Interview de M. André Rossinot, ministre de la fonction publique, à RMC le 22 décembre 1994, sur la multiplicité des candidatures à l'élection présidentielle de 1995 et sa position quant à une candidature UDF.
André Rossinot (auteur), Philippe Lapousterle (intervenant)
P. Lapousterle : Vous avez toujours été un fervent défenseur de la candidature unique de la majorité aux élections présidentielles. Il y a un candidat, J. Chirac, est-ce celui que vous souhaitiez ?
A. Rossinot : Cela me paraît difficile parce que le postulat qui prévoyait une candidature unique prévoyait une forme de sélection qui devait avoir lieu par le biais des primaires. Tout le monde est coupable sur les primaires. On a tous signé, sans exception. On a tous mis cela soigneusement de côté et puis, au dernier moment, c'est revenu sur le tapis et au dernier moment, d'aucuns l'ont tué. Donc, tous coupables. Peut-il y avoir une sorte d'ersatz à travers un code de bonne conduite ? J'attends de voir. On n'aura donc pas de candidat d'union. Il faut quand même avoir dès le premier tour une personnalité qui rassemble large et par conséquent, il faut attendre que tout le monde se soit déclaré.
P. Lapousterle : J. Chirac ne rassemble pas assez large ?
A. Rossinot : Il voudrait bien. Cela me paraît difficile dans l'état actuel des choses.
P. Lapousterle : Vous n'êtes pas gêné par une multiplicité de candidatures au premier tour ?
A. Rossinot : Aujourd'hui, on ne pourra pas l'empêcher. Mais les Français vont revenir après cette période un peu difficile à une vision plus simple. Il faut compétence et sérieux. Ce n'est pas parce qu'il y a eu cette inquiétude légitime chez la majorité avec l'ascension de J. Delors, puis ce retrait - qui a amené un petit peu un "ouf" de soulagement pour certains - qu'il faut aujourd'hui tomber dans le trop-plein.
P. Lapousterle : Membre de l'UDF, êtes-vous partisan d'un candidat UDF ? Hier, J.-P. Soisson était là, et demandait que R. Barre soit candidat.
A. Rossinot : Il y a deux choses dans votre question. L'UDF a pris à temps, au moment des législatives, les dispositions qui lui auraient permis d'avoir un candidat, de le préparer. À partir du moment où on a laissé faire, indiscutablement, il y a aujourd'hui une forte sensibilité à l'intérieur de l'UDF en faveur du Premier ministre E. Balladur. Faut-il se raccrocher à une candidature de témoignage ? Quand on a 214 députés, il vaut mieux négocier ses idées, un projet et peser, que de faire, au mieux, quelques pourcent. Quant à la personnalité de R. Barre, qui a été en 1988, de fait, le candidat de l'UDF, je note peu de différence, aujourd'hui, entre son analyse de la situation politique, ses propositions, et celles du Premier ministre. Donc je pense qu'il va être un attentif observateur de la vie politique avec à la fois intérêt et humour. Et puis si les choses s'ordonnancent, comme la tendance lourde aujourd'hui, je pense qu'il ne sera pas amené à être candidat. Mais il est tout à fait respectable et ses avis pèseront.
P. Lapousterle : L'UDF, ça existe encore ?
A. Rossinot : Oui. C'est un vrai débat. L'UDF, ce sera bientôt 20 ans d'existence, il a été créé le 1er février 1978 pour des élections législatives et pour préparer la fin du septennat... Que va devenir l'UDF dans une période plus calme et un septennat renouvelé ? Cela nécessite un effort de réflexion stratégique. Il y a plusieurs courants. Il y a aussi V. Giscard d'Estaing. Est-il aussi fédérateur durablement ? Au-delà de ce septennat, ce sont des questions qui se posent pour nous.
P. Lapousterle : Dans le cadre de la loi anticorruption, certains hauts fonctionnaires pourraient voir leur patrimoine soumis à déclaration. L'Assemblée nationale a voté le texte. Il est en ce moment en discussion au Sénat. Êtes-vous, vous, ministre de la Fonction publique, favorable à cela ?
A. Rossinot : Il y a eu un débat difficile, tumultueux devant l'Assemblée nationale, qui était mal orienté. On a voulu, à travers les mots utilisés, à travers quelquefois la violence des propos, faire des fonctionnaires un peu les boucs émissaires. Il était regrettable que le débat s'engage. Il n'était pas dirigé vers une catégorie socio-professionnelle. L'objectif était de lutter contre la corruption et pour plus de transparence. Je rappellerai plusieurs choses.
1. D'abord tous les fonctionnaires ont un patron. Ils ne sont pas sur un même pied d'égalité avec les élus. Ils ont l'État et les ministres comme patrons, ou les maires, les présidents de conseil régionaux ou généraux sur le plan territorial.
2. Ils ont une réglementation extrêmement stricte. En France, on a souvent besoin de légiférer pour faire respecter la loi. Faisons déjà respecter la loi ! Qu'il y ait des risques pour que certains soient exposés…
P. Lapousterle : ...c'est déjà arrivé !
A. Rossinot : Je fais confiance au Parlement dans ses deux versions. Le Sénat va délibérer aujourd'hui pour qu'on regarde cela avec sérénité, qu'il n'y ait pas de confusion des genres. Il y avait à l'Assemblée nationale des textes qui mettaient pratiquement 150 000 à 200 000 fonctionnaires sous son régime qui était le régime de la suspicion.
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vie_publique · nº 218564
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