geheim.land Recherche Politique
25 mars 1993 · Partis · France 2 · discours Discours

Interviews de M. Charles Pasqua, président du groupe RPR au Sénat, sur France 2 le 25 mars, et M. Nicolas Sarkozy, secrétaire général adjoint du RPR, à Europe 1 le 26 mars 1993, sur la mise en œuvre de la nouvelle cohabitation et le choix du Premier mini

Charles Pasqua (auteur), Nicolas Sarkozy (intervenant), Jean-Pierre Elkabbach (intervenant)

Jeudi 25 mars 1993France 2 France 2 : Vous êtes pour la version hard ou soft de la cohabitation ? C. Pasqua : Les choses sont simples : il s'agit d'appliquer la Constitution, rien que la Constitution, toute la Constitution. Le président a des pouvoirs. Lorsqu'il dispose d'une large majorité à l'Assemblée, il est l'inspirateur de la politique gouvernementale. Lorsque la majorité à l'Assemblée est d'une autre nature que celle du président, c'est la lecture de l'article 20 de la Constitution qui s'impose à tous, y compris au président : "le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation". Cela étant, je pense que les uns et les autres, nous avons en commun le souci de l'intérêt national. Nous n'allons donc pas nous lancer dans une mauvaise querelle, et ajouter aux problèmes des Français un débat politique inutile. France 2 : Vous regrettez cette cacophonie ? C. Pasqua : Non, parce que ce qui a été dit par J. Chirac, je l'ai dit avant lui, et tout le monde l'a dit. Il est évident que si le président avait de la conception des institutions la même analyse que la nôtre, il tirerait les conclusions qui s'imposent. Mais dès lors qu'il souhaite rester jusqu'au terme de son mandat, c'est son droit le plus absolu, et personne ne peut le contraindre à partir. Nous n'avons pas l'intention de faire quoi que ce soit pour l'obliger à partir. Il faudra qu'il tienne le plus grand compte du vote des Français. France 2 : R. Dumas dit que le président n'est pas enclin à prendre un Premier ministre dans le camp de ceux qui demandent son départ. C. Pasqua : M. Dumas aurait mieux fait de s'occuper de sa propre campagne électorale et de son élection. Il n'est pas habilité à parler au nom du président de la République, et en tout cas, tout ce qui se dit aujourd'hui n'a pas une très grande importance. Je constate que le président lui n'a rien déclaré. Attendons les résultats de dimanche. Si le RPR a plus de députés que, I'UDF il nous semblerait logique et normal et conforme à l'esprit républicain que ce soit un membre du RPR qui soit appelé pour constituer le gouvernement. Si c'est l'UDF, il est normal que ce soit un UDF. France 2 : S'il y avait peu de différences de député et si Giscard était choisi, il n'aurait pas votre soutien ? C. Pasqua : Cette hypothèse est hautement improbable. France 2 : Vous êtes sûr de la victoire du RPR ? C. Pasqua : Oui. France 2 : Vous disiez que J. Chirac devrait aller à Matignon. Le pensez-vous encore ? C. Pasqua : J'ai cru entendre que J. Chirac avait décidé de ne pas y aller. Je soutiendrai donc naturellement celui qui au sein du RPR sera choisi pour constituer le gouvernement. France 2 : Au sujet de l'Europe. Vous avez appelé à voter non à Maastricht… C. Pasqua : Maastricht, c'était en septembre dernier, et nous sommes en mars. Je crois d'ailleurs que personne ne doute que nous avons de l'Europe la même ambition que les autres, pour la construction européenne. Le gouvernement devra prendre des initiatives assez vite pour la relance de la construction européenne, et notamment de l'union politique. Si cette voie avait été choisie, nous n'aurions probablement pas eu les événements qui se déroulent en Yougoslavie. Il faudra en tirer les leçons. France 2 : Si vous êtes ministre de la Défense, comment voyez-vous partager le pouvoir avec le président, qui est le chef des armées. C. Pasqua : Je ne suis pas ministre de la Défense. Si je le suis, j'assumerai le rôle qui serait le mien conformément au programme du RPR et aux instructions que je recevrai du Premier ministre. Le président étant le chef des armées, naturellement, j'aurais avec lui les contacts qui s'imposent. 26 mars 1993Europe 1 J.-P. Elkabbach : Vous cohabitez ou vous refusez, si le président de la République ne veut pas partir ? N. Sarkozy : Nous cohabiterons. Nous ne serons pas ceux qui mettront à bas les institutions de la Ve. Rien ne peut empêcher le président de la République de rester s'il le veut. Nous cohabiterons sans compromission. J.