Interview de M. Laurent Fabius, premier secrétaire du PS, dans "Le Figaro" et à France 2 le 27 janvier 1993 (avec M. Brice Lalonde, président de Génération Ecologie), sur la mobilisation du PS pour la campagne des législatives, la nécessaire rénovation d
Laurent Fabius (auteur), Brice Lalonde (intervenant), Michel Chamard (intervenant), Joseph Macé-Scaron (intervenant), Bruno Masure (intervenant), Arlette Chabot (intervenant)
Le Figaro : 27 janvier 1993
Le Figaro : N'est-il pas décourageant pour un chef de parti de voir un certain nombre d'élus aller à la bataille à reculons. Sans parler des ministres du gouvernement qui refusent le baptême du feu électoral ?
Laurent Fabius : Si je dressais la liste complète des ministres qui se présentent aux élections, il faudrait ajouter deux colonnes à cette interview. De Pierre Bérégovoy à Jack Lang, de Paul Quilès à Michel Delebarre, de Ségolène Royal à Dominique Strauss-Kahn, etc. Que trois ou quatre d'entre eux – qui d'ailleurs hier n'étaient en général pas députés sortants – ne se présentent pas, c'est dommage, mais c'est une péripétie. La seule chose qui m'intéresse aujourd'hui dans cette campagne, ce sont les sujets de fond : le travail et l'emploi, l'éducation et la formation, les questions sociales, l'environnement – et les propositions que nous formulons sur ces sujets. Voilà sur quoi je me bats. Je demande à chacun de faire de même.
Le Figaro : N'avez-vous pas le sentiment que l'ensemble des élus considèrent que la bataille est perdue d'avance ?
Laurent Fabius : Je sais bien qu'on évoque un raz-de-marée de droite. Mais ce n'est pas une fatalité. Et il faut absolument l'éviter ! Sinon presque tous les pouvoirs passeraient dans les mêmes mains, avec de graves risques de déséquilibres. Notre système d'enseignement, de santé, de sécurité sociale, sous couvert d'assouplissements, risquerait d'être démantelé. Un pays ne gagne jamais à être gouverné par l'esprit de revanche. Et puis notre bilan comporte, à côté de certaines insuffisances, pas mal de bons éléments. Quant à la droite, elle est profondément divisée.
Ces enjeux-là commencent seulement à être perçus. Les sondages que vous avez publiés sont pour le moment médiocres. J'espère qu'ils agiront comme un électrochoc.
Le Figaro : Les chiffres et, peut-être aussi, les propos de Charles Pasqua ?
Laurent Fabius : Laissons, si vous le voulez bien, ces propos au niveau de leur auteur.
Le Figaro : Le durcissement de la campagne qui a l'air de se manifester à droite peut-il contribuer à remobiliser votre électorat ?
Laurent Fabius : Ce qui doit remobiliser, c'est la conscience des enjeux. Si la tendance n'est pas inversée, effectivement 80 % des sièges reviendraient à la droite. Avec un vrai danger. D'abord parce que tout raz-de-marée est périlleux. Ensuite, parce que la droite domine déjà le Sénat, la quasi-totalité des conseils régionaux, les conseils généraux aux trois quarts, la majorité des municipalités. Son influence est considérable sur le pouvoir économique et financier, sur les pouvoirs médiatiques. Si en plus elle devait contrôler 80 % des députés, avec les conséquences sociales et les divisions qui en découleraient, non.
Le Figaro : Mais vous avez eu, vous-même, des propos très durs lorsque vous évoquez, par exemple, la « chambre noire »...
Laurent Fabius : Mettons de côté cet adjectif s'il doit être mal compris. Le fait est qu'historiquement il y n'a que deux précédents à un tel pourcentage pronostiqué de députés de droite : la chambre introuvable de 1815 et la chambre bleue horizon en 1919. Tout cela parce qu'à droite et à l'extrême droite, le report des voix, malgré les divisions, fonctionne encore pour le moment. Alors que de notre côté, il existe un risque de dispersion, en raison de la consigne jusqu'ici adoptée par les dirigeants écologistes. C'est cette dispersion qu'il faut éviter.
Le Figaro : Au fond, le meilleur garde-fou resterait encore une fois le Président de la République. Or on a l'impression que le Président de la République est plutôt dans l'état d'esprit de s'engager moins dans le combat de la future cohabitation qu'il ne l'a fait entre 1986 et 1988.
