Rapport de M. Roland Leroy, membre des bureau politique du PCF et directeur de "L'Humanité" et texte de la résolution du comité central du PCF, parus dans "L'Humanité" des 8 et 9 décembre 1992, sur les difficultés des journaux communistes et leur avenir.
Roland Leroy (auteur)
8 décembre 1992L'Humanité
Le rapport de Roland Leroy
Réuni hier sous la présidence de Marcel Zaidner, puis de Jackie Hoffmann, le Comité central du Parti communiste français a discuté du rapport présenté par Roland Leroy pour "sauvegarder et développer "L'Humanité" "L'Humanité Dimanche" et nos quotidiens régionaux, moyens indispensables au développement de notre politique". En conclusion d'un débat où sont intervenus vingt membres du Comité central, une résolution de mobilisation urgente autour de la presse communiste a été adoptée par tout le Comité central moins trois abstentions (Charles Fiterman, Guy Hermier, Philippe Herzog). Le Comité central a élu une délégation chargée d'impulser l'application de cette décision.
Nous publions aujourd'hui le texte du rapport. Nos lecteurs pourront lire demain le compte rendu de la discussion et la résolution adoptée.
Cette session du Comité central revêt un caractère absolument exceptionnel.
En effet, la crise de la presse, dimension de la crise politique, touche plus gravement "L'Humanité" et l'ensemble de la presse communiste ; cela affecte notre capacité à mettre en chantier notre politique de rassemblement.
Si des mesures décisives n'étaient pas prises et appliquées d'urgence, "L'Humanité" risquerait de disparaître comme quotidien avant la mi-93 ; cela porterait un coup terrible à notre lutte.
Le Bureau politique pense qu'une mobilisation de tous les communistes – chaque adhérent, chaque responsable, les directions et les rédactions de nos journaux, le Comité central – peut, avec et pour "L'Humanité" et notre presse, non seulement nous sortir de cette situation difficile, mais nous faire avancer dans notre combat.
L'objet de cette session du Comité central est donc d'examiner cette situation et de s'organiser pour mener et gagner cette bataille.
I. – Gravité de la situation
Nous avons donc délibérément décidé que le rapport laissera de côté les questions politiques abordées par la dernière session du Comité central et par la Conférence nationale, comme celles que traitent, chaque jour, "L'Humanité" et, chaque semaine, "L'Humanité Dimanche". Gravité de la situation, niveau des enjeux et urgence des solutions telles sont donc les données qui ont amené le Bureau politique à convoquer cette session du Comité central.
1. Où en sommes-nous de la diffusion de "L'Humanité" et de "L'Humanité Dimanche" ?
Pour "L'Humanité", en 1990, la diffusion quotidienne payée s'est établie à 74 798 exemplaires ; en 1991, à 68 174 exemplaires, soit une baisse de 8,85 %. La dernière déclaration OJD qui contrôle et publie régulièrement nos chiffres de diffusion – portant sur la période mi-1991-mi-1992 – situe notre diffusion à 64 538 exemplaires, soit une nouvelle baisse de 5,33 %.
En gros, notre diffusion se répartit ainsi : 30 000 abonnés, 30 000 lecteurs en kiosques, 5 000 servis par portage.
Pour "L'Humanité Dimanche", le plancher de la diffusion militante est actuellement de 82 000 exemplaires, à quoi s'ajoutent naturellement les ventes de masse ou de prospection qui permettent de doubler ou tripler cette diffusion, comme ce fut le cas lors des élections cantonales et régionales et dans la campagne du référendum. S'y ajoutent encore les abonnés de "L'Humanité Dimanche" dont le nombre se situe maintenant au-dessus de la barre des 20 000 (21 900 à ce jour). S'y ajoute enfin la vente en kiosques de "L'Humanité Dimanche" légèrement supérieure à 5 000 exemplaires.
Depuis 1979, l'érosion de la diffusion militante de "L'Humanité Dimanche" est constante, elle ne s'est interrompue et inversée qu'à deux brèves reprises, en 1980 et 1990 lors du lancement de nouvelles formules.
Chaque direction fédérale connaît les chiffres de diffusion dans son département qu'elle peut rapporter au nombre d'électeurs communistes ou d'adhérents du Parti. Il existe de ce point de vue d'assez fortes inégalités mais, aujourd'hui, un double constat politique s'impose :
1) Un tel niveau global de diffusion de nos deux titres, s'il se maintenait ou s'aggravait, ne permettrait plus de réunir les conditions indispensables à l'existence d'un quotidien national communiste.
2) Un tel niveau de diffusion met en cause la mise en œuvre de l'ensemble de notre politique.
2. Une fantastique bataille
Nous pensons que l'évolution de la situation économique, sociale et politique du pays ; le potentiel de rénovation de "L'Humanité" et de "L'Humanité Dimanche" ; la possibilité de modifier profondément le comportement des communistes à l'égard de leur presse nous donnent les moyens de redresser la situation.
Chacun comprend bien qu'ainsi posée la question de la presse communiste revêt une grande importance pour la France et son peuple et un caractère VITAL pour le Parti.
Ce dont il est question, en définitive, c'est qu'avec "L'Humanité" et "L'Humanité Dimanche" renouvelés, l'ensemble du Parti engage une fantastique bataille.
3. La crise de la presse française
Jamais la presse écrite française n'a connu crise structurelle aussi profonde. C'est particulièrement vrai pour la presse quotidienne nationale.
Une crise généralisée
Ils n'en mouraient pas tous, mais tous étaient frappés" : tous les quotidiens nationaux ont été ces derniers mois lourdement touchés par la crise, y compris ceux qui appartiennent aux plus grands groupes de presse, bénéficient de soutiens financiers et de la bienveillance du pouvoir.
Le groupe Expansion a dû se séparer de son quotidien "La Tribune" ; "Le Monde", qui est passé de 5 à 7 francs en un an, annonce la "poursuite de la rigueur" pour 1993 ; "Libération" renonce au lancement de son magazine du samedi ; "France-Soir" ne doit sa survie qu'au soutien financier du "Figaro"...
Les causes de cette crise sont diverses, parfois contradictoires, mais convergentes dans leurs conséquences.
La hausse du prix des journaux a été très forte en vingt ans, le prix du timbre-poste, qui était l'équivalent de celui d'un journal, a été multiplié par 3, celui du ticket de métro par 4,5 et celui des quotidiens nationaux par 8.
La lecture de la presse quotidienne est en recul constant. 15,3 % seulement de la population française de plus de quinze ans déclarent lire un quotidien national. Chez les jeunes lecteurs, la proportion est beaucoup plus faible : le pourcentage de jeunes lecteurs quotidiens réguliers de la presse nationale parmi les lycéens et les étudiants ne dépasse pas 5 %.
