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2 février 2006 · Premier ministre · discours Discours

Interview de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, en réponse aux questions des internautes sur le contrat première embauche (CPE) et les mesures pour l'emploi des jeunes, le contrat nouvelle embauche (CNE), l'emploi des seniors et l'ANPE, Paris le

Dominique de Villepin (auteur)

Jérémy : En quoi consiste exactement le Contrat première embauche ? A qui sera-t-il vraiment profitable ? Dominique de Villepin : Bonjour. Merci de me donner cette chance d'expliquer ce qu'est le Contrat première embauche. D'abord, je veux préciser pour tous les internautes que le Contrat première embauche est un vrai contrat à durée indéterminée, avec une vraie rémunération. Nous sommes donc très loin des sous-contrats ou du Smic jeunes. Ce contrat a une consolidation de deux ans, c'est sa spécificité. Ce CPE offre un certain nombre de garanties. D'abord, un préavis, qui augmente avec le temps passé dans l'entreprise. Puis, il y a un droit à des indemnités de rupture. Il y a des avantages qui visent à répondre aux préoccupations quotidiennes des jeunes. Par exemple, l'accès au crédit. Puis le logement, qui est une grande préoccupation pour les jeunes qui veulent pouvoir s'installer. Ils bénéficieront du système Locapass, qui permettra d'avoir le paiement d'une caution avec un étalement, et une garantie du paiement de leur loyer pendant le contrat. Les moins de 26 ans, nous avons choisi de nous adresser aux plus jeunes car nous avons constaté la très grande précarité de leur situation. Quand il y a recours à l'intérim, ce sont des périodes de cinq jours, ou de moins de cinq jours. Là, nous parlons d'un vrai contrat à durée indéterminée. Christophe : Bonjour, ne pensez-vous pas que les jeunes ne soient pas trop stigmatisés lorsqu'on aborde la question du chômage ? Dominique de Villepin : La stigmatisation, ce n'est pas parler des jeunes, la stigmatisation, c'est ne rien faire pour les jeunes quand ils sont confrontés à des difficultés importantes. C'est pour cela que nous avons voulu bâtir un vrai parcours pour l'emploi. Nous sommes partis de la réalité : il faut dans notre pays entre huit et onze ans pour accéder à un emploi stable. Nous avons créé un service public de l'orientation, car il faut connaître les débouchés quand on s'engage dans une voie. Nous avons voulu développer l'alternance. Troisième axe, car la plupart des jeunes passent par des stages, nous avons voulu organiser ces périodes de stage. Il s'agit de prendre en compte toutes les difficultés des jeunes, et de leur permettre de rentrer plus rapidement dans l'emploi. Asura Sabuko : Bonsoir, je souhaiterais savoir pourquoi il est tant nécessaire de disposer de diplômes pour accéder à des postes de responsabilité alors qu'une bonne expérience du métier et du terrain suffit à faire la différence dans bien des cas. Bien à vous et aux vôtres. Dominique de Villepin : Pour rentrer sur le marché du travail, il n'est effectivement, pas toujours nécessaire d'avoir beaucoup de diplômes. L'expérience peut suppléer aux diplômes, bien sûr. Nous voulons mieux reconnaître les acquis de l'expérience. L'énergie, le tempérament, l'enthousiasme sont des qualités qui peuvent répondre aux demandes de certains métiers. La Validation des Acquis par l'Expérience (VAE) est la reconnaissance de la qualité des jeunes. Christian : En quoi est-ce que le CPE est-il un plan d'attaque contre la précarité ? Comment justifiez-vous les critiques des députés de la gauche ? La bataille pour l'emploi est-elle en passe d'être gagnée ? Merci pour tout ce que vous faites, M. de Villepin, je vous en suis reconnaissant. Dominique de Villepin : Christian a raison, il y a beaucoup d'inquiétudes. C'est normal quand on change les choses, il faut un temps d'adaptation et des explications, surtout