Interview de M. Jean-Pierre Farandou, ministre du travail et des solidarités, à Europe 1/CNews le 29 juillet 2026, sur les incendies en Gironde et les aides de l'État en faveur des entreprises dont l'activité est impactée, la préparation du budget 2027,
Jean-Pierre Farandou (auteur), Pierre De Vilno (intervenant)
JOURNALISTELa grande interview sur CNews et Europe 1 avec, ce matin, le ministre du Travail et des Solidarités, Jean-Pierre Farandou. Bonjour à vous.
JEAN-PIERRE FARANDOUBonjour.
JOURNALISTEComme tous les matins, nous suivons très attentivement la situation des incendies dans le sud-ouest, en Gironde. Le feu est stabilisé, mais il n'est pas fixé. Les pompiers luttent toujours contre le méga-incendie qui a ravagé, je le rappelle, 42 000 hectares. C'est énorme. L'arrivée d'une nouvelle vague de chaleur ne va pas aider les sapeurs-pompiers. Jusqu'à 41 degrés attendus dans les terres aujourd'hui en Gironde. Jean-Pierre Farandou, vous êtes né à Bordeaux. Vous y avez en grande partie grandi. Quel sentiment vous avez quand vous voyez cette végétation brûler sous nos yeux, ces habitations évacuées, ces maisons qui ont été complètement dévorées par les flammes ? Quand on connaît la région, c'est peut-être encore plus dur, peut-être, de voir ces images terribles.
JEAN-PIERRE FARANDOUOui, c'est effectivement un territoire qui me parle, parce que j'ai appris à nager dans le lac de Lacanau, Moutchic, donc c'est vraiment des endroits que je connais bien. En plus, j'habitais à Bordeaux, mais pas très loin de l'ouest de Bordeaux, pour se diriger vers l'océan, donc je vois tout à fait. Et puis, j'ai une pensée pour les gens. Les gens d'abord, vous vous rendez compte, plus de 200 000 personnes qui ont dû être évacuées. Certains, d'ailleurs, reviennent dans leurs maisons aujourd'hui, à titre temporaire. Et parfois, il y a 240 maisons brûlées. D'ailleurs, j'ai la maison d'un ami qui a brûlé au Porsche, donc je vois tout à fait ce que ça veut dire. Donc une pensée pour ces gens très perturbés, très choqués dans leur vie. Bien sûr, une pensée pour les pompiers, les héros de la vie quotidienne, ces 3 000 pompiers qui se battent contre ce méga-feu avec quelques progrès.
JOURNALISTEOui, on parle d'un orage de feu. C'est ça qui est assez inédit. C'est qu'en fait, c'est ce méga-feu en question. Cet orage de feu, il y a des braises qui vont jusqu'à un kilomètre, qui se déplacent jusqu'à un, qui font des bonds d'un kilomètre. Donc c'est vrai que c'est quasiment du jamais vu. C'est une situation vraiment inédite.
JEAN-PIERRE FARANDOUCe n'était jamais arrivé en France. C'est très peu arrivé dans le monde. Je crois que c'est arrivé en Australie, c'est arrivé aux États-Unis. Il faut des coefficients de chaleur très importants. On appelle ça un pyrocumulonimbus, une espèce de nuage de chaleur intense qui déclenche ses propres éclairs, qui vont allumer d'autres feux, qui déclenchent ses propres vents, d'ailleurs. C'est pour ça que les pompiers sont très embêtés parce que les vents peuvent bouger, dont les stratégies de lutte contre les incendies doivent être remises en cause très rapidement. Je n'oublie pas non plus, bien sûr, les militaires mobilisés, les civils et puis tous ceux qui s'occupent aussi, tous ces bénévoles, tous ces élus locaux qui ont pris en charge ces gens qui étaient évacués. C'est vraiment une France qui se rassemble aussi. Vous voyez, de temps en temps…
JOURNALISTEQui peut parfois d'ailleurs être un peu toisée de haut par ce qu'on peut appeler les grands technocrates. Mais c'est vrai que là, c'est la France qui relève les manches et qui va aider son voisin. Et ça, c'est assez formidable de voir ces images aussi.