Laurent Fabius : Je l'ignore. Ce que je sais, c'est que l'attitude du Président de la République sera déterminée par la Constitution, toute la Constitution, rien que la Constitution.
Le Figaro : Estimez-vous que l'opposition risque de connaître rapidement un retour de bâton après sa victoire ?
Laurent Fabius : Manifestement, elle le craint elle-même. Essayons donc plutôt de faire l'économie de cette expérience. Malgré les chiffres, il n'y a pas de véritable adhésion pour la droite, vous le sentez bien.
Le Figaro : Quelle que soit l'issue du scrutin, une certitude demeure : le Parti socialiste est à reconstruire. Comment comptez-vous procéder ?
Laurent Fabius : Je suis arrivé à la tête du Parti socialiste il y a un an, à un moment où celui-ci était électoralement assez faible (18 %), et où les blessures du congrès de Rennes n'étaient pas encore cicatrisées. Mon rôle de Premier secrétaire, c'est de chercher à faire avancer les choses et en même temps de rassembler. En renouvelant, en modifiant, en élargissant, mais en m'appuyant sur ce qui existe déjà.
J'ai pu déjà engager certaines réformes, mais trop peu. J'aurai besoin de temps. La première de nos tâches est et sera de nous mettre à l'écoute de la population, du terrain, des militants. Pas d'arrogance, pas d'exclusive, pas de parti Je-sais-tout. Les partis, y compris le Parti socialiste, s'occupent trop de politique politicienne et pas assez des questions concrètes qui intéressent nos concitoyens le chômage, les problèmes sociaux, les questions humanitaires, la toxicomanie...
Nous devons redécouvrir une pratique sociale de proximité, nous réinvestir dans les associations, nous ouvrir davantage aux jeunes et aux femmes. Tout cela demande, je le répète, du temps. Je suis hostile pour autant à ce qu'on oublie le travail qui a été déjà fait, les traditions souvent magnifiques qui sont celles de la gauche. Je crois à notre identité, à nos valeurs et je les défendrai. Je sais aussi que pour le moment, en dehors du Parti socialiste et quelles que soient les lacunes de celui-ci, il n'existe à gauche que des organisations très fragiles. Il faut donc partir de ce qui existe pour élargir, pour renforcer, pour renouveler. Ce sera notre travail après les élections.
Le Figaro : Vous ne considérez donc pas que « le PS a fait son temps » ?
Laurent Fabius : Je ne suis absolument pas partisan de démolir ce qui existe. Ce que j'ai dans l'esprit, même si c'est plus difficile à réussir qu'il y a quatre ou cinq ans, c'est de bâtir une grande force progressiste, social-démocrate, socialiste, qui puisse gouverner avec à ses côtés si nécessaire d'autres formations. Bref, à gauche une grande force progressiste, à droite une ou deux forces conservatrices, afin que les mécanismes d'alternance puissent jouer et que la France devienne ainsi vraiment une démocratie moderne.
Le Figaro : Michel Rocard a dit que le PS, pour se renouveler, devait s'appuyer sur le substrat écologique. Va-t-il trop loin ?
Laurent Fabius : J'ai moi-même expliqué cela il y a déjà assez longtemps, en proposant la notion d'éco-développement (un développement à la fois économique et écologique). Reconnaissons que, dans le passé lointain, les socialistes n'étaient pas assez mobilisés par l'écologie, puisqu'ils étaient nés du combat contre l'injustice et se consacraient surtout à la lutte contre les inégalités sociales. Depuis quelques années heureusement, nous avons compris l'importance de cette perspective et commencé de l'intégrer pleinement. Localement, dans nos municipalités, nos départements, nos régions. Nationalement, par notre action gouvernementale.
J'ajoute que le partage, la solidarité, chers aux écologistes, sont au cœur de notre propre démarche. Il y a donc clairement un certain nombre de convergences entre les écologistes et nous, mais nous récusons tout ce qui peut déboucher sur un intégrisme écologiste.
Autant il existe des rapprochements possibles entre la démarche social-démocrate qui est la nôtre et celle des écologistes, autant le respect aveugle des lois du marché (c'est-à-dire la base de la doctrine libérale) ne peut pas s'accorder vraiment avec la valorisation de l'environnement.
