Interview de M. Jean-Louis Debré, secrétaire général adjoint du RPR, dans "Le Parisien" du 18 décembre 1993, sur la proposition d'"allocation de libre choix".
Jean-Louis Debré (auteur), Hervé François (intervenant)
Jean-Louis Debré estime que le Premier ministre n'a pas été assez loin, dans son discours de politique générale, mercredi, sur la création "d'une allocation de libre choix" pour les femmes désirant arrêter de travailler pour élever leurs enfants. Dans un entretien au "Parisien", il appelle le gouvernement à "tenir ses engagements" pour ne pas provoquer de "déception".
Le Parisien : Le Premier ministre, dans son discours à l'Assemblée, mercredi, a évoqué, dans ses dix réformes pour l'année prochaine, une loi sur la famille. Mais vous ne semblez pas totalement satisfait des mesures annoncées dans ce domaine ?
Jean-Louis Debré : Depuis toujours, le RPR souhaite l'élaboration d'une véritable politique de la famille. Nous sommes satisfaits de cette relance, mais Édouard Balladur n'a pas évoqué une question pour nous essentielle qui est celle de "l'allocation de libre choix". Pour nous, c'est une allocation qui doit être donnée à la femme qui travaille ou qui reste chez elle en contrepartie des frais ce garde des enfants.
Le Parisien : Justement, Édouard Balladur n'est pas très chaud. Il craint qu'une fois sorties du marché de l'emploi, les femmes ne puissent y retourner. Vous ne partagez pas cette inquiétude ?
Jean-Louis Debré : Notre propos n'est pas d'abord l'emploi. Ce qu'il faut, c'est restaurer la cellule familiale. Bien sûr, cette réforme a un coût élevé. Mais on peut l'imaginer progressive avec une allocation a la naissance du deuxième enfant ou commencer avec un demi-Smic pour le premier et les trois quarts pour le second. Des formules souples existent.
Le Parisien : La critique majeure faits à ce projet c'est de renvoyer les femmes à la maison…
Jean-Louis Debré : Il ne s'agit pas de renvoyer les femmes au foyer. Il s'agit de leur laisser le libre choix. Dans les deux cas il y a pour les femmes une contrainte. C'est cela que nous voulons lever. Voilà le principe. Et, de ce point de vue, nous avons un ministre de la Santé qui semble avoir fermé la porte. Simone Veil vient d'affirmer qu'on avait "tourné la page du salaire maternel". Le Premier ministre, lui, semble moins affirmatif puisqu'il parle d'élargissement de l'allocation parentale d'éducation qui existe déjà. Mais je souhaite que le gouvernement réfléchisse. Si on ne respecte pas les promesses faites par les candidats UPF pendant la campagne des législatives, il va y avoir une grande déception. Je comprends bien les conséquences financières d'une telle mesure. Mais il est important que nous tenions nos engagements.
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vie_publique · nº 211576
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