JEAN-PIERRE FARANDOUOui, d'ailleurs, vous l'entendez à mon accent, moi je suis plutôt de cette France-là, de la France des régions, la France de ceux qui bossent le matin, la France de ceux qui sont solidaires, la France qui se mobilise pour leur territoire. Ils sont amoureux de leur territoire, on parlait de ce territoire. Ils sont très fiers de leur territoire, ils sont très fiers de leur forêt, ils sont très fiers de leur plage, de leur dune, du mode de vie qu'ils ont aussi dans ces forêts-là. Ils se battent pour leur village, ils se battent pour leur écosystème. Et c'est tout ça qui compte. On voit cette solidarité énorme, les agriculteurs, les entreprises de BTP qui sont venues aider les pompiers, les gens qui se mobilisent pour apporter un manger à tous ces volontaires. Voilà, c'est la France qui se resserre. Et ça, c'est quand même aussi quelque chose qu'il faut souligner. Les Français sont capables de se serrer les coudes devant l'adversité. Voilà, il y a cet élément-là aussi que je voulais souligner.
JOURNALISTEJean-Pierre Farandou, vous êtes ministre du Travail et des Solidarités. Au-delà du drame humain et environnemental, il y a une autre bataille qui commence, c'est la bataille économique. Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, parle d'un véritable coup de tonnerre économique. C'est plus de 15 000 entreprises qui ont été évacuées. Il y a aussi tous ces campings qui sont désormais désertés. Qu'est-ce que vous leur dites ce matin ? Ils vont avoir besoin de l'État et potentiellement d'aide. Est-ce que vous allez faire quelque chose pour ces responsables de camping, par exemple, qui voient leur chiffre d'affaires baisser petit à petit et des annulations qui arrivent au compte-gouttes ? Le chiffre d'affaires, c'est terrible pour ces gens-là. Qu'est-ce que l'État va faire ?
JEAN-PIERRE FARANDOUBien sûr. Alors d'abord, c'est un travail en équipe. Le Gouvernement, c'est un travail en équipe. Moi, je suis au travail et aux solidarités. Les instruments que je mobilise pour les entreprises, c'est ce qu'on appelle l'activité partielle. C'est une prise en charge de 60 % du salaire pour que les salariés qui ne travaillent plus, ils n'ont plus de travail parce que leur entreprise a dû fermer.
JOURNALISTEComme on l'avait vu pendant le Covid.
JEAN-PIERRE FARANDOUVoilà, ou l'activité est trop réduite. On assure au moins 60 % du salaire pour les salariés. C'est important. Donc on aide les entreprises, finalement, à garder l'emploi, à garder les compétences parce que ça va s'arrêter. Donc l'activité, elle va repartir à un moment donné. Donc l'activité partielle est mise en place très rapidement pour les entreprises sinistrées, très rapidement aussi pour les entreprises évacuées puisque, je vais dire, pour ceux qui vont se déclarer au mois de juillet, il y a déjà 500 entreprises qui ont fait appel à ce dispositif. Les indemnités vont arriver début août. Donc ça va être très rapide, mobilisation en urgence pour que les entreprises puissent sauvegarder les salaires et les employés. Ça me paraît très important.
JOURNALISTEJ'étais avec un responsable de camping ce matin sur Europe 1 qui me parlait de la taxe de séjour. S'il n'y a plus personne dans le camping tout le mois de juillet, tout le mois d'août, ça va être dur aussi pour ces entreprises-là, cette activité-là de devoir payer des taxes. Les charges sont toujours là. Et il n'y a plus d'argent qui rentre pendant l'été. Comment vont-ils faire ? Est-ce que vous allez les aider aussi à ce niveau-là ?
