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7 octobre 1992 · Partis · LE Quotidien de Paris · discours Discours

Interviews de M. Jean Auroux, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, dans "Le Quotidien de Paris" du 7 octobre et à Europe 1 le 12 novembre 1992, sur l'hypothèse d'une motion de censure à la session parlementaire d'automne et sur la réun

Jean Auroux (auteur), Philippe Reinhard (intervenant), Jean-Pierre Elkabbach (intervenant)

7 octobre 1992Le Quotidien de Paris Jean Auroux : "La droite n'est pas prête pour la succession" Le Quotidien de Paris : Compte tenu de l'ambiance dans laquelle s'ouvre cette session, pensez-vous que l'Assemblée nationale pourra travailler utilement. Jean Auroux : En session de printemps, nous votons en moyenne une vingtaine de textes. Compte tenu de la charge de travail budgétaire propre à cette session, on peut raisonnablement espérer que le Parlement examinera une douzaine de textes. Le Quotidien de Paris : Parmi ceux-ci, pensez-vous que vous aurez à débattre du projet de loi sur la maîtrise des dépenses de santé ? Jean Auroux : Je souhaite que la France puisse conserver son système de protection sociale, qui est un des plus performants du monde. Je pense qu'il serait grave que ces acquis sociaux, qui sont largement de nature contractuelle, deviennent simplement des textes législatifs. Ma préférence va à une négociation préalable entre les partenaires sociaux, même si elle est difficile, et à une validation parlementaire, ensuite. Mais je ne souhaite pas que le Parlement se substitue aux partenaires sociaux pour la négociation. J'ai toujours été et je demeure très attaché à la politique contractuelle. Le Quotidien de Paris : On sait qu'il y a un risque aggravé de censure. Redoutez-vous sur ce point, l'attitude de vos ex-partenaires communistes ? Jean Auroux : Nous sommes dans une majorité relative. Je fais observer que les partis de droite sont, eux aussi, minoritaires et que d'une certaine manière, puisque personne n'est majoritaire dans cette Assemblée, ils ne pourraient pas gouverner sans obtenir l'appui des communistes. En ce qui concerne notre groupe, nous sommes prêts à toutes les échéances. Normales ou anticipées. Je serai, pour ce qui me concerne, candidat dans la Loire, le moment venu, avec un bilan qui ne me fera pas rougir. Je considère que même si des lacunes subsistent, les progrès accomplis grâce à nos gouvernements et à notre majorité sont considérables. Ce sera donc au Parti communiste d'apprécier s'il veut aller vers un isolement qui ne serait pas sans problème pour lui. Les jeux restent très ouverts, et je me garderai bien aujourd'hui de tous pronostics. C'est au Parti communiste de réfléchir à ce qui lui est le plus utile. Il n'est pas évident qu'une motion de censure lui rapporte politiquement beaucoup. Le Quotidien de Paris : S'il y a censure, il y aura dissolution et donc forcément majorité nouvelle. Ne croyez-vous pas qu'il est temps que le peuple tranche ? Jean Auroux : La censure n'implique pas forcément dissolution. Et si dissolution il y a, y aura-t-il pour autant une majorité de rechange ? Pour parler des formations de la droite, ont-elles un programme de gouvernement ? J'ai entendu M. Monory dire : "L'union, oui, mais pour quoi faire." Je ne suis pas certain que l'opinion soit convaincue, après le référendum que l'opposition a un programme et des équipes de gouvernement. Je ne suis pas sûr, dans la situation de crise économique et monétaire, que l'intérêt de l'opposition soit de renverser le gouvernement pour une succession qui me semble encore bien mal préparée. Le Quotidien de Paris : Le Budget sera l'axe essentiel de cette session : Quel réfléchissement social, croyez-vous être en mesure d'y apporter ? Jean Auroux : Ce budget contient déjà beaucoup de mesures sociales. À propos des familles, de l'emploi ou de l'aménagement du territoire. Au-delà de ce qui est déjà acquis, nous allons proposer la mise en œuvre d'une politique d'aide aux personnes dépendantes. Ces mesures concerneront près d'un million de personnes du quatrième âge. Le Quotidien de Paris : Le Premier ministre est plutôt emblématique de la rigueur économique et monétaire, que de l'effort social. Est-il le mieux placé à vos