quand on sait que la précarité est importante pour les jeunes dans notre pays. C'est une situation extrêmement douloureuse. Pour cela, j'ai voulu apporter des réponses et des garanties en matière de formation, reconnaître le droit individuel à la formation. Dès la fin du premier mois du Contrat première embauche, le jeune pourra bénéficier d'une formation. Il y a des garanties spécifiques liées à ce contrat. S'il y a une opposition qui apparaît sur le plan politique, c'est d'abord parce que notre pays a le goût de l'idéologie. J'ai voulu avoir une démarche pragmatique. J'ai essayé d'apporter des réponses à leur préoccupation en partant de la réalité. Dimitri : Le chômage des jeunes est-il un problème franco-français ? Dominique de Villepin : Non, le chômage des jeunes, c'est un problème que l'on retrouve dans beaucoup de pays, mais c'est vrai qu'en France, il se pose avec une acuité particulière. J'ai voulu m'inspirer de ce qui se faisait dans les autres pays. Par exemple, en Allemagne, les formations en alternance sont plus développées que chez nous. Quand on passe un an ou plusieurs années en alternance, on connaît le milieu professionnel dans lequel on travaillera. L'absence d'appréhension, le fait que les jeunes ont été aidés par des tuteurs dans l'entreprise, leur permet de réussir à s'intégrer rapidement. L'apprentissage ou l'alternance, cela peut se développer à tous les niveaux de la formation, jusqu'aux plus grandes écoles. F. : Selon moi, le CPE est une mauvaise idée et ne règlera pas la question du chômage. Pourquoi ne pas chercher une solution qui, à long terme, conviendrait aussi bien aux patrons qu'aux salariés ? Et pourquoi est-ce si dur de trouver un travail en France quand on est maghrébine diplômée de 23 ans ? Dominique de Villepin : D'abord, je l'ai dit, on n'a pas tout tenté dans la lutte contre le chômage. Il faut nous doter de moyens nouveaux. Quand nous avons créé le Contrat nouvelle embauche, il y avait beaucoup de scepticisme. Le CPE est un contrat de confiance entre un employé et un employeur. L'emploi est plus fort quand il y a rencontre entre l'employé et l'employeur, et désir de consolider l'emploi. C'est ce qui nous a guidés pour créer ces nouveaux outils. Je suis convaincu que le CPE et le CNE feront la différence. Le CPE répondra très rapidement aux besoins des jeunes et des entreprises. Et je suis d'accord, les discriminations sont inacceptables. C'est une réalité dans notre pays, nous devons utiliser tous les moyens pour lutter contre les discriminations. Avec des sanctions quand c'est nécessaire, mais surtout la vigilance de chacun. Nous devons refuser tout ce qui est un obstacle à la réussite et à la place donnée aux uns et aux autres, c'est pour cela que nous sommes si engagés. Rudy : Pourquoi ne pas instaurer une limite de temps avant laquelle un patron ne pourrait plus prendre un CPE après en avoir licencié un ? Dominique de Villepin : Rudy a parfaitement raison, il faut éviter les risques de détournement de ces contrats, et les abus. C'est pourquoi nous avons prévu qu'un Contrat première embauche avec un même employeur ne pourrait pas être signé avant trois mois. Il faut éviter tout détournement, cela fait partie du projet, et nous prenons en cause ce risque qui existe. Micro 73 : Monsieur le Premier ministre, que pensez-vous de la fuite des jeunes vers des pays plus dynamiques, plus ouverts, proposant des emplois pertinentes aux compétences de ces derniers ? Sans parler de fuite de cerveau, vous perdez des citoyens, des impôts, des ressources humaines importantes... Dominique de Villepin : Vous avez parfaitement raison, c'est un risque, un défi. Si je me bats avec cette conviction pour cette bataille de l'emploi, c'est parce que nous voulons éviter que la France se retrouve dans cette situation où tous les autres s'adapteraient et se moderniseraient, et nous resterions la