JEAN-PIERRE FARANDOUAlors sur la trésorerie, puisque là, vous avez mentionné la trésorerie, côté ministère du Travail, ce que nous gérons, c'est les cotisations à travers les URSSAF. J'ai décidé, bien sûr, de demander aux URSSAF de décaler l'appel à cotisation. Donc jusqu'à 12 mois. Et j'ai demandé aux URSSAF, d'ailleurs locales, d'aller au-devant des entreprises pour qu'elles soient au courant. Non seulement on ne va pas attendre qu'elles nous le demandent, on va être proactifs. Donc ça aussi, on va le faire. Et puis n'oublions pas quand même les sujets de santé au travail. On a mis un guide pratique qui est sorti hier après-midi. On a écouté les entreprises et les syndicats lundi. On était à Bercy avec Roland Lescure. Et dès hier, en 24 heures, on a mis en ligne un guide pratique qui va donner toutes les bonnes recommandations parce que n'oublions pas qu'il y a aussi les particules. Donc il faut qu'on puisse protéger les salariés.
JOURNALISTE2 millions de masques FFP2 ont été distribués. C'est allé assez vite, d'ailleurs. Ils ont pu arriver sur place assez rapidement. Ça, c'est une bonne chose. En revanche, j'entendais un syndicat de pharmaciens qui disait qu'il n'y avait pas encore des masques, notamment des masques pour les enfants. Tout n'est pas absolument parfait. Mais vous avez raison de le préciser. Il y a des masques et il faut que les personnes les plus fragiles puissent les utiliser rapidement.
JEAN-PIERRE FARANDOUÇa, c'est vrai pour la population en général, bien sûr. Mais dans le monde du travail, quand vous travaillez en télétravail, d'abord, on recommande le télétravail au maximum. Si vous pouvez rester chez vous, c'est mieux. Travailler à l'intérieur, il n'y a pas de problème. Et pour les travaux à l'extérieur, dans les zones où il y a des fumées importantes, c'est les alertes météo autour des seuils d'alerte autour des particules, nous recommandons le port d'un masque FFP2. Après, c'est les chefs d'entreprise qui s'organisent. Et les pharmacies, comme vous l'avez dit, sont dotées de masques FFP2. Donc les entreprises pourront aller dans les pharmacies, se procurer les masques FFP2 et commencer à s'organiser pour que l'activité continue. Parce qu'on voit bien aussi que l'idée, en termes économiques, c'est de préserver l'activité au maximum.
JOURNALISTEIl y a quatre ans, malheureusement, c'était aussi un cauchemar à la Teste-de-Buch et à Landiras, mais l'activité économique avait pu reprendre. Donc tout n'est pas perdu. Monsieur le ministre, toutes ces aides sont évidemment indispensables, mais elles interviennent dans un contexte où les finances publiques sont sous très forte tension. Dans quelques semaines, le Gouvernement va présenter un budget. Ça va être difficile, ce budget 2027. Le sens du compromis, la Ve République n'est pas vraiment faite pour ça, mais il va falloir y arriver. On n'a pas vraiment d'autre choix. C'est ce que vous allez nous dire, j'imagine, ce matin sur CNews et sur Europe 1.
JEAN-PIERRE FARANDOUOui, parce que certains parlent, par exemple, vous savez, s'il n'y a pas de budget, qu'est-ce qui se passe ? On appelle ça une loi spéciale…
JOURNALISTETout à fait.
JEAN-PIERRE FARANDOU…Qui permet à l'État de fonctionner. Mais c'est une horreur totale, parce que cette loi spéciale, vous ne pouvez rien engager. Par exemple, moi, chez moi, je ne peux pas donner de l'argent à l'insertion. Je ne peux pas donner de l'argent aux missions locales. L'État est paralysé. Et le nouveau président ou la nouvelle présidente, dans cette hypothèse-là, devra travailler pendant plusieurs mois pour disposer d'un budget pour l'année 27. On va se retrouver au mois d'octobre. Ils ont déjà travaillé sur le budget 28. Donc c'est une horreur. Donc il faut vraiment qu'effectivement, on arrive à trouver des compromis sur le budget. Il faut doter la France d'un budget, budget pour l'État, budget pour la sécurité sociale, qui est très important aussi pour moi, parce que vous savez que je gère, par exemple, toutes les retraites. Voilà. Donc c'est très important. Donc on est en train de travailler un budget. C'est un budget courageux, parce qu'il va assumer bien sûr toujours la volonté de maîtriser la trajectoire et de baisser le déficit. Vous savez, on a trop de dettes dans ce pays. Il faut vraiment progressivement…
JOURNALISTE3 500 milliards de dettes.
