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2 octobre 1992 · Partis · La Lettre de la Nation Magazine · discours Discours

Articles de M. Alain Juppé, secrétaire général du RPR, dans "La Lettre de la Nation Magazine" les 2 et 9 octobre 1992, sur les leçons du référendum de ratification du traité de Maastricht et la politique gouvernementale, intitulés "Une seule France" et "

Alain Juppé (auteur)

2 octobre 1992La lettre de la Nation Magazine Une seule France Par Alain Juppé Après le référendum du 29 septembre, le grand jeu à la mode dans les médias consiste à s'interroger : y a-t-il deux, trois, huit, dix France différentes ? Il n'y a qu'une seule France et elle s'exprime d'une seule voix, celle du peuple français. Le 20 septembre, le peuple a parlé clairement : "Oui, c'est Oui" disent les socialistes en mal d'inspiration littéraire. Certes. Mais la réponse de la France est un peu plus complexe que cela. Les Français ont d'abord dit "oui" à la poursuite de la construction européenne et au fait que la France y joue un rôle de premier plan. La crainte de voir notre pays privé, par son refus du traité, d'une autorité lui permettant de peser sur la suite des événements a sans doute joué dans le résultat un rôle déterminant. Le résultat très serré du référendum portant pourtant sur une matière – l'Europe – qui passe pour susciter dans de larges secteurs de l'opinion une adhésion instinctive montre très clairement que le peuple français a marqué son refus d'une certaine Europe. D'une Europe lointaine et technocratique, absente là où sa responsabilité paraîtrait devoir d'abord s'exercer et présente, en revanche, pour réglementer mille et un aspects de notre vie quotidienne qui, à nos yeux, ne la regardent pas. Ce message a été je crois entendu, jusqu'au-delà des frontières. Le résultat de notre référendum a été accompagné de la part des dirigeants français, communautaires et européens d'une kyrielle de déclarations insistant toutes sur la nécessité de plus de démocratie et de proximité, de plus de sélectivité aussi dans les interventions de l'Europe. Les partisans de l'Europe des États ont, dans cette affaire, marqué un point. Enfin, le peuple français a indiqué de manière limpide que son "oui" ne devait pas servir de bouée de sauvetage à un pouvoir socialiste qui n'est plus loin de toucher le fond. Ceux qui éprouvaient la crainte de voir le référendum constituer le socle d'un nouvel élan pour M. Mitterrand et son parti doivent être aujourd'hui rassurés. Le pouvoir socialiste sort de ce scrutin en lambeaux, confronté brutalement à ses lourdes responsabilités de politique intérieure. La réponse du 20 septembre est celle de la France tout entière et il faut la considérer dans toute sa dimension sans essayer d'en distinguer tel ou tel élément en fonction d'intérêts politiques immédiats et particuliers. Pour ma part, je considère que dans ce débat le mouvement gaulliste et ses représentants – quels qu'aient été en définitive leurs votes – ont le mieux exprimé le sentiment du peuple. Les Français veulent construire l'Europe mais ils contestent l'idée d'une Europe qui serait définie dans de petits cénacles confidentiels et qu'on leur demanderait de prendre ou de laisser. Ils se méfient, en outre, instinctivement d'un projet construit et approuvé par un pouvoir dans lequel ils n'ont plus confiance. Le seul grand gagnant de ce scrutin, c'est en définitive le référendum et nous devons nous en réjouir. De part et d'autre de l'échiquier politique, beaucoup contestent cette procédure, pourtant essentiellement démocratique, comme si les grandes décisions politiques, les grandes orientations de la Nation étaient des questions trop sérieuses pour qu'on les fasse trancher par les citoyens. Pour nous, Gaullistes, le référendum c'est la volonté nationale dans toute sa dimension et celui du 20 septembre a bien montré, à mon sens, qu'à travers lui, à travers le choix simple entre le "oui" et le "non", le peuple français est capable d'exprimer la profondeur et la complexité de son sentiment. Il faudra s'en souvenir. 9 octobre 1992La lettre de la Nation Magazine Naufrage Par Alain Juppé Monsieur Bérégovoy multiplie à chacune de ses interventions publiques les propos lénifiants et rassurants : "Tout va bien" dit-il en substance. À l'entendre, la situation de la France n'aurait rien que de très réconfortant. Seuls quelques esprits chagrins peuvent, à son goût, s'inquiéter à la vue des nuages qui s'amoncellent. Pourtant, tous les clignotants sont au rouge. Le déficit budgétaire de 1992 atteint le double de ce qui était prévu. Celui de 1993 avoisine, dans le projet de budget, près de 170 milliards. Pourtant les recettes de l'État sont calculées en fonction d'hypothèses sur l'évolution de notre économie que tous les analystes sérieux considèrent comme exagérément optimistes. Les espoirs fondés sur une reprise économique mondiale susceptible d'apporter à notre économie la bouffée d'oxygène lui permettant de se ressaisir ne semblent pas devoir se concrétiser dans un avenir proche. Au contraire, c'est une tempête, boursière et monétaire qui nous vient d'au-delà des frontières. La dévaluation de nombreuses monnaies européennes fragilise nos perspectives d'exportation. Le franc lui-même, dont M. Bérégovoy ne cesse de vanter la solidité, est attaqué très sérieusement par la spéculation et ne résiste que grâce à l'aide allemande et au maintien de taux d'intérêt très élevés qui pénalisent l'investissement. La mévente de l'immobilier fait craindre une crise majeure de ce secteur surendetté dont l'effondrement aurait des répercussions graves sur le système bancaire national. Même en s'en tenant au strict plan économique, domaine de prédilection de M. Bérégovoy, on ne voit, de toutes parts, que des raisons de s'alarmer. Depuis 1988, les différents gouvernements socialistes se sont contentés de gérer la France à la petite semaine sans engager aucune grandes réformes de structures dont notre système social a besoin. Pourtant, durant les trois premières années du septennat et grâce aux fruits de la croissance et à la sage gestion de Jacques Chirac, l'État a disposé de centaines de milliards de francs de recettes supplémentaires. Ces sommes auraient dû être employées à la poursuite de l'assainissement financier et à l'engagement d'une grande politique de réforme sociale. Elles ont été, au contraire, gaspillées au profit d'une augmentation générale et inutile des dépenses de l'État et d'un système stérile de traitement social menacé d'explosion dès lors que le ralentissement de l'activité tarit les sources de son financement. M. Bérégovoy mène notre système économique et social au naufrage mais, que l'on se rassure, il ne coulera pas avec lui. M. Charasse, lui, s'est déjà enfui du navire gouvernemental pour se réfugier au Sénat. Pour ce qui reste du gouvernement, je suis convaincu que la défaite électorale de mars prochain sera reçue autant comme un soulagement que comme une sanction. Soulagement de n'avoir pas à assumer les conséquences de ses actes, de laisser à d'autres le soin d'affronter les nouvelles difficultés qui s'annoncent et de retisser les fils d'une économie et d'une société en lambeaux. Notre victoire électorale en mars 1993 ne nous donnera aucune "baguette magique" susceptible de résoudre en quelques mois les problèmes du pays. Nous devons dès maintenant répéter sans cesse aux Français que s'ils veulent que les choses changent et s'améliorent, ils doivent nous donner, avec leur confiance, la durée dont nous avons besoin.
La source — vie_publique · nº 239670
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/239670-alain-juppe-02101992-referendum-de-ratification-du-traite-de-maastricht?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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