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25 janvier 1993 · Partis · TF1 · discours Discours

Interviews de M. Charles Pasqua, président du groupe RPR au Sénat, à TF1 le 25 janvier, dans "Le Journal du Dimanche" du 31 janvier 1993 et à France 3 le 4 février 1993, sur M. Fabius, le choix du prochain Premier ministre et la question du flottement du

Charles Pasqua (auteur), Patrick Poivre d'Arvor (intervenant), Christian Sauvage (intervenant), Elise Lucet (intervenant)

25 janvier 1993TF1 P. Poivre d'Arvor : Avec le recul, regrettez-vous ces attaques ad hominem ? C. Pasqua : Qui y-a-t-il de choquant à rappeler que monsieur L. Fabius est originaire d'un milieu très aisé ? Je ne vois pas ce qu'il y a de désagréable. Mais lorsque j'entends L. Fabius dans une émission dire que lorsque nous allons créer une université dans les Hauts-de-Seine qui sera l'université des riches, il n'a pas de leçon à donner qui que ce soit. Je me sens apte à m'occuper au moins aussi bien que lui des personnes défavorisées. Mais le problème est d'une autre nature. On voit au travers des nominations auxquelles procède le pouvoir, des ventes auxquelles on se livre dans un certain nombre d'entreprises nationales, on voit bien qu'on est en train de mettre sur pied un pouvoir parallèle. À la veille d'une alternance politique, ce n'est pas conforme à l'esprit démocratique. P. Poivre d'Arvor : P. Bérégovoy a jugé que vos propos étaient un appel à une guerre civile entre Français. C. Pasqua : Lorsque le Président de la République à la veille des élections dénonçait les bandes et les factieux, c'était quoi ? C'était un appel à la démocratie paisible et réfléchie ? Chacun doit regarder devant sa porte. P. Poivre d'Arvor : Certaines personnes trouvent que vous durcissez trop la campagne ? C. Pasqua : Je dis que, de toute façon, il faut que l'alternance soit franche. J'ai dit moi-même que je ne souhaitais pas qu'on prépare l'alternance dans la perspective d'un clash. Il faut que chacun respecte les règles démocratiques. P. Poivre d'Arvor : Vous voulez plutôt une cohabitation de combat. C. Pasqua : Je veux une cohabitation franche et je souhaite surtout que le pouvoir actuel n'en profite pas pour préparer un certain nombre de bombes à retardement et pour mettre en place à un certain nombre de leviers de commande des gens qui constitueront un contre-pouvoir. P. Poivre d'Arvor : Vous serez ministre de la cohabitation ? C. Pasqua : On verra bien. Je n'ai jamais dit ni oui ni non. Nous verrons bien lorsque le gouvernement se constituera. Si le gouvernement est conforme à mes vœux, peut-être irais-je, peut-être n'irais-je pas. Je ne suis pas inquiet, il y aura suffisamment de gens pour aller au gouvernement. Que les Français ne s'inquiètent pas, il n'y aura pas de pénurie. P. Poivre d'Arvor : Quel est le chef du gouvernement conforme à vos vœux ? C. Pasqua : Ce n'est pas à moi de décider. Ce n'est ni à J. Chirac, ni à E. Balladur. La tradition républicaine veut que l'on choisisse le chef du gouvernement au sein de la majorité nouvelle. La tradition veut également qu'on choisisse le leader de la principale formation politique. P. Poivre d'Arvor : Vous pensez à J. Chirac, vous lui conseillez d'être Premier ministre ? C. Pasqua : Je n'ai pas à conseiller à J. Chirac d'accepter ou de refuser. P. Poivre d'Arvor : Vous le préféreriez à E. Balladur ? C. Pasqua : E. Balladur est parfaitement capable de faire un bon Premier ministre et J. Chirac devra peser les avantages et les inconvénients. À partir du moment où on livre bataille et où on indique clairement aux gens la politique qui doit être suivie, comment ne pas être tenté de l'appliquer. P. Poivre d'Arvor : Autre inconvénient se faire souffler le poste par le président de l'UDF ? C. Pasqua : C'est possible aussi, mais il faut se déterminer non pas en fonction des compétitions ou des rivalités personnelles, mais en fonction des services qu'on peut rendre au pays. Il s'agit de savoir si on est le mieux placé pour le faire. P. Poivre d'Arvor : Selon notre sondage Profession Politique-TF1-Sofres, E. Balladur est le mieux placé pour les Français. C. Pasqua : Tout le monde considère en fait, non qu'E. Balladur est candidat, mais qu'il est probable, possible ou acquis qu'il puisse être choisi. Personne n'imagine que J. Chirac puisse l'être. Donc ce sondage ne signifie pas grand-chose. 