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30 juillet 2026 · Gouvernement · France Inter · discours Discours

Interview de M. Roland Lescure, ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, à France Inter le 30 juillet 2026, sur la croissance économique, les conséquences économiques des incendies de forêt, les véh

Roland Lescure (auteur), Alexis Morel (intervenant)

ALEXIS MORELBonjour Roland Lescure. ROLAND LESCUREBonjour. ALEXIS MORELMinistre de l'Economie, des Finances, de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, avec nous ce matin pour réagir notamment au tout dernier chiffre de la croissance tombé il y a quelques minutes, avec un rebond surprise de 0,2% au second trimestre, on va y revenir. Mais d'abord évidemment, ce qui nous occupe cette semaine, ces incendies gigantesques, puisque juste après cet entretien, vous organisez à Bercy une nouvelle réunion de crise, car c'est aussi une catastrophe économique, particulièrement en Gironde. Est-ce que vous arrivez à l'estimer un peu plus précisément aujourd'hui ? ROLAND LESCUREAlors, c'est encore trop tôt pour avoir des chiffres précis, mais on suit les choses de très près. Je peux vous dire par exemple que jusqu'à hier, il y avait 23 000 établissements qui avaient été fermés, qui avaient été évacués, et on commence à retrouver des gens qui retournent au travail, donc on a maintenant 19 500 donc ça veut dire à peu près 4 000 établissements rouverts. D'un point de vue très concret pour les salariés, ça veut dire qu'on avait un peu plus de 80 000 salariés - 82 000 salariés - qui étaient empêchés d'aller travailler, on est désormais à 61 500, donc il y a 20 000 salariés aujourd'hui qui retournent au travail. Donc, c'est une bonne nouvelle évidemment, et ça montre surtout - il ne faut pas l'oublier - que le feu, je dirai, commence à être maîtrisé. On sait bien qu'il est loin d'être éteint, mais il est maîtrisé et on peut - et c'est évidemment ce qu'on cherche à faire dès que possible en toute sécurité - autoriser les gens à retrouver leur travail, leur maison, leur vie normale si je puis dire. ALEXIS MORELMalgré tout, il y a des entreprises qui vont rester durablement impactées, on pense aux secteurs touristiques dans la région, pour qui la saison est peut-être foutue. Pour l'instant, vous avez annoncé principalement du chômage partiel. Est-ce que c'est suffisant ? Est-ce que vous êtes prêt à prendre d'autres mesures pour les secteurs vraiment les plus touchés ? ROLAND LESCUREAlors, la priorité des priorités à court terme, c'est de s'assurer que les entreprises restent en vie. Donc le chômage partiel, qui est payé par l'Etat je le rappelle, ça permet de payer les salariés qui ne peuvent pas travailler. On a aussi des opérations de trésorerie, c'est-à-dire que vous pouvez vous rapprocher de l'URSSAF, des impôts, pour reporter vos échéances et les payer plus tard. Donc d'abord, objectif numéro un : préserver la trésorerie des entreprises, et je dirais que pour ça, on a besoin de tout le monde. Les banques notamment - un certain nombre d'entre elles, pas toutes, donc je les appelle à toutes le faire - se sont engagées à aider les entreprises pour décaler les échéances de prêts, pour les aider dans leurs prêts de trésorerie. La Société Générale l'a annoncé, le Crédit Agricole l'a annoncé, la BPCE l'a annoncé, il faut que tout le monde le fasse. Ensuite, il faut qu'on évalue l'impact économique, et là aussi, il faut que tout le monde fasse son travail. Donc, les assureurs se sont engagés, d'abord à décaler les dates de déclaration de sinistre, on va payer les frais de relogement... ALEXIS MORELEst-ce qu'on peut garantir des expertises rapides ? ROLAND LESCUREVous avez raison, c'est essentiel. Le sujet majeur quand vous avez des dégâts, c'est qu'il faut que ça aille vite : il faut que les expertises