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1ᵉʳ décembre 2009 · Gouvernement · discours Discours

Déclaration de Mme Marie-Luce Penchard, ministre de l'outre-mer, sur la préservation, l'exploitation et la valorisation de la ressource et de l'environnement maritime en outre-mer, Brest le 1er décembre 2009.

Marie-Luce Penchard (auteur)

Monsieur le ministre (M. Le Pensec), Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le Secrétaire général de la Mer, Amiral, Mesdames, Messieurs,En ma qualité de ministre chargée de l'outre-mer, je suis particulièrement heureuse et honorée de participer, pour la première fois, aux assises de l'économie maritime et du littoral, et je remercie le Président Hutin et le président Vallat de m'avoir invitée à venir clôturer cette première journée.Ma présence, ici, parmi vous, est le signe - que je veux fort - d'un nouveau regard, d'une nouvelle politique de l'outre-mer, telle que l'a voulue le Président de la République.Je souhaite évoquer avec vous, professionnels du monde maritime, un sujet auquel j'attache une importance fondamentale - vous l'imaginez bien -, le développement économique de nos outre-mers.A l'heure où l'outre-mer vit une période difficile, marquée par une double crise économique et sociale, je suis déterminée à valoriser ses atouts, à commencer par les richesses de ses espaces maritimes.La mer peut et doit, en effet, devenir un pilier du développement endogène des outre-mers, car l'océan est porteur de multiples projets d'avenir qu'il faut mieux identifier. C'est une ressource majeure pour nous tous eu égard au potentiel exceptionnel qu'elle recèle.C'est un secteur d'investissements et c'est le centre d'enjeux économiques et sociaux, car les activités des zones maritimes sont étroitement liées à l'ensemble du tissu économique.Aujourd'hui, l'Etat entend donner aux ultramarins la possibilité d'être les véritables acteurs de leur développement.C'était un des voeux émis lors des Etats Généraux de l'Outre-mer, c'est l'engagement qu'a pris le Président de la République lors du conseil interministériel de l'outre-mer le 6 novembre dernier.Je ne vais pas vous apprendre que grâce à ses territoires ultramarins, la France a une vocation maritime évidente puisqu'elle est riveraine de trois océans, voire de quatre si l'on compte l'océan Austral, si important pour la régulation du climat.Cette situation exceptionnelle lui donne une dimension planétaire : l'outre-mer apporte à la France 97 % des 11 millions de kilomètres carrés de son domaine maritime. La France dispose ainsi de droits souverains et de droits de juridiction sur le deuxième espace maritime du monde.Cet atout incontestable lui confère également une position privilégiée sur la scène internationale, en lui permettant notamment de développer des liens avec les Etats voisins au sein de nombreuses organisations régionales et internationales.C'est ainsi que la France a participé très activement aux trois années de négociation dans le Pacifique qui viennent d'aboutir à Auckland à la création d'une nouvelle organisation des pêches du Pacifique Sud. C'est par sa présence navale dans la région que la France a pu tout récemment porter efficacement secours aux habitants d'une île des Tonga, victimes d'un tsunami le 29 septembre 2009. C'est aussi au titre de la Guadeloupe, de la Guyane et de la Martinique que la France est membre associé de l'Association des Etats de la Caraïbe où elle soutient les initiatives en faveur du développement durable dans la Mer des Caraïbes.Traits d'union entre les continents, les océans permettent de tisser un vaste réseau mondial, qu'il s'agisse des routes maritimes ou des câbles sous-marins. Idéalement placés à proximité des grandes routes du commerce maritime, certains territoires ultramarins peuvent développer des plates-formes portuaires et des activités de cabotage.Je pense à Mayotte, située dans une zone de plus en plus troublée, qui offre par sa position géographique privilégiée une sécurité politique et juridique du commerce maritime, indispensable au développement économique.Mais ce constat ne doit toutefois pas nous empêcher d'engager une véritable réflexion avec les professionnels du commerce maritime sur nos handicaps structurels. Cette démarche est d'autant plus