Interview de Mme Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, à France 2 le 2 janvier 2006, sur ses propositions concernant l'emploi, la fiscalité et la gestion des entreprises, les réponses aux violences dans les banlieues et la préparation des proc
Marie-George Buffet (auteur)
Q- Samedi, J. Chirac a présenté ses v?ux aux Français. On le disait très affaibli politiquement, et puis en fait il a paru très combatif, en demandant notamment au Gouvernement d'accélérer son action en faveur de l'emploi. Sur ce dossier de l'emploi justement, est-ce qu'après 8 mois de baisses consécutives du chômage, il n'est pas en train de gagner son pari ?R- D'abord, il faut examiner ce que signifie cette baisse du chômage : beaucoup d'emplois précaires, beaucoup de radiations de l'ANPE et une augmentation très importante des Rmistes, puisqu'on parle d'une augmentation de plus de 5 % des Rmistes. Donc, moi je me félicite chaque fois qu'un homme ou une femme, privé d'emploi, retrouve un emploi. Mais on a besoin d'emplois stables, d'emplois qualifiés. Il faut une véritable politique industrielle en France, et pas simplement des emplois aidés, des emplois souvent qui sont à court terme. J'ai envie de dire également qu'il faut inventer une fiscalité qui permette réellement de favoriser des entreprises qui développent l'emploi, le développement, la recherche...Q- Alors justement, c'est ce qu'a proposé J. Chirac en proposant de taxer financièrement les entreprises qui délocalisent, vous êtes d'accord ?R- En écoutant le président de la République, j'avais envie de lui dire ? écoutez, on a quelques propositions à vous soumettre ?. En effet, il dit ? il faut aider les entreprises pour éviter qu'elles délocalisent ?. Il ne faut surtout pas aller vers de nouveaux cadeaux je dirais aux entreprises, sans qu'il y ait visibilité. Nous, nous pensons qu'il faut une fiscalité qui s'appuie sur le fait que l'entreprise crée des emplois, consacre de l'argent au développement de la production, à la recherche, à la qualification des emplois, à la formation. Mais je pense que cela, ça passe par une loi pour une nouvelle fiscalité...Q- Cela pourrait être quoi ? Par exemple, taxer les entreprises qui licencient alors qu'elles font des bénéfices ?R- Par exemple, taxer je dirais plus fortement une entreprise qui, en effet, privilégie la bourse, privilégie les actifs financiers au détriment de la production et de l'emploi. Mais pour lutter contre les délocalisations et les licenciements boursiers, il faut également donner des nouveaux pouvoirs aux syndicats dans l'entreprise. Nous, nous pensons au Parti communiste que les élus territoriaux, les syndicats pourraient être associés à la gestion des entreprises, pour faire en sorte que la gestion des entreprises corresponde aux intérêts des populations de ces territoires.Q- Vous voudriez partager le pouvoir dans l'entreprise, entre les patrons et les syndicats ?R- Oui, parce que lorsqu'on voit que des patrons qui, parfois sont des patrons de multinationales, décident, alors qu'ils font des bénéfices, alors que la production est performante et qualifiée, décident des licenciements - on l'a vu à Hewlett Packard, on l'a vu dans d'autres entreprises françaises, à Electronics ou ailleurs, ou à Nestlé - eh bien ! Il est bon que les syndicats ou les élus puissent défendre...Q- Mais ce n'est pas le rôle...R- Mais si...Q- Ce n'est pas le rôle des syndicats de gérer l'entreprise...R- Mais si c'est...Q- C'est le rôle des patrons.R- Oui mais quand on voit que ces multinationales sont incapables de gérer, dans l'intérêt des populations et dans l'intérêt du développement industriel, il faut bien que quelqu'un s'en mêle. Je pense que les élus territoriaux et les syndicats pourraient s'en mêler et apporter... On le voit d'ailleurs dans certains endroits : regardez à Saint-Menet à côté de Marseille, c'est bien les syndicats et les élus qui ont défendu un plan alternatif pour éviter la fermeture d'une entreprise de Nestlé, et ils sont en passe de réussir grâce justement à leurs propositions.Q- Autre idée de J. Chirac : sécuriser les parcours professionnels, autrement dit lutter contre la précarité. Là encore, vous êtes d'accord avec lui ?R- Alors il faut qu'il change de Gouvernement, parce qu'il a un Gouvernement qui installe la précarité. Ils nous ont fait adopter, par ordonnance, le contrat à l'essai sur deux ans par exemple, donc vraiment la précarité...Q- Le Contrat Nouvelles Embauches ?R- Nouvelles Embauches, c'est à l'essai pour 2 ans, pendant 2 ans vous ne savez pas...Q- Qui a l'air de marcher, ça crée des emplois.R- Oui bien sûr, parce que le patron sait qu'il peut licencier sans aucune condition le salarié qu'il embauche. Donc, s'il veut créer une sécurité de l'emploi, nous avons une proposition : la sécurité d'emploi et de formation, c'est-à-dire faire en sorte que chaque parcours professionnel soit sécurisé, c'est-à-dire que s'il y a vraiment fermeture d'une production, le salarié puisse, par une formation, si nécessaire, être conduit à un nouvel emploi dans l'entreprise. Donc, je crois qu'il ne faut pas que le président de la République nous tienne un discours la veille du nouvel an, et puis que son Gouvernement, dès le 2 janvier, mène une politique contraire à cela.Q- Vous allez lui téléphoner pour lui donner quelques idées ?R- Je n'ai pas besoin de lui téléphoner, je pense que ce qu'il faut, c'est que les salariés et le peuple de France se fassent entendre.Q- A propos de chômage, il y a eu une polémique sur le contrôle des chômeurs. Le Gouvernement veut qu'ils soient contrôlés plus sévèrement pour éviter