Déclaration de M. Frédéric Mitterrand, ministre de la culture et de la communication, sur le musée du Louvre à Lens, le 4 décembre 2009.
Frédéric Mitterrand (auteur)
Discours de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, prononcé à l'occasion de la pose de la première pierre du Louvre-Lens 04 Décembre 2009 Madame la Ministre,Monsieur le Député-MaireMonsieur le Ministre, Monsieur le DéputéMonsieur le Président du Conseil RégionalMonsieur le Président du Conseil généralMonsieur le Président Communaupole Lens-LiévinMonsieur le Président de la Communauté d'agglomération d'Hénin-CarvinMonsieur le Président-directeur général du Musée du LOUVREMessieurs les Présidents et DirecteursMesdames, Messieurs,En venant ici, à LENS, poser cette première pierre du nouveau LOUVREen région Nord-Pas-de-Calais, il m'est revenu en mémoire une scène deGOETHE, dans les Affinités électives, qui raconte justement unecérémonie de pose de la première pierre et dans laquelle un maçon,prononce une sorte de discours de la méthode sur la meilleure manière deconstruire :trois points principaux, sans lesquels il n'y a pas de bonne constructionpossible. Le premier est le choix d'un emplacement convenable, lesecond la solidité des fondements, le troisième la perfection de l'exécutiondes détails et de l'ensemble ". Eh bien je crois que la première pierre duLouvre-Lens que nous allons poser ensemble répond bien à cesexigences.Il faut donc d'abord et avant tout, si l'on en croit GOETHE : UNEMPLACEMENT BIEN CHOISI...Si la ville de LENS a été choisie, il y a 5 ans presque jour pour jour, parmi6 villes candidates, c'est bien parce qu'elle constitue un site idéal en touspoints.Parce que LENS est un site symbole. Cette ville est pour nous tous, parexcellence, attachée à l'épopée de l'industrie minière. Elle a été l'une despionnières et l'un des piliers de la révolution industrielle à la française.LENS, c'est, vous le savez, le grand mythe de la mine qui est toujoursvivant dans nos mémoires à tous, cette forme de travail qui était aussi unemanière de sacrifice, dont toute la France a profité. Et, comme si ce n'étaitpas suffisant, vous connaissez tous l'histoire des villes industrielles, desvilles les plus en pointe. Par un renversement véritablement dramatique,dès que la modernité change de peau, elles sont les premières à en subirles conséquences.Oui, l'emplacement est bien choisi, et le symbole est fort, de greffer icimême ce luxe de la beauté de l'un des musées les plus prestigieux dumonde.Emplacement bien choisi, disais-je, et jusque dans sa localisation la plusprécise, car c'est sur un ancien carreau de mine que veillera désormais leplus célèbre musée de France avec sa mine de chefs-d'oeuvre admirésdans le monde entier, avec cette part de rêve et de lumière qui sontcomme une réponse à la nuit d'autrefois.Mais l'emplacement ne vaut pas seulement par la mémoire et par lesymbole, mais aussi et surtout les "promesses de bonheur" qu'il porte,pour reprendre l'expression par laquelle STENDHAL décrit la beauté.LENS est le lieu idéal pour ce LOUVRE nouveau parce qu'elle est située àdes croisements. Elle est non seulement à la croisée des grands centresvoisins que sont LILLE et ARRAS, mais également, à plus grande échelle,au carrefour de l'Europe, au coeur d'une eurorégion où la puissanceculturelle est un atout. Là encore, c'est une réponse de l'avenir àl'histoire : car cette situation de confluence européenne, qui a été jadisune autre cause de souffrance dans ces deux guerres mondiales quipassèrent par LENS et même s'y installèrent, est évidemment aujourd'huice qui fait sa force et son attractivité dans l'espace de paix européen. Et ilest évident que le LOUVRE et ses trésors attireront désormais nos amisanglais, belges, néerlandais, nos amis allemands aussi. Ils serontdavantage tentés d'inscrire LENS dans leurs itinéraires français.La deuxième exigence exaltée par GOETHE, c'est qu'une constructiondoit reposer sur des FONDATIONS SOLIDES. Et là encore, ce projet mesemble exemplaire.Je ne parle pas seulement, bien sûr, des FONDATIONS réelles etconcrètes et de cette première pierre que nous allons modestement poseraujourd'hui. Je veux parler aussi des FONDEMENTS qui ont inspiré ceprojet. Et le premier d'entre eux, c'est cet idéal qui m'anime d'une culturenon seulement pour tous, mais, comme j'aime à le dire, d'une culture pourchacun. Pour tous, cela voudrait dire que nous restons à Paris et quenous attendons que "tous" viennent visiter nos musées... Et ensuite, il estfacile de s'étonner que ce soient toujours les mêmes qui en poussent lesportes. Car ce qui est offert uniformément "pour tous" se termine souvent,on le sait, pour quelques-uns, pour une poignée de happy few. Ce seraittrop simple!Pour "chacun", cela signifie que l'Etat et ses établissements publicssavent faire la moitié du chemin lorsque cela est nécessaire. Cela veutdire que chacun, où qu'il soit, d'où qu'il vienne, dans la richesse de sadifférence, a une chance de rencontrer ce qu'il y a de meilleur.Or, ici, à LENS, les nombreuses signatures des livres d'or l'ont amplementdémontré, la demande culturelle était très forte et le sentiment d'unmanque était évident. J'y insiste : il ne s'agit pas d'une démarchevolontariste de création de la demande, d'une sorte de "politiquekeynésienne