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23 mars 1993 · Partis · L'Humanité · discours Discours

Article de M. Pierre Zarka, membre du comité central du PCF, dans "L'Humanité" du 23 mars 1993 et interview à France Inter le 24, sur les résultats du PCF au premier tour des élections législatives et sur les consignes de vote.

Pierre Zarka (auteur), Ivan Levaï (intervenant), Pierre Le Marc (intervenant), Annette Ardisson (intervenant)

23 mars 1993L'Humanité Éditorial Lors du premier tour, les Français ont manifesté, de diverses façons, un formidable mécontentement et une aspiration – forte et souvent confuse – à faire du neuf. Le vote communiste a permis à plus de 2 300 000 d'entre eux d'affirmer des exigences modernes : celles d'une politique pour l'emploi, de progrès social et de démocratie. Le PCF progresse de 370 000 voix et 1 % par rapport aux élections régionales. Cette référence est pertinente car ces deux élections appartiennent à la même période politique. En effet, depuis 1988, la crise de la vie politique et l'écroulement des pays de l'Est notamment ont sensiblement modifié les données. On peut d'ailleurs noter qu'à l'occasion de ces événements une formidable campagne a visé à assimiler le PCF à l'échec, à décréter sa disparition. Ce résultat est le fruit des efforts de rénovation de l'identité du Parti communiste. Tout encourage à les poursuivre. C'est désormais ainsi qu'il faudra compter avec lui. Aujourd'hui, avec le second tour, les gens sont placés devant un autre problème. Les effets conjugués d'une abstention populaire massive nourrie par le mécontentement et ceux d'une loi électorale foncièrement injuste permettent au RPR et à l'UDF d'envisager de rafler près de 500 sièges afin d'imposer de terribles sacrifices au monde du travail et de s'installer au pouvoir durablement. Développement des emplois précaires et chômage partiel ; baisse des salaires, comme chez Michelin, et doublement de la CSG ; éclatement de la protection sociale et des services publics ; une école pour les riches et une école pour les autres, tels sont les objectifs de la droite. Il est donc temps, pour chaque électeur, d'adapter son comportement à cet enjeu. Ainsi, parmi celles et ceux qui ont préféré l'abstention ou le vote blanc pour se manifester, nombreux peuvent mesurer qu'à partir d'aujourd'hui la question est qu'ils se donnent les moyens de faire face à ce nouveau danger. Cela vaut évidemment aussi pour les électeurs communistes, socialistes, écologistes, radicaux, d'extrême gauche. Seul leur rassemblement peut infléchir le cours des choses. En effet, si le RPR et l'UDF – qui font pour l'instant patte de velours – obtenaient moins de députés que ce qu'ils espèrent, cela aurait une signification claire : tout ne leur sera pas permis. Il s'agit donc, chacun gardant son identité, de se rassembler devant l'urgence. Voilà qui devient l'essentiel. Dans 43 circonscriptions, soit plus qu'en 1988, c'est le candidat communiste qui affronte la droite et devient par là même candidat du rassemblement. Dans ces endroits, un dialogue direct peut permettre à des hommes, des femmes, des jeunes, de mesurer que l'enjeu dépasse la dimension de leur propre circonscription. Il dépend d'eux que l'ensemble du peuple dispose ou non d'un groupe communiste à l'Assemblée nationale. Quoi qu'on pense du PCF, face à cette déferlante de la droite, la présence d'un groupe communiste constitue un point d'appui solide. Il rendra la droite moins arrogante. Il est un moyen fiable de faire entendre la voix du monde du travail jusqu'à l'intérieur de l'Assemblée. Pierre Zarka 24 mars 1993France Inter Y. Levai : En 1946 le PC recueillait 30 % des voix, cela ne vous gêne pas ? Pierre Zarka : Le problème est à la fois pour nous et pour les gens. Au fur et à mesure que nous nous sommes érodés, les gens se sont heurtés à des difficultés croissantes. Y. Chotard avait dit qu'il allait démontrer que l'on ne faisait pas la même politique avec un PC à 20 % et un PC à 10 % ; je crois qu'il a tenu parole malheureusement. Y. Levai : On dit que vous avez une fonction de protestation à la tribune, cette fonction va-t-elle durer ? Pierre Zarka : Il n'y a pas d'un côté la protestation et de l'autre la proposition, les deux vont ensemble. À partir du moment où nous pensons que l'on peut utiliser l'argent pour faire des emplois, qu'est-ce que l'on fait ? On proteste contre le chômage ou on propose ? On fait les deux. À partir du