Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF et candidat à l'élection présidentielle, à France 2 le 15 décembre 2001, sur sa candidature.
François Bayrou (auteur), Thierry Ardisson (intervenant), Laurent Baffie (intervenant)
THIERRY ARDISSON(...) Et maintenant voici François BAYROU. FRANÇOIS BAYROUBonjour, comment allez-vous...THIERRY ARDISSONFrançois BAYROU bonsoir, Laurent BAFFIE. FRANÇOIS BAYROUBonsoir. THIERRY ARDISSONVous êtes député européen, président de l'UDF et candidat à la présidentielle de 2002 et on a beaucoup parlé de vous ici, surtout...FRANÇOIS BAYROUJ'ai entendu dire ça. THIERRY ARDISSON... Surtout lorsque Noël MAMERE était là. EXTRAIT DE L'EMISSION DU 8/11/2001 AVEC NOËL MAMERETHIERRY ARDISSONOn continue, vos concurrents, BAYROU ? NOËL MAMEREFrançois BAYROU, c'est...THIERRY ARDISSONIl est abattu BAYROU, non ? NOËL MAMEREPardon ? THIERRY ARDISSONIl est un peu abattu...NOËL MAMEREPour l'instant, il est mal...THIERRY ARDISSON... Il est dépressif un peu...NOËL MAMERE... J'ai l'impression que son bus au colza a quelques ratés...INTERVENANTEC'est normal, c'est son Saturne / Pluton qui explique tout. THIERRY ARDISSONAh c'est son Saturne / Pluton...INTERVENANTENon, mais c'est vrai. NOËL MAMEREAh alors d'accord...INTERVENANTENon mais c'est vrai, ce n'est pas la peine d'ironiser, c'est ça. NOËL MAMERE... Non, mais c'est possible. THIERRY ARDISSONNon, mais je vais vous dire pourquoi je dis ça, on a invité François BAYROU à venir dans cette émission et il dit " j'ai peur de venir " et moi, je trouve extraordinaire qu'un mec qui veut diriger la quatrième puissance mondiale ait peur de venir chez Thierry ARDISSON quand même. NOËL MAMERETout à fait. INTERVENANTEVous vous rendez compte de votre pouvoir Thierry.THIERRY ARDISSONNon, je me rends compte de sa faiblesse surtout.FIN DE L'EXTRAIT DE L'EMISSION DU 8/11/2001THIERRY ARDISSONVoilà, bon alors... attendez, il est là, expliquons-nous maintenant. FRANÇOIS BAYROUTous mes amis m'ont appelé en disant " tu t'es fait casser par ARDISSON, pourquoi tu ne veux pas y aller ? ". Moi, je ne connaissais pas votre émission, parce que le samedi je ne la regarde pas, alors je l'ai regardée depuis et je me suis aperçu que ce n'était pas si... voilà, que ça méritait qu'on vienne. THIERRY ARDISSONTout va bien, en tous les cas merci d'avoir choisi " Tout le monde en parle ", parce que c'est le premier talk-show que vous faites. Alors on va raconter un petit peu l'histoire de votre campagne et puis on va voir ce que vous proposez. Alors il y a un an, sondage du FIGARO MAGAZINE, 32 % des Français souhaitent vous voir jouer, à cette époque, un rôle dans les prochains mois. Alors à l'époque, vous êtes vraiment le troisième homme, on dit " voilà il y a CHIRAC, il y a JOSPIN et il y a BAYROU ", voilà. Et Jean-Louis BORLOO qui est un ami à vous dit " BAYROU va gagner, il a 49 ans, c'est le changement, c'est un nouveau millénaire, une nouvelle civilisation etc " et vous, le 28 avril, donc quelques mois plus tard, vous prononcez un discours dit de " la France humaine " et vous dites " dans un an jour pour jour, ce sera la présidentielle et commence aujourd'hui l'année du renouveau " et ce que vous proposez à ce moment-là, c'est une troisième