Schématiquement, on distingue aujourd'hui trois mouvements de pensée, les libéraux qui privilégient le marché, les écologistes qui privilégient la nature, et nous, qui mettons d'abord en avant la personne humaine. Les deux dernières approches sont compatibles entre elles, doivent être reliées. La première n'est pas réellement compatible avec la seconde. Nous nous intéressons à l'environnement parce qu'il s'agit d'un grand enjeu auquel nous croyons. La droite s'intéresse en général aux écologistes comme une torpille anti-socialiste.
Le Figaro : Y-a-t-il compatibilité entre le PS et Brice Lalonde ?
Laurent Fabius : Pourquoi pas ? Brice Lalonde a été ministre de l'environnement dans un gouvernement de gauche, il a fait voter de bonnes lois avec le soutien des députés socialistes. Aujourd'hui, il semble plutôt mettre en avant une autre stratégie, une cohabitation à trois, entre le président, la droite et les écologistes. La question est alors à poser aux électeurs écologistes : Pensez-vous que ce type de stratégie puisse déboucher sur autre chose qu'un raz-de-marée de droite, avec peu d'élus écologistes, et finalement sur une impossibilité de traduire concrètement vos préoccupations environnementales ?
Le Figaro : La social-démocratie n'est-elle pas dépassée ?
Laurent Fabius : Elle doit évoluer, bien sûr. Les couches sociales se sont modifiées. La mondialisation change la donne. Mais il serait étrange qu'au moment où les doctrinaires du libéralisme économique sont à peu près partout en recul, notamment aux États-Unis, ses praticiens tiennent le haut du pavé en France. Et que l'inverse se produise avec le courant social-démocrate. Le marché est excellent et irremplaçable pour fixer le prix des voitures, mais il ne suffit absolument pas pour déterminer les choix d'une nation et d'un continent où doivent prévaloir d'autres mécanismes (la négociation collective), d'autres exigences (le long terme), d'autres valeurs (la solidarité, l'épanouissement de la personne humaine). Le communisme s'est traduit par un échec dramatique.
Deux grandes familles restent désormais face à face : la famille libérale et la famille social-démocrate, dans laquelle nous nous rangeons clairement. C'est pourquoi, dans nos propositions pour les entreprises, nous introduisons pour demain la notion de coresponsabilité, nous plaidons pour un plus grand rôle des partenaires sociaux. De même que nous appelons à une modernisation de l'action de l'État. Nous proposons l'égalité des chances, mais nous demandons la responsabilité.
Le Figaro : Le PS n'est-il pas condamné à attendre la présidentielle de 1995 pour se rénover ?
Laurent Fabius : Certainement pas. Après les élections législatives, et quels qu'en soient les résultats, le PS devra renouveler sa démarche. Sans attendre le rendez-vous de 1995.
Le Figaro : Faut-il un contrat entre le candidat du PS et le parti ?
Laurent Fabius : Pour le moment, je me concentre sur le combat législatif.
Le Figaro : Michel Rocard demeure-t-il pour vous le « candidat naturel » du PS ?
Laurent Fabius : Ne me demandez pas de répéter ce que j'ai dit vingt fois. Pour Michel Rocard comme pour tous les responsables socialistes, l'essentiel doit être aujourd'hui la bataille législative. Si on veut que l'échéance législative et la suite se présente bien, il faut dès aujourd'hui que tout le monde soit sur le pont. C'est pourquoi je ne connais qu'un mot d'ordre, très pacifique mais très déterminé : je me bats.
France 2 : mercredi 27 janvier 1993
Q. : C'est l'accomplissement de votre rêve, vous êtes à égalité, voire au-dessus des socialistes ?
B. Lalonde : Ce sont des sondages, mais s'ils traduisent la plus grande confiance des Français pour les écologistes, je les remercie et j'en suis fier, et nous avons à nous en montrer dignes.
Q. : Il n'y pas de mobilisation du PS, on entre en campagne mais vous continuez à baisser.
L. Fabius : Je crois également que ce sont des sondages donc il faut rester prudent, mais je crois surtout que cela ne dispense pas du tout de la campagne électorale. Ce qui compte ce sont les résultats, s'adresser à l'intelligence des gens, à leur cœur, et c'est maintenant ce qu'on a commencé à faire et ce qu'on va faire. Un sondage ne remplace pas une élection.