JEAN-PIERRE FARANDOUC'est énorme. C'est-à-dire que les taux d'intérêt… Parce que comme tout le monde, quand un Français emprunte pour sa maison, on emprunte pour le pays, on doit payer les taux d'intérêt.
JOURNALISTEEt ce qui est catastrophique, c'est que les Français ne voient pas le bénéfice de leur travail, puisque l'argent que nous produisons, eh bien il paye les intérêts de la dette. Donc quand est-ce que nous allons avoir enfin le fruit de notre travail pour nos hôpitaux, pour nos pompiers, pour nos casernes ? C'est un vrai sujet. Est-ce que vous avez déjà commencé, d'ailleurs, je crois, à faire des économies en tant que ministre du Travail ? Parce que 3 500 milliards d'euros de dettes, on n'attend pas 2027. C'est maintenant vous, ministre du Travail, qui êtes au premier plan.
JEAN-PIERRE FARANDOUExactement. Vous savez, mon ministère est exemplaire. Je pense que je fais partie des ministères qui ont fait le plus d'économies. Certains me le reprochent, d'ailleurs, mais pas moi.
JOURNALISTELesquels ?
JEAN-PIERRE FARANDOUMoi, je suis… Parce qu'il y a toujours des… Alors lesquelles économies ? On fait des économies sur tous les dispositifs que nous déployons. Mais ce qui est très important, et ça, le Premier ministre m'a accordé… La seule demande que je lui ai faite, c'est de préserver la jeunesse. Et la jeunesse, c'est quoi ? C'est l'apprentissage et c'est les contrats de l'engagement jeune dans les missions locales, et France Travaille. Il m'a là accordé. Voilà. Donc je préfère faire des efforts ailleurs.
JOURNALISTEC'est une bataille gagnée pour vous.
JEAN-PIERRE FARANDOUC'est une bataille très importante parce que c'est l'avenir. La jeunesse, c'est l'avenir. Il ne faut jamais laisser tomber la jeunesse. Et moi, j'ai deux manières d'aider la jeunesse à s'insérer dans le monde du travail. C'est le dispositif de l'apprentissage, qui est une vraie réussite. Et là, on va stabiliser à la fois les aides aux entreprises et les coûts de formation pour former les jeunes. Et puis deuxièmement, vous savez, parfois, il y a des jeunes qui ont un peu de problème, vers 18-19 ans, qui se retrouvent dans des environnements sociaux un peu compliqués, un peu en échec scolaire. Eh bien, ils peuvent aller dans une mission locale. Et là, on va leur proposer un contrat d'engagement jeune. On les prend par la main. Et en 6 mois, en 8 mois, en 9 mois, on leur permet de s'insérer dans la vie professionnelle. Voilà. Et ça, je l'ai préservé. Je remercie le premier ministre d'avoir rendu cet arbitrage. Alors bien sûr, ça veut dire qu'il faudra faire des économies par ailleurs. Et moi, au total, c'est environ 2 milliards d'économies que je vais faire dans mon ministère. Même dans mon ministère proprement dit, il y aura moins d'effectifs. Donc on va jouer le jeu, vous voyez. Donc vraiment, je m'inscris dans cette trajectoire de gestion, de réduction, de mieux dépenser l'argent. Et moi, le critère, c'est qu'il faut que l'argent, pour être efficace, il faut qu'il permette le retour à l'emploi. Moi, je suis là pour aider les Françaises et les Français à trouver de l'emploi.
JOURNALISTEÀ chaque budget, c'est la même question. La gauche, c'est le concours Lépine de la taxe. Excusez-moi l'expression, mais à chaque fois, toujours plus taxer. On paye beaucoup d'impôts en France déjà. On est l'un des pays qui payent le plus d'impôts. Et puis il y a la droite qui dit "Attention, on dépense peut-être mal et on dépense trop". C'est sur les dépenses qu'il va falloir faire attention sur ce budget 2027, Monsieur le ministre, plus que sur les taxes ?