de la relance" adaptée à la culture. Il s'agit véritablement derépondre à un besoin et non seulement à une nécessité.Un autre principe excellent sur lequel repose ce projet, son autrefondation, c'est l'audace et le sens de l'innovation qui ont animé le plusvieux musée de France, assez fort et assez sûr de lui-même pour seréinventer et partir en quête de formules nouvelles. Après ABU-DHABI etles territoires lointains, cette grande institution nationale a voulu aller audevant de ses publics en région. Et bien évidemment, il ne s'agit pas,comme on le lit parfois, d'une "antenne", qui me semble plutôt appartenirau monde de l'espionnage qu'à l'univers des musées ! Il ne s'agit pasd'une copie ou d'une réplique, mais bien d'un lieu de mise à dispositiondes chefs-d'oeuvre des collections du LOUVRE. Et lorsque l'on sait à quelpoint le choix, l'ordre et le tri sont les fonctions mêmes du goût, je nedoute pas que ce LOUVRE-LENS ne dessine très vite sa proprepersonnalité, en accord avec la "maison mère", mais de manière sansdoute novatrice pour elle, par un effet de retour qu'il est vraisemblabled'espérer. Ce sera en tout cas, à n'en pas douter, un médiateur deproximité, à la manière de tant d'autres musées, mais avec cetteoriginalité d'être la porte d'entrée lensoise d'une grand musée national.C'est une manière insolite, qui fera école, j'en suis sûr, et j'en veux pourpreuve le Centre Pompidou de Metz, de casser la gangue de l'intimidationsociale de la culture.C'est, à mon sens, une manière intelligente d'amplifier et de moderniser lapolitique de décentralisation qui n'a cessé d'être celle de notre ministèrede la Culture depuis sa création il y a tout juste 50 ans.Aujourd'hui, à l'ère d'Internet, on pourrait croire qu'il suffit de numérisernos oeuvres pour offrir un accès à chacun. Mais en réalité - et vous savezà quel point je suis favorable à la numérisation de nos contenus culturels,que j'ai identifiée comme un enjeu essentiel de mon mandat - lenumérique ne périme évidemment pas la présence. Le numériqueconstitue une vitrine, un repère, une invitation au voyage et à ladécouverte, mais rien ne remplace et ne remplacera la présence directeavec les chefs-d'oeuvre. C'est pourquoi le LOUVRE-LENS n'est pas unevitrine, mais un musée à part entière, c'est-à-dire un haut lieu de rencontreavec des oeuvres, dans leur matérialité même, cette mystérieusematérialité des oeuvres picturales.C'est pourquoi le LOUVRE-LENS n'est pas là pour ouvrir sur le LOUVREPARIS,mais pour faire rayonner la ville de LENS, j'en ai dit un mot tout àl'heure. Il est le premier fondement d'un grand enjeu de développementurbain et de valorisation économique par la culture. Nous savonsdésormais - le récent Forum d'Avignon sur l'Economie et la Culture vientencore de le démontrer avec force - que la culture joue chaque jour unrôle plus central et plus crucial dans nos économies modernes, parcequ'elle crée la qualité de vie qui attire et qui fixe, et qui est un élémentd'une écologie de la ville. Le LOUVRE-LENS s'inscrit dans cette logiqueque confirme la construction prochaine d'un tramway. Et je suis persuadéque, par un effet d'entraînement, ce musée sera le point de départ d'unfort renouveau non seulement économique, mais culturel de toute la ville,qu'il créera un appel d'air pour la créativité et conduira la ville à suivre desévolutions comparables à celles de LIVERPOOL ou de BILBAO.Tout cela est possible aussi parce que la meilleure des fondations a étérespectée : le partenariat. Je tiens à remercier chaleureusement : larégion Nord-Pas-de-Calais, le département du Pas-de-Calais, laCommunaupole et de la Communauté de communes, la ville, mais aussi,et c'est très important, l'Union européenne et plusieurs entreprisesmécènes qui se sont associées à ce projet de développement et devalorisation, en particulier VEOLIA, NEXANS, le CREDIT AGRICOLENORD, AUCHAN...Sans oublier, bien sûr, le soutien de l'Etat, duministère de la Culture et de la Communication. Ma collègue dugouvernement Valérie LETARD a été, plus d'une fois, l'ambassadrice desa région auprès de ses collègues du gouvernement et je l'en remercieaussi très sincèrement.Un lieu idéal et des fondations solides : les deux premières exigences dumaçon de GOETHE sont donc pleinement remplies. La troisième, vous lesavez, c'était UNE RÉALISATION PARFAITE, nous devrons bien sûrattendre la fin des travaux dans un peu plus de 2 ans, en 2012, mais j'aibon espoir que les équipes japonaises feront sortir de terre lesmagnifiques épures qu'elles nous ont promises, et qui, dans leursimplicité, me semblent la parfaite image d'une culture qui sait trouver lechemin de chacun.Voilà donc ce que je voulais vous dire. Je suis très ému et très heureux deposer cette première pierre qui est à la fois un point d'aboutissement et unpoint de départ et d'attente impatiente.Je suis certain en tout cas que ce projet fondé sur les meilleurs principeset surtout sur l'attente du public lensois construira, partout dans la ville,dans la région et l'eurorégion, les nouvelles affinités électives dont seconstruira non seulement la culture, mais la société de demain.Je vous remercie.Source : http://www.culture.gouv.fr 9 décembre 2009
La source —
vie_publique · nº 177664
Fichier d'origine conservé
Ce texte n'a été ni résumé ni corrigé