Q. : Dans cette enquête, BVA-Paris Match, on voit que s'il y a un accord PS-écologistes, le PS et vous aussi progresser. Cette entente est-elle encore possible ?
B. Lalonde : Je suis contre les combines, et le mode de scrutin pousse aux combines. Je suis pour l'indépendance des écologistes, indépendance à laquelle nous attachons un prix énorme. Je ne crois plus à la sincérité des dirigeants socialistes. Excusez-moi d'avoir à le dire aussi brutalement, c'est des sourires à la télévision, et peaux de bananes dans les coulisses. Et le dernier coup, c'est l'affaire du financement des partis politiques où malgré une loi qui devait prévoir que l'argent du contribuable serve à financer la vie politique, le PS a décidé que pour l'année des élections, on ne tiendrait pas compte du résultat des élections. Vous me proposez de faire alliance avec un parti qui ne veut qu'une chose, nous couler. Il y a une chose néanmoins qui est vraie, c'est qu'il y a dans l'opposition plusieurs courants, un d'opposition modérée réformiste et un courant de droite autoritaire, qui nous fait d'ailleurs peur par moment. Et je dois dire là encore une fois que le mode de scrutin pousse à ne pas représenter la réalité française, mais ce que je peux dire au PS, c'est que s'il faut battre le courant de la droite autoritaire, dans tous les cas, le candidat écologiste est le mieux placé que le candidat socialiste. Et par conséquent, il y a une solution très simple, c'est que M. FABIUS retire ses candidats dans ces circonstances-là.
Q. : Alors c'est sourire et peaux de bananes ?
L. Fabius : Oui, c'est aimable. Je voudrais justement dépasser ce que Brice appelé les combines parce que ça ne m'intéresse pas du tout. Et m'adresser directement aux électeurs d'abord et ensuite poser une question à Brice Lalonde. Les électeurs de gauche vont se poser une question simple : on veut que notre retraite à 60 ans soit garantie, et il faut qu'ils répondent. Est-ce qu'elle sera garantie avec la gauche ou avec Balladur ? Il faut que ce soit clair, moi je sais comment répondre. Ils vont se poser une autre question : on souhaite un meilleur partage du travail parce que c'est vraiment très important pour l'emploi et pour le modèle de société qu'on veut faire. Ce n'est pas avec M. Chirac qu'on va l'obtenir. Donc, il y aura un choix qui doit se faire en faveur de la gauche. Je pourrais continuer en matière d'environnement. B. Lalonde a été dans un gouvernement de la gauche, il a fait beaucoup de choses avec le soutien des socialistes, mais ce n'est pas avec les rois du béton que l'environnement va avancer. C'est avec la gauche. Tout ça c'est clair.
Q. : Qu'est-ce que vous lui dites à B. Lalonde ?
R. : Je vais poser une question. Tu disais par exemple : il ne faut pas de combinaison, il faut être clair. Alors prenons un exemple, celui que je connais le mieux, ça me concerne. Moi, je suis candidat en Seine-Maritime, il va y avoir un candidat de droite contre moi et puis un candidat écologiste, on peut envisager, je ne sais pas ce qu'il fera, mais admettons qu'il ne puisse pas se maintenir, au deuxième tour, les écologistes aimeraient bien savoir si on va les appeler à voter pour le candidat de gauche ou celui de droite ? Et si on ne veut pas de combine, il faut que ce soit clair dès le début. Je pourrais prendre le même exemple avec Rocard, avec beaucoup d'autres. Il faut y répondre parce que je crois que pour rénover la vie politique, ce qui est mon objectif comme j'ai compris le tien, il faut être clair.
Q. : C'est vrai qu'il faudra bien se déterminer.
B. Lalonde : Nous venons dans le journal télévisé d'apprendre encore qu'il y avait de nouvelles vagues de licenciements et que dans notre belle Europe, une compagnie américaine préférait partir en Europe parce qu'elle avait négocié des salaires plus bas. Tout ça c'est maintenant, donc toutes ces affaires de chantage, franchement je n'y crois pas beaucoup. Ce que je souhaite c'est que les électeurs confirment le mouvement engagé et que le candidat passe devant vous et à ce moment qu'est-ce que vous faites ? Pourquoi est-ce que vous me posez toujours la question à moi ?