aillent vite, il faut que les dédommagements aillent vite. Pour le reste, on va examiner tout ça de très près et on va évaluer l'impact, certains sont assurés. Moi, ce qui me frappe depuis une semaine, c'est que la question qu'on me pose le plus, ce n'est pas : " Qu'est-ce que vous allez faire pour nous aider ? ", c'est : " Qu'est-ce que je peux faire, moi, pour aider ? ". Il y a un élan de solidarité exceptionnel. J'ai entendu tout à l'heure Maurice Lévy sur une autre antenne annoncer que, il est aujourd'hui PDG de Pages Jaune - une entreprise aujourd'hui qui aide les entreprises locales à se numériser - il a dit : Je « Je lance un fonds et je matcherai un euro pour un euro tous les dons qui seront faits pour aider les entreprises sur le terrain ». Et ça, là encore, c'est exempté d'impôt. ALEXIS MORELMais ça ne remplace pas le soutien de l'Etat, vous l'avez peut-être entendu et vous allez l'entendre lors de votre réunion tout à l'heure. Localement, on vous demande aussi des mesures type Covid, des prêts garantis par l'Etat, une prise en charge à 100% du chômage partiel. Est-ce que ça, c'est envisageable ou est-ce que vous dites qu'aujourd'hui on n'a plus les moyens de faire ça ? ROLAND LESCUREAlors, d'abord, on n'est pas dans le Covid, évidemment, et heureusement... ALEXIS MORELC'est localisé, certes, mais... ROLAND LESCUREC'est localisé dans l'espace et dans le temps. On espère que ça va durer quelques jours, là où le Covid a duré deux ans. Deux, vous dites : " Prise en charge du chômage partiel à 100 % au niveau du SMIC ", c'est déjà le cas. Donc, aujourd'hui, l'Etat prend en charge les petits salaires totalement, et les salaires élevés à plus de 60%. Donc, on a déjà une mobilisation de l'Etat qui est très forte. Par ailleurs, moi, je souhaite fédérer toutes les initiatives, car il y a beaucoup de questions très concrètes sur ce que les entreprises peuvent faire. Donc, on a sur notre site internet economie.gouv.fr l'ensemble des informations disponibles, y compris sur les fonds de solidarité dont je parlais. Le Medef envisage de faire des choses, les chambres de commerce sont très actives. Donc, un, fédérer toutes les initiatives, ensuite, on va analyser en détail l'impact, et évidemment, l'Etat sera aux côtés des sinistrés, notamment des entreprises sinistrées. Le sujet majeur, par exemple, sur le tourisme, vous le disiez : il faut qu'on aide la trésorerie, il faut qu'on passe ces quelques jours. Mais ensuite, il faut qu'on puisse relancer le tourisme dans la région. Chaque secteur aura ses préoccupations. Le commerce, l'alimentation, le tourisme, ce n'est pas la même chose. Donc, il faut qu'on travaille. C'est la raison pour laquelle on fait ces réunions de crise, pour écouter les demandes. On va rentrer tout ça… ALEXIS MORELParce que le tourisme, par exemple, a des spécificités. Les saisonniers, les contrats saisonniers... On a entendu ce matin, dans la matinale d'Inter, des saisonniers qui n'ont plus de contrat, qui n'ont plus rien. ROLAND LESCUREAlors, je vous affirme, et je vous informe, du fait qu'un saisonnier qui a signé son contrat a droit au chômage partiel. Donc, le sujet, c'est peut-être ce qui était prévu d'arriver. ALEXIS MORELLes contrats à venir, au mois d'août ? ROLAND LESCUREOui, on verra. Ceux qui arrivent le 15 août, j'espère que tout ira bien, et qu'ils pourront aller faire les vendanges, les récoltes, ou pourquoi pas, le tourisme. On a beaucoup été interpellés depuis lundi, on a fait des réunions de crise tous les jours, sur le sujet des indépendants. Vous êtes infirmière, vous êtes prof de yoga indépendant, kiné... La Sécu des indépendants, pour simplifier, l'assurance sociale des indépendants a annoncé qu'elle allait jusqu'à 8 000 euros d'indemnisation pour les indépendants. En général, ils s'arrêtent à 2 000. Donc, aujourd'hui, moi, ce qui me