Les ressources publicitaires, dont la forte progression dans les années quatre-vingt avait à la fois camouflé et retardé la crise, se sont affaissées brutalement ces deux dernières années et les exportations à destination des pays à devises faibles se sont écroulées.
Un aspect de la crise politique
Cette crise structurelle de la presse ne peut s'isoler de la crise politique qui frappe notre pays.
Les grandes étapes de la vie démocratique en France depuis deux siècles ont toujours été marquées par le développement de la presse. À l'inverse, quand le pluralisme s'étiole, quand des titres disparaissent, la démocratie recule.
La presse écrite française se trouve à la croisée des chemins et cet enjeu est un objectif démocratique national.
Ou bien la presse nationale cherche son salut dans des modèles anglo-saxons où des titres, certes largement diffusés, sont réduits à n'être que des "supports publicitaires" et à véhiculer un "journalisme de caniveau". Pour combattre la soi-disant "sous-capitalisation" de la presse française, au nom de la rentabilité, seuls quelques grands groupes seraient en mesure de se hisser aux normes européennes, accentuant encore la concentration qui a fait disparaître de nombreux titres à Paris comme en province. Dans la foulée, seraient bradés des acquis démocratiques qui sont autant d'atouts de la presse française : les principes de coopération, de solidarité, de péréquation qui subsistent dans nombre d'organismes de presse, notamment pour sa distribution.
Une seule issue : le pluralisme
Cette voie n'est pas fatale. Il en existe une autre, celle d'une presse française pluraliste qui affirme sa spécificité.
On a beaucoup spéculé sur la disparition de la presse écrite du fait de l'expansion formidable des moyens audiovisuels.
Il ne s'agit pas ici de nier, encore moins de regretter cette expansion qui constitue une extraordinaire possibilité de développement et de diffusion des connaissances, de la culture, de l'information. On doit, au contraire, déplorer le gâchis et dénoncer les dangers que représente une utilisation étroite, partisane, tronquée, de ces moyens audiovisuels gangrenées par la soumission au pouvoir politique et à l'argent.
Mais n'assiste-t-on pas à une prise de conscience de ce phénomène, à un début de méfiance à l'égard des grands médias ? On l'avait constaté – nous n'étions pas les seuls – au moment de la guerre du Golfe. La campagne du référendum l'a largement confirmé.
N'est-il pas révélateur qu'Alain Peyrefitte, homme de droite s'il en est, soit conduit à écrire dans son dernier livre, à propos du référendum : "Les puissants ont fait leur mea culpa. Ils avaient cru que quelques semaines d'information massive allaient rattraper le temps perdu. Il y a eu simplement information dogmatique, prédication d'une Église unique, exclusion des opinions contraires. Cet excès d'information partiale n'a pas réussi à convaincre...
Il est évident que la presse écrite française dispose d'un atout maître : elle est le lieu privilégié de l'analyse, du débat, de la confrontation, en un mot du pluralisme.
Selon nous, il est donc nécessaire d'en finir avec l'hypocrisie d'une prétendue distinction entre la presse dite "d'information" et celle dite "d'opinion". Pousser jusqu'au bout cette théorie ferait de "L'Humanité" et de "La Croix" les seuls journaux d'opinion, ce que ne seraient ni "le Figaro", ni "Libération", ni "Le Parisien", ni "Le Monde". En réalité, tous sont des journaux d'opinion. Loin d'être une maladie honteuse, cette caractéristique de la presse française est sa force.
C'est en affirmant son identité de presse d'opinion pluraliste que la presse française peut se sauver.
4. Les journaux communistes connaissent la situation la plus difficile
Parce qu'ils sont des journaux révolutionnaires, "L'Humanité" et L'Humanité Dimanche" subissent la crise plus durement que les autres
De nombreuses discriminations frappent la presse communiste. Si la majorité des titres de la presse nationale tirent leurs recettes essentielles de la publicité, celle-ci ne dépasse pas 15 % du chiffre d'affaires de "L'Humanité". Et, pourtant, nos lecteurs l'ont montré et les annonceurs le savent, ils ne sont pas publiphobes et considèrent la publicité comme une forme de communication indispensable à la vie contemporaine ; mais certaines firmes – publiques ou privées – privent les lecteurs de "L'Humanité" de cette information par discrimination à notre égard. Il se passe rarement une semaine sans que la direction de "L'Humanité", avec notre régie publicitaire, l'Agence centrale de publicité, n'intervienne pour obtenir de lever tel ou tel ostracisme dont nous sommes l'objet. C'est une action difficile, jamais terminée, jamais sans résultat.
Beaucoup d'autres discriminations nous frappent : elles sont d'ordre tarifaire, réglementaire, fiscal.
Fondamentalement – dans une société capitaliste –, la diffusion des idées révolutionnaires constitue un combat permanent. Sa réussite ne tolère aucun relâchement ; elle a besoin, pour s'effectuer dans de bonnes conditions, de l'activité d'un parti révolutionnaire. Mesurons bien, en effet, que l'ensemble des journaux de la presse écrite s'inscrivent dans une démarche qui vise à nourrir une pédagogie du renoncement, à construire le consensus. À l'inverse, nos journaux, parce qu'ils vont à l'encontre des idées dominantes, ne ressemblent à aucun autre; ils n'en sont que plus difficiles à réaliser.
De surcroît, force est de constater que l'effet conjugué de la politique du pouvoir, de l'écroulement des pays socialistes, de la baisse de notre influence et du recul de toutes les valeurs progressistes – ce que nous avons qualifié de "glissement à droite" – a singulièrement aggravé les préjugés à l'égard de la lecture de "L'Humanité" et de "L'Humanité Dimanche".
Il existe une censure constante, tantôt pernicieuse tantôt grossière, dont nous sommes l'objet : qu'il s'agisse de réduire à la portion congrue l'intervention de nos dirigeants sur les médias nationaux, de taire nos positions ou de les déformer, de donner de l'activité du Parti et de son fonctionnement une image où la caricature le dispute au mensonge, tout est utilisé. Évidemment, cette censure constitue un obstacle de taille pour le développement de nos idées et la diffusion de notre presse.
Quelle est la situation économique de "L'Humanité" et de L'Humanité Dimanche" ?
Ne nous attardons pas sur les "révélations" fantaisistes publiées ici ou là, souvent par des journaux qui connaissent pourtant des situations beaucoup plus opaques : la transparence n'est pas vraiment leur règle de conduite.
Pour "L'Humanité" et "L'Humanité Dimanche", les choses sont claires, les comptes sont régulièrement publiés et commentés.
