Interview de M. Edmond Alphandéry, porte-parole du groupe parlementaire UDC, dans "Le Point" le 6 février 1993, sur le programme de l'opposition en matière de fiscalité, d'épargne et la proposition de budgétiser les cotisations sociales.
Edmond Alphandéry (auteur), Etienne Bertier (intervenant)
Le Point : Il semble bien que l'opposition a renoncé à réaliser une grande réforme fiscale...
Edmond Alphandéry : Non, au contraire. Nos prélèvements obligatoires sont trop élevés. C'est l'un des facteurs du chômage. On doit donc les réduire. Mais en commençant par les charges sociales qui pèsent sur le travail et pénalisent l'emploi. Notre ambition fiscale reste intacte. Pour autant, dans l'immédiat, la marge de manœuvre est réduite, du fait de la brutale accélération du déficit budgétaire depuis deux ans. Songez qu'en 1992 le déficit aura dépassé 220 milliards, nettement plus en 1993. Pour ces seules deux années, la charge de la dette publique induite par le seul déficit aura augmenté de 40 milliards !
On ne peut pas continuer ainsi. Pour simultanément résorber le déficit et réduire les prélèvements obligatoires, il faudra contrôler strictement la dépense publique en francs constants. J'ajoute que les douloureuses fractures sociales nous imposent un ordre de priorités.
Le Point : Vous ne toucherez donc pas aux impôts porteurs d'une forte symbolique, comme l'ISF ou le taux maximum de l'IR ?
Edmond Alphandéry : Non, ni le principe de l'ISF ni – dans l'immédiat – le taux maximum de l'impôt sur le revenu ne seront modifiés. La réforme de fond de ce dernier fera l'objet d'un contrat de législature portant sur cinq ans.
La plate-forme a retenu un dispositif, que j'ai proposé, d'encouragement de l'épargne à long terme (par exemple, dix ans) autorisant tous les contribuables et pas seulement les plus aisés à réduire leur impôt pour peu qu'ils accroissent leur épargne.
Le Point : Quel est ce dispositif ?
Edmond Alphandéry : La déductibilité du revenu imposable des placements à long terme. Les contribuables pourront investir librement dans la pierre, dans les PME ou en valeurs mobilières, et déduire cet investissement de leur revenu imposable, avec un plafond déterminé en fonction de marges de manœuvre budgétaires. Quant aux ménages non imposables, ils bénéficieront d'une mesure équivalente.
Le Point : Une mesure de plus en faveur de l'épargne...
Edmond Alphandéry : Non, c'est un changement de cap. Contrairement à ce qui existe aujourd'hui, il importe de favoriser l'épargne longue, qui est à l'épargne courte ce que l'or massif est au plaqué or. La logique du dispositif est claire : consolider l'épargne pour raffermir le franc, faire baisser les taux d'intérêt, relancer les privatisations, encourager les retraites complémentaires par capitalisation, soutenir l'immobilier et permettre en définitive aux entreprises d'investir et donc de créer des emplois. La mobilisation de l'épargne au service de l'emploi, tel est mon credo.
Le Point : Ce dispositif fait donc double emploi avec la proposition du RPR d'encourager l'épargne retraite par des hausses du salaire direct, elles-mêmes rendues possibles par la baisse des cotisations familiales.
Edmond Alphandéry : Ce sont deux choses différentes. L'ensemble de l'opposition est désormais convaincu qu'il faut – progressivement, car cela coûte 150 milliards – budgétiser les cotisations familiales, qui pèsent sur les seules entreprises et freinent la création d'emplois. Que feront les entreprises de cet allègement de leurs charges sociales ? Le débat reste ouvert. Les centristes seraient favorables à ce que les entreprises s'engagent, en contrepartie, à investir significativement dans la formation professionnelle par alternance, à l'allemande. Notre société ne peut continuer à se disqualifier en laissant des jeunes sur le carreau, sans formation et sans avenir. Le contrat sera équilibré : l'État rebudgétise la politique familiale, les entreprises forment mieux les jeunes ! Voilà une illustration concrète de ce qu'on pourrait appeler le libéralisme contractuel.
Le Point : À plus court terme, quelles mesures envisagez-vous pour sortir l'économie de l'ornière et du pessimisme ?
Edmond Alphandéry : Des mesures immédiates de soutien à l'activité économique s'imposent. Notamment pour le logement, avec, entre autres, la possibilité de déduire le déficit foncier du revenu global et la remontée progressive de l'abattement forfaitaire sur les revenus locatifs. Il faudra aussi conforter les PME fragilisées par la crise (je souhaite personnellement la suppression rapide de la règle du décalage d'un mois de TVA pour alléger leur trésorerie). Nous devrons enfin redonner confiance au monde agricole, en améliorant son revenu par une compression des charges.
Traitement économique, mais aussi traitement social. Pour encourager les entreprises à créer rapidement des emplois moins qualifiés, il est indispensable de mettre en place un dispositif adapté à ces emplois-là et prévoyant une large exonération des charges sociales. Car nous devons penser à ceux qui sont durablement exclus du monde du travail. Vous le voyez, ce projet fiscal poursuit un objectif prioritaire : la lutte contre les fractures sociales.
La source —
vie_publique · nº 240688
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