frappe, c'est le mouvement de solidarité, à la fois des institutions publiques et privées. Il faut que tout le monde se serre les coudes face à ça. Et j'entends bien, ici ou là, ceux qui cherchent des controverses, ceux qui cherchent à nous diviser. Mais moi, ce que je vois sur le terrain - on leur parle tous les jours - c'est vraiment une volonté de travailler ensemble. Donc, l'Etat est au rendez-vous, il va continuer à l'être, mais, moi, ce qui me frappe, c'est que tout le monde est au rendez-vous, qu'aujourd'hui, face à cette catastrophe, on est prêts à se serrer les coudes. C'est ce que la France a de meilleur. ALEXIS MORELAlors, cas très concret, on a, au standard, une commerçante girondine, je crois. Bonjour, Alexandra. ALEXANDRA, COMMERÇANTE GIRONDINEOui, bonjour. ALEXIS MORELVous êtes directement concernée ? ALEXANDRAOui, je suis sur Lège-Cap-Ferret. Donc, moi, j'ai deux instituts de beauté : malheureusement, un qui a ouvert le 1er juin sur Lège-Bourg, et l'autre qui est à Petit Piquey, qui est ouvert depuis quatre ans. Et donc, du coup, pas de travail, cinq collaboratrices qui restent sur le carreau. Un contrat saisonnier, le chômage partiel, c'est très très bien, mais ma collaboratrice, là, sur la dernière semaine de juillet, a perdu 130 euros sur son salaire. ALEXIS MORELMerci, Alexandra. Roland Lescure, comment on répond très concrètement ? ROLAND LESCUREDe manière très concrète, les cinq salariées à temps plein, plus la saisonnière, ont droit au chômage partiel. Donc, je suis étonné qu'elle ait perdu de l'argent, parce que, normalement, pour les petits salaires - et j'imagine que c'est un petit salaire - la compensation est à 100%. Donc, si vous voulez bien, vous nous donnerez les coordonnées d'Alexandra, et on la fera rappeler pour s'assurer qu'elle a bien toute l'information. Ensuite, évidemment, ça veut dire une semaine, peut-être quinze jours... j'espère que l'établissement à Lège-Cap-Ferret va pouvoir rouvrir rapidement, et il faudra qu'on regarde comment on peut les aider à passer ce moment difficile. Mais vous voyez, entre un cabinet d'esthéticienne, un grand centre commercial ou un camping, les situations sont très différentes. Donc, moi, je m'engage aujourd'hui devant vous à tout faire pour qu'on traite les situations, au cas par cas, de manière efficace. ALEXIS MORELOn a Etienne, sur l'appli Radio France, qui rejoint un peu ma question tout à l'heure, sur l'époque Covid, qui dit : pourquoi ne pas mettre en place un « quoi qu'il en coûte », très temporaire, pour ce département de la Gironde ? ROLAND LESCUREMais parce que les situations sont très différentes. Indépendamment du fait - et tout le monde le sait aujourd'hui - que franchement, le ministre de l'Economie et des Finances n'a plus beaucoup d'argent. Mais aider ceux qui sont en première ligne, qui sont plus affectés, comme Alexandra, oui. Arroser de manière indéfinie des gens qui souffrent, et des gens qui, il faut le reconnaître, souffrent moins, ça ne serait pas raisonnable aujourd'hui. Je pense que tout le monde peut comprendre que face à cette situation exceptionnelle, il faut des dispositifs exceptionnels, mais bien ciblés, qui sont adaptés aux situations des uns et des autres. Je pense que c'est du bon sens. ALEXIS MORELOn a donc ces incendies qui sont plus violents, qui sont plus massifs, qui sont bien plus répandus sur le territoire aussi, ça c'est la nouvelle donne. En face, on a des moyens de riposte qui ne suivent pas, Roland Lescure. ROLAND LESCUREAlors, moi je ne veux surtout pas rentrer dans les controverses, et je comprends que quand on est face aux incendies, y compris les sapeurs-pompiers qui sont en première ligne, ils puissent s'interroger sur les moyens. On a déjà eu l'occasion - le président de la République, le ministre de l'Intérieur, le Premier ministre - de répondre sur les