JEAN-PIERRE FARANDOUOui. Le premier ministre a été très clair. Il a dit qu'il faut engager la construction de ce budget sans impôts supplémentaires. C'est très clair. Donc ce n'est pas sur les impôts qu'on va aller. On va aller sur les économies et l'efficience. Moi, je suis beaucoup là-dessus. Et je suis même sur la lutte contre la fraude. L'efficience, c'est faire en sorte que quand les gens fraudent et trichent avec l'argent public, c'est le cas d'ailleurs dans l'apprentissage, on a parfois des organismes de formation qui ne sont pas corrects, qui ne sont pas réglos, on n'hésite pas à les fermer carrément. Donc, je crois qu'il faut être très clair. Efficience de l'argent public qui peut aller jusqu'à la fermeture d'organismes de formation frauduleux.
JOURNALISTEJe voulais qu'on parle également, Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, du chômage. Le nombre de chômeurs en catégorie A inscrit à France Travail a augmenté de 0,8 % sur un trimestre et de 3,1 % sur un an. C'était un engagement, ça, du chef de l'État, Emmanuel Macron. Il voulait, encore, si c'était possible, qu'on se retrouve dans une situation de plein emploi. On en est loin. Comment faire pour vraiment faire inverser la courbe ? C'est ça aussi l'un des grands enjeux de la présidentielle.
JEAN-PIERRE FARANDOUOui. Alors bien sûr, c'est ma bataille. La bataille pour l'emploi, c'est ma bataille. Alors les chiffres, il faut être clair. Le chômage, il est autour de 8 %. Bon, voilà. Alors vous savez, en France, il n'a été que 6 fois en dessous de 8 % en 40 ans. Donc ça fait longtemps qu'on a des sujets de chômage un peu structurés dans ce pays. Et d'ailleurs, il y a eu des enquêtes qui ont démontré qu'il y a eu une baisse structurelle du chômage depuis les précédents gouvernements. Donc, on a réussi à le baisser quand même. Alors c'est un peu compliqué parce que l'environnement économique, il n'est pas facile.
JOURNALISTEOn vous l'a reproché, justement, aussi, d'aller faire un peu la chasse à ceux qui ne travaillent pas, justement, parce que cette chasse aux personnes qui cherchent du boulot, ça a été aussi un peu une polémique un temps. Oui. Pour moi, les choses sont claires.
JEAN-PIERRE FARANDOUAlors pour revenir à France Travail, ce n'est pas le chômage, c'est les inscrits à France Travail. C'est une bonne nouvelle parce que ça augmente, parce que ça veut dire, comme vous le dites, qu'on va chercher tous ceux qui sont potentiellement en capacité d'avoir un emploi. Voilà. Donc on a la baisse.
JOURNALISTEIl y a des emplois en France. C'est ça aussi.
JEAN-PIERRE FARANDOUEt il y a des emplois en France qui ne sont pas couverts.
JOURNALISTEOn se souvient de cette phrase d'Emmanuel Macron, qui avait dit… Alors ça avait fait la polémique : "Vous traversez la rue, vous aurez du boulot". Mais au-delà de la polémique, il y avait ce constat de dire qu'il y a des emplois en France, mais comment faire… S'ils ne sont pas pourvus, ces emplois en question, comment on fait pour donner envie aux Français d'aller les chercher, ces emplois ?
