Tribune conjointe de MM. Nicolas Sarkozy, Président de la République, et Gordon Brown, Premier ministre du Royaume-Uni, publiée dans "The Wall Street Journal" du 10 décembre 2009, en faveur d'une meilleure régulation du secteur financier international.
Nicolas Sarkozy (auteur), Gordon Brown (intervenant)
En 2008, c'est l'Europe qui a montré la voie face à la crise financière mondiale et qui la première s'estattelée à la restructuration de notre système bancaire et au renforcement du système financier mondial.L'Union européenne a aussi montré la voie en plaidant pour la mise en place d'un nouveau forum decoopération économique réunissant les dirigeants du G20.Et dès le début de la crise, c'est l'Europe qui a préconisé la relance budgétaire - et s'est efforcée de lacoordonner au niveau mondial - intervention décisive qui a empêché qu'une récession ne se mue endépression mondiale.Aujourd'hui, nous devons une fois de plus prendre la tête des initiatives visant à forger un nouveauconsensus mondial.Des marchés financiers européens concurrentiels, ouverts et stables sont indispensables à la croissancetant européenne que mondiale.Nous voulons pour l'Europe des services financiers concurrentiels au niveau mondial, et nous aspironsau développement en Europe de places financières de rang mondial, comme Londres et Paris.Mais la manière dont les établissements financiers internationaux ont opéré soulève des questionsfondamentales que nous devons traiter et que nous ne pourrons résoudre qu'au niveau mondial.Nous avons constaté que le marché boursier mondialisé, vaste et opaque, s'appuyant sur des produitscomplexes, un court-termisme excessif et trop souvent des bonus excessifs, a engendré des risquesdont peu de gens ont mesuré l'ampleur.Nous avons appris aussi que lorsque se produisent des crises, ce sont les contribuables qui doivent enassumer le coût. Or il est tout simplement inacceptable qu'ils assument les pertes en période de graverécession et que les actionnaires et collaborateurs des établissements financiers bénéficient eux de tousles avantages dès que l'économie se redresse.Une meilleure régulation et une surveillance plus stricte sont les moyens qui permettent de réduire lerisque pour le contribuable à plus long terme.En matière de régulation, l'Union européenne a adopté un ensemble complet de nouvelles règles pourle secteur financier afin d'éviter une répétition de la crise que nous avons traversée : contrôle desagences de notation, ratios de fonds propres plus élevés sur les produits complexes, comme latitrisation, dispositifs renforcés de garantie des dépôts. Nous avons mis en place des règles strictespour que les mécanismes de bonus ne favorisent les prises des risques excessives. Nous allonségalement mettre en oeuvre des règles plus strictes en matière de fonds propres des banques.En matière de surveillance, nous nous sommes mis d'accord sur un système plus efficace desurveillance du secteur financier en Europe pour mieux maîtriser les risques systémiques, pour que larégulation de l'Union européenne s'exerce de façon uniforme, pour régler les divergences entreinstances nationales de régulation, et pour faire face aux situations de crise.Les banques doivent désormais posséder des fonds propres suffisants, assurer la liquidité, nerécompenser que la création de valeur réelle et non la prise de risque à court terme.Cette crise nous a fait comprendre que nous sommes à présent dans une économie qui n'est plusnationale mais mondiale, et que les normes financières doivent donc être mondiales, elles aussi. Nousdevons veiller en outre à ce que, par une bonne régulation, les établissements financiers opèrent àarmes égales au niveau mondial.Il nous faut de toute urgence instaurer un nouveau pacte entre les banques internationales et la sociétéau service de laquelle elles opèrent.Un pacte qui reconnaisse les risques pour le contribuable en cas de faillite des banques et quireconnaisse le déséquilibre entre risques et rémunérations dans le système bancaire.Un pacte qui garantisse que les bienfaits d'une bonne conjoncture économique n'iront pas seulementaux banquiers mais aussi aux gens qu'ils servent, qui garantisse que le secteur financier promeut lacroissance économique.Un pacte qui garantisse que les établissements financiers ne peuvent pas recourir aux paradis fiscauxpour s'exonérer de la contribution qu'ils doivent, à juste titre, aux citoyens du pays où ils opèrent, unpacte qui s'appuie donc sur les progrès déjà accomplis pour mettre fin à l'existence des paradis fiscauxet réglementaires.Aussi proposons-nous un pacte mondial à long terme qui fasse la synthèse tant des responsabilités dusystème bancaire que du risque qu'il présente pour l'économie dans son ensemble.Diverses propositions ont été avancées qui méritent examen. Il y a les fonds de garantie, les primesd'assurance et les prélèvements sur les transactions financières. Et un impôt sur les primes.Parmi ces propositions, nous pensons qu'un impôt exceptionnel assis sur les primes versées devra êtreenvisagé en priorité parce que les bonus pour 2009 sont en partie le résultat du soutien apporté par lesEtats au système bancaire.Toutefois, il est clair que les mesures à prendre ne peuvent l'être qu'au niveau mondial. Aucun paysn'est tenu, ou en mesure, d'agir seul.Et si nous pouvons trouver une solution, mise en oeuvre uniformément dans les grandes économies,alors nous trouverons peut-être le moyen d'éviter que les contribuables ne paient, en cas de crisesystémique, pour les risques pris par le secteur bancaire.Nous serons peut-être aussi en mesure de financer les Objectifs du Millénaire pour le développementet de faire face aux changements climatiques.Enfin, pour parvenir à une coordination mondiale, nous proposons aujourd'hui un nouveau processusd'examen et de définition de la stratégie macro-économique, en commençant par le rapport du FMI surles contributions globales, et en tenant un grand débat au G20, présidé l'année prochaine par laRépublique de Corée. Par ce processus, nous entendons corriger et éviter l'accumulation desdéséquilibres mondiaux. Il nous faut renforcer la coordination au niveau mondial de sorte quel'instabilité des changes ne mette pas en péril la reprise. Chaque pays devra assumer sa juste part de laréduction des déséquilibres mondiaux.La recherche de la stabilité et de la confiance nous impose de mettre les marchés financiers audiapason des valeurs des citoyens et des entrepreneurs : travail acharné, esprit de responsabilité,intégrité et sens de l'équité.Les gens attendent, à juste titre, d'un système bancaire d'après-crise qu'il privilégie leurs attentes;nous n'échapperons donc pas à une réforme de portée mondiale.
La source —
vie_publique · nº 177508
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