Interview de M. Jean-Claude Gayssot, membre du bureau politique du PCF, à TF1 le 23 février 1993, sur le "big-bang" de M. Michel Rocard et les élections législatives de 1993.
Jean-Claude Gayssot (auteur), Bruno Cortes (intervenant)
B. Cortès : Que pensez-vous de la nouvelle donne du Big bang ? Le PC ne risque-t-il pas de se retrouver à l'écart ?
Jean Claude Gayssot : Il s'agit en fait d'une vieille resucée. Toute l'histoire contemporaine est marquée par les tentatives d'alliances du PS avec des partis de la droite. On a connu cela avec la SFIO. On a connu cela, en 1988, où le gouvernement a décidé de faire appel à des ministres giscardiens. Aujourd'hui, M. Rocard propose de saborder le PS. C'est un événement. Cela pour en faire une alliance avec la droite. Ce n'est pas comme cela que l'on va régler les problèmes. Ce qu'il faut changer c'est de politique dans le pays et s'attaquer au programme de la droite qui veut casser les acquis sociaux, tous les avantages conquis au cours des décennies de luttes.
B. Cortès : Vous ne regrettez pas l'absence d'invitation de M. Rocard.
Jean Claude Gayssot : M. Rocard ne nous invite pas. Il dit, comme B. Lalonde, qu'il faut s'allier avec la droite et faire de nouvelles combinaisons politiciennes. Je crois qu'aujourd'hui, il y a un phénomène extraordinaire de rejet. Il y a des gens qui luttent on a vu les pêcheurs venir dire qu'ils n'en pouvaient plus. C'est vrai des postiers, des agriculteurs, des infirmières et des chômeurs. Pour ces gens, cela ne peut plus durer.
B. Cortès : Que dites-vous à vos électeurs ?
Jean Claude Gayssot : Cela ne peut plus durer ! Vous avez raison d'agir et de lutter. Vous avez un moyen le 21 mars, dites tous ensemble que vous ne voulez plus de la politique actuelle et que vous ne voulez pas du retour de la droite qui aggraverait en pire toutes les choses. Ce moyen, c'est le vote communiste. Vous me direz que ce n'est pas nouveau de dire cela pour un dirigeant communiste ! Nous ne récupérerons pas ce vote pour faire dire aux gens ce qu'ils n'ont pas voulu dire. Je dis aux salariés, aux familles, aux enseignants, aux pêcheurs, aux postiers et aux cheminots de se rassembler, d'utiliser ce vote pour que le 21 mars, qu'ils soient des millions à dire en même temps : "on ne veut plus de la politique actuelle !" Faire du neuf dans ce pays, ce serait écouter les gens, ne pas mener une politique qui se fait contre eux et sans eux.
B. Cortès : C'est en rassemblant tous les mécontents que l'on peut faire une politique cohérente ?
Jean Claude Gayssot : Les gens ne sont pas obligés de penser exactement comme le PC. Si les gens en ont assez de la politique menée, s'ils veulent que ça change, sur qui peuvent-ils compter ? La droite ? Elle veut aggraver !
B. Cortès : Les électeurs vous ont remplacés par les écologistes pour exprimer cette contestation.
Jean Claude Gayssot : Les dirigeants disent "nous voulons nous allier avec la droite comme dans les régions parce que vous aurez besoin de nous pour faire passer des mesures impopulaires". Ce n'est pas là la solution. Nous proposons que les gens d'en bas se rassemblent, qu'ils soient écologistes, socialistes, chrétiens, pacifistes, communistes. Ils ont des choses en commun. Il y a des divergences, certes. Quoi de plus normal ? C'est cela la France; mais ils ont suffisamment de points communs pour changer de politique et refuser le politique de la droite. Il faut le dire ensemble le 21 mars.
B. Cortès : Si on vous lit, on voit qu'il n'y a pas grand-chose à sauver du bilan du socialisme. Et pourtant, il y aura certains désistements au second tour. Y-a-t-il contradiction ?
Jean Claude Gayssot : Il est vrai qu'il n'y a pas grand-chose sur laquelle nous puissions nous appuyer. Nous avons quitté le gouvernement il y a neuf ans, ce qui est rare pour un parti de quitter le gouvernement – ils veulent tous y aller ! Nous, nous l'avons quitté parce que la politique menée était contraire à ce qui avait été proposé et promis en 1981. Nous avons appelé à la consultation et au dialogue avec tous les gens, les électeurs socialistes, écologistes, pacifistes et chrétiens pour rechercher ensemble des solutions. Nous ne voulons pas de la politique actuelle. Nous ne voulons pas du retour de la droite. Cette proposition sera la même démarche. Au second tour, nous en appellerons au rassemblement de tous ces gens pour faire barrage à la droite. Après le deuxième tour, nous aurons la même démarche : contribuer à créer un rapport de forces pour qu'enfin, on écoute ceux qui travaillent et qui luttent. Qu'on ne continue pas à mener une politique au service de quelques-uns et de privilégiés.
La source —
vie_publique · nº 240425
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