nécessaire que l'insécurité se développe en mer.A cet égard, je suis très vigilante à ce que soient maintenus, voire renforcés, les outils de la souveraineté de notre pays dans ces espaces. Je pense surtout au domaine de la surveillance maritime, dans lequel des efforts nouveaux seront nécessaires. En particulier à l'heure où certains de nos territoires insulaires comme Mayotte, certaines Iles Eparses ou Clipperton, nous sont contestés et que la piraterie maritime ne cesse d'étendre son champ d'action au Sud de l'océan Indien.Mais surtout, les océans apportent des réponses aux défis qui attendent l'humanité, qu'il s'agisse de la faim, de la soif, du réchauffement climatique, de l'énergie, de la santé, du commerce, des loisirs, de la connaissance.Car outre-mer, l'océan est porteur de multiples ressources :ressources énergétiques, à l'heure où l'indépendance énergétique est un enjeu stratégique majeur ;ressources alimentaires, à l'heure où les eaux européennes sont menacées par l'épuisement des ressources halieutiques ;ressources commerciales, dans un monde où la globalisation de l'économie se caractérise par une maritimisation sans cesse croissante des échanges ;ressources touristiques enfin, dans un monde où les loisirs deviennent indissociables du bien-être.Il faut protéger la mer pour ne pas l'épuiser, la surveiller pour qu'elle ne soit ni surexploitée, ni pillée, ni dégradée.Il faut préserver l'environnement des océans et en faire un atout du développement. Il faut enfin marier le développement économique avec la gestion durable de notre planète.Pour que la mer soit un formidable atout pour l'outre-mer, il faut des politiques volontaristes. C'est une ambition qui n'a de sens que si elle est collective et partagée.La protection de la biodiversité apparait aujourd'hui comme une évidence. Ce qui l'est moins en revanche, c'est l'importance de la contribution de l'outre-mer à la biodiversité marine mondiale. Il en concentre près de 10%, soit 13 000 espèces endémiques et 20% des atolls.L'outre-mer, où les milieux sont souvent très sensibles, est particulièrement concerné par les risques de pollutions, du fait de l'augmentation constante de la population littorale, d'insuffisances en matière d'assainissement et parfois de pratiques agricoles ou industrielles désastreuses.La destruction d'habitats et d'écosystèmes y atteint un niveau préoccupant, particulièrement dans la zone littorale, mais aussi au large, où elle touche désormais les bancs de coraux profonds et les écosystèmes originaux des monts sous-marins.La protection de l'environnement était naguère considérée comme une contrainte. Elle est aujourd'hui un atout économique, un moteur d'activités nouvelles liées à l'ingénierie écologique ou à la gestion future des aires marines protégées.Je souhaite aussi qu'on développe davantage les coopérations régionales, qui sont d'autant plus souhaitables que certaines collectivités d'outre-mer ont des compétences reconnues en matière de gestion des milieux marins et de protection de la biodiversité. Je pense notamment aux Terres australes et antarctiques françaises, gestionnaires des iles Eparses, et Mayotte.Comme je l'ai annoncé à l'Assemblée nationale, je vais d'ailleurs me rendre dans les îles Eparses au cours de l'année 2010, décrétée année internationale de la biodiversité par les Nations unies, pour montrer l'attention toute particulière que je porte à cette question si importante pour l'avenir de notre planète.La France connait parfaitement l'importance de ces enjeux. Elle dispose des moyens nécessaires pour y faire face. Parce qu'elle est une puissance majeure, la France a une responsabilité particulière. Celle d'associer des pays voisins moins favorisés à ses propres actions dans une dynamique régionale.Pour valoriser la mer, la France doit y investir ses talents, notamment dans les secteurs dans lesquels elle possède des industries de haut niveau et des PME innovantes.Elle possède tous les atouts intellectuels, technologiques, industriels, commerciaux pour devenir un acteur de première grandeur en matière de valorisation de l'espace maritime.Nous devons donc affecter nos moyens et concentrer nos efforts dans des secteurs porteurs d'avenir et créateurs d'emploi.Premier secteur, les énergies marines