voie qui associerait la droite républicaine et la gauche réaliste. A l'époque, vous être très pugnace, très anti-CHIRAC, vous dites " il va dans le sens du vent, il n'a pas de ligne, le couple infernal CHIRAC / JOSPIN etc ". Vous avez un peu changé de ton, non ? FRANÇOIS BAYROUNon.THIERRY ARDISSONNon ? FRANÇOIS BAYROUDe ton, oui ; de convictions, non. Je trouve que si on est responsable et sérieux, on ne peut pas continuer comme ça. Ca fait 20 ans que ce sont les mêmes hommes et les mêmes mots et ça fait 20 ans qu'on se plante et moi, j'en ai assez. Ca n'a aucun intérêt de considérer que la seule question prioritaire, ça soit d'empêcher les autres d'avoir le pouvoir, de casser les autres ; en tout cas moi ça ne m'intéresse pas et ça ne m'intéresse plus, si ça a pu m'intéresser un jour. THIERRY ARDISSONEt là, alors vous partez dans votre petit bus qui marche au colza...FRANÇOIS BAYROUOui, c'est d'ailleurs marrant qu'un écolo se foute du bus qui tourne au colza...THIERRY ARDISSONOui, c'est vrai, MAMERE s'est foutu de votre bus au colza. FRANÇOIS BAYROU... Parce que normalement, c'est fait pour ça, un bus au colza, c'est fait pour qu'on ne pollue plus, alors on avait voulu donner ce petit signe...LAURENT BAFFIEC'était très bien ça, ça c'était très très bien. THIERRY ARDISSONBAFFIE est un fan, je vous le dis tout de suite François...LAURENT BAFFIEJ'ai les couilles de le dire, je sais que peu de gens le disent en France, moi j'ai le courage de dire " c'est bien de rouler au colza ", voilà !THIERRY ARDISSONDonc là, vous partez dans votre bus au colza, mais votre candidature ne fait pas l'unanimité chez vous, il y a beaucoup de gens qui commencent dans votre camp à critiquer votre candidature, il y a PONCET, il y a MEHAIGNERIE, il y a CHARETTE , enfin tous les ténors ne sont pas très favorables et il y a SANTINI qui dit " la seule chose qui décolle chez BAYROU, ce sont les oreilles ". LAURENT BAFFIECE N'EST PAS SYMPA.FRANÇOIS BAYROUNon, mais assez juste entre nous. THIERRY ARDISSONComment ça se fait que les gens de votre parti et de votre groupe ne vous aient pas soutenu plus que ça ?FRANÇOIS BAYROUTous les responsables, leaders, tous ceux qu'on voit, que vous voyez, que vous citez, même s'il y en a trop dans la liste, ils sont bien installés et simplement leur dire " il faut qu'on pense à changer quelque chose de ce système-là ", d'une certaine manière, ça les fragilise. Enfin ça n'a pas empêché que lorsqu'il a fallu voter...THIERRY ARDISSONAh oui, le 27 novembre. FRANÇOIS BAYROU... Il n'a pas manqué une seule voix. THIERRY ARDISSONLe 27 novembre, vous êtes officiellement candidat à Amiens. Ceci étant, il y a quand même encore des voix qui s'élèvent contre vous, il y a un proche de LEOTARD, qui s'appelle DONNEDIEU de VABRES, qui s'oppose un petit peu, il y a BARRAULT (phon) aussi après MEHAIGNERIE, il y a DOUSTE-BLAZY. DOUSTE-BLAZY, il émet des doutes sérieux sur votre candidature et il s'en va avant le votre quand même ? FRANÇOIS BAYROUMais je ne sais pas si vous vous rendez compte à quel point ce que nous racontons-là, les gens peuvent s'en moquer éperdument. LAURENT BAFFIESI, MOI JE M'EN RENDS COMPTE PARCE QUE JE M'EN BRANLE QUOI !FRANÇOIS BAYROUNon, mais il y a untel qui