Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, à RTL le 17 janvier 2006, sur le "contrat premières embauches", l'homoparentalité et la position de l'UDF au sein de la majorité.
Jean-Michel Aphatie (auteur)
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, François Bayrou.François Bayrou : Bonjour. Q- Dominique de Villepin a présenté, hier, le "contrat première embauche", destiné aux jeunes de moins de 26 ans, permettant, selon lui, de faciliter leur première embauche. C'est une bonne mesure, François Bayrou ?R- Non. Pour moi, cela ne va pas dans la bonne direction, et vous savez que je n'ai pas voté les ordonnances du "contrat nouvelle embauche", déjà. Pourquoi ? Parce que ce n'est pas en concentrant la précarité sur les plus jeunes que l'on va résoudre les difficultés qui se posent à eux. C'est revenir sur un engagement que le premier ministre avait pris, la main sur le coeur, "promis juré", à la tribune, où il avait dit : "jamais le contrat nouvelle embauche ne sera élargi aux entreprises de plus de 20 salariés". Vous savez, les entreprises moyennes et importantes. Et bien, là, on revient sur cette promesse, et on met un place un contrat de précarité absolue pour les jeunes. Or, il y a autant de situations d'emplois que de jeunes et d'entreprises, et je trouve que cela ne va pas dans la bonne direction.Et enfin, deuxième réflexion : est-ce vraiment au Premier ministre ? Ça, c'est la France ! Vous savez que la place de l'Etat, en France, est, selon moi, un des problèmes de la situation que nous vivons. Est-ce vraiment au premier ministre d'inventer, comme cela, un contrat de travail ? Selon moi, c'est aux partenaires sociaux. Selon moi, l'Etat doit placer un cadre. Q- Il n'y a pas grand chose qui se ferait si on remettait cela dans les mains des partenaires sociaux, parce qu'ils ne sont pas d'accord.R- Je ne le crois pas. La définition du contrat de travail, branche par branche, selon les métiers, selon les entreprises : cette définition devrait être remise, bien davantage, aux partenaires sociaux. Cela ne doit pas être ainsi, en claquant du doigt, une décision de l'Etat.Cela ne veut pas dire que je suis en désaccord avec tout ce qui a été dit hier. Il y a des choses que j'approuve. Par exemple, la réflexion sur les heures supplémentaires. Parce qu'il faut, à tout prix, rendre du pouvoir d'achat aux français qui, aujourd'hui, en manquent désespérément. Mais je suis en désaccord avec ce contrat de précarité pour les jeunes. Q- On sent bien que l'UDF, que vous présidez, est souvent en désaccord. Christian Blanc, député apparenté de votre groupe, a même demandé, vendredi, dans "Le Monde", au chef de l'Etat, de partir : "partez, monsieur le président !". Partagez-vous cet appel, François Bayrou ?R- Non. Je suis pour le respect des échéances, pour ma part. Et, simplement, ce que nous voyons bien, c'est que nous sommes dans une fin de cycle. Ce que Christian Blanc a voulu dire, c'est qu'on a l'impression que les 18 mois qui viennent devant nous, vont être 18 mois entièrement consacrés, pour ce qui est du gouvernement, à des guerres internes, et cela n'est pas très bon signe. Q- En même temps, le gouvernement propose.R- Pour ma part, je suis un républicain et je suis pour le respect des échéances.Q- Rentrée parlementaire, aujourd'hui. 174 députés de l'U.M.P ou de l'UDF ont signé un manifeste contre l'adoption d'enfant par les couples homosexuels. Et quand on regarde la liste, François Bayrou, vous n'y êtes pas. Pourquoi ?R- Parce que, pour deux raisons. La première est que je considère que le rôle d'un député n'est pas de signer des manifestes, mais de s'exprimer à la tribune, et de voter. Et la deuxième raison