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20 novembre 1997 · Gouvernement · discours Discours

Déclaration de M. Charles Josselin, secrétaire d'Etat à la coopération, sur la place des entreprises privées dans la coopération et les mesures pour favoriser l'augmentation de leurs investissements en Afrique, à Paris le 20 novembre 1997.

Charles Josselin (auteur)

J'ai beaucoup de plaisir à vous accueillir pour la première réunion - pour moi - du comité de concertation avec le secteur privé depuis la formation du gouvernement. J'ai déjà eu l'occasion de vous rencontrer, séparément, les uns ou les autres, mais je considère que cette échéance est importante parce qu'elle manifeste la continuité de la relation du monde des entreprises avec les pouvoirs publics impliqués dans les politiques de coopération au développement. J'ai d'ailleurs tenu à ce que la date, fixée par mon prédécesseur, soit respectée autant que faire se peut, afin de vous rencontrer au plus tôt et de vous confirmer la place du secteur privé dans les politiques de développement que nous entendons mener. Au cours de cette brève introduction à nos débats, je voudrais aborder trois sujets de réflexion : - pourquoi la période rend-elle à nouveau intéressant le développement de l'investissement privé chez nos partenaires ? - comment traduire dans les politiques de coopération le lien entre réussite des entreprises et développement ? - quel rôle pour les entreprises françaises dans ces politiques ? 1 - Première question, pourquoi investir à nouveau dans les pays africains ? A la base, un constat : l'Afrique, notamment francophone, va mieux et se présente pour les années à venir comme une zone de croissance forte. Sur la trentaine de pays d'Afrique sub-saharienne, 19 ont une perspective de croissance à moyen terme supérieure à 4 %, et 10 une perspective supérieure à 5 %. Bien sûr, des disparités importantes subsistent, bien sûr, la sécurité politique n'est pas garantie partout - nous le regrettons et faisons ce qui est en notre pouvoir pour faire évoluer ces situations - mais le constat est là. Du côté du secteur public, beaucoup de chemin a été parcouru et explique pour partie cette évolution. Les remises et rééchelonnements de dettes, dans le cadre des dispositifs successifs de Dakar ou La Baule, d'une part, les résultats positifs de la dévaluation du franc CFA d'autre part, et les évolutions du rôle et des modalités d'intervention des Etats dans le secteur productif ont permis aux Etats une restauration progressive de leurs grands équilibres. Cela se traduit par de nouvelles capacités à développer des projets de développement, le plus souvent en partenariat avec des partenaires publics extérieurs. C'est la voie dans laquelle nous nous engageons dès le budget 98. Du côté du secteur privé, il est clair que les entreprises africaines n'ont pas, à ce jour, de réelles possibilités propres d'investir massivement pour profiter de l'évolution de la conjoncture. Et je ne crois pas que c'est aux bailleurs de fonds, encore moins aux Etats du Nord, qu'il revient de s'impliquer dans les entreprises du Sud mais à vous et à vos homologues des pays développés. C'est le sens des réflexions que nous menons avec nos partenaires et c'est ce dont je voudrais vous convaincre. Avec la Banque mondiale, le FMI, ou les organismes de l'Union européenne, nous poussons les Etats du Sud à se désengager des secteurs dans lesquels l'initiative privée sera plus efficace. Et nous sommes là au coeur du sujet technique de notre matinée, les privatisations, dans lesquelles les entreprises françaises doivent trouver une place. Mais nous y reviendrons tout à l'heure. Je crois que les entreprises françaises n'ont pas suffisamment conscience de leurs avantages comparatifs dans cette zone et que, de ce fait, elles ne sont pas suffisamment incitées à y réinvestir leurs bénéfices, pour celles qui y sont déjà - nous en avons déjà parlé avec le président Prouteau - ou à s'y engager, pour celles qui n'y sont pas aujourd'hui. Pourtant, à perspectives de croissance équivalentes, il est bon de s'interroger sur les risques comparés d'un investissement en Afrique et dans l'un des dragons asiatiques. 2 - Deuxième sujet de réflexion : comment traduire dans nos politiques de Coopération l'importance du secteur privé dans le développement économique ? Dans la présentation des priorités du ministère, j'ai classé au premier rang l'affirmation de l'Etat de droit et, immédiatement après, ce que j'ai appelé la conquête de la souveraineté économique, c'est-à-dire l'affirmation de capacités de production nationales et la disparition des dépendances économiques. Assainir le cadre financier, juridique et institutionnel de l'investissement, favoriser le développement de l'épargne domestique, substituer on mettre en concurrence l'Etat hors de ses domaines de souveraineté, appuyer l'émergence des structures professionnelles, voilà ce que mes services vont faire ou vont aider à faire. Je pense bien sûr aux projets qui visent d'abord à assurer la sécurité des investissements, l'harmonisation du droit des