lanterne rouge. Dans ce projet de CNE comme dans le contrat CPE, nous avons pris en compte les attentes des employés, et en même temps, donné plus de souplesse aux employeurs. Nous sommes fidèles à l'esprit de notre modèle national, mais en même temps, nous devons nous moderniser. Nous avons des capacités dans notre pays, des talents, du dynamisme à revendre. En 2005, il y a eu 225 000 nouvelles entreprises créées. Cela montre que nous avons beaucoup de jeunes et de moins jeunes qui ont envie d'entreprendre, et ils doivent trouver chez nous la possibilité de travailler. J'ai moi-même passé une partie de ma vie à l'étranger. Il est bon d'avoir des expériences, d'aller voir ce qui se passe ailleurs. Quand on va ailleurs, on se dit : quelle chance on a d'être Français. Pes : Monsieur le Premier ministre, très bonne initiative que ce chat sur l'emploi, qui est le thème le plus préoccupant pour les Français. Ma question est : quand peut-on espérer une agence pour l'emploi moderne, efficace et compétente ? Dominique de Villepin : Cela, c'est une condition indispensable pour moderniser l'emploi dans notre pays. Nous avons mené de ce point de vue une action très énergique, car le service public de l'emploi doit avoir les moyens de répondre aux demandes des demandeurs d'emploi. On ne peut pas résoudre le problème du chômage dans notre pays en recevant seulement de temps en temps les demandeurs d'emploi pour pointer. Il faut en permanence les suivre, les conseiller. Dans chaque ANPE, il y aura un conseiller personnel qui recevra les demandeurs d'emploi une fois par mois au moins, et le suivi sera très étroitement personnalisé. Quand vous conseillez à un jeune de faire un stage, par exemple, il faut pouvoir suivre son parcours jusqu'à ce qu'il retrouve de l'emploi, et voir où sont les difficultés. La détermination des agents de l'ANPE est immense. Ellessar : Bonjour Monsieur le Premier ministre, ne pensez-vous pas que le Contrat nouvel embauche ou le Contrat première embauche ne soit synonyme d'une augmentation de la précarisation des emplois pour les jeunes sur le marché du travail ? Dominique de Villepin : C'est exactement le contraire. La précarité, c'est ce que nous connaissons aujourd'hui. C'est l'enchaînement des stages, des CDD, des périodes d'inactivité. Il faut casser ce cycle. Le Contrat première embauche, c'est une entrée directe dans un Contrat à durée indéterminée. Entre la réalité et ce que nous entendons ici ou là, il y a un fossé. Julie : Bonjour Monsieur de Villepin, j'aimerais savoir quand le contrat sera disponible et comment celui-ci va fonctionner ? Dominique de Villepin : Le contrat sera disponible dès que le Parlement aura voté la loi, et dès qu'elle sera promulguée, c'est-à-dire fin mars. Le contrat sera disponible comme modèle type sur le site www.travail.gouv.fr, comme c'est le cas pour le CNE. Il y aura là le formulaire. Nous ne perdons pas de temps, ce qui d'ailleurs nous vaut un certain nombre de critiques, mais si je n'étais pas convaincu de l'urgence qu'il y a d'apporter cette réponse, j'irais moins vite. Mais cette urgence-là nous oblige à agir. 47387 en master 2 : Bonjour Monsieur le Premier ministre, le CPE n'empêchera pas d'avoir des projets d'avenir ? Pourtant, pensez-vous qu'une personne embauchée en CPE pourra être enceinte ou se syndicaliser sans risquer sa place ? Ce contrat remet en cause certains droits fondamentaux du salarié. Dominique de Villepin : Ce contrat porte en lui des exigences fortes et des garanties. Dans les exigences, il y a évidemment le respect des droits sociaux. Il faut essayer d'être concret et de prendre quelques exemples. Un employeur ne pourra pas mettre fin au Contrat première embauche d'une jeune femme qui serait enceinte, ce serait contraire à nos règles et à notre droit. De la même façon, un jeune qui serait malade ne pourrait être licencié. De même pour un