JEAN-PIERRE FARANDOUBien sûr. Vous avez raison. Par exemple, dans les secteurs souverains, et c'est une très bonne nouvelle, qu'il y ait d'ailleurs la stratégie du président de la République de relance par exemple de la défense ou de relance du nucléaire, ces entreprises-là, elles recrutent. C'est des beaux emplois dans l'industrie, très bien payés, très bien rémunérés, avec des prédictions de carrière qui ont beaucoup de sens parce que vous aidez la France. Quand vous travaillez dans le nucléaire ou quand vous travaillez dans un emploi de défense, c'est la France que vous aidez à faire face aux grands défis du monde. Voilà. Et ce sont au passage des emplois ouverts aux garçons et aux filles. Il n'y a plus d'emplois genrés. Moi, je dis aux jeunes filles : "Dirigez-vous aussi vers l'industrie. Il y a des très beaux emplois pour vous". Et moi, je me décarcasse là-dessus. J'ai même recruté une générale, la générale Vitte, pour faire le lien entre le monde du travail France Travail et le monde de la défense. Et ça marche. On est en train… Par exemple, dans le Var, on a signé une feuille de route qui va permettre d'apporter à toute l'industrie de la défense liée à la marine tous les salariés, toutes les compétences dont ils ont besoin en mobilisant les centres d'apprentissage, en mobilisant l'université. On va créer une école d'ingénieur supplémentaire à Toulon. Voilà, c'est une mobilisation générale pour l'emploi. C'est exactement ce qu'il faut faire. Et dans ce cas-là, tout le monde va trouver du boulot. Les jeunes, les moins jeunes, les seniors en deuxième partie.
JOURNALISTEIl y a de l'espoir. C'est ce que vous nous dites ce matin. Il y a de l'espoir. On va y arriver.
JEAN-PIERRE FARANDOUBien sûr, il y a de l'espoir parce qu'il y a des opportunités. Il faut s'organiser, il faut se mobiliser, il faut donner les bonnes informations à la jeunesse pour qu'elle s'oriente vers les secteurs où il y a du travail. Et il y a beaucoup de secteurs en France où il y a du travail.
JOURNALISTEIl y a aussi des chefs d'entreprise qui nous écoutent qui aimeraient payer leurs salariés un peu plus. Et d'ailleurs, ça revient dans la campagne présidentielle, notamment chez David Lissnard de Nouvelle Énergie, qui dit que les entreprises, elles payent trop de charges. Elles aimeraient payer plus, mais elles n'y arrivent pas. Qu'est-ce que vous pouvez dire ce matin sur CNews et sur Europe 1 aux chefs d'entreprise qui aimeraient payer un peu plus leurs salariés mais qui n'y arrivent pas parce qu'ils sont abattus par les charges qui leur tombent dessus à chaque fois ? Est-ce qu'on peut baisser ces charges-là ?
JEAN-PIERRE FARANDOUAlors c'est un vrai sujet. Alors il faut comprendre d'où viennent ces charges. Déjà, ne regardez pas plus tard qu'hier. Ces charges, c'est des cotisations. Qu'est-ce que c'est ? Les cotisations patronales, cotisations salariales. C'est ce que les Français payent pour justement leur retraite, la santé, l'autonomie. C'est un système d'assurance, d'assurance sociale complété par les patrons. Vous savez que là, aujourd'hui, quand vous additionnez le tout, on est entre 40 et 60 %, donc c'est énorme. Après-guerre, quand la Sécurité sociale a été créée, vous savez combien c'était ? 16 %. On a fait presque fois 3. Donc forcément, il y a problème. Donc effectivement, c'est un sujet. Mais alors bien sûr qu'il faut… L'idée, elle est simple, baisser les cotisations. Mais ça, c'est de l'argent. Donc il faut le trouver ailleurs. Je pense que la première chose à faire, c'est déjà tenir la dépense quand même, tenir la dépense, voire la réduire. C'est pour ça qu'il faut une réforme pour les retraites. C'est pour ça qu'il faut une réforme dans la Sécurité sociale, dans le financement de la Sécurité sociale. Et ensuite…
JOURNALISTESur les retraites, je me permets, il faut aller jusqu'où ? Parce que cette réforme des retraites, elle a été… Certains peuvent le regretter, mis un peu en suspens en attendant la présidentielle. Il faut travailler jusqu'à quel âge ? 67, 68 ? 69 ?
