Interview de M. André Rossinot, ministre de la fonction publique, dans "Le Parisien" du 9 décembre 1993, sur l'ouverture de l'apprentissage à la fonction publique.
André Rossinot (auteur), Thierry Borsa (intervenant)
Le Parisien : Vous venez d'ouvrir la Fonction publique à l'apprentissage. Qu'attendez-vous concrètement de cette mesure ?
André Rossinot : L'apprentissage est une filière qui retrouve une légitimité forte et qui correspond à un vrai besoin. Nous espérons que l'ouverture de la fonction publique à cette formation à la fois théorique et pratique permette de donner leur chance à 10 000 jeunes à la rentrée prochaine. Mais c'est aussi l'occasion de rappeler que, derrière le terme général de fonctionnaire, il y a un nombre très élevé et très varié de métiers.
Le Parisien : Quelles sont les filières qui seront susceptibles d'accueillir des apprentis ?
André Rossinot : Le bâtiment, la santé, es transports, l'environnement, par exemple. Mais si est vrai que les apprentis formés dans le secteur public pourront être candidats aux emplois publics à travers les concours pour lesquels leur stage constituera une excellente préparation, ils auront surtout vocation à être ensuite embauchés dans le secteur privé. C'est donc vers les filières pour lesquelles le privé offrira des débouchés qu'ils seront orientés en priorité.
Le Parisien : Qui sera chargé d'étudier les besoins du secteur privé ?
André Rossinot : Les jeunes seront confiés à des maîtres d'apprentissage choisis parmi les agents de la fonction publique. Ce sont eux qui devront regarder autour d'eux pour trouver les débouchés qui existent dans les entreprises. Grâce à cette démarche, on introduira un véritable partenariat entre la fonction publique, le monde économique et le monde de l'éducation.
Le Parisien : Ne risque-t-on pas avec l'apprentissage de faire entrer les "petits boulots" dans la fonction publique ?
André Rossinot : L'apprentissage, c'est justement tout le contraire des « petits boulots ». À travers lui, on apprend un métier, on donne au jeune un véritable passeport pour la vie professionnelle. Ce n'est pas la même chose qu'un contrat emploi-solidarité qui s'adresse d'abord aux personnes en situation difficile.
Le Parisien : L'apprentissage dans la fonction publique est prévu par une loi datant de juillet 1992. Mais jusqu'à présent ce texte n'a pas été suivi d'effet.
André Rossinot : L'idée avait en effet été lancée par Mme Édith Cresson mais elle avait été purement et simplement enterrée par nos prédécesseurs en raison d'obstacles culturels et politiques. Les textes d'application n'avaient jamais été pris jusqu'à ce que nous arrivions.
Le Parisien : Cette initiative s'inscrit dans l'action que le gouvernement a lancée pour combattre le chômage des jeunes. La fonction publique a-t-elle un rôle important à jouer dans la politique de l'emploi ?
André Rossinot : Les fonctionnaires doivent être solidaires des autres salariés et cette initiative s'inscrit en effet dans un dispositif global, comme l'accord salarial qui vient d'être signé et qui prévoit le développement du temps partiel et du mi-temps parental dans la fonction publique ainsi qu'une accélération des recrutements.
La source —
vie_publique · nº 211666
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