dit que peut-être... quelle importance ça peut avoir ?THIERRY ARDISSONAvouez quand même François -et c'est rare- qu'un type se présente et que les gens de son parti soient contre le fait qu'il se présente ? Moi, je n'ai pas entendu des mecs du RPR dirent " c'est quand même dommage que CHIRAC se présente " ou...FRANÇOIS BAYROU EN 95, ILS LE DISAIENT PARCE QU'ILS...THIERRY ARDISSON... C'est vrai. FRANÇOIS BAYROU... Parce qu'ils étaient à moitié BALLADUR, à moitié CHIRAC. Mais entre nous...THIERRY ARDISSONMais au Parti socialiste, ils ne s'élèvent pas contre la candidature probable de JOSPIN. FRANÇOIS BAYROU... Vous savez, une chose, si les gens de cette famille-là étaient solidaires et unis, ça fait belle lurette qu'ils gouverneraient la France. LAURENT BAFFIEEt pour faire sa vie, il faut quitter sa famille un jour, hein, c'est la loi de la nature. Il va falloir que tu fasses ton chemin tout seul mon petit bonhomme !THIERRY ARDISSONAlors DOUSTE-BLAZY, il a dit " je suis venu pour montrer que j'avais des couilles ". LAURENT BAFFIEIl adore montrer ses couilles à tout le monde, c'est un peu le problème qu'on a avec lui. THIERRY ARDISSONCeci étant, il n'est pas allé jusqu'à monter à la tribune pour défendre la candidature de CHIRAC non plus, il est parti avant, non mais c'est ça ? FRANÇOIS BAYROUOui, bon ce sont des petites choses, ça n'a aucun... Honnêtement, si cette affaire-là, cette aventure ou cette entreprise-là dépend de savoir si DUPONT, TARTEMPION sont pour ou contre, alors c'est que je me suis gouré sur toute la ligne. LAURENT BAFFIE MAIS NON FRANÇOIS, TU TE FAIS DU MAL !FRANÇOIS BAYROUEt donc voilà, ça n'a aucune importance, qu'est-ce que ça peut faire...THIERRY ARDISSONBah, si on n'a pas le soutien de son parti, quand même c'est embêtant non ?FRANÇOIS BAYROUEh bien j'ai le soutien unanime, vous l'avez rappelé, voilà point à la ligne. THIERRY ARDISSONDonc à la tribune, vous avez fait monter votre femme, Babette, vous ne le faites jamais ça quand même hein ? FRANÇOIS BAYROUJamais, c'est la première fois. THIERRY ARDISSONCe sont vos conseillers en marketing qui vous ont dit " il faut faire monter Babette " ?FRANÇOIS BAYROUNon pas du tout, non, non. C'est que je me suis dit que si on voulait se présenter aux présidentielles, un jour ou l'autre il fallait qu'on montre...LAURENT BAFFIELa future première dame de France. FRANÇOIS BAYROU... Pas seulement qui on était mais qui on aimait aussi et que si je devais le faire, c'était mieux ce jour-là qu'un autre parce que c'était le jour où les militants disaient " voilà, c'est toi qui y vas ", alors j'ai préféré le faire ce jour-là et elle a été assez sympa pour dire oui. THIERRY ARDISSONElle est montée volontiers ? FRANÇOIS BAYROUOui, au fond oui, ça a été moins difficile qu'elle ne le croyait et que je ne le croyais...THIERRY ARDISSONParce que ce n'est pas le genre, hein ? FRANÇOIS BAYROU... Parce que ça fait 25 ans qu'on avait dit qu'on ne le faisait pas. THIERRY ARDISSONOui et là, d'un seul coup, il faut y aller quoi ? FRANÇOIS BAYROUEh bien oui. THIERRY ARDISSONAlors aujourd'hui la situation, François BAYROU vous êtes à 5 % dans les sondages. Alors évidemment c'est terrible parce que si le candidat de l'UDF aux présidentielles