renouvelables. L'énergie du futur est dans les océans. Ils constituent un immense réservoir de vents, de courants, de vagues, de marées, de biomasse, de thermie.L'objectif est d'assurer l'autonomie énergétique des DOM-COM, essentiellement insulaires, à l'horizon 2030. Cette situation conduira à faire de l'outre-mer la vitrine française de toutes les énergies renouvelables, dont les énergies marines.L'Etat accompagnera la production d'énergies propres en mobilisant ses ressources.A titre d'incitation, le Président de la République a annoncé lors du conseil interministériel de l'outre-mer, que l'Etat augmentera de 20% les tarifs de rachat de la géothermie et fixera le tarif des énergies marines à un niveau attractif. Un fonds de soutien pour des démonstrateurs de nouvelles technologies de l'énergie sera également mis en place.Ainsi, viennent d'être signés à la Réunion, avec un fort soutien financier de l'Etat, deux partenariats entre la région et des industriels français qui investissent dans ces secteurs d'avenir. Ils prévoient de permettre à la France de maitriser la première centrale d'énergie thermique des mers flottante à l'horizon 2014, ainsi que l'installation de parcs de houlomoteurs au même horizon.Formidables terrains d'expérimentation, les territoires ultramarins doivent devenir des pôles d'excellence régionaux en matière d'énergies marines renouvelables.La nature nous a certes donné l'énergie, mais elle nous a également apporté la vie marine, que ce soit l'aquaculture ou la pêche côtière et hauturière. C'est le deuxième secteur que j'entends promouvoir.L'aquaculture est une filière de production qui actuellement n'est pas valorisée comme elle devrait l'être. Elle doit donc se développer dans les 20 prochaines années pour optimiser l'expansion économique endogène par la création d'emplois locaux et approvisionner le marché en produits analogues à ceux de la pêche, dont la ressource ne cesse de s'appauvrir.De même, les filières de pêches ultra-marines ne sont pas encore à la hauteur du potentiel de nos Zones Economiques Exclusives. Je m'interroge aujourd'hui, sur les raisons qui conduisent à une sous-exploitation de nos eaux particulièrement poissonneuses sous souveraineté nationale, alors que les autres y vont. L'exemple de Clipperton est le plus frappant, mais aussi plus largement notre ZEE de Polynésie ou celle de Guyane.Les Etats Généraux de l'outre-mer ont identifié qu'une amélioration de l'organisation de ces filières peut permettre au secteur d'augmenter la production sur le marché endogène et de créer des emplois dans des proportions significatives.Pour ces raisons, diverses mesures ont été annoncées lors du conseil interministériel de l'outre-mer :Un fonds de garantie et de prêts bonifiés sera créé afin d'aider au financement des professionnels de la pêche qui, trop souvent, rencontrent des difficultés pour accéder aux crédits bancaires.Deuxièmement, l'IFREMER sera sollicité pour accentuer les transferts de technologie et d'innovation, car il ne peut pas y avoir d'exploitation durable de la mer sans recherche. L'Etat vient ainsi de s'engager à investir 6 millions d'euros pour la construction d'un centre de recherches et de développement aquacole à Mayotte, permettant à l'IFREMER d'accompagner le développement de la filière.Autre secteur fondamental, celui de la recherche et de l'innovation.Les opportunités et les potentiels de développement liés aux océans représentent de véritables gisements d'emplois et d'activités économiques. C'est un enjeu majeur.La France possède actuellement des savoir-faire qui doivent être maintenus, développés et amplifiés.Les structures de recherche, notamment l'IFREMER, l'IRD, le CNRS auront pour mission de favoriser l'émergence de pôles d'innovation en outre-mer, notamment en s'adossant à des pôles de compétitivité métropolitains.De même, le CIOM a décidé de permettre outre-mer la création d'universités à rayonnement international qui pourront développer dans chaque zone géographique des pôles de recherche dans les nombreux domaines d'excellence outre-mer : écosystèmes tropicaux, cultures marines, molécules à usage pharmaceutique, diététique, cosmétique notamment.Dernier secteur particulièrement sensible, la plaisance et le tourisme maritime.Le développement