Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'environnement et membre du PS, dans "Globe Hebdo" du 17 février 1993, sur les relations entre le PS et l'entente des écologistes dans la perspective des élections législatives.
Ségolène Royal (auteur), Jean-Luc Mano (intervenant)
Globe Hebdo : Vous êtes à la fois ministre de l'Environnement et le fer de lance du Parti socialiste contre les écologistes ; est-ce que vous avez le goût du paradoxe
Ségolène Royal : C'est vrai, je n'ai jamais fait campagne au nom du Parti socialiste et aujourd'hui c'est moi qui le défends, alors que je n'ai jamais vraiment été aimée des cadres du parti. [Ah, c'est le moins que l'on puisse dire.]
Globe Hebdo : Les écologistes vous irritent à ce point ?
Ségolène Royal : Je ne me trompe pas d'adversaire. Pour moi, l'adversaire principal, c'est la Droite. Mais, si l'on doit être battus, je préfère mourir debout que renier ce que je suis.
Globe Hebdo : Il y a une vie après le PS ?
Ségolène Royal : (Elle hésite un moment, manifestement elle n'en est pas sûre) Je crois qu'il faudra tout reconstruire pour que le courant de gauche, c'est-à-dire celui qui s'oppose au conservatisme et aux égoïsmes, puisse continuer à exister.
Globe Hebdo : Les écolos c'est un mouvement politique à part entière ?
Ségolène Royal : Je fais une grande différence entre les militants de l'environnement qui sont sincères et les professionnels de la politique que sont devenus certains de leurs leaders. Peut-on honnêtement prétendre que Joseph Poli, Lionel Stoléru, Harlem Désir, ou Konopnicki, ont un jour payé de leur personne pour défendre l'environnement ? [Bonne question et message transmis.]
Globe Hebdo : En fait, ils n'ont grâce à vos yeux que quand ils défendent les fleurs et les petits oiseaux, vous leur déniez le droit de faire vraiment de la politique.
Ségolène Royal : Pas du tout ! Mais je considère qu'à Génération Écologie (beaucoup plus que chez les Verts) il y a des professionnels de la politique qui se servent de l'écologie. Encore faut-il que les électeurs le sachent et ne soient pas trompés. [Manifestement, elle entend se charger de leur éducation.]
Jean-Luc : Malgré tout, vous êtes favorable à une alliance rose-vert ?
Ségolène Royal : La question ne se pose pas en ces termes.
Globe Hebdo : Dommage parce que c'est ma question.
Ségolène Royal : Il faut d'abord fixer les objectifs et les grandes voies d'action. Après, on voit comment on y parvient ensemble. [On peut y croire. Parce que, côté alliance, les socialistes sont bien dans les choux.]
Globe Hebdo : Si les écolos entrent dans un gouvernement de droite, ça compromet durablement tout accord ultérieur avec eux ?
Ségolène Royal : Oui. [Au moins, c'est envoyé.]
Globe Hebdo : Rocard a critiqué votre méthode de « débat » avec les écolos...
Ségolène Royal : J'aurais préféré entendre Michel Rocard rappeler à l'ordre certains leaders écologistes qui attaquent injustement le gouvernement et qui tiennent des propos méprisants sur les socialistes. Je regrette qu'à ce moment-là Rocard ne soit pas intervenu.
[On sent qu'elle se retient pour ne pas en dire plus...]
J'aurais aimé aussi qu'il ne s'oppose pas à la proportionnelle. Le dialogue avec les écologistes aurait pu être constructif ! Je refuse les tabous dont celui qui veut que l'on soit tétanisé devant les écologistes, qui auraient par définition le droit de tout dire parce qu'ils détiendraient la vertu.
Globe Hebdo : C'est une vertu de faire la différence entre une laitue et un pissenlit ?
Ségolène Royal : Quand on a la prétention de défendre la nature, oui.
Globe Hebdo : Craignez-vous le moment où-vous ne serez plus ministre ?
Ségolène Royal : Non, pas du tout. Je ne l'aurai pas été longtemps, je n'ai pas eu le temps de m'appesantir. Ma vie ne dépend pas de la politique. Si cela ne correspond plus à mes aspirations, je quitte la vie politique. C'est simple
Globe Hebdo : Dernière question : poser avec son nouveau-né dans les magazines, ce n'est pas confondre politique et show-biz ?
Ségolène Royal : Quand ce sont des hommes qui le font, personne ne leur dit rien, c'est incroyable qu'on ne l'accepte pas d'une femme. Je suis fière d'être une femme qui a des enfants et qui fait de la politique. Et puis, au moins, les enfants, c'est moi qui les fais. [Naïvement, certains pensent encore qu'il faut être deux.]
La source —
vie_publique · nº 212065
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