fait 5 %, c'est terrible pour l'UDF et s'il n'y a pas de candidat UDF aux présidentielles, c'est terrible aussi pour l'UDF. FRANÇOIS BAYROUOui et puis quel... Enfin même ça, ça n'a aucune importante...THIERRY ARDISSONAttendez là, attendez...FRANÇOIS BAYROU... NON ATTENDEZ, THIERRY...THIERRY ARDISSON... Vous me dites " les gens de mon parti ne me soutiennent pas, ce n'est pas grave ", " je suis à 5 %, ce n'est pas grave ", dites-moi " si je ne suis pas élu, ce n'est pas grave " et c'est réglé...LAURENT BAFFIEThierry, laisse-le s'exprimer, s'il te plait, Thierry. THIERRY ARDISSON... BAFFIE !LAURENT BAFFIELà, qu'il aille au bout de son raisonnement parce que tu n'as pas lu vraiment le bouquin Thierry et... Vas-y François...FRANÇOIS BAYROUThierry, la question c'est de savoir si c'est important et utile ou pas, s'il y a en France des gens qui attendent qu'on leur propose autre chose que ce qu'on a depuis 20 ans et si c'est le cas, il faut y aller franco en avançant sans s'inquiéter des sondages et si on s'inquiète des sondages, il faut rester à la maison. LAURENT BAFFIEBien sûr, non mais c'est vrai ça n'a aucune importance, les sondages, ça n'a aucune importance. THIERRY ARDISSONQuand même, 5 %, Lolo !LAURENT BAFFIEMais ce n'est pas en ces termes qu'il faut raisonner, il faut voir là le troisième homme. Il y a beaucoup de troisièmes hommes qui ont démarré à 3 / 4 %. Non, non, moi je crois qu'il y a un vrai discours, il y a une vraie alternative, il y a... Tu me dis si j'en fais trop, je ne me rends pas compte !THIERRY ARDISSONBon moi, je suis désolé de vous le dire, mais à l'UDF il y a quand même trois candidats déjà, à l'intérieur du simple parti UDF. Il y a MADELIN et vous n'avez pas grand chose à voir avec lui, c'est vrai. Vous, vous êtes plutôt... bon voilà, plus social disons que MADELIN, qui est très libéral. Il y a Christine BOUTIN. Bon, vous vous êtes croyant, mais enfin vous n'êtes pas non plus papiste comme Christine BOUTIN. Donc trois candidats à l'intérieur de l'UDF, ça fait quand même beaucoup, non ? Ce n'est pas grave non plus, vous allez me dire ? FRANÇOIS BAYROUNon mais... MADELIN a quitté l'UDF depuis cinq ans...THIERRY ARDISSONOui pour faire Démocratie libérale. FRANÇOIS BAYROU... Voilà, au moment de l'affaire du Front national, on a eu cette divergence-là, moi j'ai dit que ce n'était pas acceptable l'alliance avec le Front national et Alain MADELIN a fait un autre choix, point ; donc il a fait un autre parti. Et Christine BOUTIN, elle dit... d'abord je ne sais pas si elle sera candidate, pour l'instant...THIERRY ARDISSONElle en parle. FRANÇOIS BAYROU... Elle en parle, mais de là à avoir les signatures...THIERRY ARDISSONIl y a un autre problème, c'est que vous n'êtes plus le troisième homme là, vous êtes au moins le cinquième ou le sixième, non ? Il y a CHIRAC, il y a JOSPIN, il y a CHEVENEMENT, il y a LE PEN, il y a LAGUILLER...LAURENT BAFFIEIl y a MAMERE.FRANÇOIS BAYROUVous connaissez les chevaux ? THIERRY ARDISSONOui. FRANÇOIS BAYROUIl y a des pronostics, des favoris et puis après il y a l'arrivée, il y a la course et puis il y a l'arrivée et à l'arrivée, on verra. Dans cinq mois ça, ça sera derrière nous et vous verrez qu'il se sera passé, comme à chaque