Interviews de M. Jean Glavany, secrétaire d'État chargé de l'enseignement technique, à TF1 le 17 et à FR3 le 23 mars 1993, sur la cohabitation et l'avenir du PS après son échec aux élections législatives.
Jean Glavany (auteur)
Mercredi 17 mars 1993TF1
TF1 : Il n'est pas facile de défendre le bilan d'un gouvernement rejeté par les français ?
J. Glavany : Nous n'avons pas aussi mal fait que certains veulent bien le dire. J'essaie d'expliquer. Il faut se défendre. Je ne crois pas à la fatalité de l'échec et de la défaite. J'essaie de valoriser ce que nous avons fait, d'ouvrir des perspectives sur l'avenir.
TF1 : Quand vous ouvrez des perspectives, on doit vous dire que c'est un peu tard ?
J. Glavany : On a eu dix ans, mais on n'est pas resté les bras croisés. On a redressé une situation qui était déplorable. J'entends des gens nous donner des leçons sur le thème : "ce sont des incapables." Ceux sont les mêmes qui nous ont laissé le pays avec 15 % d'inflation. C'est pareil sur le plan social, on n'est pas resté inactif : la retraite à 60 ans, la 5e semaine de congés payés, les 39 heures, les lois Auroux, le RMI. C'est un bilan considérable. En même temps, il est vrai nous avons failli sur certains points, le chômage.
TF1 : Pensez-vous qu'il y ait un rejet du PS ?
J. Glavany : Que son image ait été ternie, c'est évident, que ce soit un point de débat principal du débat électoral, je ne crois pas. Je fais campagne tous les jours, personne ne m'a parlé des affaires. Ceci a été monté. Il y a des points regrettables.
TF1 : Pensez-vous, comme Michel Rocard, qu'il y ait un règlement de comptes entre les français et le Président de la République et que les socialistes paient pour cela ?
J. Glavany : Je suis très embarrassé par votre question. Je n'ai pas envie de jouer au jeu des petites phrases à cinq jours des élections, et aux commentaires sur les petites phrases. Je suis d'accord pour reconstruire demain la gauche, le PS avec Michel Rocard, s'il veut jouer un rôle principal ou avec d'autres. Je ne suis pas d'accord pour que cette reconstruction se fasse sur le reniement du passé. J'ai travaillé dix ans avec François Mitterrand.
TF1 : Pensez-vous que cette reconstruction puisse passer par la disparition du PS ?
J. Glavany : Il y aura toujours un PS, un parti progressiste, un parti social-démocrate, une grande force de progrès. Je suis attaché au PS. Je suis conscient de ses faiblesses et de ses graves défauts en ce moment. Il faudra reconstruire quelque chose de similaire, mais plus ouvert, plus souple, plus moderne, moins sectaire. Il y aura toujours une force de progrès.
TF1 : Pourquoi ce projet de réforme constitutionnelle est venu si tard ?
J. Glavany : Parce que si François Mitterrand l'avait proposé en 1981, on aurait dit pourquoi si tôt ? Peut-être que s'eut été présenter quelque chose de déphasé par rapport aux soucis des français de l'époque. Je regrette que l'on ait un peu tardé à échafauder ce grand projet. Ce qui me préoccupe, c'est de faire comprendre aux Français que cela ne doit pas rester un débat de juristes, il faut sortir du cercle du comité consultatif constitutionnel pour faire comprendre aux citoyens qu'il y a là des enjeux majeurs. L'État de droit, la protection des droits des citoyens, l'enrichissement de notre démocratie, voilà de beaux thèmes pour que l'intérêt des Français pour la politique soit revivifié.
TF1 : Regrettez-vous que les socialistes n'aient pas remis la proportionnelle ?
J. Glavany : Je le regrette sans le regretter. C'est un débat éternel sur lequel il ne faut pas faire preuve de dogmatisme. Le scrutin proportionnel est plus juste, j'ai toujours été pour un scrutin mixte à l'allemande, je suis sûr que l'on y arrivera tôt ou tard.
TF1 : Vous connaissez bien François Mitterrand, est-il un homme à se maintenir s'il y a un raz-de-marée à droite et une chambre avec 400 députés de droite ?
J. Glavany : C'est un homme à faire son devoir, il l'a montré et il le montrera encore.
23 mars 1993France 3
France 3 : François Mitterrand va-t-il quitter l'Élysée en cas de raz-de-marée de la droite ?
J. Glavany : J'ai le sentiment, parce que nous l'avons déjà vécu il y a 7 ans, que la vie de la République française n'est pas soumise au sentiment de Jacques Chirac. Et donc, si Jacques Chirac conseille au Président de la République de lire les chiffres, on pourrait lui répondre qu'il lise la Constitution de la République. Le Président a déjà donné l'exemple de sa capacité à lire les chiffres des élections en 1986, il le refera dimanche prochain. Et si tout le monde applique la constitution, tout se passera très bien.
France 3 : Mais il y a un élément nouveau : l'ampleur de la défaite ?
J. Glavany : L'ampleur, elle est constatée au premier tour, il reste le deuxième tour.
France 3 : Vous pensez que le PS peut inverser la tendance ?
J. Glavany : Ce que je sais, c'est qu'on ne peut pas s'engager en politique ou dans l'action publique en baissant les bras ou en se laissant aller au découragement. Je me bats dans ma circonscription pour gagner et je le fais au nom d'électeurs qui nous font confiance, au nom de nos soutiens, de nos militants, dans une action collective. Nous nous battons et nous faisons tout pour inverser cette tendance. Y arriverons-nous ? Je n'en sais rien.
France 3 : Avez-vous le sentiment que l'on peut arriver à une crise politique entre le président et son nouveau gouvernement ?
J. Glavany : J'ai le sentiment que, comme toujours, certains, sûrs de leur fait ou de leur succès ou de l'ampleur de leur victoire, se laissent aller à un peu d'arrogance. On l'a déjà vu dans le passé, on le revoit maintenant. Peut-être seront-ils un peu moins arrogants lundi prochain. Je ne vois pas pourquoi on programmerait une crise certaine.
France 3 : Le président aborde donc sereinement cette nouvelle cohabitation ?
J. Glavany : Je l'ai rencontré à quelques reprises ces temps derniers : oui, sa sérénité était totale.
France 3 : on dit qu'un certain nombre de réseaux ont été organisés à l'Élysée sur l'information sensible ?
J. Glavany : Je ne suis plus à l'Élysée depuis quelques années. J'ai vécu la première cohabitation en étant à l'Élysée. Il n'y a pas besoin de mettre en place des réseaux. Il y a dans la fonction publique des fonctionnaires qui sont des républicains qui respectent les règles de fonctionnement de la république et qui informent le président comme il le ferait dans n'importe quelle majorité.
La source —
vie_publique · nº 240434
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