L'année dernière, nous perdions 30 millions par an. Seule la "levée en masse", en décembre 1991, en quelques semaines, des communistes, des lecteurs de "L'Humanité" en rassemblant 4 millions de francs nous a permis d'éviter l'asphyxie financière qui nous menaçait. Nous avons dû alors décider une importante et douloureuse restructuration qui nous a contraints à supprimer 60 postes de travail et à de fortes économies de fonctionnement touchant la pagination comme les moyens rédactionnels. Ces mesures nous ont permis d'économiser dès cette année près de 20 millions de francs. Le déficit structurel du journal sera donc en 1992 de 10 millions, que nous pourrons compenser grâce au bénéfice de la Fête de l'Humanité et à la subvention gouvernementale aux quotidiens à faibles ressources publicitaires.
Pour être tout à fait complet, précisons que des dettes importantes continuent de peser sur notre trésorerie, parmi lesquelles celles de "Liberté" et celles qui concernent les éditions régionales. D'une autre nature, les dettes des CDH pèsent aussi. Depuis un an, la situation s'est améliorée mais l'effort pour les résorber doit être amplifié, notamment dans les plus grosses fédérations de la région parisienne.
Si la restructuration a permis de préserver l'essentiel – l'existence des journaux –, elle a cependant amoindri nos capacités de travail, malgré les efforts considérables de l'ensemble du personnel du journal. Sans même parler de la suppression des postes de nos correspondants à l'étranger, toute une série d'événements, de manifestations, de réunions, ne peuvent plus bénéficier de la même couverture qu'auparavant.
Si nous avons réussi à rétablir cette année l'équilibre économique, nous avons incontestablement atteint une limite en deçà de laquelle les moyens humains et matériels pour réaliser un quotidien national ne seraient plus réunis. Pour 1993, le seul jeu de l'inflation va aggraver les charges de 5 millions.
"L'Humanité" devra continuer d'appliquer une grande rigueur dans la maîtrise des coûts.
Mais, économiquement, le seul moyen de préserver l'équilibre indispensable est dans le développement de la diffusion. L'équation présentée il y a un an reste vraie : "3 000 lecteurs de plus, c'est 2 millions de francs de plus par an." C'est bien le seul moyen durable non seulement de préserver, mais d'assurer un développement de nos journaux à la hauteur de nos ambitions et de nos besoins.
II. – Que faire ?
1. Notre bataille pour le pluralisme
Dans la lutte que mènent les communistes pour sauvegarder et développer le pluralisme de la presse, nous ne demandons pas à l'État d'"aider la presse". Nous demandons aux pouvoirs publics d'accomplir leur devoir constitutionnel, qui est de garantir l'exercice de la démocratie dont le pluralisme de la presse est une composante majeure.
Dans notre presse, dans les organismes professionnels, au Parlement, nous menons une campagne en faveur de nos "douze propositions pour sauvegarder et développer le pluralisme de la presse". L'orientation générale de ces mesures est que, pour être justes, elles doivent être inégalitaires et contribuer au développement des journaux qui en ont effectivement besoin.
Ainsi, depuis un peu plus d'un an, au lendemain du congrès national de la presse française à Montpellier, nous avons lancé l'idée d'"une table ronde de la presse française" afin de réunir tous les intéressés avec le gouvernement en vue d'élaborer des mesures concrètes pour faire face à la crise.
Beaucoup d'initiatives ont été prises depuis, qui ont nourri cette demande, soutenue par des gens divers, à partir de leurs propres préoccupations et intérêts.
Dans le dernier débat budgétaire, le groupe communiste a agi dans ce sens. Au lendemain de ce débat, en clôture d'un colloque qui se voulait européen et qui a été quasi entièrement consacré à la presse française, ont été obtenues la tenue prochaine de la table ronde, l'augmentation de l'aide aux quotidiens à faibles ressources publicitaires, une aide sur le papier de presse.
Les travaux des États généraux de la presse, tenus à la fin de novembre, à l'initiative de la CGT, ont contribué à cette action.
La Fête de l'Humanité a été, en 1991 et 1992, un lieu de rencontre des principales personnalités de la presse française.
Ce combat est indispensable, utile, efficace, mais ne peut et ne doit pas nous dissimuler l'essentiel en définitive, tout dépend de nous-mêmes. Dans un discours consacré à la presse communiste, à Marseille en 1979, Georges Marchais avait exprimé cette idée par une formule qui a gardé tout son sens : "Parce qu'ils sont révolutionnaires, nos journaux ne peuvent vivre sans un soutien militant, sans le support d'une activité révolutionnaire.
De toute l'Histoire, se dégage le fait que le Parti et son journal ne peuvent vivre l'un sans l'autre.
2. Ce qu'est "L'Humanité
Chaque jour, l'existence de "L'Humanité" affirme partout l'existence d'un parti révolutionnaire capable de jouer un rôle, de compter. Elle permet qu'à l'échelle nationale les communistes soient une force porteuse d'idées et d'actions et qu'ils aient conscience d'être cette force. "L'Humanité" constitue donc un facteur décisif de l'unicité du Parti. Elle permet au Parti de se constituer et d'exister en tant que tel.
Mais l'existence de "L'Humanité" a des effets au-delà de ses lecteurs. Elle fait savoir – qu'on soit d'accord ou pas – que les communistes ont un parti, qu'ils formulent des avis, qu'ils prennent des initiatives.
Il s'agit bien sûr de dénoncer les causes de la situation de plus en plus difficile des hommes et des femmes qui n'ont que leur travail pour vivre et les responsables de cette dégradation. Mais, à partir de cette dénonciation, il s'agit de montrer qu'il est possible de faire autrement, de dégager les perspectives de changement et, ce faisant, de redonner confiance.
Le rôle de "L'Humanité" est de contribuer à nourrir et développer cette capacité. Cela concerne le Parti. Lorsque le journal publie le texte intégral du traité de Maastricht et lorsque nous révélons les projets concernant le travail des enfants, la dégradation des retraites, les conséquences du "non" danois, il prend des initiatives politiques à part entière. Il en est de même lorsque, avec l'objectif de faire vivre la possibilité d'infléchir le comportement de forces de progrès nous publions la lettre de Georges Marchais, nous faisons paraître des articles ou des éditoriaux allant dans ce sens. Claude Billard notait dans son rapport à la Conférence nationale : "Chacun le sait bien d'expérience, la discussion avec les salariés et entre communistes, la capacité d'initiative de la cellule, ne sont pas les mêmes avec ou sans la lecture de notre journal".
Plus fondamentalement, c'est la capacité militante de chaque camarade qui est concernée. En effet, plus nous avançons dans la mise en œuvre de notre nouvelle stratégie, plus nous mesurons combien celle-ci appelle un développement de la capacité d'argumentation de chaque communiste; combien, dans le même mouvement, nous avons besoin de développer un effort pour multiplier le nombre des communistes qui trouvent leur place dans le Parti. La lecture de "L'Humanité" permet de répondre en grande partie à ces exigences : non seulement parce qu'elle informe celui qui la lit mais aussi parce qu'elle lui permet de participer pleinement aux efforts et aux transformations du Parti, d'en être partie prenante. Elle constitue en soi un acte militant.