élection, des choses qui auront complètement effacé et changé le paysage. En tout cas, c'est ce que je crois et que je veux. THIERRY ARDISSONDonc votre conviction est inébranlable, vous y croyez dur comme fer ? FRANÇOIS BAYROUOui. LAURENT BAFFIEIl a une stratégie, c'est ça que tu ne veux pas te mettre dans le crâne, il a une stratégie, ce n'est pas la moitié d'un con, bordel, il sait où il va, il sait comment il y va. Mais tu n'as pas lu le livre !THIERRY ARDISSONBon on va justement parler du livre, vous savez comment on fait François BAYROU ? Laurent, montre-lui...LAURENT BAFFIEAvec les deux mains. THIERRY ARDISSONMerci. Qu'est-ce qu'il y a dans ce bouquin alors ? FRANÇOIS BAYROUCa dit une chose simple, c'est qu'en tout cas, moi je ne veux plus être complice de cette décomposition-là. LAURENT BAFFIECette impuissance française. FRANÇOIS BAYROUOui. C'est-à-dire qu'on a un méga Etat, une démocratie qui fait semblant d'exister, des élections tous les cinq ans, d'ailleurs une alternance, à chaque élection depuis 20 ans... ça fait 20 ans qu'à chaque élection sans exception, on a enlevé ceux qui étaient en place pour les remplacer par les précédents. THIERRY ARDISSONVoilà et après ce sont eux qui reviennent quoi, c'est comme un sketch.FRANÇOIS BAYROU Et ce sont les mêmes, et ce sont les mêmes. LAURENT BAFFIEC'est pour ça que vous titrez " la démocratie bloquée " ?FRANÇOIS BAYROUOui, c'est pour ça que je dis qu'il faut une relève. LAURENT BAFFIEIl y a un devoir de colère, je crois qu'ils vont t'en parler également, qui était très bien traité dans le livre...FRANÇOIS BAYROUEh bien voilà. LAURENT BAFFIEAlors qu'est-ce que le devoir de colère ? FRANÇOIS BAYROUSi on est des gens normaux, on dit " on en a ras le bol, on en a assez et donc on va s'engager pour que ça change ", en tout cas moi, voilà et cette rogne-là, cette colère-là, je suis certain qu'il y a des millions de Français qui la portent en eux, seulement ils ne savent pas la diriger...LAURENT BAFFIEDes centaines de millions. THIERRY ARDISSONNon, il y a un truc François, vous n'avez pas l'air tellement en colère quand vous dites ça ? FRANÇOIS BAYROU... Non mais c'est parce que le plateau ne s'y prête pas. THIERRY ARDISSONEnfin je ne sais pas, LAGUILLER... Arlette, quand elle est en colère, elle est en colère quoi. FRANÇOIS BAYROUNon, mais on n'est pas là pour hurler, on est là pour faire quelque chose pour que ça change. LAURENT BAFFIETu comprends ça ?THIERRY ARDISSONFrançois BAYROU, vous faites un peu comme si vous arriviez de la planète Mars subitement, vous êtes quand même du côté de l'opposition depuis un certain nombre d'années, du côté de CHIRAC, non ? FRANÇOIS BAYROUOui. LAURENT BAFFIEµNon, mais il était muselé parce qu'il était au sein d'un parti, mais quand il écrit, il y a un vrai projet pour la France. FRANÇOIS BAYROUAh j'adore !LAURENT BAFFIELe mec, il est mort de rire. Non, moi c'est ce que j'ai lu, j'ai lu qu'il y avait un vrai projet pour la France. Non, ce sont des conneries ? FRANÇOIS BAYROUNon, je trouve ça très juste et très éloquent de votre part. THIERRY ARDISSONLes couples se forment . Très belle phrase dans le livre de François BAYROU : la France a besoin de se relever et pour cela, il faut une relève. LAURENT