendons que la Grande-Bretagne - à laquelle nous ne demandons pas naturellement de changer de politique - accompagne cet effort. De la même façon nous allons devoir progressivement - et tout ça prendra du temps - harmoniser les politiques économiques, les politiques fiscales, les politiques sociales que nous menons à l'intérieur de la zone euro. J'ai eu souvent l'occasion de le dire, je le répète une nouvelle fois, on ne peut pas imaginer sur le long terme un espace avec une monnaie unique dans lequel les temps de travail, l'âge de départ à la retraite, le coût du travail, l'organisation fiscale soit complètement différente. Nous avons besoin, même si ce sera long, même si naturellement on n'arrivera pas au même niveau dans l'ensemble des pays européens, on a besoin de faire converger notre organisation économique, sociale, fiscale à l'intérieur de la zone euro. Et c'est d'ailleurs une des tâches que doit se fixer ce gouvernement économique qui doit se mettre en place. Eh bien nous attendons que la Grande-Bretagne regarde cet effort d'intégration nécessaire d'une façon positive. Alors évidemment la Grande-Bretagne peut s'inquiéter en se disant il y a une sorte de fossé qui peut se creuser entre une zone euro plus intégrée et les pays qui ne sont pas dans la zone euro. En même temps la Grande-Bretagne a tout intérêt à ce que la zone euro reste une zone dynamique. La Grande-Bretagne a tout intérêt à ce que la zone euro soit puissante. Parce que c'est son marché. Et la Grande-Bretagne serait la première victime d'une zone euro qui serait en situation de faiblesse.Voilà le combat qui est le nôtre, et que nous allons mener et que nous menons en très bonne intelligence avec le gouvernement britannique.QUESTIONLes gouvernements et vous-mêmes travaillez à juste titre sur l'amélioration de la régulation qui est nécessaire. En même temps, quand on prend un peu de recul et qu'on voit ce qui s'est passé sur les dix dernières années, on peut constater qu'en 2002 - 2003 on a vécu une grande crise avec ENRON qui a débouché sur SARBANOX-LE, donc tout un volant de régulation. Dernièrement on a connu la crise que l'on a connue ; en même temps beaucoup de livres sont écrits et ont été écrits sur ce qui s'est passé pendant le subprime et autres, et on peut constater que beaucoup d'acteurs voyaient que la bulle se créait et allait dans le mur, et personne n'avait l'incitation à intervenir. Donc ma question est : en parallèle à la régulation qui est nécessaire mais qui court après un lapin, le chasseur aussi est important. Et donc c'est peut-être un peu iconoclaste, mais dans les réflexions que vous avez, qu'est-ce qui est en cours sur comment nommer les personnes, hommes et femmes, qui vont être les régulateurs, comment s'assurer de leurs performances et comment créer le côté organique dans le système qui fait que les professions ensemble ont intérêt à faire passer les signaux pour faire évoluer la régulation qui encore une fois, ne peut être valable que pendant quelques mois au mieux, quelques années.REPONSE DU PREMIER MINISTRE FRANÇOIS FILLONLa réponse à la première question est extraordinairement difficile parce qu'au fond ce que vous me dites c'est qu'il faudrait que nous fassions preuve d'intelligence, que nous choisissions les meilleurs et que nous acceptions de ne pas nous laisser aveugler par le profit à court terme. Parce que c'est ça le vrai sujet, c'est que dans toutes les bulles qui ont occasionné les crises récentes, tout était connu, tout était transparent, tout le monde savait que le risque était considérable et pourtant, cet attrait de résultats rapides a été plus fort que le reste. Je veux dire que quand on célébrait le miracle de la croissance espagnole, il n'était pas difficile pourtant de comprendre que cette croissance reposait sur une bulle immobilière qui n'avait pas de réalité.Est-ce qu'on peut changer complètement la nature humaine ? On peut s'y employer. On peut chercher à mettre en place des institutions de régulation avec une assise plus large, une assise européenne qui permettra de mutualiser des points de vue différents, des approches économiques différentes. On peut chercher ensemble à nommer les hommes et les femmes les plus compétents. Je reconnais que le système de désignation qui prévaut à l'intérieur de l'Union européenne, compte tenu des compétitions entre les pays, n'est pas forcément le meilleur système pour détecter les talents ; mais enfin mon optimisme me conduit à penser que nous pourrons améliorer les choses. Et en tout cas, il est très, très important que nous ne cherchions pas à mener des combats nationaux dans la recherche de ces personnalités qui doivent assurer le bon fonctionnement des institutions de régulation.Sur la question du G 20 et du leadership, c'est évidemment une question fondamentale. Je pense d'ailleurs que nous devrions doter le G 20 d'un minimum de structures pour assurer la permanence des décisions qui sont prises et la surveillance de leur application. La question du rapprochement des entreprises européennes et en particulier la question de la mise en place d'une stratégie industrielle, qui dans un certain nombre de cas doit conduire des entreprises françaises et britanniques à se rassembler, est une question absolument fondamentale.Et nous devons éviter deux travers. Le premier travers c'est celui de vouloir piloter de façon, au niveau de chacun de nos gouvernements. Je reconnais que c'est une