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24 décembre 1992 · Gouvernement · Libération · discours Discours

Interview de Mme Marie-Noëlle Lienemann, ministre chargé du logement et du cadre de vie, dans "Libération" du 24 décembre 1992, sur l'action du gouvernement pour le logement des plus démunis.

Marie-Noëlle Lienemann (auteur), Brigitte Vital-Durand (intervenant)

Pour loger les démunis, le ministre propose que la loi Besson ne s'appuie plus seulement sur la bonne volonté des élus. Après l'installation du Haut comité pour le logement des personnes défavorisées, Marie-Noëlle Lienemann, ministre délégué au Logement détaille les mesures qu'elle voudrait mises en œuvre. Libération : La loi Besson, en faveur du logement des plus démunis, est-elle inappliquée ? Marie-Noëlle Lienemann : La loi a été votée il y a deux ans, c'est trop tôt pour dire qu'elle n'est pas appliquée. C'est vrai que politiquement, culturellement, socialement, tout le monde ne s'est pas senti concerné. Il y a des conseils généraux qui ont signés des contrats d'insertion du bout des lèvres. À ces réticences s'ajoutent des blocages techniques, bureaucratiques. Il faut durcir la loi Besson par des outils ad hoc, pour qu'elle ne repose plus que sur la bonne volonté. C'est pour cela que, par exemple, je propose la création d'un fonds de concours unique pour construire plus rapidement des logements d'insertion. Au lieu de passer par un conseil général, un conseil régional, des collectivités locales dont les décisions sont longues. Libération : L'un des outils créés par la loi Besson, le Protocole d'occupation du patrimoine social (Pops), instrument de maîtrise des attributions en HLM, s'est retourné contre l'objectif de la loi ; à lire le rapport Geindre, les protocoles ont été utilisés au détriment des populations défavorisées. Marie-Noëlle Lienemann : Ce n'est pas vrai. Les Pops n'ont permis que de repérer ces populations. On n'a pas eu davantage d'exclus. Les Pops avaient vocation de résoudre l'accueil des plus démunis, ils ont été lus par les maires comme un outil qui leur permettait de dire ; attention, pas de dérapage vers les ghettos. De toute façon, très peu de Pops ont été signés, peut-être une vingtaine dans toute la France. Libération : Pour exclure la population démunie, les organismes HLM se servent couramment de deux pratiques illégales ; la notion de planchers de ressources, et le fait que le loyer ne dépasse pas 25 % des revenus. Marie-Noëlle Lienemann : Je suis au courant, je suis maire. Il faut rapidement évaluer le FSL (Fonds de Solidarité Logement) qui permet aux gens d'être solvables. Mais je remarque que les HLM bougent dans le bon sens. Cela dit, il faut bien sûr que les très pauvres aient leur place dans le patrimoine social mais il faut aussi garder la diversité, mélanger les gens ; on ne doit pas donner le sentiment que l'on ne fait que pour les plus démunis en oubliant la grande masse des autres personnes. Le président de la République a déclaré que le logement sera une priorité du XIe Plan. Libération : Envisagez-vous de rendre transparences les attributions des logements HLM ? Marie-Noëlle Lienemann : Je voudrais proposer la création d'une commission d'attribution paritaire, comme il en existe pour l'aide sociale. Il y aurait des membres de la majorité et de l'opposition, des associations et suffisamment d'acteurs pluralistes pour qu'on ne loge plus le petit copain d'untel. Libération : Que pensez-vous de ces 20 millions de francs dépensés pour héberger provisoirement les 1 320 familles de Vincennes qui sont refusées par les HLM ? Marie-Noëlle Lienemann : À part le coût des nuitées d'hôtel, qui partent en fumée, le reste n'est pas de l'argent gâché. On paie un hébergement transitoire … Libération : … Y compris le logement en Algeco qui recrée des citées de transit. Marie-Noëlle Lienemann : J'en fait le moins possible. Je préfère qu'ils soient installés sur des terrains précaires qui seront utilisés un jour ou l'autre, plutôt que d'oublier ces familles en lointaine banlieue. Et puis j'aime mieux l'Algeco que séparer les pères et les mères dans des foyers. Libération : Le directeur de la Sonacotra dit qu'il loge dans un foyer un couple d'Africains du camp de Vincennes, qui gagnent 14 000 francs par mois et qui ne trouvent pas de logement. Marie-Noëlle Lienemann : Je n'y crois pas. Je ne crois pas que les immigrés qui ont des ressources ne trouvent pas de logement, au bout d'un moment. Certes, les propriétaires privés louent à qui ils veulent, il y a eu des agences condamnées pour discrimination raciale. Mais, à 14 000 à deux, on trouve. Libération : De combien de logements sociaux le préfet de Paris dispose-t-il dans la capitale ? Marie-Noëlle Lienemann : Il ne sait même plus combien il en a. Les préfets ont laissé tomber les fichiers. Théoriquement, ils disposent de 25 % des droits d'attribution en compensation de 25 % des droits d'attribution en compensation des prêts de l'État pour construire les HLM. Or quand on arrive à la fin du prêt – 30 ans –, le contingent préfectoral tombe. Et puis si monsieur X, logé par le préfet, s'en va, les HLM omettent de prévenir. Libération : Combien avez-vous logé de familles étrangères dans votre commune cette année ? Marie-Noëlle Lienemann : Je n'ai jamais compté, je fais pas de quotas. Chez moi, les familles étrangères ne se sont jamais plaintes. J'ai 33 % de HLM à Athis-Mons et, cette année, j'ai construit sept logements d'insertion.
La source — vie_publique · nº 211677
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/211677-marie-noelle-lienemann-24121992-liberation-logement-des-plus-demunis?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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