du tourisme outre-mer est inéluctablement lié à la mer, qu'il s'agisse du tourisme balnéaire, de la plaisance, d'éco-tourisme, de nautisme, de plongée ou encore de croisière.Comme j'ai eu l'occasion de le rappeler lors de mon dernier déplacement aux Antilles avec Hervé Novelli, le tourisme constitue une priorité gouvernementale du développement économique de nos outre-mer.Mais encore faut-il réussir à exploiter nos atouts, dans un domaine confronté à une concurrence internationale croissante.L'exemple de la croisière illustre bien les enjeux et difficultés de ce secteur.En 10 ans, la Martinique est passée de l'accueil de 414.000 croisiéristes en 1998 à 87.000 en 2008. L'année 2009 marquera un nouveau recul compte tenu des événements sociaux du début de l'année.Ce déclin s'est produit dans une zone géographique par ailleurs en forte croissance, avec 18 millions de croisiéristes aujourd'hui aux Caraïbes.C'est dire si les opportunités de marché existent pour nos territoires ultra-marins dans ce domaine, mais encore faut-il les saisir et les valoriser. Le gouvernement s'y emploie.Devant le constat de l'insuffisante coordination des différents acteurs locaux, le CIOM a prévu de confier ce dossier aux nouveaux commissaires au développement qui seront nommés dans les DOM. Ces commissaires seront chargés de travailler en mode projet avec les collectivités locales, les autorités maritimes, la sécurité publique, les agences réceptives, pour apporter une réponse plus rapide, mieux concertée et plus professionnelle aux compagnies de croisière.Actuellement, des réflexions sont également en cours sur les nécessaires modernisations des ports des départements d'outre-mer, pour leur donner tous les atouts indispensables à leur développement et répondre aux besoins locaux et aux attentes du marché international.Enfin, valoriser la mer passe par une plus grande sensibilisation des populations ultramarines qui doivent pouvoir s'approprier la mer, pour la protéger comme pour l'exploiter.Pour faire connaître la mer, il faut regarder vers la jeunesse et miser sur l'éducation et la sensibilisation du public aux enjeux du monde maritime. Les aires marines protégées peuvent y contribuer. D'autres moyens restent à imaginer.Pour cela, il faut du volontarisme. Sachez que je m'y emploie avec énergie lors de chacun de mes déplacements dans les DOM-COM.Le cap nous est fixé par le Président de la République dans son discours du Havre le 16 juillet dernier : « Nous devons reconstruire une politique et une ambition maritimes pour la France, autour des nouveaux enjeux, ceux d'une planète dont les ressources s'épuisent, ceux d'une planète qui redécouvre ses énergies renouvelables, ceux d'une planète mondialisée qui respire par le commerce international ».Les outre-mers aspirent à créer leur propre développement économique. La mer peut les y aider dans une large mesure. Bien davantage, elle peut leur permettre de créer une économie plus forte et plus rentable, dépassant largement l'auto-suffisance.Mais rien ne sera possible sans les femmes et les hommes des territoires ultramarins. Il n'y aura pas de développement économique durable sans eux. Rien ne sera possible non plus si ce mouvement n'aboutit pas à la création, par les investisseurs eux-mêmes, de filières de formation inhérentes à cette économie maritime naissante.Dans la dynamique du conseil interministériel de l'outre-mer et du prochain comité interministériel de la mer, ma politique est claire : réunir les talents, les volontés et les convictions, innover, faire bouger les lignes, valoriser les acquis et trouver de nouvelles opportunités. Cela réclame de la détermination et de la constance. Sachez que je n'en suis pas dépourvue.La mer n'est plus une barrière. Elle est une véritable chance pour l'outre-mer. Mais vous l'avez compris, mon vrai message, c'est que l'outre-mer est aujourd'hui une chance pour la politique maritime de la France.Je vous remercie.Source : http://www.outre-mer.gouv.fr, 7 décembre 2009
La source — vie_publique · nº 177434
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/177434-declaration-de-mme-marie-luce-penchard-ministre-de-loutre-mer-sur-la?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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