tentation qui est souvent assez forte en France, piloter des constructions de champions industriels destinés à renforcer nos positions. Ce serait une erreur de ne pas laisser le marché, le système capitaliste lui-même construire ces ensembles.Et puis en même temps, l'autre erreur consisterait à croire que le marché à lui tout seul sera capable de donner les impulsions permettant à des grands secteurs technologiques de générer des champions industriels. Il faut trouver la voie moyenne entre ces deux écueils. Si on regarde le passé, l'Europe n'aurait jamais eu d'industries aéronautiques sans une impulsion publique. J'ai le souvenir d'avoir accompagné le ministre des transports français en 1978 en Allemagne, pour supplier les Allemands de ne pas abandonner Airbus, que l'Allemagne considérait à l'époque comme une aventure financière désastreuse, qui ne déboucherait sur rien du tout. Franchement en 1978 nous avons été à deux doigts d'abandonner Airbus. En tout cas l'Allemagne ne voulait plus financer les développements des nouveaux avions. On voit aujourd'hui l'erreur que nous aurions commise si nous n'avions pas poursuivi cet effort très volontariste pour créer une filière industrielle européenne.Chacun comprend qu'il n'y aurait jamais eu d'industrie nucléaire française sans une impulsion publique extrêmement forte.Donc il faut aujourd'hui chercher quels sont les secteurs sur lesquels avec de l'innovation, avec du soutien à la recherche, avec parfois un petit effort capitalistique, on peut impulser la création d'une filière puissante, capable de rivaliser avec le reste du monde. Et je pense que sur le plan nucléaire nous avons un formidable exemple de la capacité de la France et de la Grande-Bretagne à construire une industrie nucléaire franco-britannique, qui s'appuie sur la réalisation de centrales nucléaires sur nos deux pays ; qui s'appuie sur l'acceptation de nos populations, de cette énergie ; qui s'appuie sur la capacité technologique française et britannique ; et qui nous permette de devenir des leaders dans le monde. Je pense à ce qui s'est enclenché dans la coopération aujourd'hui entre la France et la Grande-Bretagne sur le plan nucléaire, nous attendons d'ailleurs avec beaucoup d'intérêt et d'impatience les nouvelles réglementations que le gouvernement britannique prépare dans ce domaine et qui permettront d'avancer dans cette voie.La dernière question, je ne suis pas sûr de l'avoir totalement comprise parce que le système ne fonctionnait plus très bien. Mais si j'ai bien compris c'est une question, au fond, comment est-ce qu'on peut lutter contre la compétition en termes de compétitivité avec des pays qui ont des règles sociales, qui ont des règles financières complètement différentes des nôtres ? Quelles sont les initiatives qu'on peut prendre en matière de compétitivité ?Bon, c'est un combat très dur que nous avons engagé. C'est un combat qui est vital pour les économies européennes. Ce n'est pas nouveau ; c'est l'histoire du monde. Il y a des puissances qui émergent et quand elles émergent, elles émergent au détriment de celles qui dominaient. En même temps nous sommes dans une phase qui est une phase d'expansion démographique mondiale. Nous sommes dans une phase qui est une phase de croissance globale de l'économie mondiale et donc nous avons certes, des concurrents de plus en plus puissants, mais en même temps des parts de marchés qui s'accroissent.Et donc ce que nous devons faire, c'est chercher à être à la pointe de la technologie, à la pointe de l'innovation. Chercher à avoir les personnels les mieux formés, les plus productifs, et chercher à avoir un système de services publics, d'infrastructures permettant le développement économique, qui soit toujours au meilleur niveau dans le monde. D'une certaine façon, quand on s'engage par exemple, pour reprendre l'exemple de l'énergie, dans le développement de l'énergie nucléaire en Europe, on va vers un coût d'énergie plus bas ; on va vers une énergie plus protectrice de l'environnement. Et donc on va vers un système, un écosystème qui favorise la croissance et le développement.C'est une bataille qui est extrêmement rude, et c'est la raison pour laquelle je pense qu'aucun de nos pays ne peut la mener seul. Nous avons besoin de nous appuyer les uns sur les autres. Nous avons besoin d'échanger nos expériences. Nous, nous avons besoin de nous inspirer du pragmatisme britannique. Nous avons besoin d'ouvrir encore plus nos entreprises et nos marchés. Nous avons besoin d'alléger le poids de notre administration et de notre système public sur notre économie. Et je pense que la Grande-Bretagne doit avoir à coeur de nouer avec les autres pays européens, et en particulier avec la France, des grands partenariats industriels pour développer une puissance économique sans laquelle nous n'avons aucune chance de résister à cette compétition. Ce n'est pas la Bataille d'Angleterre, mais ce n'en n'est pas loin. Je veux dire par-là que c'est sur un temps plus long, la question de la survie de notre modèle économique, de notre modèle social, des valeurs auxquelles nous sommes attachées qui est en cause. Mais je suis convaincu que, comme toujours, la France et la Grande-Bretagne trouveront devant ce défi fondamental les ressources nécessaires pour le relever.Source http://www.gouvernement.fr, le 14 janvier 2011
La source —
vie_publique · nº 180975
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