BAFFIEPage 142, de mémoire hein. THIERRY ARDISSONQu'est-ce qui va se passer ? Vous pensez que vous allez passer comme ça de 5 % à 51 %, comment ? FRANÇOIS BAYROUEh bien comme JOSPIN est passé il y a sept ans, de 3 % à 48 %. Il y a des moments où les peuples se posent des questions qui concernent leur avenir et ce jour-là ils apportent des réponses que les experts n'attendaient jamais...LAURENT BAFFIE... Le peuple, il voit bien, il a le pif, il voit bien les gens qui peuvent servir la France. THIERRY ARDISSONC'est vrai que votre maison, on l'a surnomme la maison blanche ? FRANÇOIS BAYROUC'est-à-dire elle est blanche, donc, voilà c'est une maison blanche...THIERRY ARDISSONCe n'est pas parce que vous vous voyez en président des Etats-Unis ?FRANÇOIS BAYROU... Alors les journalistes disent c'est " maison blanche ", oui c'est une maison blanche, voilà. THIERRY ARDISSONEst-ce que finalement -parce que vous avez beaucoup lutté dans votre vie, ça c'est clair- est-ce que finalement tout ça n'a pas transformé votre opiniâtreté en entêtement...FRANÇOIS BAYROUPeut-être oui. THIERRY ARDISSON... Quand vous étiez petit, vous bégayez, vous avez beaucoup lutté pour ne plus bégayer...FRANÇOIS BAYROU... Oui. THIERRY ARDISSON... Ensuite quand vous aviez 23 ans, votre père est mort, ça a été difficile de reprendre son affaire, vous étiez à la fois professeur et fermier, ce qui n'a pas du être facile pour vous. Vous ne pensez pas que cet endurcissement comme ça vous a amené finalement un peu d'entêtement ? FRANÇOIS BAYROUSi vous n'êtes pas capable de dire " cet obstacle-là, je me le paie " et si on n'est pas capable de faire ça, on n'est pas capable de gouverner la France. S'il n'y a pas cet entêtement, cette obstination, cette volonté-là, l'envie de... voilà de briser les murs...LAURENT BAFFIETout foutre en l'air. THIERRY ARDISSONVoilà François BAYROU, " La relève ". Alors François BAYROU, comme vous voulez être président, on va faire une interview " si j'étais président ". Alors si vous étiez président, quelle serait votre première loi ? FRANÇOIS BAYROUUne loi qui obligerait à apprendre à lire aux enfants avant qu'ils n'entrent en 6ème. THIERRY ARDISSONT'as appris toi ? INTERVENANTEOui j'ai appris.THIERRY ARDISSONQuelle loi en vigueur supprimeriez-vous ? FRANÇOIS BAYROUJe réécrirais la loi sur la présomption d'innocence parce que ça fait vraiment un bazar effroyable. THIERRY ARDISSONOui, vous trouvez que les dealers, ils sortent un peu vite là ? FRANÇOIS BAYROUIls ne font que ça, donc...THIERRY ARDISSONC'est normal, ils ont leur boulot à faire aussi, il faut se mettre à leur place. FRANÇOIS BAYROUNon et puis ça désespère... Tout ça crée un climat qui est absolument détestable. THIERRY ARDISSONComment meubleriez-vous votre bureau à l'Elysée ? FRANÇOIS BAYROULes meubles que MITTERRAND avait étaient pas mal. LAURENT BAFFIEC'était quoi, l'esprit ? FRANÇOIS BAYROUModerne. Il avait une espèce de table très simple bleue qui était très jolie. THIERRY ARDISSONElle vous plait la table ? FRANÇOIS BAYROUOui. THIERRY ARDISSONElle plait à Babette aussi ? FRANÇOIS BAYROUJe ne lui en ai pas parlé pour tout vous dire. THIERRY ARDISSONQui vous choisiriez pour réécrire les paroles de La Marseillaise ? FRANÇOIS