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14 décembre 1994 · Gouvernement · discours Discours

Déclaration de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères, en réponse à une question sur la position française après l'arrestation de députés kurdes en Turquie, à l'Assemblée nationale le 14 décembre 1994.

Alain Juppé (auteur)

1) Monsieur le député, le verdict très lourd qui a été rendu contre huit députés kurdes, élus de manière tout à fait démocratique, a suscité beaucoup d'émotion en France et dans toutes les démocraties. Comme vous l'avez rappelé, je m'étais moi-même employé à convaincre les autorités turques qu'elles étaient dans une mauvaise voie. Je l'ai fait lors de mon voyage à Ankara, à l'occasion de tous les contacts que j'ai eu à Paris, à New York ou ailleurs avec le Président de la République turque, le Premier ministre, ou le ministre des Affaires étrangères. Le Président de la République, le 5 décembre dernier, a adressé à tous ses collègues de l'Union européenne, un message pour que l'ensemble de l'Union se mobilise. En outre, au Conseil européen d'Essen, nous avons mis en garde de façon vigoureuse la Turquie contre cette dérive dans le respect des Droits de l'Homme les plus fondamentaux. Notre position mérite d'être rappelée dans tous ces aspects. La Turquie est un pays ami. La Turquie a le droit de défendre son intégrité territoriale et de lutter contre le terrorisme. Mais la Turquie est un membre du Conseil de l'Europe et doit appliquer les principes fondamentaux de l'Etat de droit, en particulier en ce qui concerne le respect particulier des droits de la défense et la liberté d'expression. C'est d'ailleurs dans cet esprit que j'ai moi-même facilité le déplacement à Ankara, pendant le déroulement du procès, d'un certain nombre de parlementaires français qui s'étaient solidarisés avec les parlementaires kurdes. Il faut bien voir la gravité de cette question. Il y a en Turquie des forces politiques, des forces économiques, des forces sociales qui ont fait le choix de l'évolution démocratique et de l'évolution vers l'Europe. Elles sont très attachées à la conclusion prochaine de l'Union douanière avec l'Europe, et plus tard, à des procédures de rapprochement plus étroites encore. Il faut que ces forces comprennent que le rapprochement avec l'Europe passe aussi par le respect des droits fondamentaux de la personne humaine et par l'application des principes de l'État de droit. Ce message a été envoyé avec beaucoup de force. Je souhaite, parce qu'il y va de l'équilibre de cette région de la méditerranée, que ce message soit entendu. 2) Madame le député, j'ai dit tout à l'heure quelle était la position de la France depuis le début. Elle est claire. Elle ne transige pas sur les principes. Je voudrais simplement ajouter deux mots. Premièrement, il y a des causes qui justifient la passion ; aucune ne justifie la furie ! Deuxièmement, il faut se battre pour les Droits de l'Homme, mais il faut aussi avoir en tête à tout moment les intérêts supérieurs de la France et les intérieurs supérieurs de la paix. Quand on va à Ankara pour faire des déclarations comme celles que vous avez faites, madame, je n'en citerai qu'une seule la Turquie n'a pas sa place en Europe je dis et je prends à témoin l'Assemblée qu'on fait une lourde faute politique.
La source — vie_publique · nº 218645
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/218645-declaration-de-m-alain-juppe-ministre-des-affaires-etrangeres-en-repo?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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