les fraudes. Quelle est votre position là-dessus ?R- Je crois qu'il y a une véritable stigmatisation des hommes et des femmes qui sont aujourd'hui à la recherche d'un emploi...Q- C'est vrai qu'il y a des fraudes quand même.R- Il y a des fraudes, mais on sait très bien qu'elles sont minimes. Même les rapports officiels montrent que ces fraudes sont très minimes. La majorité, l'extrême majorité de ces hommes et de ces femmes cherchent un emploi et ont du mal à le trouver. Donc, je crois qu'au lieu de stigmatiser les chômeurs, sans arrêt essayer de les menacer de perdre leur allocation, on ferait mieux de mettre tous ces moyens humains et matériels pour les aider à retrouver un emploi, c'est-à-dire encore améliorer l'aide à la personne privée d'emploi pour qu'elle retrouve un emploi qualifié.Q- L'autre actualité, c'est les banlieues. On craignait le pire pour la nuit de la Saint-Sylvestre. Finalement, la police dit que ça s'est plutôt bien passé. Vous êtes une élue de banlieue, de Seine Saint- Denis, quelle est votre analyse ?R- D'abord, on ne peut jamais banaliser le fait qu'il y ait violence, et le fait qu'il y a eu encore toute une série de voitures qui étaient brûlées...Q- Plus de 400.R- Plus de 400, on ne peut pas estimer que le réveillon s'est bien passé, ou alors on admettrait qu'en France, il n'y ait plus de droit à la tranquillité...Q- Non mais ça n'a pas été l'embrasement qu'on craignait !R- Non, mais ceci dit, les problèmes restent, demeurent. Il n'y a eu aucune réponse de fond apportée à ce qui s'est passé au mois de novembre. Je pense notamment aux questions de l'école. Tout le monde a dit ? il faut revoir la question de l'école ?, or il n'y a eu aucune mesure réelle prise pour qu'il y ait plus d'adultes qualifiés qui fassent que le jeune, l'enfant puisse être mieux accompagné dans son parcours scolaire, avoir les moyens de trouver à la fois la connaissance, mais aussi des repères. On n'a pas donné de réponse réellement à la question du logement...Q- Il y a eu l'idée de développer l'apprentissage dès 14 ans.R- Oui mais ça c'est une solution... L'apprentissage c'est une filière qui existe aujourd'hui à partir de 16 ans, qu'on la développe, ça peut être un choix. Mais là, on est en train de remettre en cause la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans, et on ne met aucune solution pour l'école elle-même. Il y a des tas d'enfants qui peuvent être en difficulté en 5ème, en 4ème, mais si on les aide, qui peuvent retrouver le chemin d'une bonne scolarité en 3ème, en seconde, en 1ère. Juste avant Noël, j'étais en discussion avec des délégués de classe dans un collège de ma circonscription, où ces enfants qui étaient des enfants tous issus d'un des quartiers où il y avait eu des incidents au mois de novembre, nous disaient ? nous voulons continuer, nous voulons essayer de réussir à avoir des diplômes, mais est-ce que vous pouvez nous dire madame qu'aujourd'hui, l'école, les diplômes nous permettront d'avoir un emploi, alors que nous sommes victimes de discrimination ? ? Eh bien ! il faut qu'on les aide à parcourir leur parcours scolaire de la meilleure façon possible, ils en ont envie, et il faut qu'on leur assure qu'ils ne seront pas victimes de discriminations, demain, pour rentrer dans les universités, pour rentrer dans l'emploi, c'est ce qu'ils demandent.Q- C'est-à-dire que vous, vous demandez une discrimination positive, justement ?R- Non, pas une discrimination positive. Ce qu'ils demandent ces jeunes, ce n'est pas d'avoir plus que d'autres, ils demandent simplement que leurs droits soient assurés, c'est-à-dire que la République dont a tant parlé le Président, samedi soir, que cette République, elle assure à chacun et chacune les mêmes droits quelle que soit leur origine, quel que soit le lieu où ils habitent, quelle que soit la situation de leur famille.Q- 2006, c'est une année sans élection mais c'est une année de préparation de la présidentielle de 2007. Est-ce que les communistes auront un candidat à cette élection ?R- D'abord 2006, c'est une année de lutte, parce que le pouvoir est toujours en place, et il va continuer sa politique de casse. Donc résistance, lutte et élaboration d'un programme alternatif pour la gauche. Nous, nous travaillons à cela, les communistes, c'est-à-dire résistance au pouvoir en place, et nous essayons de rassembler toute la gauche sur un programme de transformation sociale, un programme antilibéral.Q- Vous êtes d'accord pour un programme commun avec les socialistes ; par exemple ?R- Pas avec les socialistes, avec toute la gauche y compris les socialistes. On a beaucoup parlé de...Q- Mais un programme commun de gouvernement à gauche, c'est possible ?R- Mais si. Si on se mettait tous d'accord sur un programme antilibéral, qui permette réellement de changer la vie des gens, moi je dis "banco, allons-y". Enfin nous nous battons, les communistes, pour changer la vie des gens, on ne va pas refuser si on allait de l'avant. Pour l'instant, on n'en est pas là puisque le parti socialiste se positionne toujours sur un réformisme de gauche ; d'autres, à l'extrême gauche, hésitent à participer à un effort pour faire bouger toute la gauche, mais nous travaillons à cela. Et nous mettons l'idée, non pas une candidature - nous n'avons pas décidé d'une candidature - nous mettons l'idée d'une candidature communiste en débat dans ce sens-là. Est-ce que cette candidature peut servir au rassemblement.(Source: premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 3 janvier 2006)
La source —
vie_publique · nº 159883
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