moyens qui ont été engagés depuis dix ans. Mais ce qui est vrai, en revanche, c'est que les dix ans qui viennent, visiblement, vont être différents des dix ans qui viennent de s'écouler. ALEXIS MORELIl faut passer à l'échelle supérieure. ROLAND LESCUREEt donc, il faut changer d'échelle, mais pas seulement, je dirai, dans la protection face aux incendies, mais surtout dans l'adaptation. Le Premier ministre l'a annoncé hier, demande à Monique Barbut - et évidemment, en tant que ministre de l'Economie et des Finances, je vais y être associé - de travailler sur un changement d'échelle sur l'adaptation. On a parlé des clim, on a parlé de la prévention, on a parlé de la lutte contre le changement climatique, sur lequel on a fait beaucoup de progrès en France. On a toujours tendance à se battre la coulpe : les émissions de gaz à effet de serre françaises, elles ont diminué de 25% depuis dix ans. Malgré ça, on a eu de la croissance. On a fait des choses. Mais il va falloir changer d'échelle. ALEXIS MORELOui, spécifiquement sur la lutte contre les incendies, vous savez, cette lutte, elle est essentiellement financée par les départements, à travers les Services départementaux d'incendie et de secours (SDIS). Ça leur coûte six milliards par an. Les moyens de la Sécurité civile, aujourd'hui, c'est moins d'un milliard, même s'ils ont progressé sur le quinquennat. Ils sont à 800-900 millions. Il y a bataille de chiffres. Les départements, aujourd'hui, ils nous disent qu'il faut revoir ce financement. On ne pourra pas assumer ça tout seul. ROLAND LESCURENon, mais je pense que le Premier ministre travaille sur un texte permettant peut-être d'intégrer l'impact de ces incendies historiques, exceptionnels. Il ne faut pas donner l'impression qu'on est dans un été normal, il est totalement aberrant. Le risque, évidemment, c'est que ça se reproduise. Mais les départements, ils sont en grande partie aussi appuyés par des financements de l'Etat. Il ne faut pas donner l'impression que les collectivités locales sont autonomes aujourd'hui. On les aide beaucoup. Et j'allais dire que c'est normal, mais il y a un certain nombre de dépenses des régions, des départements, des communautés de communes et des communes qui sont financées par des transferts de l'Etat. On parle souvent de la TVA, il y a une très large partie des recettes de TVA qui sont aujourd'hui transférées aux collectivités locales. Et c'est très bien qu'il y ait des politiques locales. Que les Services Départementaux de Sapeurs Pompiers soient financés localement, ça a du sens, parce que là encore, les enjeux ne sont pas les mêmes en Alsace-Lorraine, dans la forêt de pins des Landes ou en Provence-Alpes-Côte d'Azur, où il y a évidemment des incendies plus fréquents. Donc moi, je crois à la responsabilisation des acteurs locaux. Il faut réfléchir à l'organisation de tout ça et aux moyens. Mais je souhaite éviter des controverses vraiment déplacées alors qu'aujourd'hui, tous les habitants de la région sont en première ligne. Et évidemment, en première ligne de première ligne : les sapeurs-pompiers. Il faut intégrer les conséquences de cette crise. L'enjeu à court terme, c'est de la gérer. C'est de s'assurer que les feux soient éteints. ALEXIS MORELAlors là, il y a l'urgence. Mais ce qui nous frappe aussi - on le voit sur les feux, on l'a vu sur les canicules - c'est que tout ça met des secteurs entiers à l'arrêt. Les canicules, elles font fermer des écoles, arrêter les trains. Donc on est dans une économie qui est encore très peu résiliente, en fait, face à ce changement climatique. Une journée de canicule, c'est l'équivalent d'une demi-journée de grève, selon une Allianz Trade. ROLAND LESCUREÇa, c'est une comparaison bien française. Moi, je me souviens de Christophe Béchu, ministre de l'Écologie, il y a trois ou quatre ans, qui souhaitait