31 janvier 1993Le Journal du Dimanche Le Journal du Dimanche : Si Fabius n'est pas à sa place à la tête du PS comme vous le prétendez, l'êtes-vous dans un parti de droite ? Charles Pasqua : Mais je ne suis pas dans un parti de droite ! Je suis gaulliste, c'est-à-dire quelqu'un qui croit à l'autorité de l'État et au progrès social, qui entend conjuguer la grandeur de la France, le bonheur des Français et la coopération avec les autres pays. Paradoxalement, en nous accolant cette étiquette, les socialistes ont rendu la droite majoritaire dans ce pays. Belle réussite pour eux ! Le Journal du Dimanche : Pourtant, vendredi à Périgueux, le candidat que vous étiez venu soutenir se proclamait "de droite" ? Charles Pasqua : Ces jeunes, il vaut mieux leur expliquer ce que nous sommes. Mais quand je l'écoutais parler, je me disais : il retrouve tout seul les solutions gaullistes, réconcilier les Français avec la France, mieux répartir les sacrifices, etc. Et puis la droite, ce n'est pas forcément l'égoïsme. Le Journal du Dimanche : La petite cuillère en argent que vous reprochiez à Laurent Fabius lui interdit elle d'être "de gauche" ? Charles Pasqua : Mais bien sûr que non ! Autrefois, ça s'appelait "faire la charité". J'ai simplement dit que le Premier secrétaire du PS ne sait pas ce que c'est que les fins de mois difficiles. Mais chacun peut se revendiquer des idées auxquelles il croit... Priorité : la lutte contre le chômage Le Journal du Dimanche : Qui ferait le meilleur Premier ministre en mars ? Chirac, Balladur. Séguin ou vous ? Charles Pasqua : Il faut d'abord se mettre d'accord sur une politique. Ensuite ceux que vous citez sont tous capables d'assumer le poste de Premier ministre. Le mieux place à mes yeux serait Jacques Chirac, puisqu'il est le président du RPR, qu'il entend le rester et qu'il fait le tour de France pour expliquer aux Français la politique qu'il faudrait conduire. Cela étant, je me demande si les hommes politiques se rendent bien compte de la gravité de la situation économique et sociale et de la désespérance des Français. Je suis convaincu, moi, que nous atteignons les limites d'une fracture sociale irréversible. Je crois donc que la priorité des priorités, c'est la cohésion sociale, la lutte contre le chômage et donc la relance économique. Pour cela, nous ne devons compter que sur nous-mêmes. Et pas sur les Allemands, les Américains ou les Japonais. Il n'y a rien de déshonorant à ce que le gouvernement s'occupe en priorité des problèmes des Français. Nous serons élus pour cela. Cessons donc les débats théoriques et étudions les mesures qui pourront leur redonner un peu d'espoir. Le Journal du Dimanche : À deux mois les élections, vous n'êtes pas d'accord sur une politique au sein du RPR ? Charles Pasqua : Nous sommes d'accord sur le but mais, pour l'instant, nous divergeons sur les méthodes. Sur un point précis : il y a ceux qui pensent que la solution de nos problèmes c'est l'accélération de l'Union économique et monétaire (UEM), ce qui entraîne la nécessité de laisser le Franc lié au Mark et ceux, de plus en plus nombreux, qui croient qu'il n'y aura pas d'autre solution pour relancer l'économie française que de laisser flotter le Franc. Le Journal du Dimanche : C'est vous et vos amis le "parti de la dévaluation" ? Charles Pasqua : Ne nous bloquons pas sur les mots. Il faut trouver la solution la plus adaptée Même l'ancien Président de la Bundesbank dit qu'il faut laisser flotter le Franc. Rien