3. Sans parti révolutionnaire, pas d'"Humanité". – Sans "Humanité", pas de parti révolutionnaire efficace; – D'hier...
"L'Humanité" existait avant le Parti communiste. Mais, dès son premier numéro, son fondateur, Jean Jaurès, fixait l'ambition du journal d'unir toutes les forces socialistes de l'époque : "Nous tâcherons ici de seconder l'effort de tous."
Dans les trois années qui précédèrent le Congrès de Tours, "L'Humanité" et son directeur, Marcel Cachin, prirent une part décisive au combat pour la création du Parti communiste français. Dès les débuts du Parti, jamais les coups portés par la bourgeoisie capitaliste ne séparaient "L'Humanité" de son parti, les dirigeants des deux, les militants et journalistes furent frappés de la même répression.
En 1929, le gouvernement a tenté de faire taire "L'Humanité" en la frappant à la caisse. La riposte du Parti et du journal est riche d'enseignements : création des comités de défense de "L'Humanité" (qui deviendront plus tard comités de diffusion) ; lancement d'une souscription et première grande Fête de l'Humanité. On mesure encore aujourd'hui combien comptent dans l'identité communiste française les CDH, la souscription et la Fête de l'Humanité.
"Les bouches s'ouvrent." Cette formule de Maurice Thorez à la une de "L'Humanité" en août 1931 est restée célèbre. On ne sait pas toujours qu'elle s'est accompagnée d'une campagne publique dans le journal durant des mois, pour insuffler dans tout le Parti une vitalité et un élan nouveaux.
C'est dans cette même période que "L'Humanité" devient un grand journal national complet traitant aussi bien des problèmes de société, de la culture, du sport.
Toutes les grandes étapes de l'histoire de ce siècle peuvent se lire dans "L'Humanité" qui y a joué un rôle actif, mêlant intimement sa vie à celle du Parti communiste avec ses succès et ses revers, ses tâtonnements et ses audaces, ses erreurs et ses innovations : du Front populaire à "L'Humanité" clandestine, de la Libération à la lutte contre les guerres coloniales et les saisies à répétition des numéros du journal.
Nos journaux participent activement, depuis le 22e Congrès, à nos renouvellements stratégiques. Non seulement ceux-ci y trouvent leur expression et peuvent être ainsi perçus et compris par un plus grand nombre d'hommes et de femmes ; ainsi, au quotidien et chaque semaine, il est possible de vérifier leur validité dans l'analyse des faits, des situations politiques, des solutions à élaborer, des réactions aux événements en France et dans le monde.
De la même manière, ils ont fait vivre et stimulé les possibilités de résistance à la politique du capital, ainsi que la recherche de solutions justes et efficaces.
… à aujourd'hui
Les progrès de la vie démocratique du Parti après le 27e Congrès ont trouvé leur application dans la publication de réflexions, recherches, même lorsque celles-ci ne sont pas majoritaires.
Tout au long de son histoire, "L'Humanité" a structuré l'identité communiste française et aujourd'hui notre nouvelle stratégie (rassemblement, perspectives, nouvelle pratique politique) nécessite que la presse communiste joue mieux encore ce rôle.
Demain, lors de la campagne des législatives, la lecture et la diffusion régulière de "L'Humanité" permettront de mieux faire percevoir qu'il est tout à la fois possible de combattre la droite et de dégager d'autres choix que ceux que les différents gouvernements de François Mitterrand ont fait prévaloir jusqu'ici.
Le fait qu'il s'agisse de journaux et pas simplement de matériel de propagande est important. Par l'éventail des sujets traités, ils donnent une vision plus riche de notre identité, font la preuve de notre enracinement dans les préoccupations les plus diverses des gens et dans les réalités de notre époque. Cela contribue à donner de la validité à nos dénonciations comme à nos propositions. De plus, le rythme quotidien de "L'Humanité" nous permet une intervention permanente et plus diversifiée encore. Tout cela ancre davantage le Parti communiste dans la réalité nationale.
Ainsi, lorsque nous évoquerons la nécessité d'un effort de diffusion sans précédent il s'agira, bien sûr, d'une démarche qui aura pour conséquence de sortir "L'Humanité" de la situation difficile dans laquelle elle se trouve, mais, fondamentalement, ce dont il sera question, ce sera de déployer toutes les capacités du Parti dans la situation d'aujourd'hui ; de se donner un moyen essentiel pour l'application de la politique du 27e Congrès.
Si l'on considère le débat national que nous impulsons aujourd'hui, nous pouvons constater que la publication de la lettre de Georges Marchais aux organisations progressistes et à une série de personnalités, l'organisation, par exemple, dans les colonnes du journal d'un débat entre Henri Malberg et le secrétaire du Comité contre les délocalisations permettent à "L'Humanité" de jouer le rôle de premier élément de l'intervention communiste. Bien évidemment, nous avons besoin que cela se fasse de façon plus constante et au- près d'un nombre plus grand de lecteurs. Cela m'amène naturellement à aborder les deux questions inséparables du contenu de nos journaux et de leur diffusion.
III. – Transformer nos journaux
Dans ce cadre, la responsabilité individuelle et collective des différentes rédactions est grande. C'est dans cet esprit qu'elles abordent la transformation des deux titres. Il faut savoir que, entre autres choses, se sont déjà déroulés : un séminaire de la rédaction de "L'Humanité", plusieurs rencontres de la direction de "L'Humanité Dimanche" avec des directions fédérales, des études du lectorat, des consultations des CDH.
Pour nos journaux, il importe de faire un grand effort de lisibilité par des articles variés, plus courts et plus vifs.
1. L'Humanité
Deux raisons fondent la nécessaire transformation de "L'Humanité". D'abord, une raison journalistique : la formule actuelle du journal date de 1985. Un journal est un organisme vivant particulièrement sensible à la sclérose. Ensuite, et c'est là l'essentiel, la maitrise de notre stratégie à laquelle a atteint le 27e Congrès appelle naturellement cette transformation. Bien sûr, des modifications ont été opérées. Mais il s'agit – aujourd'hui – de repenser la formule en faisant en sorte qu'elle nourrisse chez ses lecteurs la démarche que nous avons faite nôtre en décembre 1990.
Un journal pour le mouvement populaire
Et puisque je parle des lecteurs, essayons de mettre fin une fois pour toutes à l'idée que "L'Humanité" serait destinée aux seuls cadres communistes. Il est le journal de tous les communistes et de leurs amis.