yeux pour incarner le nouveau look social que vous souhaitez pour votre majorité ? Jean Auroux : M. Bérégovoy est un homme de provenance modeste, qui a des sentiments sociaux tout à fait réels. Cela dit, il ne serait pas raisonnable de faire des promesses inconsidérées sans pouvoir les tenir. Ce que nous souhaitons, c'est faire du vrai social et pas simplement du social à crédit. Le Quotidien de Paris : Quel est le moral des députés socialistes, quand ils entendent Gérard Le Gall votre expert électoral, pronostiquer une hécatombe législative ? Jean Auroux : J'observe que ceux qui sont là se sont fait élire. Pas encore M. Le Gall. Je pense que les députés socialistes préfèrent prendre des leçons de motivation de la part de leur président de groupe plutôt que de la part d'un expert que j'aimerais voir en campagne sur le terrain. Le Quotidien de Paris : L'entrée de Jean-Pierre Soisson au gouvernement contribue-t-elle à renforcer le moral des députés PS ? Jean Auroux : Jean-Pierre Soisson est une personnalité attachante, un peu atypique. Dans nos rangs, il est perçu comme tel, même si tout le monde reconnaît son habileté. Concernant son élection en Bourgogne, même s'il a été élu dans des conditions, disons complexes, il a réussi à se doter d'un exécutif qui a évacué le Front national. Le groupe socialiste le jugera à ses actes, dans le secteur difficile dont il a la charge. Qu'il fasse une bonne politique et nous serons contents. Europe 1 J.-P. Elkabbach : Puisque la Haute Cour va se constituer, comment le PS s'organise-t-il ? Qui seront les socialistes qui jugeront d'autres socialistes ? J. Auroux : Cette liste sera déposée avec celle des autres groupes mardi à la Conférence des Présidents. Il y aura cinq membres titulaires et trois suppléants. Ce seront des volontaires, des gens qui souhaitent en conscience participer à cette action de justice, quelles que soient les imperfections de la Haute Cour. J.-P. Elkabbach : Avez-vous déjà des candidats ? J. Auroux : Bien sûr. Je n'ai pas à donner les noms aujourd'hui. J.-P. Elkabbach : Distinguez-vous la constitution et la mise en route de la Haute Cour ? Le PS va-t-il bloquer son fonctionnement ? J. Auroux : C'est ce qui a été dit notamment par M. Millon dont je ne suis pas sûr que les objectifs soient de rechercher la justice et la vérité, mais plutôt d'engager des hémophiles à servir d'agents électoraux, ce que je trouve scandaleux. En ce qui me concerne, je tiens à dire officiellement que le PS et le groupe socialiste à l'Assemblée comme au Sénat ne feront rien pour retarder la mise en place et le bon déroulement des travaux de la Haute Cour. J.-P. Elkabbach : Allez-vous demander que les choses aillent vite ? J. Auroux : Nous avons demandé que les choses aillent vite. J'ai proposé le nom des députés de la Haute Cour mardi dernier. Mercredi prochain, ces candidats seront élus. Je souhaite que la Haute Cour travaille le plus vite possible, y compris dans les jours et les semaines qui viennent pour que toute la lumière soit faite. J.-P. Elkabbach : Combien de temps faudra-t-il pour tout cela ? J. Auroux : Il y a deux choses : ce qui dépend de l'Assemblée et du Sénat et ce qui dépend des juges. Puisqu'à partir du moment – après que le Bureau de l'Assemblée ait donné son feu vert – il y a une commission spéciale qui peut rendre son rapport rapidement. Mais après, on passe dans la phase judiciaire avec une commission de cinq juges qui a la liberté de son instruction. Nous avons là deux exemples : il y a eu l'affaire Nucci où cette instruction a duré trois semaines et l'affaire Poniatowski où elle a duré un an. J.-P. Elkabbach : La Haute Cour fonctionnera pendant les législatives. J. Auroux : Je serais tenté de dire que tout dépendra des choix que feront les juges. J.-P. Elkabbach : François Mitterrand ne vous a-t-il pas forcé la main pour cette relance et ne l'avez-vous pas pris comme un désaveu ? J. Auroux : Non, dans la mesure où nous avons eu satisfaction sur la révision constitutionnelle qui permet de transformer cette Haute Cour. Nous disons que cette instance doit être gardée pour les trahisons d'un Chef d'État, pour les complots contre la sûreté de l'État dans lesquels pourraient être engagés des ministres. Nous voulons la justice ordinaire pour les ministres. À défaut de cette révision constitutionnelle rapide, nous acceptons la Haute Cour. C'est donc un compromis très convenable de notre point de vue. J.