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2 novembre 1994 · Gouvernement · RTL · discours Discours

Interviews de Mme Simone Veil, ministre des affaires sociales de la santé et de la ville, à RTL le 2 novembre 1994, sur le traité de paix signé entre Israël et la Jordanie, la remise du Prix Nobel de la Paix à MM. Arafat, Perez, et Rabin, le procès de Ch

Simone Veil (auteur), Michèle Cotta (intervenant)

M. Cotta : Trois Iraniens devant les Assises spéciales de Paris pour le meurtre de C. Bakhtiar : en Algérie, massacre le jour anniversaire de l'indépendance. Est-ce que vous ressentez particulièrement présent le péril islamiste ? L'islam a-t-il un parfum de ce totalitarisme que vous connaissez bien ? S. Veil : Oui, je voudrais tout d'abord dire que j'ai rencontré à plusieurs reprises C. Bakhtiar et évoquer, des années après, le procès de ses assassins, c'est aussi repenser au personnage. C'était un personnage qui essayait justement de se battre contre ce totalitarisme que vous évoquez car c'est réellement un totalitarisme. On parle souvent de la situation des femmes parce que ce sont elles qui sont plus particulièrement victimes puisqu'elles sont vraiment désignées comme devant avoir un certain mode de vie, complètement stéréotypé, et avec tous leurs droits et leurs possibilités d'expression bafoués, mais ça va beaucoup plus loin. M. Cotta : De cet assujettissement des femmes, le port du voile vous paraît être le symbole évident. Êtes-vous pour la circulaire Bayrou ou avec des nuances ? S. Veil : Oui, je suis pour la circulaire Bayrou mais je crois que F. Bayrou lui-même a insisté sur le fait qu'il fallait convaincre plutôt que contraindre. Je crois qu'un certain nombre de proviseurs et je leur rends hommage – sont arrivés justement à expliquer qu'il y a peut-être la possibilité – nous y réfléchissons, d'ailleurs, pour le proposer à F. Bayrou – de proposer des médiateurs ou des médiatrices qui pourraient, peut-être, aider sur le terrain. Il y a des jeunes femmes musulmanes qui ont très, très bien réussi dans la vie, qui s'affirment comme musulmanes, qui s'assument mais qui, en même temps, sauraient très bien expliquer pourquoi le port du voile, en l'État actuel, risque plutôt d'empêcher ces jeunes filles d'arriver, de faire ce qu'elles souhaitent. M. Cotta : Vous avez représenté la France à la signature du traité de paix entre Israël et la Jordanie, mercredi dernier : est-ce-que vous avez la conviction que la paix, paraphée par Y. Rabin et le roi Hussein, et surtout protégée par B. Clinton, a de l'avenir ? Est- ce que vous y croyez à la paix, là-bas ? S. Veil : Elle marche bien. Je crois qu'on est toujours très pessimiste parce qu'il y a beaucoup de conflits, beaucoup de choses horribles. Je pense, par exemple, à l'assassinat de cet otage qui est vraiment une chose épouvantable. Il y a eu le Rwanda, dont on ne parle plus beaucoup, et qu'il ne faut tout de même pas oublier parce que ça a été abominable, c'était un vrai génocide. Mais, en même temps, ça avance au Moyen-Orient parce qu'il y a eu cette paix : j'y étais, c'était formidable parce que c'était émouvant mais c'était une atmosphère de fête, détendue, extraordinaire. M. Cotta : Vous vous attendiez à cela ? S. Veil : Non, pas du tout. C'était un acte vers la paix, donc toujours émouvant. Les conflits entre la Jordanie et Israël remontent à 1947. C'était une étape mais je ne m'attendais pas du tout, ne serait-ce que pour des raisons de sécurité, à ce qu'il y ait cette atmosphère bon enfant que tout le monde a ressentie. C'était dans le désert, une zone très facilement protégée, tout le monde était ensemble sans qu'on ne voit les services de sécurité. M. Cotta : Vous en revenez très optimiste ? S. Veil : Surtout j'en reviens optimiste aussi parce qu'il y a eu le sommet économique de Casablanca, ce week-end, où participaient beaucoup de parties prenantes. Il