jeune qui se syndiquerait. Calinou : Pourquoi d'après vous, votre projet rencontre tant d'oppositions ? Dominique de Villepin : C'est très simple : ce contrat est nouveau, et ce qui est nouveau inquiète. D'autant plus qu'il y a déjà sur le marché du travail beaucoup d'inquiétudes. Si je suis là ce soir, c'est bien pour apporter des réponses à ces inquiétudes. C'est tout le gouvernement qui est mobilisé, c'est toute la majorité parlementaire qui est mobilisée. La précarité, c'est le chômage. Et nous voulons changer cela, c'est un contrat anti-précarité. Réaliste : Est-ce que l'Europe va vers une harmonisation des marchés de l'emploi ? Dominique de Villepin : Aujourd'hui, les différents pays européens essaient de s'adapter aux exigences de la mondialisation. Chacun a ses contraintes, son histoire, ses modèles. En regardant ce qui se passe dans nos pays voisins, nous cherchons à trouver des exemples, et définir dans la réalité de notre propre modèle social, ce qui marche le mieux. C'est pourquoi le CNE, comme le CPE, surprennent. Ils sont adaptés à la situation actuelle. C'est d'ailleurs pourquoi un certain nombre de pays regardent ce que nous faisons. Nous nous adaptons, mais en partant des attentes et de la réalité de la situation française. Sami : Bonjour, je suis étudiant à l'université de Nanterre et comme un bon nombre d'étudiants, je travaille en même temps que mes études. Mon contrat est un CDI à temps partiel. Donc je me demandais si à la fin de mes études, le premier contrat que j'aurai sera de nature CPE, sachant que j'ai déjà eu un CDI. Dominique de Villepin : Le CPE, d'abord, c'est un vrai CDI. Mais le CDI classique reste ouvert et disponible pour l'ensemble des entreprises qui souhaitent l'utiliser. Cela ne remet pas en cause le CDI. Nous l'avons observé avec le CNE. Le CNE est une nouvelle possibilité, c'est un plus pour le marché de l'emploi, mais en tout état de cause, Samy a de fortes chances d'être embauchée en CDI. Mimosa 832 : Monsieur le Premier ministre, la baisse du taux de chômage n'est-elle pas due aux radiations abusives de la part des directeurs d'agence ? Merci. Dominique de Villepin : Non, là-dessus, je serai très clair. La meilleure preuve, c'est que le nombre de radiations en 2005 a été inférieur aux radiations en 2004. Donc ce n'est pas du tout cela qui explique la baisse du taux de chômage. C'est une politique de mobilisation qui a permis de créer de nouveaux emplois. Cela s'est accompagné d'un suivi du retour à l'emploi. Donc une logique de responsabilités, de droits et de devoirs. Nous avons une mobilisation des Français, des entreprises, de l'ensemble des acteurs de l'emploi. Tof : Bonsoir, à propos du CPE je souhaiterais attirer votre attention sur le fait qu'un jeune avec un CPE aura du mal à trouver un logement, car le salaire n'est pas assuré (contrairement à un CDD), à obtenir un crédit (idem). Prévoyez-vous par exemple d'effacer ce handicap ? Dominique de Villepin : Là-dessus, je veux être très clair. Le salaire est identique à celui de tout autre contrat, il ne s'agit pas d'un sous-contrat, il y a une pleine rémunération. Concernant l'accès au crédit, la Fédération bancaire française reconnaît ce contrat comme un véritable contrat à durée indéterminée. En ce qui concerne le logement, il y a le système Locapass, avec une avance de caution remboursable, et une garantie du paiement des loyers. On peut trouver tous les éléments d'information sur le site : www.logement.gouv.fr. Je réunirai prochainement les banques, pour vérifier la bonne application du dispositif, et concernant le logement, nous serons soucieux de l'effectivité de ce que nous annonçons. Citoyenne : Bonjour, l'ANPE estime qu'il faut avoir travaillé 6 mois au minimum pour toucher le chômage alors qu'une loi faite en 2001 dit que l'on perçoit le chômage si on a travaillé 4 mois au cours des 18 derniers mois, alors