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5 novembre 1993 · Syndicats Patronat · La Lettre confédérale · discours Discours

Article de M. Marc Vilbenoît, président de la CFE CGC, dans "La lettre confédérale" des 5 et 26 novembre 1993, sur la politique de l'emploi et la nécessité d'une négociation sociale et d'une relance de la consommation.

Marc Vilbenoit (auteur)

5 novembre 1993La Lettre Confédérale Éditorial Exhortations et incantations Après le président de la République, après le Premier ministre, le ministre du Travail a appelé, mardi devant le Sénat, le patronat et les syndicats à ouvrir au plus tôt des négociations sur l'organisation du travail avec "un objectif obsessionnel : la création d'emplois dans le développement de l'entreprise". Pour être obsessionnelle, la préoccupation de l'emploi l'est ! Les salariés en général, l'encadrement en particulier, leurs enfants qui cherchent du travail, les chômeurs et les exclus, et notre organisation bien sûr, n'ont pas besoin d'un rappel à l'ordre pour la prendre en compte. Quand Michel Giraud renvoi à un an pour juger des effets de cet appel, j'ai comme le désagréable sentiment d'une défausse de responsabilité. Pour notre part, nous qui ne sommes partisans ni de la politique du pire ni de celle de la chaise vide, nous sommes prêts à toute négociation. Mais encore faudrait-il rencontrer la même volonté du côté d'un interlocuteur patronal plus qu'étrangement silencieux pour ne pas dire bloqué sur des attitudes attentistes voire strictement défensives. Encore faudrait-il sortir de débats théoriques ou "idéologisés" sur la répartition du travail qui ne tiennent pas compte des réalités vécues sur le terrain. Encore faudrait-il fixer clairement les enjeux et les méthodes de telles négociations. Transferts de cotisations, allègements de charges, exonérations diverses, apports de l'État aux emplois créés ; dans le désordre se multiplient les décisions, les initiatives et les projets de loi. Ne serait-il pas temps d'ordonner les choses, de songer à l'efficacité, de devenir réellement opérationnels. De l'ordre dans les esprits et de la méthode dans les processus de décision ne seraient pas du luxe. Une négociation sociale généralisée, ouverte, sans tabou dans les branches, dans les entreprises, appuyée par les dotations d'un fonds d'intervention regroupant toutes les aides et tous les concours en faveur de l'emploi ne serait-elle pas à même de recaler profondément les choses. Ce n'est sans doute pas par hasard que le Conseil économique et social a intégré, sur notre instigation, cette notion de contractualisation des aides et de création d'un Fonds structurel pour l'emploi dans son dernier rapport de conjoncture. La raison voudra que nous soyons entendus. Faisons-en sorte que ce soit avant la manifestation de tensions extrêmes. Marc Vilbenoît 26 novembre 1993La lettre Confédérale Éditorial L'autre voie Selon le Premier ministre, la situation économique en France donnerait des "signes de redressement de plus en plus remarqués" et le redémarrage serait en vue pour les premiers mois de 1994. Certes, les résultats des comptes détaillés du deuxième trimestre font apparaître une légère croissance du produit intérieur de 0,3 % après une diminution de 0,8 % au premier. Il s'agit là d'un signe bien fragile, d'ailleurs accompagné d'indications contraires tels le recul des investissements, la baisse de la production industrielle et le ralentissement de la consommation C'est la raison pour laquelle notre lecture des faits est beaucoup moins optimiste. Nous demeurons profondément inquiets face aux prévisions de l'UNEDIC 240 000 demandeurs d'emplois supplémentaires en 1994 après 380 000 en 1993 qui sont là pour nous rappeler la dangereuse et contraignante réalité. Bien sûr, nous sommes de ceux qui ne négligent pas ce que peuvent apporter la reprise économique et la croissance Même si elles ne règlent pas à elles seules tous les problèmes du chômage, elles contribuent fortement à les réduire. Souvenons-nous de la période 87-90 et des centaines de milliers d'emplois créés ! Raison de plus pour considérer que nos efforts ne sont vraiment pas payés de retour. Plus de 85 milliards auront été injectés cette année, essentiellement en direction des entreprises, sans que l'on nous laisse espérer autre chose qu'une "croissance molle" autour de 1 % en 1994 et toujours des suppressions d'emplois. De nouveaux allègements des charges sociales des entreprises sont envisagés au travers des cotisations patronales d'assurance maladie. Pour quels engagements, pour quels résultats, avec quels effets sur les rémunérations des personnels qualifiés ? Qui compensera le manque de recettes de la Sécurité sociale, quels financements de rechange imaginera-t-on, sur qui pèseront-ils ? Autant de questions dont on redoute les réponses à la lumière des réalités présentes. On allège les entreprises, on finance – partiellement d'ailleurs – les exonérations sur le budget de l'État que l'on alimente par des prélèvements sur les ménages. Résultats de ces transferts massifs tant réclamés par les entreprises : le maintien d'un flux considérable de plans sociaux et de licenciements, l'accroissement du chômage général et une accélération folle de celui de l'encadrement. Qui depuis quinze ans – ou plus – nous dit : allégez nos charges nous serons compétitifs et ainsi nous créerons de l'emploi ? Les discours sur la mobilisation des entreprises en faveur des jeunes, pour sympathiques qu'ils soient, nous paraissent inopérants et illusoires. N'est-il pas temps d'arriver à une obligation de résultats en termes d'emplois et en contrepartie de masses financières distribuées ? N'est-il pas temps aussi de tenter la voie du soutien à une consommation anémique ? Bien sûr, ce ne sont pas les politiques salariales actuelles de nos employeurs, fondées sur la réduction du coût du travail qui le permettent. Mais attention, danger ! Jusqu'où, jusqu'à quand pourront-elles tenir ? Est-ce ainsi que les entreprises maintiendront un marché pour leurs productions ? N'est-il pas temps d'y consacrer prioritairement les marges budgétaires dont nous pouvons encore disposer ? Peut-être alors pourrons-nous suivre le Premier ministre dans son optimisme… Marc Vilbenoît
La source — vie_publique · nº 213318
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/213318-article-de-m-marc-vilbenoit-president-de-la-cfe-cgc-dans-la-lettre-c?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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