moment où l'on dit que le patronat doit cotiser de la même manière que les salariés à la sécurité sociale, cela ferait 65 milliards de francs pour la sécurité sociale et le problème du déficit ne se poserait pas, on propose ou on conteste ? On fait les deux en même temps. P. Le Marc : Pourquoi continuez-vous à décliner ? Pierre Zarka : Entre 88 et maintenant, il s'est passé tellement d'événements politiques que l'on avait prédit la mort de notre parti. Aux régionales, on a fait 8 % et aujourd'hui on fait 9 %. Nous sommes sur le chemin du redressement. Nous nous transformons. A. Ardisson : Est-ce que les gens sont masochistes car passer de 30 à 10 % ; ce sont les électeurs qui choisissent ? Pierre Zarka : Il faut savoir donner des preuves. Le poids de la crise déroute les gens et ce n'est pas facile de deviner que l'on n'est pas obligé de fermer une usine. Nous sommes porteurs d'idées qui ne sort pas spontanément simples. Nous nous y sommes mal pris. Nous avons cru que l'on pouvait changer la société par le haut. Nous avons été assimilés longtemps au modèle russe, ils en ont tiré les leçons et nous aussi. Y. Levai : Pendant ces années de gouvernement avec les socialistes, vous avez dit que les socialistes gouvernaient à droite, et aujourd'hui vous appelez à faire front commun dans un sursaut républicain. Est-ce que votre électorat a bien compris cela ? Pierre Zarka : Il n'y a pas que le PC pour critiquer le bilan du gouvernement. Les gens ont voulu sanctionner le gouvernement, ils l'ont fait et nous sommes devant un problème nouveau, c'est ce raz de marée fantastique que la loi électorale permet à la droite. Il y avait une politique qui a débouché sur la démoralisation et la démobilisation de l'électorat de gauche, et la droite s'engouffre dans la brèche pour faire une politique terrible de remise en cause de l'ensemble des acquis. P. Le Marc : Est-ce que le fait que vous redécouvriez l'union de la gauche, ne pas décevoir les électeurs socialistes à Nanterre, dans l'Isère où vos candidats restent en lice ? Pierre Zarka : Nous ne redécouvrons pas l'union de la gauche. Nous n'avons de cesse de nous tourner vers le peuple. P. Le Marc : Comment allez-vous prolonger cela après ? Pierre Zarka : Avant l'après, il faut d'abord mesurer que tout n'est pas joué. La droite vient avec une arrogance qu'elle s'efforce de dissimuler, elle a annoncé des intentions qui sont redoutables pour le monde du travail. Comme elle sait que la pilule sera difficile à faire passer, elle veut le faire passer avec une chambre introuvable qui lui donne les mains libres. P. Le Marc : Que faites-vous en face de D. Voynet ? Pierre Zarka : Les communistes doivent faire barrage à la droite. Le candidat qui affronte la droite dans 43 circonscriptions est communiste. L'existence du groupe communiste est en jeu. Il faut un groupe communiste pour faire contrepoids, pour faire en sorte que la voix des hommes et des femmes en difficulté, entre à l'intérieur de l'hémicycle. A. Ardisson : Que faites-vous à Conflans ? Pierre Zarka : Nous avons un principe: face à la droite il faut s'unir. A. Ardisson : Le PC aurait-il eu moins de difficultés à Villejuif s'il avait choisi un autre candidat que G. Marchais ? Pierre Zarka : Je ne le pense pas. Le PC a été confronté à un double problème. Peut-être que la population avait oublié que nous avons quitté le gouvernement depuis 10 ans et nous a englobé avec le bilan du PS, d'autres n'ont peut-être pas perçu que le vote communiste leur aurait permis de mieux se faire entendre ? A. Ardisson : Quelles conséquences d'une défaite de G. Marchais ? Pierre Zarka : Je crois qu'il sera élu et les conséquences seront pour les électeurs qui perdront un défenseur de poids. A. Ardisson : M. Duras dit qu'elle vote à gauche, elle vote communiste pour F. Mitterrand, c'est un peu paradoxal ? Pierre Zarka : Je laisse les motivations à chacun et à chacune du vote communiste. Cela veut dire que le vote communiste est en train de redevenir un moyen d'expression important pour des gens divers, c'est signe d'une renaissance. A. Ardisson : À côté des décombres du voisin ? Pierre Zarka : Nous ne sommes pas comptables des affaires de tout le monde.
La source — vie_publique · nº 240733
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/240733-pierre-zarka-23031993-resultats-pcf-premier-tour-legislatives-1993?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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