qu'en est-il s'il vous plaît ? Merci. Dominique de Villepin : Je veux confirmer à Citoyenne qu'il faut effectivement avoir travaillé six mois pour toucher des indemnités de chômage. L'une des originalités du CNE, c'est qu'il suffira de travailler quatre mois pour pouvoir toucher des indemnités de chômage. Nous apportons là une garantie nouvelle, qui n'existe pas pour les jeunes aujourd'hui. tino 1301 : En ce qui concerne les nouveaux contrats... Est-il possible de faire en sorte qu'ils soient à n'importe quel moment transformable en CDI classique ? Dominique de Villepin : Excellente question. On peut tout à fait transformer immédiatement ce contrat, puisque c'est un contrat de confiance entre l'employeur et le salarié. Il suffit que les deux parties soient d'accord. Cindyf : Pour le CNE, pourquoi 2 ans d'essai ? J'ai 19 ans, je suis à la recherche d'un emploi, je voudrais mon indépendance, comment faire pour louer ou acheter un logement en étend en CDD pendant deux ans ? Dominique de Villepin : Le Contrat première embauche n'est pas un CDD. La période de consolidation de deux ans n'est pas une période d'essai. C'est pourquoi il y a un certain nombre de de garanties : le droit à la formation, le système Locapass. Donc vous pouvez vous engager dans la vie avec plus de sérénité. Au sens juridique, ce n'est pas une période d'essai, c'est une période de consolidation. Netocris : Bonjour Monsieur le Premier ministre. J'ai 29 ans et suis au chômage depuis trois. Je constate depuis les émeutes que vous faites tout votre possible pour aider les jeunes de moins de 26 ans. Et pour les plus de 26 ans ? Quelles sont les mesures ? Surtout pour les « Français » d'origine étrangère, merci. Dominique de Villepin : Quand nous nous mobilisons pour les jeunes, cela ne veut pas dire que nous oublions, bien sûr, tous ceux qui sont confrontés à des difficultés, et un certain nombre de compatriotes issus de l'immigration, qui peuvent rencontrer des difficultés supplémentaires. Il y a, dans les quartiers, besoin d'un effort tout à fait spécifique car le chômage y est plus important. Le Contrat nouvelle embauche est ouvert à tous, quel que soit l'âge. En ce qui concerne les discriminations, il y a des initiatives qui sont prises. Mais c'est la responsabilité de chacun dans notre société. Nous voulons que les sanctions soient fortes contre les discriminations. C'est le rôle de la Halde. En 2006, nous nous sommes engagés à faire reculer ces discriminations, et que chacun soit reconnu en fonction de ses mérites. NACL : Le Contrat nouvelle embauche est une vaste fumisterie qui ne profitera qu'aux patrons une fois de plus. Pensez-vous qu'il faille 2 ans à un patron pour savoir s'il va garder un salarié ? Il n'en a rien à faire car seule la rentabilité compte. Dominique de Villepin : Justement, je voudrais dire que, même si je comprends son scepticisme, car cela fait vingt ans que la situation est inacceptable. Mais c'est pour cela que je pense qu'il faut agir. L'action, c'est de nous doter d'outils qui permettront de changer les choses. Le CPE est un contrat de confiance entre un employeur et un salarié. Je ne crois pas qu'une entreprise, qui a décidé d'accompagner un jeune pendant deux ans, je ne pense pas que aura intérêt à l'écarter une fois qu'il sera formé. Quand vous avez formé quelqu'un, vous ne l'écartez pas du jour au lendemain. Le CNE nous donne déjà des indications. Dans la majorité des cas, les contrats ne sont pas rompus, l'expérience continue. Dans les très petites entreprises, cela dépend beaucoup de l'activité de l'entreprise, des perspectives. Pour les grandes entreprises, le fait de bénéficier de plus de souplesse ne jouera pas contre le salarié, mais je crois que nous aurons un engagement très fort sur ces contrats. Cachou : Je suis actuellement au chômage, puis-je bénéficier du contrat nouvelle embauche pour les plus de 