BAYROUJe ne veux pas les réécrire. LAURENT BAFFIEOh si, François. FRANÇOIS BAYROUElles sont...THIERRY ARDISSON" Qu'un sang impur n'abreuve nos sillons ", c'est violent quand même ? FRANÇOIS BAYROU... Quand on les écoute vraiment, on se dit " ça n'est pas possible "...LAURENT BAFFIEC'est une connerie ça. FRANÇOIS BAYROU... Mais entre nous, c'est 210 ans de notre histoire. LAURENT BAFFIENON, MAIS ÇA C'EST UNE CONNERIE.FRANÇOIS BAYROUOui mais bon...LAURENT BAFFIETu ne te rends pas compte, tu dégages beaucoup de moderniste et là, tu viens de foutre ta campagne en l'air, bêtement en plus, la mouche dans le lait !FRANÇOIS BAYROU... Je dis ce que je pense, je n'ai pas envie de...LAURENT BAFFIELes jeunes ne se retrouvent pas là-dedans. FRANÇOIS BAYROU... C'est vrai, tout ça est vrai mais...THIERRY ARDISSONNon, mais s'il était démago, il dirait DOC GYNECO...FRANÇOIS BAYROU... Il y a des millions de gens qui sont morts avec ces paroles dans la bouche. LAURENT BAFFIEOuais, mais c'est un chant guerrier : qu'un sang impur n'abreuve nos sillons. FRANÇOIS BAYROUMa femme dit qu'il faut changer les paroles ; moi pas, voilà. LAURENT BAFFIETa femme dit qu'il faut descendre la poubelle, tu ne l'écoutes pas. THIERRY ARDISSONEn tous les cas, Virginie était bouche bée hein. François BAYROU, quel stagiaire embaucheriez-vous à l'Elysée ? LAURENT BAFFIEMULDER, allez hop, comme ça après on dit " il dit n'importe quoi ". FRANÇOIS BAYROUJe ne sais pas, les copains de mes enfants, voilà des gens qui n'y entrent jamais, si on pouvait. THIERRY ARDISSONEt alors comment appelleriez-vous le prochain porte-avions français ? FRANÇOIS BAYROUIl n'y aura pas de porte-avions français. THIERRY ARDISSONAh bon ! C'est vrai que celui-là, il marche tellement mal en même temps. Il est arrivé au Canal de Suez quand même hein ! Tout le monde est très content. FRANÇOIS BAYROUSi on a un deuxième porte-avions et il nous le faut, il sera européen. THIERRY ARDISSONLe Dalaï-Lama vient à Paris, si vous le recevez, la Chine annule une commande de 80 AIRBUS ? FRANÇOIS BAYROUJe le reçois et elle ne l'annulera pas. THIERRY ARDISSONPourquoi ? FRANÇOIS BAYROUParce que ça leur donnerait une si mauvaise image qu'ils ne le feront pas...THIERRY ARDISSONIls s'en foutent les Chinois d'avoir une mauvaise image, ils ont des camps de travail, ça s'appelle le " longaï ", vous le savez bien. FRANÇOIS BAYROU... Eh bien s'ils le font, il ne faut pas se dégonfler en face de ça. THIERRY ARDISSOND'accord. On vous remet une cassette vidéo qui décrédibilise un adversaire, vous faites quoi ? LAURENT BAFFIEDes copies. FRANÇOIS BAYROUJe n'utilise pas ce genre de chose. THIERRY ARDISSONFidel CASTRO vient de mourir...LAURENT BAFFIESans déconner, là ?THIERRY ARDISSON... Vous allez à ses obsèques ? FRANÇOIS BAYROUNon. THIERRY ARDISSONQuel journaliste choisiriez-vous pour vous interviewer le 14 juillet ? FRANÇOIS BAYROUVous. THIERRY ARDISSONAchèteriez-vous vos billets d'avion en liquide si vous étiez président ? FRANÇOIS BAYROUNon. Je n'aurais pas de liquide. THIERRY ARDISSONVous êtes convoqué chez un juge, vous y allez ? FRANÇOIS BAYROUOui. Attendez, c'est la moindre des choses, non ? THIERRY ARDISSONOui. Quand vous serez président, est-ce que vous légaliserez