JEAN-PIERRE FARANDOULà-dessus, moi, j'ai lancé une conférence sociale autour des retraites qui fonctionne bien, qui a démarré en octobre, qui est terminée. Le rapport sera entendu en septembre. On va entendre la sortie du rapport. Et à ce moment-là, je donnerai mes commentaires. Pour le moment, je joue le jeu. Je laisse cette conférence aller à son terme, présenter ses propres conclusions. Je les commenterai, bien sûr, quand elles seront connues en septembre. Mais on voit bien. On voit bien les idées, quand même. On voit à peu près où ça se passe. Voilà. Donc je pense qu'il faut effectivement mettre en place des réformes pour tenir la dépense, voire la réduire, sur les deux grands postes que sont la santé et que sont les retraites. Et ensuite, il faudra effectivement réfléchir. Moi, je suis favorable aux réflexions qui consistent à baisser les cotisations. Mais dans ce cas-là, il faudra trouver d'autres formes. Et ça sera la fiscalité. Ne faut pas rêver. C'est ou les salariés qui cotisent et les entreprises qui cotisent, ou c'est la fiscalité. Mais je le redis, avec une première étape où il faudra baisser au maximum les dépenses.
JOURNALISTEPeut-être que c'est une bonne solution, puisque ça peut redynamiser aussi l'économie. J'avais noté également, je voulais vous faire réagir sur ce chiffre, 47 % de Français payent un impôt sur leur revenu. Ne faudrait-il pas, Monsieur le ministre, peut-être à une échelle minime, mais que tout le monde paye un petit peu d'impôt sur le revenu, même ceux qui ne travaillent pas, juste d'un point de vue idéologique ? Est-ce qu'il ne faudrait pas harmoniser les choses à ce niveau-là ?
JEAN-PIERRE FARANDOUJe suis assez sensible à ce que vous dites, parce que je suis ministre du Travail. Les solidarités, ça va dans les deux sens. Il faut bien sûr aider les gens les plus démunis. Et ça fait partie de nos valeurs. Et on continuera à le faire. Il faut continuer à le faire. Mais il faut que tout le monde participe. Il faut être solidaire de son pays, quelque part. Donc je pense que c'est une idée effectivement intéressante. Rappeler quand même qu'au-delà de l'impôt sur le revenu, les TVA, tout le monde la paye. Donc il y a aussi d'autres formes de fiscalité, peut-être moins visibles. Dès que vous achetez quelque chose, en fait, vous avez les TVA dedans. C'est une forme aussi de participation à l'effort de la finance publique.
JOURNALISTEParce qu'il y a beaucoup de personnes qui se lèvent très tôt le matin, qui partent au boulot, qui finissent très tard le soir, qui gagnent le SMIC. Et c'est une réalité qui, parfois, voit des gens qui ne travaillent pas, qui gagnent autant, si ce n'est, voire plus. Et ça, on peut les comprendre, c'est exaspérant. Il faut que le travail, la valeur travail paye davantage pour donner aussi envie à ceux qui ne travaillent pas d'aller le matin et de se dire "Moi, je vais trouver du boulot parce que c'est intéressant, je vais gagner plus". Il faut leur donner envie d'aller bosser.
JEAN-PIERRE FARANDOUOui, la valeur travail, elle est fondamentale. Il faut y faire attention. Elle a pu être abîmée de temps en temps. Il faut faire attention. Moi, je suis, vous l'avez compris, très favorable à leur travail. Je pense que je l'ai incarné moi-même dans tout mon parcours. Je pense avoir beaucoup travaillé. Et donc, vous avez avec le ministre du Travail, quelqu'un qui sait ce que c'est que le travail, qui croit au travail et à l'apport du travail, qui est très important. D'abord, le travail crée les richesses. Et les richesses, il faut les créer d'abord avant de les partager. Et c'est le travail qui les crée. Et puis le travail, c'est une forme d'émancipation, c'est une forme d'utilité sociale qui est fondamentale. Et une forme de réalisation personnelle. Donc je crois au travail, bien évidemment. Et vous avez raison, il faut que le travail paye. Il faut que le travail paye plus que le non-travail. Je suis d'accord avec ça. D'ailleurs, on avait préparé un projet de loi, je ne sais pas si on aura le temps, de le passer à l'Assemblée. Mais il est quasiment prêt. On l'a travaillé. Il est passé au Conseil d'État pour justement faire en sorte qu'il y ait une incitation au travail. Et dans les principes, par exemple, de ce projet de loi, on voulait dire, voilà, dans un foyer, un foyer où il y a du travail doit gagner un peu plus qu'un foyer où il n'y a pas de travail. Voilà. Donc c'est ça.