50 ans ? Dominique de Villepin : Le CNE est ouvert à tous les salariés, quel que soit leur âge, dans les entreprises de moins de vingt salariés. Il est tout à fait possible de postuler pour ces contrats, ils sont ouverts. brige33 : Mr. le Premier ministre, qu'en est-il du pacte senior qui donnerait aux personnes de plus de 50 ans accès à la fonction publique ? Cela était prévu en 2006. Nous les quiquas sommes au bord de la route, avons encore des enfants à charge, et dans le privé plus personne nous embauche malgré nos compétences. Merci. Dominique de Villepin : C'est vrai, et cette situation est tout à fait inacceptable. C'est pour cela que nous sommes mobilisés, car quand on a plus de 50 ans, on a acquis une expérience, on a un parcours qui doit être non seulement reconnu, mais utilisé. Or, dans notre pays, on part trop tôt du marché de l'emploi. On y rentre trop tard et on en part trop tôt. Chacun doit avoir sa place sur le marché du travail, il ne doit pas y avoir de discriminations, et nous voulons mettre à profit l'expérience de ceux qui ont déjà occupé des fonctions. C'est pour cela que dans quelques semaines, la conférence nationale pour l'emploi des seniors se tiendra. marie33 : J'ai plus de 26 ans et moins de 55 ans, et... pas de travail. Rien de prévu entre ces 2 âges. De plus je suis veuve de postier et je n'arrive pas à avoir un emploi à La Poste. Et bien entendu, vous ne me répondrez pas ou « à côté ». Vrai que je ne suis pas essentielle... Dominique de Villepin : Chacun est essentiel dans notre pays, car chacun peut apporter son énergie, sa passion, donc je voudrais dire à Marie que, bien évidemment, nous voulons l'accompagner, comme chaque Française et chaque Français. Le Service public de l'emploi est là pour répondre à ces exigences. A l'ANPE, elle trouvera un conseiller qui la suivra, qui pourra dire, à chaque étape, ce qu'il convient de faire. L'ANPE est aujourd'hui en mesure de répondre aux besoins, et de le faire sur une base mensuelle, avec toujours le même conseiller pour faire le point. C'est l'idée que chacun peut être accompagné, peut bénéficier d'une main tendue. C'est vrai dans beaucoup de domaines, et c'est vrai en matière d'emploi. On a besoin d'être rassuré sur ses capacités. Nous sommes dans une société où de nouveaux emplois sont créés. Les services à la personne sont une mine. Je suis sûr qu'elle trouvera une réponse. Loïc : Dans quelle mesure l'adoption du CPE permettra-t-elle une meilleure embauche des jeunes alors qu'elle semble favoriser une flexibilisation du travail à l'anglo saxonne et donc précariser la situation des jeunes devant leur première entrée dans le monde du travail ? Dominique de Villepin : Il ne s'agit certainement pas de précariser les jeunes, bien au contraire, mais de leur mettre le pied à l'étrier, de leur permettre de rentrer plus rapidement sur le marché de l'emploi. C'est pourquoi nous avons pris une série de mesures qui se situent sur le parcours de l'emploi : mesures pour améliorer la formation, pour favoriser l'alternance, etc. Le CPE raccourcit la période de consolidation. Si vous avez par exemple fait six mois de stage dans l'entreprise, six mois de CDD, la période de consolidation de l'emploi ne sera plus que de douze mois, vous aurez déjà fait la moitié du parcours. Laurent de Nancy : Bonjour. Je suis routier, marié, 3 enfants. Je voudrais acheter une maison. Comment puis-je faire avec le contrat nouvelle embauche que l'on m'a proposé ? Car dans un an j'aurais 40 ans et il sera trop tard pour solliciter une banque, étant donné que la période d'essai est de 2 ans. Dominique de Villepin : Les banques, je le dis très clairement, à travers la Fédération bancaire française, se sont engagés à considérer le CNE, et le CPE, comme des CDI classiques. Le CPE prévoit un certain nombre de garanties spécifiques : c'est vrai pour le préavis, l'indemnité de