la marijuana ? FRANÇOIS BAYROUNon. THIERRY ARDISSONPourquoi ? FRANÇOIS BAYROUParce qu'il y a des tas de gens qui se battent contre la drogue et je préfère être du côté de ceux qui se battent contre la drogue que...LAURENT BAFFIECe n'est pas de la drogue, on a bien identifié maintenant les drogues dangereuses. Je ne dis pas qu'il faut fumer, je ne dis pas que tout le monde doit fumer de la marijuana, mais un homme politique qui a une méconnaissance de ça, ce n'est pas très bon pour les élections parce que c'est un vrai problème dont les jeunes attendent beaucoup...FRANÇOIS BAYROUOui, je sais bien...LAURENT BAFFIE... Et là je crois que tu viens de louper une marche mon petit François !THIERRY ARDISSONNon, s'il était démago, il dirait oui. LAURENT BAFFIEJustement je voudrais entendre son discours. FRANÇOIS BAYROUIl y a des tas des gens qui sont très sérieux qui m'ont écrit pour dire " François, si tu veux être élu, il n'y a qu'une chose à faire, annonce que tu légaliseras la marijuana " et moi, je me suis battu toute ma vie pour expliquer à mes enfants et aux amis de mes enfants que ce n'était pas comme ça qu'on était grand ou libre ou adulte ou responsable et je n'ai pas envie de changer de camp. Je n'ai pas envie de faire... de mettre un feu vert. THIERRY ARDISSOND'accord, donc on pourra continuer à fumer, mais il ne faudra pas...LAURENT BAFFIEDans l'hypocrisie. THIERRY ARDISSON... Dans l'hypocrisie, d'accord ? FRANÇOIS BAYROUMoi, je préfère qu'on ne fume pas. LAURENT BAFFIETiens, je vais m'en rouler un, moi, ça va me détendre. THIERRY ARDISSONLe mariage homo ? FRANÇOIS BAYROUIl y a le PACS. LAURENT BAFFIEMais tu le ferais toi ? THIERRY ARDISSONVous n'étiez pas trop chaud pour le PACS hein ? FRANÇOIS BAYROULà, on ne s'est pas bien exprimé et moi, je ne me suis pas bien exprimé non plus sur le sujet. THIERRY ARDISSONVous avez changé d'avis là ? FRANÇOIS BAYROUOui en tout cas, je pense que ça n'était pas la transgression que l'on racontait. THIERRY ARDISSONAlors voilà, cette stagiaire que vous avez engagée à l'Elysée, vous avez eu une relation coupable avec elle, vous réagissez comment ? LAURENT BAFFIEOh putain !THIERRY ARDISSON... Je sais Laurent, c'est terrible. LAURENT BAFFIEPas lui, pas François, n'importe qui d'autre, je ne dis pas, mais pas lui, il n'a pas piné la stagiaire, merde !THIERRY ARDISSONSi Laurent, si. LAURENT BAFFIEOh je suis dégoûté. THIERRY ARDISSONFrançois, qui aurait dit...LAURENT BAFFIENon, quand on lit le bouquin, il n'y a pas ça dans le bouquin, je suis désolé. THIERRY ARDISSONCe n'était pas dans le programme. FRANÇOIS BAYROUJe vous signale que je n'ai jamais dit que j'avais engagé une stagiaire. LAURENT BAFFIEAh d'accord, il est bi...FRANÇOIS BAYROUJ'ai dit, les copains de mes enfants et là, je vous jure qu'il n'y a aucun risque de relation coupable. THIERRY ARDISSOND'accord. Donc vous êtes sûr que vous ne craquerez pas quand vous serez président ? LAURENT BAFFIEEn tout cas, il ne le dira pas et surtout pas à toi. THIERRY ARDISSONFrançois BAYROU, " Relève " (...). FIN §(source http://www.udf.org, le 18 décembre 2001)
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vie_publique · nº 205941
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