Interview de M. Bernard Stasi, premier vice-président du CDS, à France-inter le 28 décembre 1992, sur la nécessité d'intervenir en Yougoslavie.
Bernard STASI (auteur), Annette Ardisson (intervenant)
A. Ardisson : Ça fait longtemps que vous réclamez une intervention militaire dans l'ex-Yougoslavie. R. Dumas a jugé cette intervention "nécessaire", hier, pour faire respecter les résolutions de l'ONU. Ça vous semble suffisant ?
B. Stasi : Il était temps ! Cela fait un an et demi que je réclame cette intervention. À mon retour de Croatie, début août 91, il n'y avait aucun mérite à prévoir ce qui allait se passer, aucune surprise. Tout s'est déroulé dans l'ex-Yougoslavie, comme on l'avait prévu, comme l'avait décidé le pouvoir serbe. Donc je me réjouis que le gouvernement français, aujourd'hui, dise qu'il faut une intervention. Mais il fallait vraiment, il y a un an et demi, il y a un an, il y a six mois, être aveuglé par cette fameuse amitié franco-serbe, pour ne pas prévoir ce qui allait se passer et pour ne pas voir de façon évidente qu'il fallait intervenir.
A. Ardisson : Intervenir jusqu'où ?
B. Stasi : Toute opération comporte des risques, mais il y a des certitudes. La certitude que plus on tardera, plus ça sera difficile et coûteux, la certitude que si on n'intervient pas dans les semaines qui viennent des dizaines, des centaines de milliers de gens vont mourir de faim et de froid à Sarajevo et dans les zones encerclées. La certitude aussi que si on n'arrête pas la Serbie en Bosnie, elle attaquera le Kosovo.
A. Ardisson : Quel type d'intervention ?
B. Stasi : Il faut faire respecter, ce qui n'a pas été fait jusqu'ici : interdiction de la Bosnie par les avions serbes, bombarder les aéroports, les pièces d'artillerie qui pilonnent en permanence Sarajevo. Encore une fois, plus on tarde et plus ce sera difficile.
A. Ardisson : Les Français et les Anglais ne sont pas très "chauds" pour faire ça vite et ils ont des hommes sur place...
B. Stasi : Il faut suspendre les opérations humanitaires pendant quelques temps et il suffit de quelques jours pour regrouper les soldats de l'ONU dans des zones de sécurité.
A. Ardisson : Et pendant ce temps les Serbes ne risquent-ils pas de s'emparer d'autres territoires ?
B. Stasi : Il ne faut pas surestimer les capacités militaires de la Serbie. L'armée serbe est affaiblie par de nombreuses désertions, elle est très dispersée sur le territoire, elle n'a plus le moral. Si la Communauté internationale manifeste sa détermination avec vigueur, le pouvoir serbe ne pourra pas ne pas reculer.
A. Ardisson : Et après, ils continueront à se détester ?
B. Stasi : On ne pourra pas les obliger à s'aimer, on pourra les empêcher de se tuer les uns les autres.
A. Ardisson : Peut-on empêcher Milosevic de se retourner vers le Kosovo ?
B. Stasi : Si on se décide sans attendre d'envoyer une force d'interposition au Kosovo, d'agir pour une fois de façon préventive, on empêchera évidemment Milosevic de mettre la main sur le Kosovo. Le Kosovo est une poudrière qui ne bouge pas pour l'instant mais ça peut exploser. J'y suis allé il y a deux mois. À mon retour j'ai demandé cette force d'interposition avant qu'il ne soit trop tard. On a perdu du temps.
A. Ardisson : La Somalie, le Cambodge, la Yougoslavie, ça fait beaucoup d'hommes...
B. Stasi : C'est vrai que les soldats français sont très sollicités, très présents sur de nombreux fronts. Il faut que les autres pays européens se mobilisent plus. On ne peut que regretter l'attitude très passive de l'Angleterre dans cette affaire. Certains pays européens, seraient disposés s'ils étaient davantage sollicités, à participer aux côtés de la France à des opérations de cette nature, l'Italie, l'Espagne, la Belgique. Il faut aussi que les Américains participent à une opération de ce genre. On ne peut rien faire sans eux. Puisque la Communauté européenne a manifesté son impuissance, sa lâcheté, il est naturel que les USA assument leurs responsabilités de grande puissance mondiale.
A. Ardisson : Que pensez-vous du retour de B. Tapie ?
B. Stasi : Il est normal, étant donné la situation dans laquelle se trouve le pouvoir socialiste, que le Président de la République et le Premier ministre appellent à leur secours un spécialiste des entreprises en faillite. Il est symbolique de voir le règne socialiste qui a commencé par l'invocation de Jaurès se terminer de cette façon. Les socialistes se précipitent dans les bras d'un homme qui doit sa notoriété à son habileté à jongler avec le fric. C'est une sacrée déchéance pour les socialistes.
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vie_publique · nº 244304
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