rupture, et pour l'indemnisation du chômage qui sera possible après quatre mois de travail. Ce qui n'existe pas jusqu'à aujourd'hui. Donc ce sont des garanties et des nouveautés que nous proposons. Ce ne sont pas des contrats précaires. Jano : Le fait de généraliser les contrats précaires ne va-t-il pas empêcher l'accès à la propriété des ménages si les banques refusent de prêter de l'argent à des personnes en contrat nouvelle embauche ? Dominique de Villepin : Les banques, à travers l'engagement qu'elles ont pris et le système Locapass qui apporte des garanties pour la location d'un logement, sont autant de preuves tangibles de ce que ces contrats permettront aux jeunes de trouver des réponses concrètes. Lily : Il y a actuellement une baisse de chômage de 9,5 %, soyons réaliste tous ceux qui quitte le chômage se retrouve au RMI ! ! ! Trouvez-vous cela normal ? Dominique de Villepin : Ce n'est pas parce qu'on est au RMI que l'on n'est plus compté comme chômeur. Il y a environ 400 000 personnes dans ce cas. Nous sommes tout à fait mobilisés pour que ces personnes retrouvent une activité. Il faut qu'il y ait une incitation, une différence pour qu'on s'engage à retrouver une activité. Nous voulons mieux accompagner les bénéficiaires du Rmi pour retrouver un emploi. ZYKx : Etes-vous sur que l'ANPE fait bien son travail ? Dominique de Villepin : Je vais régulièrement le vérifier sur le terrain. La mobilisation des agents de l'ANPE est totale, ils s'impliquent très fortement. La garantie, c'est ce suivi personnalisé. Quand vous rencontrez tous les mois une personne qui aspire à avoir un emploi, vous vous engagez auprès d'elle. Si vous voyez quelqu'un tous les ans ou tous les deux ans, vous redécouvrez la personne. Si vous avez rendez-vous avec quelqu'un tous les mois, vous le connaissez, vous connaissez ses qualités, et vous vous engagez beaucoup plus fortement. L'engagement de l'ANPE est important, et je salue ces agents ce soir. Max : Que comptez-vous faire pour augmenter la part des actifs occupés chez les plus de 50 ans ? Dominique de Villepin : C'est effectivement un point très important. Nous devrons présenter, dans les semaines à venir, un plan national d'action concerté, qui fera suite à la négociation menée par les partenaires sociaux. Il devrait comprendre quatre grandes lignes. La première : faire évoluer les mentalités sur les seniors. Ils ont un savoir-faire, une expérience, un dynamisme qu'il faut reconnaître et utiliser. C'est l'intérêt de notre économie. L'évolution démographique fait que nous avons besoin de tous sur le marché de l'emploi, de plus d'activité. 2e ligne d'action : tout faire pour que ceux qui ont un emploi et plus de 50 ans le gardent le plus longtemps possible. 3e axe : tout faire pour favoriser le retour à l'emploi de ceux qui n'en ont pas. Enfin, aménager les fins de carrière pour donner plus de liberté de choix à ces seniors. Max : Comment comptez-vous résoudre le problème des stages non rémunérés que les jeunes actifs sont obligés de saisir, alors qu'ils ont fini leurs études ? Ne pensez- vous pas que ce phénomène prend parfois la forme d'un nouvel esclavagisme ? Dominique de Villepin : C'est vrai, c'est une grande préoccupation pour beaucoup de jeunes dans notre pays, mais aussi pour leurs parents et leurs grands-parents. Ils ont un sentiment de fragilité et de précarité. Nous voulons préserver la possibilité de ces stages, qui sont nécessaires pour découvrir la vie professionnelle, mais nous voulons mieux les encadrer. Au bout du 3e mois, ces stages seront donc obligatoirement rémunérés. J'ai demandé à Gilles de Robien et à Gérard Larcher de préparer une Charte des stages, pour que les obligations de chacun soient fixées et éviter ainsi les abus. Enfin, quand on fait un stage, on doit reconnaître cet acquis. Le stage doit donc pouvoir s'inscrire dans le parcours professionnel du