lancer un grand plan d'adaptation pour que la France s'adapte à une planète à plus quatre degrés. On lui avait ri au nez. Les écologistes avaient dit : " C'est scandaleux, il faut arrêter de baisser la garde face au changement climatique ", etc. La réalité, c'est qu'il avait raison. Il faut aujourd'hui, à la fois, lutter contre le réchauffement climatique - et franchement, on l'a fait, moi je l'ai fait comme ministre de l'Industrie, on a des baisses historiques d'émissions de gaz à effet de serre dans l'industrie - mais il faut aussi qu'on adapte la France à ces enjeux. Y compris d'ailleurs - parce qu'on parle beaucoup d'argent - mais installer une clim en France, c'est un cauchemar administratif. Pour une entreprise qui veut climatiser son bâtiment qui date d'il y a vingt ou trente ans, c'est compliqué. Pour une copropriété, c'est compliqué. Vous vous baladez dans un village en Espagne, ce n'est pas très beau, mais vous avez des unités de clim un peu partout, sur les balcons. En France, c'est très compliqué. Donc tous ces sujets, oui de financement, mais aussi d'adaptation de nos normes à une nouvelle réalité, y compris le temps de travail - on sait bien qu'en Espagne, le temps de travail est différent. Il y a plein de choses à faire. Et on est prêts à le faire. Et si on peut le faire ensemble, plutôt qu'en se divisant, je pense qu'on aura gagné. C'est un phénomène global. ALEXIS MORELVous disiez : des moyens pour s'adapter, pour lutter contre le changement climatique. Est-ce que ça se reflétera à la rentrée dans vos choix budgétaires ? ROLAND LESCUREAlors, dans la lettre de mission qu'a confiée le Premier ministre à Monique Barbut hier, il lui indique qu'il faut effectivement revoir sans doute des priorités. Alors elle l'a déjà annoncé, le Fonds vert sera porté à un milliard d'euros. Je rappelle que le Fonds vert, c'est nous qui l'avons créé. C'est déjà cinq milliards d'euros qui ont été dépensés en trois ans pour aider les communes à s'adapter. Mais il faut effectivement revoir les priorités. C'est l'objet de la mission qu'il lui a confiée. On souhaite pouvoir, à la rentrée, présenter un plan, en fait, d'accélération. Parce qu'il ne faut pas donner l'impression qu'on ne fait rien. On a déjà une Stratégie nationale bas carbone, d'adaptation. Il faut l'accélérer. Il faut tenir compte des leçons de cet été. ALEXIS MORELMais donc, les crédits du ministère de la Transition écologique ne sont pas rabotés comme la plupart des ministères ? ROLAND LESCURENon, ça a déjà été annoncé. Ça fait partie des trois priorités. Avec évidemment la Défense : on a la guerre aux portes de l'Europe et un conflit géopolitique extrêmement risqué. L'Enseignement supérieur, la recherche, l'école et l'écologie sont les trois priorités du Gouvernement pour 2027. ALEXIS MORELAlors, contexte budgétaire, contexte économique, cela nous amène à l'autre information de cette matinée. Donc les chiffres de la croissance pour le deuxième trimestre, c'est-à-dire en plein pendant la guerre au Moyen-Orient et la crise énergétique : plus 0,2%. Après le repli du premier trimestre, comment vous réagissez ce matin ? ROLAND LESCUREAlors, c'est une bonne nouvelle. Ça prouve que face à des vents contraires - et on n'en manque pas ces temps-ci - l'économie française a résisté. Et ce n'est pas totalement par hasard. Quand vous regardez la composition de la croissance, la consommation des ménages a remonté. La consommation d'automobiles a remonté. On a moins consommé d'essence et on a acheté plus de véhicules, et notamment de véhicules électriques. Ça fait des mois, des années, qu'on aide les véhicules électriques en France. En plus, ça tombe bien, ils sont produits en France, produits en Europe. Aujourd'hui, on vend plus de véhicules électriques que jamais auparavant. Et je vous fais une annonce de plus. Au mois de juillet, on