Que l'on se comprenne bien. Je ne propose pas de gagner dans les mois qui viennent des centaines de milliers de lecteurs, mais j'affirme la nécessité que notre journal soit quotidiennement porteur d'arguments que puissent entendre l'ensemble de celles et ceux qui ont intérêt au changement, dans une forme accessible à eux tous.
Une novation sur le fond et dans la forme
Dire cela, ce n'est pas abaisser la barre, car notre nouvelle formule ne sera efficace que si elle fait vivre dans le contenu comme – dans le style – les aspects les plus novateurs de notre politique.
Elle devra donc – en permanence – aborder de façon vivante la question des perspectives ; illustrer concrètement le comportement du Parti tel que nous le concevons aujourd'hui ; faire vivre – en les articulant de façon appropriée sur l'actualité – chacune de nos propositions. En bref, formuler et faire partager l'ensemble de la réalité – un point de vue qui informe, redonne confiance en la capacité de modifier le cours des choses, nourrisse l'espoir de nos lecteurs et de ceux qu'ils côtoient.
La novation concerne aussi la forme. Un effort considérable est à effectuer pour ne pas asséner, moins "tartiner". Il s'agit d'aider le lecteur à cheminer en partant des faits, des informations ; en avançant des arguments qui s'appuient sur la réalité et l'expérience, en raisonnant, en démontrant. Il s'agit de parler du Parti d'une manière plus accessible, moins interne. C'est vrai pour l'ensemble de l'activité du Parti, c'est vrai aussi pour les documents du Parti mis à la disposition des militants dont l'essentiel doit être mis clairement en valeur, leur lecture et leur étude facilitées. Nos combats s'inscrivent dans la durée, il en va de même pour les questions qu'aborde "L'Humanité". Il nous faut trouver dans la vie le moyen d'être efficacement pédagogiques plutôt que lourdement répétitifs.
Une politique éditoriale d'ouverture
Dans la nouvelle formule, l'ouverture a toute sa place comme composante essentielle de notre démarche politique de rassemblement; elle est considérée comme une valeur cardinale de notre ligne éditoriale.
Ouverture d'abord quant à la manière d'exposer notre politique, les choix du Parti, l'activité militante. Il s'agit de mieux partir de la vie, de la façon dont les problèmes se posent et sont vécus, de mieux restituer la dimension factuelle et humaine de l'actualité, de diversifier les sujets.
Ouverture, ensuite, sur la diversité des opinions : nous devons élargir encore l'effort que nous effectuons déjà pour multiplier l'accueil de positions de personnes diverses.
À cet égard, la coopération de "L'Humanité" avec l'IRM pour les "Mardis", avec TSF pour le "Club de la presse", avec le Secours populaire français en plusieurs grandes occasions est précieuse. C'est le même mouvement qui nous conduit à collaborer avec France-Inter à l'occasion du 10 anniversaire de la mort d'Aragon.
Ouverture, enfin, sur la diversité de nos lecteurs. Aujourd'hui, à de rares exceptions, personne ne lit plus un journal d'un bout à l'autre, chacun "fait son journal". De surcroît, les temps consacrés à la lecture sont extrêmement différents suivant les individus. Il y a – comme on dit – "plusieurs niveaux de lecture".
Il convient donc que ceux qui lisent peu trouvent des articles synthétiques voisinant pour d'autres avec des analyses et des réflexions plus approfondies. En un mot, de mieux distinguer l'information et le commentaire. C'est dans cet esprit que le rôle des correspondants doit s'élargir et évoluer.
En bref, l'ensemble doit permettre à chaque lecteur de tirer de l'information les arguments et les capacités de s'approprier et de maîtriser, de se faire lui- même la politique du Parti.
La nouvelle formule de "L'Humanité" est prévue pour le 25 janvier.
2. L'Humanité Dimanche
"L'Humanité Dimanche" doit être également porteuse de ce qu'il y a de plus novateur dans notre politique.
"L'Humanité Dimanche" a toujours été depuis sa création en 1948 l'organe de la presse communiste le plus lu et le plus diffusé.
Au-delà des différentes formules de L'Humanité Dimanche", notre hebdomadaire occupe une place particulière dans la presse communiste pour trois séries de raisons.
Une cible plus large
Il vise une cible plus large, donc plus diversifiée. Les lecteurs de "L'Humanité Dimanche" partagent souvent des idées communistes, ils en ont des approches plurielles et des attentes multiples. II est donc plus complexe d'apporter des réponses qui les satisfassent tous dans leur diversité. Ainsi, nous avions constaté, avec la précédente formule de "L'Humanité Dimanche" que le fossé s'était creusé entre celles et ceux qui nous achetaient le journal et celles et ceux qui le lisaient effectivement.
Un mode de diffusion original
Il bénéficie d'un mode de diffusion complètement original dans la presse et qui structure directement l'activité des cellules communistes qui ont un CDH : la diffusion militante assure 75 % de la diffusion totale.
Il arrive parfois que soit remise en cause cette forme de diffusion en arguant du fait qu'elle serait dépassée, une sorte de survivance de temps révolus que les militants les plus dévoués et souvent les plus âgés continueraient d'entretenir comme une flamme de plus en plus vacillante.
Nous devons aborder de front cette question dans la discussion. Le Bureau politique estime que la remise en cause de cette forme de diffusion serait une pure et grave erreur. Au fond, il s'agit du problème posé par le militantisme aujourd'hui tel qu'il a été soulevé dans l'ensemble des organisations du Parti.
Car l'activité des CDH offre la possibilité d'établir avec les gens des rapports réguliers, directs, au plus près de leurs préoccupations avec comme support un journal qui reste un lien permanent et durable. C'est un excellent moyen pour "faire autrement de la politique".
"L'Humanité Dimanche" assure l'équilibre économique des deux journaux. Ainsi, en 1992, si le déficit global est de 10 millions de francs, celui de "L'Humanité" quotidienne est de 15 millions, compensé par un bénéfice de "L'Humanité Dimanche" de plus de 5 millions. "L'Humanité Dimanche" est bénéficiaire grâce à sa distribution bénévole par les CDH, et à ses ressources publicitaires, qui représentent 60 % du total de la publicité des deux titres.
L'essentiel : un choix éditorial populaire
"L'Humanité Dimanche" n'a pas toujours été un magazine. Magazine ou journal, ce n'est pas une question de principe puisque le contenu du journal n'est pas étroitement et mécaniquement lié à sa forme.
Le magazine n'est pas forcément un gage d'ouverture, un journal du dimanche n'est pas par définition synonyme de combativité et ne garantit pas forcément son caractère populaire.
Ce qui est une question de principe parce qu'elle répond directement à la politique du 27e Congrès, c'est "le parti pris des gens" affirmé comme choix éditorial de l'hebdomadaire.