est que je ne parle pas de ces sujets sous forme de manifeste, comme cela, d'antagonisme, de porteur de pancarte ou de banderole, sous forme de manifestation - même si c'est une manifestation par écrit. Q- Et sur le fond, quelle est votre opinion ?R- Je ne suis pas favorable à l'adoption par des couples homosexuels, mais je n'en parle qu'avec une grande prudence, et en faisant très attention. Autrement dit, avec respect, parce qu'il y a, en France, beaucoup de parents qui élèvent des enfants en étant homosexuels. En ayant, quelquefois, découvert leur homosexualité après avoir été marié, après avoir eu des enfants, et je n'ai pas envie d'une stigmatisation. Et, deuxièmement, cette pétition dit : "il faut un homme et une femme", et il y a beaucoup de gens qui ont adopté, et qui élèvent des enfants célibataires. Et donc, je trouve que l'on ne doit pas faire d'amalgame et de simplisme sur des sujets aussi lourds, compliqués et qui entraînent tant et tant de soucis et, quelquefois, de richesses humaines. Q- Mais au bout de votre raisonnement, vous êtes tout de même contre ?R- Je ne suis pas favorable à l'adoption par les couples homosexuels. Q- Gilles de Robien est le seul ministre UDF du gouvernement. Le 11 janvier dernier, il a dit - c'est passé un peu inaperçu : "moi, là, aujourd'hui, je ne sais pour qui je voterai en 2007". Un ministre UDF n'est pas sûr de voter pour le candidat UDF ?R- Il se trouve, en effet, comme vous le savez, l'UDF n'est pas au gouvernement. Q- Et Gilles de Robien est à l'UDF !R- Gilles de Robien est au gouvernement, comme vous le savez : on a eu suffisamment d'explications.Q- On n'en n'a jamais assez, François Bayrou !R- Par un choix personnel qui n'est pas le choix de sa famille politique. L'UDF a choisi de ne pas être au gouvernement, et Gilles de Robien a pris une position différente. Gilles de Robien est obsédé par le fait qu'il faut être dans la majorité ou dans l'opposition. Et si vous acceptez cette question : majorité ou opposition ? Alors, cela veut dire qu'il n'y a que deux réponses politiques, en France : l'U.M.P et le P.S. Or, il y a des millions de Français pour qui, être obligés au choix entre l'U.M.P et le P.S, c'est une défaite en soi. Ils ne se reconnaissent pas dans la démarche politique de ces deux partis dominants dont ils trouvent qu'ils ne répondent pas - depuis 25 ans qu'ils ont le pouvoir ensemble, simultanément ou alternativement - aux besoins du pays. Et c'est pourquoi, en tout cas, nous, traçons une voie nouvelle, nous ouvrons une voie nouvelle. Et le congrès que nous allons avoir, à Lyon, les 28 et les 29 janvier, est le congrès pour l'indépendance de l'UDF. Précisément, pour n'être pas bloqués à l'intérieur de ces camps, alliances qui, me semble-t-il, ne sont pas justes pour le pays. Q- Serez-vous le candidat à l'UDF, François Bayrou ?R- Le jour où nous parlerons de l'élection présidentielle, Jean-Michel Aphatie, je viendrai vous voir.Q- Pourquoi ne peut-on pas le dire aujourd'hui que vous le serez ? Tout le monde le sait !R- Parce que ce n'est pas le temps, parce que ce n'est pas le moment !Q- Il faut attendre ?R- Oui, ce n'est pas le moment. Nous avons une décision très importante, un choix très important à faire qui va montrer que les adhérents de l'UDF ont une volonté partagée. Pour moi, c'est cela, aujourd'hui, qui est le plus important. Le temps de l'élection présidentielle, je vous le promets, viendra !François Bayrou, qui n'est pas candidat, aujourd'hui, à l'élection présidentielle, était, aujourd'hui, l'invité de RTL. Bonne journée !
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vie_publique · nº 160198
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