a relancé ce qu'on appelle le « leasing social ». ALEXIS MORELTroisième vague. ROLAND LESCURETroisième vague. En deux semaines, on a près de 20 000 commandes. Pour être précis, 19 500 commandes de véhicules électriques qui vont venir renforcer le parc, renforcer la résilience. ALEXIS MORELDonc 20 000 sur les 50 000 annoncées. On va arriver très vite au plafond. ROLAND LESCUREOn arrive très vite au plafond. On a lancé une deuxième vague de 50 000 pour les aides à domicile, ceux qui utilisent leur véhicule de manière importante. Parce qu'on sait bien que face à la crise en Iran, il y en aura d'autres, il faut électrifier, accélérer l'électrification. Donc aujourd'hui, il y a 100 000 personnes en France qui déjà conduisent des véhicules électriques pour moins de cent euros, jusqu'à 200 selon les modèles, par mois. Là, il y en a déjà près de 20 000 de plus qui ont commandé. Il y en aura 50 000 de plus au total, plus 50 000 encore pour les personnes qui utilisent leur véhicule de manière intensive pour leur travail. Au fond, cette crise, elle doit être un réveil collectif sur l'électrification des usages, et notamment des véhicules. En Norvège, c'est 90 % de véhicules électriques. Il faut qu'on aille vers ça. ALEXIS MORELJe reviens sur la croissance. Vous avez une prévision, la dernière prévision, elle est à 0,7 % pour l'ensemble de l'année. Donc ça veut dire qu'elle redevient encore plus crédible. ROLAND LESCUREÇa nous conforte. Elle est parfaitement cohérente. En termes techniques, on dit que l'acquis de croissance à la fin d'une crise est à 0,5%. Ça veut dire que s'il ne se passe plus rien d'ici la fin de l'année, on aura déjà engrangé 0,5% de croissance. Donc oui, ça nous conforte dans notre prévision de 0,7%. Je vous rappelle qu'en début d'année, on était à 0,9%. On a quand même revu à la baisse suite à la crise en Iran, mais c'est une bonne nouvelle. L'économie française résiste et ça nous conforte dans notre prévision de croissance pour l'année. ALEXIS MORELIl y a peut-être des auditeurs qui s'interrogent. On vient de parler des conséquences du changement climatique et là, on se réjouit d'un rebond de la croissance alors qu'on connaît aussi parfois les conséquences de la croissance sur le climat, sur notre planète. Est-ce que ce n'est pas un peu contradictoire de se réjouir ? ROLAND LESCUREDepuis 2017, le PIB, la croissance a augmenté de 10%. Les émissions de gaz à effet de serre ont baissé de 25%. Ça veut dire que c'est possible. On peut réconcilier économie et écologie. Moi, c'est mon combat depuis dix ans, depuis que je me suis lancé en politique. Et ce combat, il peut être mené, il peut être gagné. Il ne faut pas opposer les uns et les autres. On peut créer de la prospérité verte. On crée des emplois. Les usines qui s'installent en France aujourd'hui, les premiers secteurs, ce sont ce qu'on appelle l'industrie verte : les énergies renouvelables, les véhicules électriques. On a une Renault 5 dont Renault vient d'annoncer qu'il augmente les capacités de production. Stellantis qui électrifie son parc et qui, à Mulhouse, relance une usine. Donc, on est capable de réconcilier les deux et, en fait, j'allais dire, on est capable et surtout on se doit de le faire. Sinon, effectivement, on va dans le mur d'un côté ou de l'autre. Soit le chômage et je dirai la misère, soit la planète qui va dans le mur. On peut réconcilier les deux, il faut le faire. ALEXIS MORELCe que vous ne parviendrez peut-être pas à réconcilier, ce sont les parlementaires cet automne sur le budget. Cette guerre, elle a des conséquences budgétaires, cette guerre au Moyen-Orient, on en est à neuf milliards d'euros d'économies pour compenser, comme l'avait dit le Premier ministre, « à l'euro près » les effets du conflit. Ce sera sans doute encore plus à la fin ? ROLAND LESCUREEcoutez, on a une bonne