-P. Elkabbach : On dit que François Mitterrand a lâché Laurent Fabius. J. Auroux : Je ne pense pas que l'on puisse dire cela. Je reste pour ma part fidèle à François Mitterrand et à Laurent Fabius. Un homme politique, c'est un homme de sang-froid, de courage et de fidélité. J.-P. Elkabbach : Les groupes de l'opposition veulent faire passer en Haute Cour les ministres de l'affaire du sang. Est-ce que Laurent Fabius doit y aller ? J. Auroux : Absolument et je pense qu'il aura l'occasion de dire la façon dont il veut aborder cette question. Parmi tous ceux qui sont concernés par ce drame diabolique, on oublie que c'est une épidémie mondiale, avec un virus qu'on ne connaissait pas il y a dix ans. Le rapport du Sénat a dénoncé la non-transparence du système de transfusion, les affirmations aveugles des médecins célèbres, les ambitions industrielles, les prétentions nationalistes d'instituts de recherche ou les références idéologiques aux droits de l'homme pour repousser des tests. Cette affaire concerne la nation et, plutôt que d'en faire une affaire juridique ou politique, à l'égard des malades, des gens qui ont peur, est-ce qu'il ne faudrait pas que l'on s'occupe de la question médicale ? Il faut mettre tous nos moyens humains, scientifiques dans la recherche d'un vaccin et d'un sérum. C'est ça qui devrait occuper les gens aujourd'hui et les caméras ne devraient pas être dans les tribunaux, mais dans les laboratoires. J.-P. Elkabbach : Est-ce que le souhait du PS est que les Assemblées désignent Laurent Fabius ou qu'il décide d'aller s'expliquer ? J. Auroux : C'est un choix personnel. Mais je pense qu'il est normal que tous ceux qui étaient concernés soient entendus. J.-P. Elkabbach : Le PS va réunir son comité directeur ? J. Auroux : Dimanche, il y a réunion du comité directeur du PS où chacun pourra s'expliquer et notamment Laurent Fabius. J.-P. Elkabbach : Souhaitez-vous que Laurent Fabius conduise la campagne du PS ? J. Auroux : Je sais qu'il est un homme de cœur, qui a une famille, des enfants et est affecté par ce qui se passe. Je crois qu'il n'a rien à se reprocher. Il a ici l'occasion de montrer qu'il est un homme d'État et qu'il a autour de lui des hommes solidaires qui sont soucieux de solidarité avec les malades, de vérité à l'égard des français et de justice à tous et pour tous. J.-P. Elkabbach : Vous voulez qu'il pose la question de confiance à la direction du PS dimanche ou qu'il s'en aille au moins un moment pour mieux se défendre ? J. Auroux : Je pense que Laurent Fabius et tous les socialistes doivent dénoncer les manœuvres politiques et s'occuper des malades, des hémophiles et qu'il faut que Laurent Fabius reste à la tête du PS pour conduire la campagne électorale des législatives. J.-P. Elkabbach : Le PS a demandé une commission d'enquête. Est-ce que cela veut dire qu'il met en cause certains ministres de la cohabitation ? J. Auroux : J'ai dit que nous vivions un drame médical qui touche des millions de personnes dans le monde. Ce qu'il faut que l'on sache, c'est comment, en 1985, on a pu prendre et ne pas prendre certaines décisions, en fonction des connaissances, au cours des dix dernières années, y compris 1986 et 1988. Mais l'objectif n'est pas de faire une opération politique. C'est de faire en sorte que l'on sache ce qu'on savait ou non, ce qui a été bien fait. Ce n'est pas de la diversion. Pourquoi pas entendre MM. Séguin, Pasqua, des patrons de laboratoire, des directeurs de centres de transfusion. Les politiques ne sont pas l'objectif. Mon objectif est de rencontrer des savants, des médecins, tous ces gens qui étaient concernés par ce problème pour qu'ils nous disent où ils en étaient et où ils en sont. Je dis que la priorité est le vaccin et le sérum. C'est cela que les gens attendent. Pas de passer leur temps dans des tribunaux.
La source — vie_publique · nº 240189
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/240189-jean-auroux-07101992-motion-de-censure-sang-contamine?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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