L. Fabius : Parce que tu es le président d'un des partis écologistes. Maintenant revenons sur l'exemple que tu prenais, Hoover. C'est évident que c'est scandaleux, et ce serait une bonne chose si tous les responsables des formations politiques, moi j'invite à le faire, disaient il y a ce que les gouvernements veulent faire, il y a ce que l'Europe doit faire, mais les citoyens et les consommateurs devraient aussi faire quelque chose. Et je pense qu'on devrait appeler au boycott de Hoover.
Q. : Vous n'avez pas répondu à la question, est-ce que vous retirez le candidat...
L. Fabius : Je suis parfaitement clair. J'ai depuis longtemps et au nom de mon parti dit que je souhaitais qu'il y ait un vaste accord incluant les écologistes. Donc c'est clair. Et les chiffres que vous avez dit le montre, si cet accord a lieu, non seulement ça profitera aux socialistes, aux écologistes et ça permettra de faire reculer la droite et donc d'avoir une meilleure défense de ce qui est intéressant pour les salariés. Mais dans l'exemple précis que j'ai pris tout à l'heure, je suis frappé de voir qu'il n'y a pas de réponse. Moi je préfère la clarté.
Q. : Vous préférez attendre le premier tour, ou vous dites que vous pouvez discuter avec les socialistes ?
B. Lalonde : Je peux discuter avec tout le monde pas de problème. De moins en moins, au fur et à mesure qu'on s'approche des élections parce que c'est quand même terrible de nous proposer des discussions que juste avant une élection. Les sourires, c'est avant l'élection. Ce que je voudrais dire à L. FABIUS, c'est que son parti n'a pas voulu de l'ouverture. On en a besoin. Aucun parti en France ne peut prétendre gouverner à lui tout seul. Je ne crois plus maintenant à la grande menace, la droite contre la gauche, on a déjà donné pour tout ça, on a été déçu. Je pense qu'il y a dans l'opposition des réformistes sans doute généreux avec lesquels on peut travailler, et que ce serait très important pour l'avenir de la politique française que l'on puisse sortir des camps retranchés et le dire une fois pour toute. C'est ça qui est indispensable. Et nous écologistes, nous voulons nous-mêmes construire notre propre maison et pas forcément entrer dans la vôtre. C'est l'âge adulte. Et nous voulons aussi autour de nous, transformer la vie politique française et ne pas obéir aux consignes des autres.
L. Fabius : Je suis frappé, mais c'est ça un détail, de voir qu'alors que nous nous tutoyons dans la vie, il faudrait se vouvoyer à la télévision. Mais sous l'ouverture, nous sommes si partisans de l'ouverture que tu as été au gouvernement, combien, quatre ans je crois, sur une démarche d'ouverture. Tu en es parti, c'est tout à fait ton droit, on a pu faire du très bon travail ensemble, et il faudrait continuer. Quant à la fin de la distinction entre la droite et la gauche, il y a des points où peut-être il peut y avoir rencontre, mais quand on voit que la droite est contre toute une série d'avancées sociales, que son programme en fait, c'est la destruction de toute une série de protection pour les salariés et que ça irait évidemment à l'encontre de la valeur environnement, alors je dis que les gens qui ont le cœur à gauche doivent se retrouver sur la gauche mais tendre la main aussi aux gens qui comme toi défendent l'environnement.
B. Lalonde : Les gens qui ont le cœur à gauche ne te croient plus Laurent et le monde s'écroule autour de toi. Ton monde s'écroule, il faut maintenant bâtir un autre monde.
L. Fabius : Pas du tout. Tu sais bien puisque tu as étudié l'histoire, on était même en classe ensemble, que le PS a une grande tradition, il faut le renouveler, c'est le parti de Jaurès, de Blum, maintenant le parti de F. Mitterrand et puis il y aura d'autres qui pousseront plus loin. Moi je suis pour la rénovation, mais je ne suis pas pour faire table rase et pour confondre ma main droite et ma main gauche. Lorsqu'il y a des décisions précises à prendre, les intérêts des salariés à défendre, je sais où est la droite et je sais où la gauche.
Q. : Où serez-vous candidat pour les élections législatives ?
B. Lalonde : Vous le saurez après notre conseil national qui a lieu ce week-end.
Q. : Contre un socialiste sortant dit-on dans l'Essonne ?
B. Lalonde : La vie politique consiste à se présenter en principe là où on habite.
La source —
vie_publique · nº 239949
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