montre qu'il y a une volonté de nouer des liens économiques – ce qui est aujourd'hui absolument indispensable – pour un meilleur partage d'abord de l'eau, du pétrole, des ressources en général et aussi un soutien à ceux qui sont les plus pauvres. Et aujourd'hui, les plus pauvres, ce sont les Palestiniens. Je vais d'ailleurs, à la fin de la semaine, à Gaza. M. Cotta : À Gaza ? S. Veil : À Gaza et en Israël. Notamment à Gaza pour voir comment on peut les aider en matière sanitaire. M. Cotta : Un livre, "Destin" de M. Szaffran, vous est consacré, un livre bouleversant sur votre jeunesse et surtout sur les camps de concentration. Qu'est-ce que ça vous fait d'être l'objet un peu mythique d'une biographie ? S. Veil : Une biographie, et surtout celle-là, c'est une mise à nu. Elle est très personnalisée. M. Cotta : Vous avez parlé avec l'auteur ? S. Veil : Très peu. Tout ce qu'il dit à propos de la déportation ou de mon enfance, où j'ai découvert un certain nombre de choses que je ne connaissais pas, c'est à travers des amis, ou des amis de mes parents qui vivent encore. Mais je lui ai très peu parlé, j'ai préféré rester en dehors. Il n'empêche que c'est tout de même une mise à nu. C'est un propos aussi – il a eu un fil directeur –, un propos qui est un mythe, comme vous l'avez dit, pour en faire un destin. C'est élogieux, parfois trop. Mais surtout, il veut y voir une continuité. Or je crois que le hasard a joué plus souvent que mon talent ou que le destin. En 74, je suis devenue ministre aussi bien je ne le serais pas devenue et aujourd'hui, on ne serait pas là en train de parler. On avait besoin d'une femme, c'était un peu le hasard, et on m'a choisie. M. Cotta : Ce qui manque un peu à ce livre, c'est votre idée européenne. Comment êtes-vous passée de l'hostilité à l'Allemagne, à l'idée que l'amitié franco-allemande était la pierre angulaire de l'Europe ? S. Veil : Si on ne pensait pas la réconciliation possible, on se disait que forcément, on reviendrait à une revanche. Je suis de ces générations qui ont été élevées entre les deux guerres mondiales, avec une idée très anti-allemande. Après cette guerre qui a été encore pire que ce qu'on pouvait imaginer, ou bien c'était la haine et on entendait les gens dire "il faut les tuer tous maintenant", ou bien il faut essayer de construire quelque chose ensemble. Moi, très vite, je pensais que des gens comme Briand et Stresemann, dans les années 20, quand ils voulaient faire des États-Unis d'Europe, quelque chose avec les Allemands, avaient sans doute raison et on aurait peut-être alors évité la Deuxième Guerre mondiale. M. Cotta : Votre plan sur l'exclusion a été qualifié de saupoudrage. Vous avez hurlé quand on a dit ça. S. Veil : L'abbé Pierre a téléphoné à mon bureau, ce jour-là, pour dire que "ce n'était pas du tout avec du saupoudrage qu'on atteignait les points importants, mais il fallait aussi aller plus loin." Nous-même pensons que ce n'est pas encore terminé, on a encore des propositions à faire. J'ai trouvé l'Action sociale, dans mon ministère, et je tiens à le dire, dans un État où l'on avait fait éclater les services, on ne savait plus qui était responsable de quoi. Peut- être que les socialistes pourraient, sur ce point, faire leur mea-culpa. M. Cotta : CSG ou TVA ? S. Veil : Il y aura un débat au Parlement le 14 novembre, ce sera l'occasion d'en débattre. On a demandé un rapport au Commissariat au plan. Il faut maintenant en tirer les conclusions et voir avec le Parlement comment il faut éventuellement financer la Sécurité sociale. Le plus important, c'est la maîtrise des dépenses de santé.
La source — vie_publique · nº 218712
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/218712-interviews-de-mme-simone-veil-ministre-des-affaires-sociales-de-la-sant?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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