Qu'avions-nous dit au moment du lancement du nouveau magazine début 1990 ?
""L'Humanité Dimanche" qui s'est fixé comme objectif d'être au plus près des gens, de "prendre le parti des gens", de leurs luttes, de leurs espoirs, aidera à faire découvrir le vrai visage des communistes, à faire connaître nos analyses, nos propositions politiques et démocratiques, notre conception du socialisme. Elle rendra ainsi plus vivante la dimension politique du journal en même temps que sa dimension humaine" et nous ajoutions : ""L'Humanité Dimanche" ambitionne d'être l'organe privilégié du rassemblement que nous voulons construire".
Après presque trois ans d'existence, la rédaction du magazine cherche à mieux répondre à ces objectifs en étant à l'écoute des avis, des critiques, des suggestions diverses, nombreuses, parfois contradictoires et qu'il faut susciter pour répondre aux besoins de l'ensemble des lecteurs qu'ils soient militant actif, diffuseur, ancien de RVI, chômeuse à La Courneuve ou technicien à la Défense.
Le caractère politique, populaire, familial et convivial du magazine doit se vérifier chaque semaine par un contenu dont la diversité des thèmes permet de répondre au plus grand nombre possible de préoccupations et d'intérêts des lecteurs.
L'un des moyens que nous n'avons sans doute pas suffisamment utilisé, bien qu'il figure dans les objectifs que nous nous étions fixés dès la création, c'est l'organisation de grandes campagnes touchant directement à la vie de millions de Français, pour favoriser l'échange d'expériences et l'initiative populaire, en liaison avec les organisations du Parti qui pourraient ainsi, avec les CDH, jouer un rôle plus actif et s'approprier davantage encore le contenu du journal.
Une question qui n'est pas nouvelle mais qui a de nouveau surgi parce qu'elle correspond à un besoin politique réel : comment répondre à l'exigence d'actualité, en particulier celle du dimanche matin ?
La seule réponse globale et cohérente résiderait dans une édition d'un quotidien du dimanche. Cette solution est économiquement inaccessible. Aujourd'hui, il faut l'armature financière et la logistique d'un grand groupe de presse pour réussir l'édition d'un journal du dimanche à l'échelle du territoire national. Aucun quotidien national ne s'est lancé dans l'aventure. Le magazine est la seule forme qui nous soit possible. Il reste la possibilité d'un supplément d'actualité du dimanche pour une partie de la France, qui permettrait de maintenir et de développer les points de rencontres du dimanche matin sur les marchés et dans les quartiers. Pour parvenir à assurer une telle édition, à en couvrir le coût, il faut franchir – au préalable – une étape dans la diffusion.
Depuis plusieurs mois, la rédaction de "L'Humanité Dimanche" prépare ce qu'elle appelle "le second souffle" du magazine. Le changement est prévu pour le 7 février. Nous proposons que ce soit l'occasion d'une vente de masse qui corresponde à un moment charnière dans la mobilisation militante en vue des élections législatives.
3. Notre dispositif de presse
"L'Humanité" et "L'Humanité Dimanche" constituent le socle de notre dispositif de presse ; les quotidiens régionaux leur sont étroitement complémentaires.
Jusqu'à il y a quelques semaines, nous disposions de trois quotidiens de province. "Liberté" a dû suspendre sa parution. En effet, son atout original, la diffusion par portage, s'était gravement amenuisé, les diverses modifications de formule auxquelles il avait été contraint lui avaient fait perdre une grande partie de son contenu régional. Enfin, le maintien de son existence devenait une charge insupportable à la trésorerie de "L'Humanité" et de "L'Humanité Dimanche".
"La Marseillaise" et "L'Écho du Centre"
Il nous reste "La Marseillaise" et "L'Écho du Centre". Nul ne dira jamais assez le rôle capital dans les régions intéressées de nos quotidiens régionaux. Ils tiennent une place irremplaçable dans la diffusion de nos idées, à partir des préoccupations quotidiennes des populations concernées.
Ils brisent la situation de monopole des idées dominantes. Ils sont un point d'appui efficace pour les luttes et pour l'ensemble du mouvement démocratique des régions concernées.
Les régions ont leurs réalités spécifiques. Le pouvoir, les forces de droite et le grand patronat ont leurs stratégies régionales. Nos quotidiens régionaux leur opposent notre propre politique régionale. Présents dans les luttes, nos journaux régionaux sont des instruments efficaces de dialogue et d'union des forces de progrès.
Indissociablement journal régional et journal d'opinion communiste, chacun d'eux relaie et nourrit l'activité des militants et organisations, des élus communistes.
Chacun d'eux a sa personnalité. "La Marseillaise" rayonne en Provence et dans le Gard et l'Hérault. "L'Écho du Centre" en Limousin, Dordogne et Indre. Liés étroitement, on pourrait presque dire charnellement, aux fédérations intéressées, faisant partie de la respiration propre des communistes de la région, ils sont orientés et gérés sous la responsabilité d'un comité de direction.
Naturellement, ils connaissent actuellement les difficultés de la presse communiste. L'un et l'autre viennent de renouveler leurs formules – "L'Écho du Centre" l'a fait avant-hier – pour être plus lisibles et plus efficaces, plus proches de leurs lecteurs.
Chacun a ses propres atouts : "La Marseillaise" tire plus de la moitié de ses recettes de la publicité, plus de 80 % des lecteurs de "L'Écho du Centre" sont des abonnés.
Les deux comités de direction animent avec les directions fédérales et les membres du Comité central intéressés à ces zones de grandes campagnes de soutien financier et de développement de la diffusion.
"La Marseillaise" a son plan de sauvegarde, avec l'objectif de gagner 1 500 lecteurs. Son essor a été marqué par la diffusion d'un numéro exceptionnel à 15 000 exemplaires supplémentaires le 15 novembre et les bureaux fédéraux tiendront, dans une semaine, une réunion commune.
"L'Écho du Centre", en lançant sa nouvelle formule, vise à gagner 1 000 nouveaux lecteurs. La baisse de sa diffusion est sensiblement ralentie et, dans 3 départements sur 5, un gain net de lecteurs a été enregistré.
L'existence, la lecture, la diffusion de nos deux quotidiens régionaux sont conçues, dans les zones géographiques concernées, complémentaires de celles de "L'Humanité" et de "L'Humanité Dimanche".
Les éditions régionales de "L'Humanité"
Pour sa part, "L'Humanité" dispose de trois éditions régionales qui jouent un rôle comparable pour l'essentiel aux quotidiens régionaux.