n'indique d'ailleurs que cela entraînerait sa dépréciation. Quant à ceux qui nous critiquent, ils ont été les uns et les autres les spécialistes de la dévaluation. Le Journal du Dimanche : Quand allez-vous vous mettre d'accord ? Charles Pasqua : Nous sommes en train de réfléchir à ces problèmes. Ce n'est pas qu'un débat interne au RPR. Il traverse aussi l'UDF et les entreprises. Je ne parle pas des multinationales. Cette démarche n'est pas idéale, je le reconnais volontiers. Le Système monétaire européen est bien malade. Poursuivre le rêve d'un Franc lié au Mark ou la fuite en avant avec la monnaie unique serait une aberration. Le Journal du Dimanche : Et si l'UDF précède le RPR, quel Premier ministre ? Giscard, Léotard ? Charles Pasqua : Je crois que M. Giscard d'Estaing et ses amis pensent que le meilleur candidat est M. Giscard d'Estaing. Le Journal du Dimanche : Siégeriez-vous à un gouvernement avec des écologistes ? Charles Pasqua : Oh, ça ne me gênerait absolument pas à condition que ce soient des écologistes raisonnables. L'action de ceux qui se réclament de la défense de l'environnement a été positive. Dans mon département, je n'ai pas de problèmes avec les écologistes. Mais, comme tout mouvement à ses débuts, les écologistes se laissent parfois aller à des propositions dogmatiques. PS et écolos : l'arroseur arrosé Le Journal du Dimanche : Mais vous appréciez quand ils devancent les socialistes ! Charles Pasqua : Le PS n'a que ce qu'il a cherché, c'est la séquence cinématographique bien connue de l'arroseur arrosé. Ils ont contribué à créer un mouvement écologiste, pour constituer une force d'appoint qui devait leur permettre de garder la majorité. La désaffection à l'égard de la gauche est telle qu'il n'est pas exclu que les socialistes deviennent l'appoint des écologistes. Amusant, non ? Ils s'étaient tellement réjouis de la gêne qu'avait constituée pour nous le Front national... Le Journal du Dimanche : L'UPF peut-elle récupérer ses électeurs égares au FN ? Charles Pasqua : Les électeurs du Front national se rendent compte désormais de l'impasse dans laquelle les dirigeants les ont conduits par leurs propositions excessives et que leurs votes ne serviront à rien. Cela a été clair lors de la campagne contre le traité de Maastricht. Ils ont vu que, pour défendre les intérêts de la France, il y a des gens plus crédibles que les dirigeants du Front. On le revérifiera. J'espère que nous récupèrerons bien d'autres électeurs que les déçus du Front national. Car de même que les socialistes ont réhabilité depuis 1983, l'entreprise, c'est à nous qu'il va appartenir d'incarner et d'assurer la justice sociale. Puisque la gauche a échoué, à nous de le faire. Et c'est ainsi que nous renouerons avec la vocation originelle du gaullisme. 4 février 1993France 3 E. Lucet : Est-ce que cette campagne ne risque pas de dériver vers une succession d'affaires ? C. Pasqua : Ce serait regrettable. Quant à ce problème, je n'ai pas l'intention de faire le moindre commentaire. E. Lucet : On a le sentiment que les programmes sont occultés dans la campagne. C. Pasqua : Non. Nous avons encore deux mois devant nous. Nous avons le temps de parler du programme. En ce qui nous concerne, le programme élaboré en commun sera présenté le 10 février. À partir de ce moment-là, nous pourrons le présenter aux Français. E. Lucet : Vous souhaitez voir J. Chirac Premier ministre. C. Pasqua : C'est une des hypothèses. Elle n'est pas déraisonnable puisque, à ma connaissance, il est président du RPR. Les sondages nous donnent à penser que le RPR sera en tête. Il serait normal dans ce cas que le leader de la principale formation soit appelé. Après tout, c'est de la responsabilité du Président de la République. E. Lucet : Mais ne risquez-vous pas de l'embarrasser ? C. Pasqua : Il a affirmé qu'il ne voulait pas aller à Matignon. Qu'il n'ait pas envie d'y aller, c'est possible, c'est même