-P. Elkabbach : Comprenez-vous la phrase de R. Dumas comme quoi le président de la République n'a pas envie de choisir le Premier ministre dans le camp de ceux qui demandent son départ ? N. Sarkozy : Je ne savais pas que R. Dumas était chargé de nommer le Premier ministre. J.-P. Elkabbach : Confirmez-vous que J. Chirac ne veut pas aller à Matignon ? N. Sarkozy : Je confirme en effet que J. Chirac ne change pas d'avis. J.-P. Elkabbach : Si c'est un UDF qui est nommé Premier ministre, le RPR lui accordera-t-il sa confiance ? N. Sarkozy : Nous soutiendrons un Premier ministre qui est de l'opposition pour faire une politique d'opposition. Je n'ai pas l'impression que les choses se présentent comme cela. Regardez ce qui s'est passé au premier tour. Le PS a perdu, l'opposition a gagné. Au sein de l'opposition, le RPR a gagné 80 % des primaires et il est logique que le RPR ait le Premier ministre de la prochaine majorité. L'intérêt de la France est que le Premier ministre ait la confiance de la majorité. Je ne fais que confirmer ce qu'ont souvent dit les leaders de l'UDF. J.-P. Elkabbach : Depuis plusieurs jours, V. Giscard d'Estaing répète que le choix du Premier ministre en France n'a jamais été de l'ordre de l'arithmétique ? N. Sarkozy : Je n'ai pas dit que c'était de l'arithmétique mais la logique. J.-P. Elkabbach : On a l'impression que certains au RPR ne veulent pas de E. Balladur comme Premier ministre ? N. Sarkozy : C'est un sentiment que je ne partage pas et je ne les rencontre pas. J.-P. Elkabbach : Vous n'avez pas l'impression qu'il est un peu coincé par les durs du RPR et qu'il sera peut-être en situation difficile s'il est à Matignon ? N. Sarkozy : C'est bien mal connaître E. Balladur que de croire qu'il peut être l'otage de quelqu'un. Il a toujours eu une attitude indépendante et cette attitude est le garant qu'il sera un bon Premier ministre pour la France. Je sais que demain, nous ne ferons pas ce que les socialistes ont fait avec l'État, nous n'avons pas envie de mettre l'État en coupe réglée. Parce que, ce sont des mœurs de république bananière, que moralement c'est inacceptable et parce que c'est inefficace. Regardez à quel niveau ils en sont dans l'opinion publique. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. J.-P. Elkabbach : Vous ne toucherez pas aux copains qu'ils ont nommés ? N. Sarkozy : Nous souhaitons que la politique du prochain gouvernement soit une politique de rupture sur le fond avec le socialisme, en aucun cas une politique de revanche. J.-P. Elkabbach : Quelles seraient les priorités du prochain Premier ministre ? N. Sarkozy : Le prochain Premier ministre aura beaucoup de priorités. Il faudra s'attaquer au chômage, il n'y a pas de fatalité et on trouvera de nouvelles solutions. Il faudra s'attaquer au problème de l'immigration, au problème de l'indépendance de la Justice, à la réforme de l'Éducation nationale et à une question que sous-estiment les Français, au rééquilibrage des pouvoirs entre l'Assemblée et le pouvoir exécutif. On a envie de gouverner la France devant son état de crise sociale, économique et politique. J.-P. Elkabbach : La politique se mettrait en œuvre quand ? N. Sarkozy : On peut se mettre au travail très rapidement, la France est une démocratie adulte pour faire face à cette cohabitation. J.-P. Elkabbach : Quels enseignements tirez-vous de vos meetings ? N. Sarkozy : Les Français sont sceptiques parce que le PS a même perverti les idées et pourtant la petite lueur de l'espoir n'est pas morte. J.-P. Elkabbach : Comment ne pas les décevoir ? N. Sarkozy : Pas d'intolérance, pas de divisions et surtout beaucoup de mesure. J.-P. Elkabbach : On a l'impression que vous détestez les socialistes ? N. Sarkozy : Non. Je respecte mes adversaires mais je les combats fortement. J'ai de la passion et des convictions.
La source — vie_publique · nº 240312
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/240312-charles-pasqua-25031993-france-2-cohabitation-choix-premier-ministre?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
Fichier d'origine conservé
Ce texte n'a été ni résumé ni corrigé