nouvelle sur la croissance. Ça, ça va nous aider un petit peu. On va avoir des informations tout au long de l'été sur ce qu'on appelle les rentrées fiscales : est-ce que les impôts rentrent ou pas ? On fera le bilan à l'occasion du dépôt du budget pour 2027, sur l'année 2026. Donc avec David Amiel, à la rentrée, on aura l'occasion de préciser tout ça. Mais oui, c'est dur, aujourd'hui. ALEXIS MORELL'objectif d'un retour du déficit à 5% du PIB à la fin de l'année, c'est foutu ? ROLAND LESCURENon, je n'ai pas tendance à utiliser ce genre de termes. On va se battre jusqu'au bout, mais ça va être difficile. On va tout faire pour être aussi proche que possible, je vais vous dire comme ça, de 5 % de déficit. Et on ne le fait pas pour se faire plaisir, mais évidemment pour nos enfants, pour nos petits-enfants, accessoirement pour préparer le terrain pour les suivants. Parce que vous l'avez dit, au Parlement, ce n'est pas toujours facile. Mais comme on a un certain nombre de candidats qui se voient tous aujourd'hui présidents, j'espère qu'ils seront responsables pour nous laisser faire voter un budget... ALEXIS MORELAvant le 31 décembre, un budget, vous y croyez encore ? ROLAND LESCUREAh, j'y crois. Et on va tout faire pour. Là encore, c'est une histoire de responsabilité collective. Vous le savez, à partir de janvier, on va être dans la campagne présidentielle. Il faut qu'on ait un budget avant ça. Et ce budget, il faut qu'il soit aussi bon que possible. En tout cas, si le ou la présidente élue au printemps 2027 veut le changer, il aura l'occasion de le faire. Il faut qu'on ait une base. Il faut que cette base soit aussi solide que possible. Aujourd'hui, on emprunte beaucoup sur les marchés, la croissance, on l'a dit, est à risque. Moi, j'ai besoin de stabilité politique à court terme, j'ai besoin d'un budget, et ce n'est pas moi qui en ai besoin, ce sont surtout les entreprises qui ont besoin de visibilité, les investisseurs... ALEXIS MORELEt s'il y a budget, en revanche, la potion devrait être amère. Si on en voit les premières informations que vous avez révélées en juillet sur les dépenses des ministères, il y a des rabots partout, sauf pour la Défense, l'Ecologie, l'Enseignement supérieur. ROLAND LESCUREDéfense, l'Ecologie, l'Enseignement supérieur. Ce sont des priorités. Il faut qu'on fasse des efforts. Et on ne fait pas des efforts, là encore, pour se faire plaisir ou pour se serrer la ceinture. On fait des efforts parce qu'on souhaite investir dans l'avenir. On souhaite que dans cinq ans, dans dix ans, la France soit la première puissance en informatique quantique, en intelligence artificielle, dans les industries vertes. Et c'est possible. Moi, je ne voudrais pas donner l'impression qu'on va juste partager la misère dans les dix ans qui viennent. Dans les dix ans qui viennent, on peut investir. Mais pour préserver nos capacités d'investissement, il faut qu'on fasse des efforts sur des choses sur lesquelles on a du mal à le faire. On sait bien sûr... ALEXIS MORELSur les dépenses sociales, il y a eu des annonces sur les franchises médicales. Est-ce que ça pourrait aller, ça a été tenté sans succès, une année blanche, pas d'augmentation des prestations en fonction de l'inflation ? ROLAND LESCURENon, on va regarder ces histoires d'indexation à l'inflation, parce qu'effectivement, je pense que c'est une manière, je dirais, efficace de faire des économies. Mais aujourd'hui, on consomme plus de médicaments que partout en Europe. On est en bonne santé, les Allemands sont soignés, ils consomment moins de paracétamol, moins d'antibiotiques. Donc on peut mettre en place des mesures qui font qu'on dépense moins sur la santé et qu'on reste en excellente santé. Donc c'est ça qu'il faut faire. Évidemment, ça suppose des efforts de tout le monde. Des patients, des médecins, des pharmaciens. Et