probable. Le problème n'est pas là. Chacun d'entre nous se trouve à un moment donné, compte tenu des responsabilités qui sont les siennes et du rôle qu'il entend jouer, placé devant un choix. Nous verrons le moment venu. E. Lucet : Si E. Balladur devenait Premier ministre, accepteriez-vous de participer au gouvernement ? C. Pasqua : Je crois que les choses ne se présentent pas tout à fait comme cela. Je verrais dans ce cas si on fait appel à moi. Il faudra voir le type de politique que nous allons conduire. Nul n'est obligé d'aller au gouvernement. On y va si on considère que l'on peut y apporter quelque chose. Dans le cas contraire, je ne suis pas inquiet, il y aura beaucoup de volontaires. E. Lucet : Si J. Chirac ne va pas à Matignon, cela ne va-t-il pas briser des équilibres au sein du RPR ? C. Pasqua : Ça n'a rien à voir. J. Chirac dans sa position de leader du RPR n'est pas contesté. On le verra avec notre Congrès national du 7 mars. Il n'y a pas de problèmes à l'intérieur du RPR et il n'y en aura pas. E. Lucet : Cette baisse est-elle une bonne nouvelle ? C. Pasqua : Mais c'est un tout petit geste. Il n'y aura pas de geste important dans ce domaine avant avril. Parce qu'en Allemagne actuellement, le patronat et les syndicats sont lancés dans les négociations salariales. Le patronat est assez inquiet parce qu'il considère que les syndicats sont moins raisonnables. L'augmentation des salaires a été de 5 % l'an dernier. Compte tenu de l'échange du mark de RDA et des efforts pour relancer l'économie en Allemagne communiste, l'inflation a repris. Les Allemands ont leurs problèmes, il ne faut donc pas s'attendre dans l'immédiat et rapidement à une baisse des taux. Or, cette baisse des taux est pour nous primordiale. Car si les taux d'intérêt restent élevés, il ne peut y avoir de reprise de l'investissement et l'économie française continuera à stagner. Mais il ne faut pas attendre tout de l'Allemagne. E. Lucet : Y-a-t-il une autre solution que l'axe franco-allemand aujourd'hui pour défendre le SME? C. Pasqua : Il faut d'abord compter sur nous-mêmes. Si nous avons un gouvernement assez fort pour discuter d'égal à égal avec l'Allemagne et lui donner le choix entre deux attitudes : que vous défendiez les intérêts de l'Allemagne en bons Allemands, nous n'en avons jamais douté. Mais êtes-vous décidé à faire un geste et à montrer que vous n'êtes pas égoïstes. Il faut des Allemands plus solidaires et plus européens. Si tel est le cas et s'ils acceptent de baisser les taux d'intérêt d'une manière significative, ce sera une première étape. Mais il ne faut pas attendre le salut de l'Allemagne, du Japon ou des États-Unis. C'est de France que les solutions devront venir. E. Lucet : Partagez-vous la politique de défense du franc annoncée par E. Balladur ? C. Pasqua : Personne n'a envie que le franc soit faible. Mon ambition, ce n'est pas la dévaluation. Je suis devant un problème simple dont tous les hommes politiques de droite ou de gauche, devraient se pénétrer. Nous avons 6 millions d'exclus qui sont sur le bord du chemin. Trois millions de chômeurs et trois millions qui sont sans emploi stable à des titres divers, qui sont assistés. Ça, ce n'est pas un problème statistique. Ce sont des hommes, des femmes, des enfants. Qu'est-ce qu'on va faire ? Attendre d'en avoir un million de plus ? Je suis de ceux qui disent, il faut prendre les choses en main. Il est capital pour la France de définir un programme de relance économique. Aujourd'hui, le problème n'est plus la lutte contre l'inflation : elle est maîtrisée. Nous sommes en situation de stagnation économique. Il faut faire redémarrer l'économie.
La source — vie_publique · nº 240427
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/240427-charles-pasqua-25011993-tf1-choix-du-prochain-premier-ministre-franc?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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