JOURNALISTECe projet de loi en question ne sera pas présenté, on l'imagine, à la fin de l'estival.
JEAN-PIERRE FARANDOUNon, je ne pense pas. Mais en tout cas, ça veut dire que l'idée est là, le débat est là, le débat politique est là. On est prêts à l'avoir. Et moi, je pense qu'il faut trouver des équilibres. Là aussi, il faut aider ceux qui sont vraiment dans le besoin. Il faut leur tendre la main dès lors qu'ils font l'effort de revenir vers le travail. Et deuxièmement, il faut aussi, bien sûr, qu'il y ait une incitation au travail. Il faut trouver des équilibres entre les deux projets.
JOURNALISTEJean-Pierre Farandou, vous êtes ministre du Travail et des Solidarités. Vous avez été aussi le patron de la SNCF. Et la SNCF, c'est tombé… Les chiffres sont tombés, là, qui dégagent un profit record de 1,2 milliard d'euros au premier semestre. Et c'est important parce qu'il y a le grand chassé-croisé juillettiste aoûtien qui arrive. Les gens prennent de plus en plus le train, beaucoup le train, mais trouvent que les billets sont toujours trop chers. Comment faire à un moment donné ? Est-ce que c'est possible que ces billets de train baissent au vu des records incroyables que la compagnie vient d'avoir ?
JEAN-PIERRE FARANDOUJe crois d'abord qu'il faut se réjouir qu'une grande compagnie nationale comme la SNCF soit performante. Voilà, on parle d'entreprise. C'est une entreprise, la SNCF. Certes, une entreprise publique, la partie en français, mais c'est une entreprise. Et ce milliard dégagé, il va être réinvesti. Il ne rentre pas dans la poche d'actionnaires privés. Il est réinvesti notamment sur le réseau ferroviaire national, qui en a bien besoin. Il est réinvesti dans l'achat de TGV neufs, qui va enfin arriver pour avoir plus de capacités, ce qui permettra d'ailleurs peut-être de baisser les prix quand il y aura plus de capacités. Et il sera réinvesti dans la qualité de service. Donc c'est une très bonne nouvelle qu'une grande entreprise publique comme la SNCF gagne de l'argent parce que ça va permettre de rénover le système ferroviaire français dans toutes ses composantes. Donc c'est une très bonne nouvelle.
JOURNALISTEOn doit conclure, Jean-Pierre Farandou, juste un mot. Vous êtes au Gouvernement, certes, mais 2027 arrive très vite. Est-ce qu'il y a déjà peut-être une personnalité qui se dégage, selon vous, pour relever la France ? On a parlé du budget, on a parlé du déficit. Est-ce qu'il y a déjà quelqu'un en tête ?
JEAN-PIERRE FARANDOUVous savez, pour le moment, le ministère du Travail et de solidarité, il a de quoi faire. On enchaîne les crises depuis le début de l'année. Il y a eu Ormuz, il y a eu la canicule, et j'ai beaucoup travaillé sur la santé au travail des salariés dans ces périodes de grande chaleur. Maintenant, on a les incendies. À la rentrée, vous l'avez compris, j'ai les budgets. Pour le moment, le ministère du Travail, il est tout à sa tâche pour répondre aux enjeux des Français.
JOURNALISTEEt on aura votre candidat sûrement en septembre, à la rentrée, celui auquel vous pensez en tout cas.
JEAN-PIERRE FARANDOULe moment venu.
JOURNALISTEMerci Jean-Pierre Farandou, merci d'avoir été avec nous. Bonne journée.
JEAN-PIERRE FARANDOUMerci beaucoup.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 30 juillet 2026
La source —
vie_publique · nº 304225
Fichier d'origine conservé
Ce texte n'a été ni résumé ni corrigé