Interviews de Mme Corinne Lepage, ministre de l'environnement, dans "Les Echos" du 16 janvier 1997, sur l'étiquetage des produits transgéniques.
Corinne Lepage (auteur), Anne Bauer (intervenant)
Les Échos : Quelle est votre position par rapport au développement des aliments transgéniques ?
C. Lepage : Je me réjouis de la position de fermeté adoptée par le président de la République. Depuis neuf mois, m’a position n’a pas changé. Avant même que Philippe Vasseur ne se range à cet avis, je déclarais que les organismes génétiquement modifiés doivent être étiquetés. Pour des raisons de démocratie car, à partir du moment où le poids du commerce international impose une libre circulation de ces produits sans que les États ne puissent réellement intervenir, il faut que le consommateur soit informé. Or je pense que beaucoup de concitoyens n’ont pas envie de consommer ces aliments incluant des produits génétiquement modifiés en France.
Certes, je fais confiance à la Commission biomoléculaire et au Conseil supérieur de l’hygiène de France, qui ont validé le soja génétiquement modifié et le maïs. Mais je me pose des questions sur la prise en compte des effets à long terme de ces produits sur l’environnement. Pas tant par rapport aux aliments transgéniques importés que pour ceux qui seraient cultivés sur le sol français. Du fait de la pollinisation, de nombreux effets peuvent en découler qui ne sont pas aujourd’hui étudiés. À long terme, on pourrait découvrir qu’un soja résistant à un herbicide a rendu d’autres plantes, et pourquoi pas des plantes indésirables, résistantes aux herbicides.
Aussi, sans être opposée au développement de ces plantes, je suis quand même réservée et partisane du principe de précaution. En revanche, je suis farouchement en faveur d’une politique d’étiquetage. D’ailleurs, les seules raisons qui expliquent réellement les réticences des industriels par rapport à l’étiquetage, c’est leur crainte de voir les consommateurs refuser d’acheter ces produits. Ce qui n’est pas un argument valable.
Les Échos : Comment imposer ce point de vue de prudence à l’Europe ?
C. Lepage : En décembre dernier, lors du Conseil des ministres de l’environnement, j’ai émis trois demandes : que la Commission décide vite, qu’il y ait une politique d’étiquetage et qu’il existe un suivi de ces produits ultérieurement. Maintenant, il faut faire en sorte que la directive 90.220 impose l’étiquetage.
Par ailleurs, il faut quand même se demander si le développement des transgéniques va réellement dans le sens des intérêts de l’agriculture de la France et de l’Europe. Tout en anticipant un problème de commerce international, je pense que, même si l’Europe ne vote pas en faveur d’un étiquetage systématique, la France doit étudier si elle a les moyens juridiques de rajouter les conditions de l’étiquetage.
De toute façon, nous allons mobiliser nos services avec le ministère de la Recherche pour voir si nous avons les moyens de surveiller et de contrôler le développement des transgéniques.
Les Échos : Êtes-vous inquiète sur les effets potentiels de ces produits sur la santé ?
C. Lepage : Il existe en France des organismes sérieux. Mais se pose toujours le problème des retours d’expérience et du long terme.
La source —
vie_publique · nº 246996
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