En Rhône-Alpes depuis 1978, en Midi-Pyrénées depuis 1988, en Val-de-Marne depuis 1991, chacune de nos éditions particulières a son histoire et sa personnalité. Elles ont toutes permis un progrès sensible, parfois spectaculaire, de la diffusion et les directions fédérales y sont très attachées, même si leur coût, quand la diffusion reste insuffisante, pèse trop lourdement sur leurs budgets. La pérennité de ces éditions repose sur la responsabilité commune et la coopération étroite des fédérations intéressées et de "L'Humanité".
Le Comité central dispose de deux hebdomadaires : "La Terre" et "Révolution".
"La Terre"
Notre hebdomadaire "La Terre" s'est renouvelé il y a quelques mois pour mieux tenir compte des mutations qui se produisent à la campagne et pour devenir un outil favorisant l'action et le rassemblement "pour que vive le monde rural".
On mesure son importance au moment où de grandes luttes paysannes se mènent et après le référendum sur le traité de Maastricht où, à 52 %, les populations rurales ont voté "non".
Bien souvent, notre journal constitue la seule présence du Parti dans certaines communes, voire certains cantons ruraux. Et, bien souvent, l'audience du Parti est liée à l'importance de la diffusion de "La Terre" dans ces endroits.
Seulement, pour être pleinement efficace au service du Parti, notre journal doit être plus diffusé. En ce sens, "La Terre" lance une campagne d'abonnements électoraux "spécial élections législatives" et propose que chaque cellule rurale gagne un lecteur.
"Révolution"
L'hebdomadaire "Révolution" occupe une place spécifique dont la particularité s'est affirmée depuis un an avec sa nouvelle formule. En traitant l'actualité politique, culturelle, idéologique et internationale avec plus de recul, au moyen d'analyses théoriques et de confrontations d'idées, il s'adresse plus particulièrement aux diverses catégories de travailleurs intellectuels, et à une pluralité de militants politiques, syndicaux, associatifs.
La situation financière de "Révolution" connaît les mêmes difficultés que les autres titres, malgré le maintien global de sa diffusion et un effort soutenu de la direction du Parti, aussi bien financier que politique. Pour y remédier de façon offensive, "Révolution" a lancé trois suppléments: "le Tour du Monde", le "Culture-Idées" et, à présent, "Révolution dans l'école" ; c'est un succès idéologique et financier. "Révolution" vient aussi d'appeler sous une forme originale au soutien de ses lecteurs, qui y ont répondu au-delà des objectifs en envoyant 700 000 francs et près de 500 abonnements en moins de deux mois. La diversité de ceux qui ont répondu à cet appel montre que l'existence de l'hebdomadaire est largement ressentie comme un besoin et atteste l'ampleur des possibilités d'une véritable contre-offensive dans ces milieux. Encore convient-il de souligner que la clé du problème réside dans la nécessité de parvenir dans l'immédiat aux 1 000 abonnements nouveaux et d'obtenir une diffusion militante plus systématique.
Il reste qu'un certain nombre de fédérations ont leur propre hebdomadaire.
Leur existence est de la seule décision des fédérations. Cependant, nous devons avoir le souci partout que la diffusion ne se pose pas en concurrence de celle de la presse nationale du Parti, ce qui ne pourrait que porter préjudice à l'activité politique des fédérations elles-mêmes tout en affaiblissant notre effort national. Citons l'exemple particulier du "Patriote Côte d'Azur" qui, marié depuis vingt-cinq ans à "L'Humanité Dimanche", a permis d'atteindre le meilleur niveau de diffusion de notre magazine en province.
Considérer l'ensemble de notre dispositif de presse en montre à la fois l'insuffisance eu égard aux besoins et la force considérable, le poids énorme, l'atout formidable, en comparaison avec la situation d'autres pays.
IV. – Mobilisation pour la diffusion
Nous avons besoin de gagner avant les élections législatives 15 000 lecteurs au quotidien et 10 000 à l'hebdomadaire.
Comment y parvenir ?
Georges Marchais a abordé très directement ce problème le 22 avril dernier. Insistant sur "la portée politique de l'effort de diffusion", il précisait : "Il ne s'agit pas d'une tâche à part, supplémentaire à l'activité du Parti, mais d'un moyen prioritaire pour mener à bien tout ce qu'exige l'action consciente de chaque communiste et des gens qui nous entourent. C'est pourquoi il ne s'agit pas seulement de diffuser davantage notre presse, mais de changer notre comportement à son égard." Changer de comportement, qu'est-ce que cela signifie ?
1. La bataille se gagnera en bas
La bataille engagée est considérable. C'est en bas, dans chaque cellule, avec chaque adhérent qu'elle se gagnera ou se perdra. "Tous les communistes lisent "L'Huma"" : cela ne peut être ni un vœu pieux, ni une mesure administrative mais doit traduire une ambition politique permanente et des actes concrets.
Comment chaque jeune communiste, avec sa carte du Parti, devient-il lecteur de "L'Humanité" ? En bénéficiant systématiquement d'un abonnement d'accueil offert par sa cellule.
Comment chaque adhérent peut-il participer à l'une des activités politiques les plus simples, les plus efficaces et les plus riches qu'il puisse mener ? En lisant et faisant lire "L'Humanité".
Le premier moyen d'augmenter la diffusion, c'est de donner tout leur poids aux CDH.
Trop souvent, on a, dans le Parti, laissé se dégrader l'activité des CDH. Le dévouement, l'opiniâtreté, la qualité des camarades actifs dans les CDH ne sont pas en cause. Mais, trop souvent, la pugnacité des comités de défense de "L'Humanité" d'autrefois, la conquête de nouveaux lecteurs, la présence permanente de la vente au point fixe de diffusion ont été abandonnées. Souvent trop isolé de la vie de la cellule, l'actuel comité de diffusion de "L'Humanité" limite son activité à la livraison du journal aux lecteurs habituels, dans des "tournées" de diffusion qui ressemblent ainsi au portage du journal à des abonnés. En dix ans, 4 000 CDH ont cessé leur activité, c'est un affaiblissement politique sérieux.
Nous ne pouvons plus accepter que de grandes villes de la région parisienne et de province n'aient plus de postes de vente de notre hebdomadaire le dimanche.
Huit mille comités, plus de 15 000 diffuseurs sont une force politique considérable que nous mettons chaque semaine en branle. Le premier moyen est de créer un CDH dans chaque cellule.
Nous l'avons inscrit dans les statuts du Parti il y a treize ans, mais plus d'une cellule sur deux n'a pas encore de CDH. Ce n'est pas seulement un problème statutaire, c'est la vie politique de la cellule qui est posée, en particulier dans les entreprises, comme l'ont souligné le rapport et plusieurs interventions à la Conférence nationale.
Nos lecteurs doivent, sans doute, être mieux associés au développement de notre presse. Pour cela, nos journaux doivent contribuer à l'effort de mobilisation avec plus de créativité et de régularité.