jeune. Il faut que des règles soient fixées et respectées. Véroarmor : Bonjour Mr Villepin, j'ai 35 ans et ça fait 10 ans que je galère pour trouver un emploi stable et durable. Aujourd'hui j'ai le ras-le-bol des petits contrats. On parle des jeunes et des seniors. Que souhaitez-vous faire pour vaincre le chômage des 24/49 ans ? Quelle solution proposez-vous ? Dominique de Villepin : Notre mobilisation vaut pour tous. Nous avons fait un effort spécifique, dès le début de l'action du gouvernement, sur les très petites entreprises, ce qui concerne les salariés de tous les âges. Nous faisons aujourd'hui un effort spécifique sur les jeunes, car leur situation est particulièrement difficile. Notre volonté c'est bien sûr de répondre aux besoins de tous. L'action gouvernementale et la mobilisation de l'ensemble des acteurs commencent à donner des résultats. Quand je suis arrivé à Matignon, nous étions à 10,2 % de chômage. Aujourd'hui nous sommes à 9,5 %. Nous avons réussi à avoir approximativement 180 000 demandeurs d'emploi en moins. Nous progressons, et cela va continuer, car tout le monde se mobilise et se donne du mal. Pour ceux qui ne sauraient pas comment s'orienter, un véritable service public de l'emploi permettra à chacun de se déterminer vers un métier en connaissance de cause. Nous avons aussi développé dans les ANPE des plate-formes de vocation. C'est une démarche qui vise à reconnaître les qualités de chacun porte à lui, pour lui permettre de réussir. Abillon : Bravo à vous et à votre gouvernement car enfin ça bouge... Je désirerais savoir si vous envisager des mesures pour les chômeurs de plus de 55 ans qui encore en forme ne demandent qu'à transmettre leur savoir aux jeunes. Dominique de Villepin : Merci de ces encouragements, ils me vont droit au c?ur. La négociation menée par les partenaires sociaux sur les seniors a permis d'envisager la création d'un nouvel outil, un contrat spécifique pour les seniors, de 18 mois renouvelable, à partir de 57 ans. Nous sommes très soucieux de prolonger l'activité des seniors car nous avons besoin d'eux. Françoise (29 Finistère) : Je trouve curieux qu'en France, les formations techniques (apprentissage-CAP/BEP, etc...) souffrent d'une image de marque déplorable. J'ai une formation technique CAP et j'ai toujours réussi. Dominique de Villepin : Je suis 100 fois d'accord avec Françoise. L'apprentissage n'a pas encore tout à fait la bonne image qu'il devrait avoir. C'est un atout formidable, la garantie pour chacun de la connaissance privilégiée d'un métier. Nous devons donc l'encourager. Les choses sont en train de changer. Pendant des années, on orientait vers l'apprentissage ceux qui avaient le plus de difficultés à l'école. Aujourd'hui, on voit des premiers de la classe s'orienter vers l'apprentissage par choix. C'est la preuve que quelque chose change. « L'apprentissage a changé, c'est le moment d'y penser », dit le slogan de la dernière campagne sur ce thème. Cela montre bien à quel point cet apprentissage répond aux attentes de chacun. C'est pour cela que j'ai proposé une réforme de l'apprentissage, un accès à partir de 14 ans, tout en gardant le lien avec l'école. Cela n'empêche pas le jeune de poursuivre son parcours scolaire s'il le veut. L'apprentissage est un moyen de toucher du doigt la réalité professionnelle. Un certain nombre d'entre nous ont besoin de cela pour avoir le « déclic ». L'apprentissage est un moyen de donner une chance supplémentaire à ces jeunes, de découvrir un métier, et qu'ils peuvent réussir. Merci à tous.Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 8 février 2006
La source — vie_publique · nº 160548
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/160548-interview-de-m-dominique-de-villepin-premier-ministre-en-reponse-aux?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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