affaires, la modernisation des appareils judiciaires, notamment les tribunaux de commerce. Mais, je pense aussi aux actions de renforcement des organisations professionnelles favorisant le développement de l'économie, chambres de commerce ou des métiers, organisations syndicales, organisations professionnelles des juristes ou des comptables... Mettre à la disposition des entreprises des instruments financiers spécialisés, adaptés à des conditions d'exécution des projets en évolution, voilà ce que les bailleurs de fonds internationaux et les institutions financières, en particulier 1a CFD, font - M. Buchaillard pourra vous le confirmer - en l'absence ou eu égard au mauvais état des systèmes bancaires et financiers nationaux. J'ajoute qu'eux et nous travaillons dans le même temps à la remise en état des systèmes bancaires et financiers de nos partenaires. Mais, au-delà, c'est dans notre discours et dans le martèlement du sujet avec nos interlocuteurs que je pense apporter un plus dans l'affirmation de cette priorité. Ainsi, je vous propose de réaffirmer le principe de la tenue d'une commission mixte "secteur privé" en parallèle avec les commissions mixtes "Coopération" et je vous donne un premier rendez-vous à Libreville, à la fin du mois de janvier. De même, je ferai joindre au compte rendu de cette réunion un calendrier prévisionnel des commissions mixtes programmées pour 1998, afin que nous en tirions un bénéfice maximal. 3 - Troisième question enfin, quel rôle pour les entreprises françaises dans les politiques de coopération ? Je sais que vous êtes présents et actifs dans les pays avec lesquels nous avons des partenariats. Je sais que vos organisations professionnelles y nouent des contacts susceptibles de favoriser les opérations de leurs membres. C'est d'ailleurs ce que fait M. Roussin aujourd'hui même en Angola, à la tête d'une délégation patronale. Nous avons aussi ce comité auquel, je crois, vous êtes attachés. Je vous proposerai d'ailleurs en fin de réunion de m'indiquer si sa composition ou son mode de fonctionnement mérite d'être revu pour en faire un outil plus efficace. Je considère toutefois que ce n'est pas assez. Je vais vous faire un aveu : j'ai regretté la grande discrétion dont vous avez fait preuve au cours des Assises de la solidarité internationale qui se sont tenues à la Sorbonne fin octobre, à l'initiative de M. Pelletier. Je vous rappelle que ces assises réunissaient l'ensemble des partenaires de la Coopération "hors l'Etat" pour confronter leurs expériences et faire ressortir leurs principales difficultés. Pour Jacques Pelletier, comme pour moi, les politiques de coopération au service du développement reposent nécessairement sur trois piliers, les pouvoirs publics (Etat et collectivités territoriales), les entreprises, et les organisations non gouvernementales. C'est dans la complémentarité des approches et problématiques de ces trois groupes que se trouvent réunies les conditions de la réussite de nos actions au profit des pays du Sud. Nous avons le projet de réformer l'appareil français de Coopération. Je ne vous en dirai pas grand chose aujourd'hui, dans la mesure où la concertation n'est pas terminée et fera l'objet d'une communication prochaine. Toutefois, je me sens autorisé à divulguer la création du "Haut Conseil de la Coopération", qui aura vocation à organiser la concertation, éclairer les choix politiques et en évaluer les conséquences. J'espère que vous voudrez y prendre votre place, pour apporter votre analyse, ainsi que les questions et les réponses de vos mandants, acteurs du développement dans nos pays partenaires. * * * Je vais conclure en espérant vous avoir apporté des éléments de réponses aux questions que tout acteur de l'économie peut se poser après un changement de gouvernement : le développement économique par la réussite de l'entreprise constitue l'une des bases de notre politique et vous êtes appelés à nous aider à lui donner un contenu pratique, adapté aux exigences de l'actualité. Je vous proposerai en fin de réunion un premier exercice pratique. Mme Brisepierre, sénateur des Français à l'étranger, bien connue pour son intérêt au monde de l'entreprise, rentre d'une mission au Congo-Brazzaville. Je lui ai proposé de venir nous rendre compte de cette mission à l'heure. Je suis persuadé que vous êtes avides de connaître mieux la situation et les perspectives de la reconstruction et du redémarrage de l'activité économique. Je vous propose qu'ensemble, nous examinions ensuite les conditions dans lesquelles les entreprises françaises pourront participer au mieux à cette étape du retour à la normale, dans un pays auquel nous tenons particulièrement et auquel nous lient d'importants pans de nos histoires respectives. Je vous remercie./. (source http://www,diplomatie,gouv,fr, le 24 septembre 2001)
La source — vie_publique · nº 207907
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/207907-declaration-de-m-charles-josselin-secretaire-detat-la-cooperation?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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