Interview de Mme Chantal Cumunel, secrétaire nationale de la CFE CGC, dans "La Tribune de l'expansion" du 17 septembre 1992, sur les comptes de l'UNEDIC.
Chantal Cumunel (auteur)
Chantal Cumunel (CFE-CGC), la négociatrice de l'accord Unedic du 18 juillet, rappelle que les difficultés de trésorerie étaient prévisibles. – Elle souhaite que les banques prennent leurs responsabilités.
La Tribune : Comment expliquer que deux mois après l'accord du 18 juillet on reparle d'un trou à l'Unedic ?
Chantal Cumunel : Quand nous avons négocié, nous recherchions 20 milliards de francs immédiatement en sachant qu'il nous en faudrait 30 d'ici juin 1993. Les banques avaient accepté de nous accorder un découvert de 15 milliards, à condition que nous définissions rapidement un plan de redressement assurant l'équilibre financier du régime.
Deux mois après, nous sommes toujours en déséquilibre. Mais cela était prévisible. D'abord parce qu'il y a un accroissement du nombre des chômeurs. Mais surtout parce que nous savions que nous aurions un problème de "soudure". Il y a deux raisons à cela.
1) Les dispositions financières de l'accord demandent au moins six mois pour monter en charge et avoir une rentabilité à 100 %. Quand on augmente les cotisations de 0,4 % pour les salariés et d'autant pour les employeurs, quand on alourdit le coût des licenciements des salariés âgés, il est bien évident que ce n'est pas en l'espace de deux mois que ce type de mesure rapporte de l'argent.
2) Un second facteur, inhérent à l'organisation du régime, est difficile à modifier. À l'Unedic on paie les chômeurs le 5 du mois et on encaisse les contributions des entreprises et des salariés le 15. Inévitablement nous avons donc entre le 5 et le 15 du mois un "creux" de trésorerie ponctuel qui atteint 3,5 milliards de francs.
Tout notre problème aujourd'hui est de trouver une solution à ce "creux" de 3,5 milliards sur dix jours, en attendant que les mesures prises dans l'accord de juillet produisent leur plein effet.
La Tribune : Dans l'immédiat, quelles solutions sont envisagées pour remédier à cette situation ?
Chantal Cumunel : Elles étaient de deux types. L'une consistait à obtenir une possibilité de découvert auprès des banques, mais elles n'ont pas bien accueilli notre demande. L'autre consistait à demander à l'Agefiph, qui gère les contributions des entreprises à l'insertion des handicapés, de se porter caution auprès des banques pour un montant de 1,2 milliard de prêt. Je me félicite que le conseil d'administration de cet organisme ait accepté mardi de faire jouer une solidarité interprofessionnelle en donnant sa caution pour un prêt bancaire de 600 millions de francs. C'est un acte symbolique des handicapés à l'égard des chômeurs qu'il faut saluer.
La Tribune : Cette caution ne suffisant pas, quelles pourraient être les conséquences pour les chômeurs si vous ne parveniez pas à un accord avec les banques ?
Chantal Cumunel : Si les banques décidaient de ne pas aller au-delà des 15 milliards, soit le gouvernement prend les dispositions qui s'imposent, soit nous irons au-devant de graves difficultés. Malgré l'attitude responsable des négociateurs de l'accord du 18 juillet, nous serions dans l'incapacité de payer les allocations. Ce serait une atteinte aux droits des chômeurs. Ce serait aussi un désaveu pour les signataires, en même temps qu'on ferait la part belle aux non-signataires.
La source —
vie_publique · nº 240449
Fichier d'origine conservé
Ce texte n'a été ni résumé ni corrigé