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5 mars 1996 · Premier ministre · discours Discours

Déclaration de M. Alain Juppé, Premier ministre, en réponse à des questions sur les attentats perpétrés en Israël, à l'Assemblée nationale le 5 mars 1996.

Alain Juppé (auteur)

1) Comme vous, en voyant, pour la quatrième fois en une semaine, les images de mort et de désolation qui nous viennent d'Israël, j'ai senti la révolte et l'horreur envahir mon coeur. Notre pensée à tous va d'abord aux victimes et à leurs familles et je veux leur exprimer ici toute la sympathie et tout le soutien de la France et de son peuple dans ces circonstances dramatiques. Je veux redire ici combien la France condamne avec force et indignation ces actes de barbarie. Je veux aussi adresser à l'ensemble du peuple israélien, dont nous sommes plus proches aujourd'hui que jamais, un message d'amitié, de solidarité et de soutien. Je veux encore adresser un message à l'autorité palestinienne : il faut qu'elle s'engage sans faiblesse ni répit dans le combat contre le terrorisme et ceux qui le véhiculent. Le Président de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, a fait part de sa détermination et commencé à prendre des mesures. Nous devons le soutenir et l'inciter à aller plus loin dans la lutte contre le terrorisme, ce fléau dont nous avons eu, c'est vrai, nous aussi à subir les conséquences. Au-delà de ces messages qu'inspire la simple humanité, que pouvons-nous faire ? Certes, je mesure bien comment mes paroles peuvent être ressenties en Israël par ceux qui éprouvent avant tout douleur, révolte ou même rejettent le processus dans lequel ils sont engagés. Mais par le biais de la vie de victimes innocentes c'est la paix elle-même que l'on veut assassiner. Notre responsabilité est donc aujourd'hui d'affirmer qu'il faut continuer sur cette voie, quoi qu'il en coûte, car en changer entraînerait vraisemblablement plus de souffrances, plus de malheurs encore. Certes, il est facile de donner des conseils, mais que faire d'autre ? D'autant que nous ne pratiquons pas l'incantation mais nous nous engageons au service du processus de paix. Tel est le sens des contacts que le Président de la République a eus avec Shimon Peres et Yasser Arafat. Nous allons continuer à apporter notre soutien moral, diplomatique, matériel à ceux qui ont choisi cette voie difficile. Nous allons aider Palestiniens et Israéliens à combattre tous ceux qui encouragent les assassins par leur inaction ou par des prises de position inacceptables. L'Union européenne a déjà fait beaucoup, par ses crédits comme par son engagement politique. C'est sur cette voie que la France se montrera déterminée et ferme aux côtés de nos amis d'Israël auxquels j'exprime encore une fois notre solidarité./. 2) J'ai dit les sentiments que nous éprouvions et je crois qu'ils sont ici unanimement partagés. Que pouvons-nous faire ? Nous avons envie d'agir, vous comme nous. Je répète que face à un tel drame le soutien moral et politique est essentiel. Le peuple d'Israël sait qu'il peut compter sur la France. J'ai contribué, pour ma part, lorsque j'étais responsable de la diplomatie française, à resserrer nos liens avec Israël et j'ai été personnellement très affecté par l'assassinat d'Yitzhak Rabin, avec qui j'avais beaucoup travaillé. Il nous faut ensuite manifester notre solidarité diplomatique, en soutenant le gouvernement israélien et l'autorité palestinienne, qui veulent continuer le processus de paix, et en condamnant ceux qui sont assez irresponsables pour se réjouir de ces attentats... Un député - L'Iran ! R - Oui, l'Iran et d'autres encore ! Nous devons les condamner ouvertement. Il nous faut manifester notre solidarité également sur le plan économique, de façon à convaincre les Palestiniens de Gaza, de Jéricho et d'ailleurs, qu'ils ont intérêt à la paix. La France et l'Union européenne sont en pointe à cet égard. Dans les semaines qui viennent nous allons développer notre action sur ce triple terrain de la solidarité politique, de la clarté diplomatique et de l'aide économique./. 3) Nous sommes tous sous le coup d'un émotion sincère et profonde mais nous n'agirions pas bien en passionnant encore davantage le drame d'Israël. Cela dit, voir sur le même plateau de télévision l'ambassadeur d'Israël et la déléguée en France de l'Autorité palestinienne n'aurait pas été possible il y a quelques années : ils étaient là pour attester de leur volonté commune de poursuivre le processus de paix. Nous avons demandé à M. Yasser Arafat de tout faire pour renforcer la sécurité et nous l'y aiderons. Déjà, l'Union européenne l'a aidé à équiper sa police. Quant aux déclarations auxquelles vous avez fait allusion, elles sont évidemment inacceptables et la France n'a rien à voir avec des pays qui poussent ainsi au crime et qui encouragent les terroristes. Vous avez cité l'Iran mais vous auriez pu aussi nommer la Libye. De telles déclarations appellent notre réprobation et nous en tirerons les conséquences diplomatiques./. (Source http://www.doc.diplomatie.gouv.fr, le 3 décembre 2002)
La source — vie_publique · nº 164307
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/164307-declaration-de-m-alain-juppe-premier-ministre-en-reponse-des-questi?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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