Interview de M. Jean-Claude Gayssot, membre du bureau politique du PCF, à RTL le 25 mars 1993, sur les élections législatives 1993.
Jean-Claude Gayssot (auteur), Jean-Marie Lefebvre (intervenant)
J.-M. Lefebvre : Avez-vous espoir de constituer un groupe à l'Assemblée ?
J.-C. Gayssot : Cela va être dur. C'est une bataille très serrée qui se joue. Avec ce mode d'élection, en progressant sur les régionales, nous risquons de ne pas avoir de groupe, ce qui serait une situation grave pour le pluralisme, la démocratie et le monde ouvrier. Imaginez qu'il n'y ait pas eu de groupe à l'Assemblée : une loi comme celle qui est contre les licenciements n'aurait pas été votée.
J.-M. Lefebvre : Si Marchais était battu, cela remettrait-il en cause la direction du PCF ?
J.-C. Gayssot : Ce sont deux questions différentes. G. Marchais a une situation serrée. Nous travaillons à un large rassemblement. Si cette hypothèse s'avérait vérifiée, cela voudrait dire pour les habitants de la circonscription un atout de moins en leur faveur. Le bilan de G. Marchais dans la circonscription le confirme.
J.-M. Lefebvre : En Seine-Saint-Denis, il y a trois duels RPR-FN.
J.-C. Gayssot : Et dix duels de candidats de gauche face à la droite ou l'extrême-droite. Il est certain que la droite a rassemblé au premier tour. Il est certain aussi que pour le second tour, les possibilités de faire barrage à la droite sont réelles. Beaucoup de gens ne sont pas venus voter pour monter leur mécontentement face à la politique menée.
J.-M. Lefebvre : Pour le deuxième tour, le report des voix vers le PS se présente-t-il bien ?
J.-C. Gayssot : Le report de voix des formations de progrès doit être maximum et total. Il y a un danger.
J.-M. Lefebvre : Le président doit-il rester en place ?
J.-C. Gayssot : La droite veut des présidentielles tout de suite parce qu'elle sait que la situation ne s'améliorera pas et s'aggravera pas. Elle n'aurait alors pas le handicap d'une future échéance. La droite veut tout tenir. C'est une volonté de faire main-basse sur tout. Y aura-t-il dans l'Assemblée des députés qui s'opposeront aux décisions prises ? L'importance du groupe communiste tient à cette idée.
J.-M. Lefebvre : Vous avez pourtant bien tapé sur les socialistes !
J.-C. Gayssot : L'élection a montré que les socialistes n'ont pas suffisamment tenu compte de ce qui se passait dans le pays. Nous avons quitté le gouvernement il y a dix ans. C'est rare de voir un parti quitter le gouvernement. Nous l'avons fait parce que la politique menée ne correspondait pas à ce qui avait été promis. Nous n'avons eu de cesse d'agir pour que les choix soient favorables aux gens. On s'est heurté à des obstacles. Aujourd'hui, la leçon que tout le monde doit tirer, c'est qu'on ne peut pas mener une politique de gauche en prenant les critères de la droite. Il faut faire le contraire. Les gens de progrès doivent se rassembler pour que lors du deuxième tour nous ne laissions pas ce raz-de-marée et qu'après-demain, nous construisions quelque chose de positif qui ne soit pas voué à l'hégémonie du RPR et de l'UDF.
La source —
vie_publique · nº 240678
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