2. Les responsables
Le second moyen est d'engager la responsabilité des directions à tous les échelons.
Dirigeants nationaux, fédéraux, de section ou de cellule, élus, militants investis de responsabilités diverses – ces "donneurs d'aide", pour reprendre l'expression qui fait florès – ont un rôle capital à jouer pour placer notre presse au cœur de l'activité du Parti, particulièrement dans cette période de remise des cartes et d'ouverture de la campagne électorale où il convient de disposer de la meilleure façon l'ensemble de nos moyens.
Nous ne partons pas de rien : après le 27e Congrès, les efforts impulsés par Gaston Plissonnier ont permis de sensibiliser davantage les directions du Parti sur cette question.
Il existe des responsables à la diffusion. Mais pas encore dans toutes les fédérations et les sections. Répétons que l'importance de cette tâche, sa spécificité font qu'elle doit être distinguée de la responsabilité à la propagande.
Campagne exceptionnelle et urgente nécessite des mesures exceptionnelles et urgentes.
En décidant cette campagne, le Comité central va s'engager tout entier. Nous proposons qu'il prenne une mesure exceptionnelle pour l'animer, la diriger et en contrôler l'application. Nous proposons que le Comité central charge de cette tâche une délégation qu'il élirait aujourd'hui. Cette délégation pourrait être présidée par le directeur de "L'Humanité", assisté du directeur adjoint. Le travail de la délégation pourrait être dirigé par le camarade Marcel Zaidner, qui serait libéré de toutes ses autres tâches.
Comme pour l'activité d'organisation et le recrutement, les informations sur le développement de la campagne seraient très régulièrement transmises au Secrétariat et au Bureau politique. Il nous paraît indispensable de procéder de la même façon à chaque échelon du Parti.
3. Les abonneurs
Nous disposons d'un réseau d'abonneurs dont nous devons faire mieux apprécier le rôle politique. Ils rencontrent 12 000 personnes par an pour discuter naturellement de notre presse mais tout aussi naturellement de notre politique. Les fédérations et sections qui en font l'expérience apprécient ce travail. Ils sont trop peu nombreux et leur activité doit être mieux intégrée à la vie des organisations du Parti où ils animent l'effort de diffusion.
Recruter, former de nouveaux abonneurs et développer leur activité est le troisième grand moyen.
Camarades,Pour mettre cartes sur table et argumenter, j'ai dû être plus long que je ne le souhaitais. Au fond, le Bureau politique veut aujourd'hui saisir le Comité central de quelques idées fortes : - la crise de la presse menace "L'Humanité" ;- "L'Humanité" et "L'Humanité Dimanche" constituent des éléments essentiels à l'existence et à la vie du Parti communiste français lui-même ;- pour être plus efficaces, "L'Humanité" et "L'Humanité Dimanche" vont renouveler et faire vivre leur contenu.
Une mobilisation générale du Parti est indispensable pour gagner 15 000 et 10 000 lecteurs nouveaux.
Les communistes ont la force de l'emporter.
Il reste un peu plus de deux semaines avant les fêtes de fin d'année. Pas un instant n'est à perdre afin de réunir et mettre partout en mouvement les communistes pour engager, mener et gagner cette bataille décisive.
9 décembre 2024L'Humanité
La résolution
Le Comité central approuve le rapport de Roland Leroy.
Si des mesures n'étaient pas prises d'urgence, "L'Humanité" risquerait de disparaître comme quotidien en 1993.
Les raisons tiennent à la crise aiguë qui touche l'ensemble de la presse écrite, aux discriminations particulières qui frappent – notamment dans le domaine publicitaire – la presse révolutionnaire.
L'ensemble de la presse connaît une crise de crédibilité et la presse communiste subit les conséquences du glissement à droite de la société, du recul des idées de progrès.
Cependant, il n'y a pas de fatalité à cette situation, les moyens d'un redressement rapide existent. Ils résident dans la capacité de tout le Parti à changer de comportement à l'égard de la lecture et de la diffusion de sa presse et dans des transformations de nos journaux. Celles-ci ont pour objectif de faire vivre les aspects les plus novateurs de la politique du PCF en partant de l'information, en faisant toujours plus preuve d'esprit d'ouverture et en la rendant toujours plus vivante et accessible.
Les rédactions de "l'Humanité" et de "L'Humanité Dimanche" développent leurs efforts afin que les deux journaux correspondent toujours mieux à ces besoins.
C'est avec "L'Humanité" et "L'Humanité Dimanche" que le Parti communiste français joue son rôle de grand parti populaire et national, ils font partie intégrante de son identité.
Au moment où le déploiement de notre politique implique qu'un nombre toujours plus important de communistes dialoguent avec leurs collègues, leurs voisins ou amis, la lecture de "L'Humanité" est le moyen essentiel d'avoir – quotidiennement les informations, les arguments qui permettent de maîtriser notre politique et de la faire vivre en prenant des initiatives. Cette lecture est à la base de la vie démocratique et de l'action militante. Pour les régions concernées, "La Marseillaise" et "L'Écho du Centre", avec leur originalité, jouent un rôle complémentaire, ils contribuent à briser le monopole des idées dominantes. Leurs comités de direction respectifs engagent des campagnes pour en accroître la diffusion.
Dès aujourd'hui, seules une prise de conscience de l'urgence et des possibilités, une mobilisation tout à fait exceptionnelle et tenace des communistes, des cellules et de toutes les directions donneront les moyens de gagner d'ici aux élections législatives 15 000 lecteurs supplémentaires à "L'Humanité" quotidienne et 10 000 à "L'Humanité Dimanche".
Pour atteindre cet objectif, il revient à chaque cellule de se doter de l'outil décisif que constitue le comité de diffusion de "L'Humanité", d'en développer l'activité et le nombre des diffuseurs qui y participent.
Afin de favoriser cette bataille politique, le Comité central désigne une délégation chargée d'impulser cet effort de diffusion et de faire régulièrement le point de l'évolution de la situation avec la direction du Parti, composée de : Roland Leroy, Marcel Zaidner, Rémi Auchédé, Bernard Birsinger, Noël Bizouerne, Gilles Bontemps, Robert Bret, Daniel Brunel, Charles Caressa, Bernard Deschamps, Michel Duffour, Denis Duvot, Serge Guichard, Roland Jacquet, Pierrette Joachim, Henri Malberg, Nicolas Marchand, Jean-Marie Martin, Charles Marziani, Annick Mattighelo, Gaston Plissonnier, Claude Pondemer, Pierre Zarka.
Le texte de la résolution a été adopté par tout le Comité central moins trois abstentions (Charles Fiterman, Guy Hermier et Philippe Herzog) et un refus de vote (Anicet Le Pors).
La source —
vie_publique · nº 240598
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