là encore, soit on se passe la balle les uns les autres et on n'y arrive pas - on a un peu trop tendance à faire ça. Soit on se dit, au fond, on a une grande cause nationale, le fait de restaurer les comptes publics, ça devrait tous nous rassembler. On fait tous un peu d'efforts. Tous ! Les entreprises, les ménages, évidemment l'État, qui en fait beaucoup. Et on avance ensemble. ALEXIS MORELPour terminer, on va revenir sur les incendies et sur les moyens qui sont mis par l'État face à ces incendies, parce qu'on a beaucoup de questions et d'interpellations au standard. Bonjour Louis. Vous nous appelez du Mans. LOUIS, AUDITEUR DU MANSOui, bonjour. Bonjour Monsieur le Ministre. ROLAND LESCUREBonjour. LOUISJe vais être très court et très bref. Gouverner, c'est prévoir. En 2022, il y a des incendies. Donc comment se fait-il que les préfets des Landes et de la Gironde n'ont pas créé des pare-feux ? Des pare-feux faits et créés dans l'urgence par des particuliers ? Première chose. Deuxième chose, il y a un ATR72, concurrent du Canadair. Fabrication française. Pourquoi vous ne mettez pas cette fabrication-là en avant ? ROLAND LESCUREAlors, un, des pare-feux, il y en a. Visiblement, insuffisamment pour contenir un feu qui était historique. On appelle ça un feu géant, un méga-feu. Sur les moyens aériens, on n'a pas que les Canadair. On a des Dash, on a des hélicoptères et il y a des ATR. Donc, on va continuer à investir dans nos flottes de protection incendie. On a aussi la solidarité européenne qui nous aide et moi j'en suis très fier. La France, régulièrement, va aider ses voisins. Là, on a des voisins qui viennent nous aider. Donc, vraiment, on tirera les leçons de tout ça. Je ne veux pas trop de polémiques, mais ne donnons pas l'impression que la France n'a rien, ne fait rien. Moi j'ai échangé avec mon collègue espagnol qui a été plutôt impressionné sur la manière dont on a géré cette crise, qui est une crise historique. Alors, à part malheureusement quatre sapeurs-pompiers qui ont perdu la vie, il n'y a pas de victimes civiles. Vous vous rendez compte ? Dans des incendies de cette nature, en Espagne, il y a des victimes, par exemple. ALEXIS MORELDernier mot, l'une des solutions que vous proposez ces derniers mois, c'est l'électrification du pays. Mais on apprend que la facture d'électricité des Français va augmenter en moyenne de 2,5% au 1er août. Ce n'est pas comme ça qu'on va accélérer l'électrification des usages. ROLAND LESCURENon, mais merci de me poser cette question. 2,5% avec une inflation à 2,5%, donc on est en ligne avec l'inflation. Et cette inflation, elle ne va ni dans mes poches, ni dans celle d'EDF, elle va permettre d'investir dans le réseau. Et donc, l'idée, c'est qu'on ait un réseau résilient. On l'a vu, là, pas de coupure d'électricité ou quasiment pas pendant les incendies, parce qu'on a investi... ALEXIS MORELPendant les canicules, un peu, quand même. ROLAND LESCUREOui, un peu, mais finalement, très peu par rapport à d'autres pays. Il faut continuer à investir dans ce réseau pour qu'on ait de l'électricité en volume, bas carbone, pas chère. Et évidemment, c'est sans commune mesure, j'allais dire malheureusement, avec la hausse qu'on a eue sur l'essence à la pompe et le gaz. On a aujourd'hui une dépendance dont il faut qu'on se libère. Et ça, ça suppose d'investir dans le réseau électrique. On le fait. ALEXIS MORELMerci beaucoup. ROLAND LESCUREMerci à vous. ALEXIS MORELRoland Lescure, ministre de l'Economie, invité d'Inter ce matin. Source : Service d'information du Gouvernement, le 31 juillet 2026
La source — vie_publique · nº 304238
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/304238-roland-lescure-30072026-france-inter-politique-economique?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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