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11 janvier 1993 · Partis · LE Quotidien de Paris · discours Discours

Interview de M. Dominique Baudis, président exécutif du CDS, dans "Le Quotidien de Paris" du 11 janvier 1993, sur la cohabitation.

Dominique BAUDIS (auteur), Frédéric Gerschel (intervenant)

Dominique Baudis : "Le nouveau gouvernement aura les mains liées par le président" À l'instar de Valéry Giscard d'Estaing, le président exécutif du CDS, Dominique Baudis, ne semble pas séduit par la perspective d'une nouvelle cohabitation. Dans un entretien accordé au "Quotidien" le député-maire de Toulouse estime que face "à une situation économique d'une gravité sans précédent", le nouveau gouvernement aurait "les mains liées par le président qui l'a nommé". "Si l'ensemble de l'opposition venait à décider que les conditions du redressement de la France" ne sont pas réunies "sans une alternance franche, le débat serait vraiment ouvert", explique-t-il. Le Quotidien : L'opposition se divise aujourd'hui sur le point de savoir s'il faut ou non accepter les termes d'une seconde cohabitation. Quel est votre sentiment ? Dominique Baudis : Je me pose deux questions. La première : la cohabitation serait-elle fatale ? Une situation économique d'une gravité sans précédent depuis la fin de la guerre, un tissu social qui part en lambeaux, une France démoralisée. Il faudra beaucoup de temps et d'effort pour s'en sortir. Le temps ? Il sera bref : deux ans au plus, et peut-être moins selon le bon vouloir du chef de l'État. Les efforts ? Comment les accomplir si le gouvernement a les mains liées par le président qui l'a nommé. La seconde : la cohabitation est-elle une fatalité ? Oui, si l'on s'en remet à la seule décision de M. Mitterrand. Oui, si l'opposition pratique la politique de l'autruche et ajourne la question. En revanche, si l'ensemble de l'opposition venait à décider que les conditions du redressement de la France ne seraient pas réunies sans une alternance franche, le débat serait vraiment ouvert. Et les Français pourraient le trancher. Le Quotidien de Paris : Le nom d'Édouard Balladur est périodiquement avancé lorsqu'on évoque la succession de Pierre Bérégovoy. L'ancien ministre des Finances a-t-il également votre préférence ou, comme certains dirigeants de l'UDF, estimez-vous que le nouveau Premier ministre ne doit pas forcément être issu de la formation politique arrivée en tête aux législatives ? Dominique Baudis : Édouard Balladur est un homme remarquable. Mais la question de sa nomination s'adresse bien entendu au président de la République. Choisira-t-il le meilleur pour la France ou le plus propre à servir ses desseins personnels, donnera-t-il à son Premier ministre tous les moyens de réussir ou s‘efforcera-t-il de le faire trébucher ? Moi, je refuse d'entrer dans ce petit jeu d‘attribution de Matignon et de distribution de portefeuilles qui revient à banaliser une cohabitation dont un nombre sans cesse croissant de nos concitoyens refuse l'idée. "Je ne redoute pas une large victoire" Le Quotidien de Paris : Dans les conditions actuelles combien de députés le RPR et l'UDF obtiendront-ils selon vous ? Une trop large victoire de l'opposition pourrait-elle fausser le fonctionnement de la vie politique ? Dominique Baudis : Il est évidemment très difficile de connaître à l'avance le nombre de sièges, mais je ne redoute pas une large victoire. À condition de savoir résister aux vertiges du triomphalisme et aux tentations de l'excès. À condition aussi de jouer collectif et de faire taire les rivalités personnelles pour ne pas tomber tête baissée dans les pièges tendus par l'Élysée. Le Quotidien de Paris : Existe-t-il d'après vous une alternative à la politique monétaire actuellement menée ? Dominique Baudis : À la politique monétaire, non. Mais il existe une alternative à la politique économique et sociale. Faire de la lutte contre le chômage autre chose qu'une priorité exclusivement verbale. Cela veut dire des efforts du pays tout entier et particulièrement des actifs. Le gouvernement n'a pas eu le courage de le faire. Les "acquis sociaux" chers à M. Mitterrand ont été si bien préservés que nous avons crevé le plafond des trois millions de chômeurs.
La source — vie_publique · nº 209652
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/209652-dominique-baudis-11011993-le-quotidien-de-paris-cohabitation?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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